‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 73 sur 93 · ÉRUPTIONS MODERNES · texte numérisé non relu

ÉRUPTIONS MODERNES

Depuis la conquête de l’île en 1492, l'histoire ne fait mention que de quatre éruptions volcaniques. La première eut lieu le 18 avril 1585; Fray Alonso de Espinosa, qui écrivait en 1594, en à parlé en ces termes:

« Nous le vimes de nos propres yeux l’an 1585, dans l’île de la Palma, sur le territoire » de los Llanos, près d’une petite source et au milieu d’une plaine. On vit croître la terre » en forme de volcan et s'élever progressivement comme une grande montagne, et aprés » beaucoup de fracas et de tremblemens de terre, un énorme gouffre vint à s’ouvrir en » vomissant un horrible incendie et des rochers enflammés. Et au bout de quelques jours » (avec de grandes détonations qu’on entendit dans les autres îles ), le volcan fit éruption » et dégorgea deux ou trois torrens de feu aussi larges qu’un tir d’escopette, et ils se » répandirent plus d’une lieue sur le sol jusqu’à la mer, et la chaleur de ces fleuves de feu » était si grande que l’eau de la mer en fut chauffée à demi-lieue au large et qu’elie fit » cuire les poissons et fondre le goudron des bâtimens (1) ».

Ce volcan se trouve au sommet de la Cumbre, non loin du Pino Santo.

(1) Lo vimos por nuestros ojos el año de 1585, en la isla de la Palma, en el termino de los Llanos, que junto a una fuentezita en un Ilano fue creciendo la tierra visiblemente en forma de volcan, Y se levanté en tan grande altura como una gran montaña , y aviendo precedido muchos terremotos y temblores de tierra , vino a abrir una boca grande echando por ella fuego espantoso y peñascos encendidos. Y al cabo de algunos dias (con gran estruendo que se oy6 en las otras islas) rebenté y eché de si dos o tres rios de fuego , tan anchos como un tiro de escopeta, y corrieron mas de legua por tietra hasta Ile gar a la mar. Ÿ fue tanta la furia que el fuego Ilevava , que media legua dentro en el mar calenté el agua, y se cozieron los peces que en ella avia. À los barcos se les derretia la brea, »

Frax ALonzo De Espinosa, Historia de la Aparicion y milagros de la imagen de N. S. de Candelaria, 1594.

(372 ) On y voit un cône avec son cratère composé de scories : l'ouverture est tournée vers la côte. Nous avons marqué sur la carte la coulée de lave qui en est sortie et qui va se perdre dans la mer. Ce torrent est ormé par un basanite péridotique scoriacé.

La seconde éruption eut lieu en 1646, près de Tigalate, à quatre lieues de la capitale, et à peu près une lieue de Fuencaliente. Le volcan s'ouvrit le13novembre, dit Viera, avec des tremblemens de terre et des coups de tonnerre si violens que les habitans mêmes des autres îles en furent épouvantés. Quatre torrens de lave, se joignant avec ceux des deux autres bouches qui s'étaient ouvertes sur la côte, se précipitèrent dans la mer et la firent reculer plus de trois cents brasses. Les pertes furent énormes, mais aucune ne fut plus sentie que celle de la Fuente Santa (1). IL paraît cependant que l'emplacement qu'elle occupait ne fut pas tout-à-fait encombré, mais l'éruption suivante finit par la faire disparaître entièrement. |

Cette terrible catastrophe, généralement connue sous le nom de l'éruption de Fuencaliente , eut lieu de 1677 à 1678. Nous traduisons ici la description manuscrite qu'en a laissée Don Juan Pinto de Guisla :

«Le 13 de novembre 1677, un quart d’heure après le coucher du soleil, on éprouva » dans l’île de Palma un fort tremblement de terre qui se fit ressentir dans la direction de » la Breña Baja jusqu’à T'asacorte , c’est-à-dire tout le long de la côte depuis le sud-est » jusqu’au sud-ouest , sur un espace d’environ treize lieues. Le centre d’activité de ce phé- » nomène parut de suite se fixer vers la pointe de Fuencaliente, où la secousse fut plus vio- » lente. Ces mouvemens convulsifs continuérent jusqu’au 17; mais bientôt la terre se cre- » vasse dans divers endroits voisins de Fuencaliente, dansle Zlano de los Canarios, situé » au-dessus du roc de la Fuenta Santa, puis vers la Cuesta Cansada et au sommet de la » montagne de los Corrales, mamelon volcanique éloigné d’environ une demi-lieue du » rivage. Cette dernière ouverture exhalait en même temps des vapeurs chaudes et sulfu- » reuses. Ce même jour (17 novembre), à quatre heures et demie de l'après-midi , les » secousses se firent sentir avec plus de violence qu'auparavant, dans les endroits déjà » indiqués, et l’on vit sortir des tourbillons de fumée par les crevasses de la Cuesta Can- » sada. Alors la terre trembla de nouveau avec force; ün cratère s’ouvrit, et après ses

(1) Voy. Géog. Descript., pag. 198,

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