‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 74 sur 93 · LD TZ · texte numérisé non relu

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premières explosions , il commença à vomir de la lave en grande abondance. Dix-huit bouches se formèrent instantanément dans le même endroit et volcanisérent les alentours depuis le haut de la colline jusqu’à sa base. Les coulées de lave qui dégorgèrent de ces divers cratères formérent un torrent considérable qui inonda tout le Zlano de los Canarios et vint expirer sur les bords du chemin de la Fuente Santa. Un autre bras de lave, qui s'était dirigé à droite, suivit son cours vers la mer et déborda par les falaises de Puerto Viejo, où avaient débarqué les conquérans de l’île.

» Le 19, à deux heures après midi, il se fit une autre explosion à la base occidentale de la montagne de Los Corrales ; de grands tourbillons de fumée , accompagnés de pierres enflammées, sortirent de cette nouvelle crevasse qui se referma le 20. Alors, l’ancien cratère de la montagne commença à exhaler beaucoup de vapeurs , ce qui dura jusqu’au jour suivant. Le 21 , les roulemens souterrains , qui se faisaient entendre depuis la veille , continuaient encore , et vers midi, le cratère de la montagne s’ouvrit tout-à-coup avec un horrible fracas. C'était comme un feu roulant de mousqueterie accompagné de coups de tonnerre ; alors, le gouffre vomit des flammes et lança dans les airs une énorme quan -

tité de pierres. Vers le soir, les tourbillons de fumée qui s’étaient élevés par intervalles

cessérent tout-à-fait, mais les détonations intérieures et léruption des matières que vomissait le cratère furent en progression croissante. Les rochers qui étaient lancés dans les airs s’élevaient à perte de vue et avec une telle force de projection qu’ils ne mettaient pas dans leur ascension la cinquième partie du temps qu'il leur fallait pour opérer leur chute, et pourtant quelques-uns étaient plus gros que des tonneaux (1). La plupart allaient tomber dans la mer, dont le rivage est éloigné de demi-lieue de la base de la montagne. » Le 22, à trois heures du matin, la fumée recommença de nouveau pendant deux heures ; puis, le cratère vomit encore des flammes et lança des pierres avec plus de force qu'auparavant.

» Le 23, à midi , les tourbillons de vapeurs se présentèrent encore, et l’éruption des matières enflammées continua jusqu’à la nuït, suivie de roulemens de tonnerre et de détonations électriques. Vers neuf heures et demie, on ressentit une grande secousse qui ébranla tous les environs, et aussitôt le cratère lança trois météores, qui, après s’être élevés à une grande hauteur , en se dirigeant au sud, éclatèrent ensuite avec un bruit épouvantable.

» Le 24, les déjections cessérent, et la tranquillité intérieure de la montagne parut se rétablir pendant une heure ; mais bientôt aprés la crevasse de la base de la montagne, qui jusqu'alors avait vomi des laves, s'étant refermée tout-à-coup, l’éruption du cratère de la cime recommenca avec plus de fureur. Les torrens de matières volcaniques obstruérent le vieux port ( Puerto Viejo ): la mer se retira plus d’un tir de fusil, et l’accumulation des laves forma des récifs où l’on comptait auparavant sept brasses de fond. Dans la nuit, le grand cratère de los Corrales lança plusieurs météores semblables à ceux des jours précédens.

(1) « ….... Las piedras fueron volando lanlas que se perdian de vista, y tan despedidas que no ponian en

subir la quinta parte del tiempo que en bajar , ÿ algünas eran mayores que toneles. »

» Le 25, le volcan vomit des pierres plus que,jamais, et les détonations électriques » devinrent trés-fréquentes.

» Le 26 , la bouche de la base de la montagne se rouvrit et recommença à dégorger de » la lave. Deux torrens se formèrent : l’un prit la direction de l’ancien volcan de os Ta- » casos et l’autre vint déborder sur Æuente-Santa. L'ouverture de la base occidentale » lança une telle quantité de cendres et de scories que les terrains des alentours en furent » couverts dans certains endroits jusqu’à quinze pieds de hauteur. »

Le cône immense et imposant qui se forma pendant cette éruption existe encore tel qu'il a été produit. Il ne fume plus, maïs on trouve dans ses fentes des cristaux de soufre, et une substance blanche composée presque entièrement d’une sublimation de sel marin. Quelques scories contiennent des petits cristaux aciculaires de gypse. On y voit aussi d'assez gros morceaux d'amphibole rejetés par le volcan et altérés par les vapeurs chaudes. La lave est très-noire et luisante ; elle contient une grande quantité de petits cristaux de pyroxène. Ces torrens de matières renferment aussi des boules de péridot de la grosseur

du poing, et peu altérées par l’action du feu.

( 375 ) LANCEROTTE.

La roche la plus ancienrie qu'on trouve à Lancerotte est une dolérite porphyroïde qui contient aussi du péridot et qu'on pourrait confondre facilement avec le basanite commun. On rencontre cette roche. près de la côte orientale, aux alentours du Port de Naos , où elle est recouverte par le calcaire moderne et s'étend probablement dans l'intérieur sous les couches de basanite auxquelles sans doute elle est subordonnée, Près du château qui défend le port, elle se fend en gros blocs que nous considérons avec M. de Buch comme des commencemens de prismes.

Le noyau de cette île bouleversée par les volcans anciens et modernes est formé de basanites et de roches de la même série. La chaîne principale qui s'élève à pic vers les falaises de Famara présente des berges très-escarpées sur la côte du nord-est, tandis que vers l'est elle projette une série de contreforts dont le dernier vient expirer auprès de Teguise, la capitale de l’île. Ce système orographique a beaucoup de rapport avec celui du nord-ouest de Ténériffe et semblerait avoir été produit par la même cause. M. de Buch pense que les berges de Famara ne sont que les restes d'un de ces grands cratères de soulèvement dont les paroïs opposées se trouvent ensevelies sous les flots, et cette opinion n'est pas tout-à-fait invraisemblable. Ici, cependant, il ne s'est pas formé de ravins proprement dits; de puissans contreforts enclavent les larges vallées de Maguez, Haria, Temisa, Tabayesco et Guatisa, qui, garanties des vents par les montagnes environnantes, sont couvertes de fermes et de hameaux entourés de vergers de dattiers et de figuiers.

À ce pays montagneux succède une plaine inondée en partie par les

laves de l'épouvantable éruption de 1730. Ensuite, la ligne des sommités qui traverse l’île du nord-est au sud-ouest se relève de nouveau en une suite de cônes, entre lesquels perce, de distance en distance, l'ancienne formation de basanite que les laves modernes ont envahie. Ces roches abritent dans leurs crevasses les derniers restes de la végétation indigène. Isolées maintenant au milieu de la nappe noire des volcans modernes, on les reconnaît de loin à la couleur blanche des lichens dont elles sont revêtues.

Sur le point culminani de l'île, les Peñitas de Chache, on trouve un basanite un peu scoriacé contenant du péridot et des petits cristaux de rhyakolites. Cette roche est d'une couleur brune nuancée en partie d'un bleu d'acier. En descendant de ces hauteurs, on découvre un basanite très-compacte contenant des concrétions zéolitiques; cette formation repose sur un argilophyre rouge, dont les nombreuses cavités et les soufflures sont tapissées de zéolites, et qui devient parfois un vrai variolite rougeâtre. Ce variolite, altéré dans sa partie inférieure, donne naïssance à plusieurs petites sources qui filtrent de ses fentes et forment le Chafariz ou fontaine de Tamisa. Il est probable que cetle source dut s'échapper en torrent lorsque les mornes de Chache étaient encore garnis de bois.

On peut voir, aux falaises de Famara, un bel exemple de la série basanitique (1). Les couches supérieures ont souvent une teinte bleuâtre comme celles de Chache, mais elles ne contiennent point de rhyakolites, et renferment au contraire beaucoup de chaux carbonatée en lames et en cristaux. Ces couches alternent avec des argilophyres de différentes couleurs, et des masses de rubrica remplies l’une et l’autre de chaux carbonatée. On y remarque également des concrétions et des rognons zéolitiques. L'existence de la chaux carbonatée, dans les Rasa nites qui avoisinent la mer, est un fait remarquable,

(1) Voy. A4, pl. xuu, fig. 1.

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