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ficile de ce côté de trouver de bons débarcadaires: les alentours du port d’Æbona sont hérissés de basaltes et ne peuvent donner abri à aucun grand navire. L'ile offre à peu près le même aspect jusqu'à la plage de Medano qu'avoisine le petit promontoire de Montaña roxæa; seulement les cônes d'éruption qui accidentent les talus'se montrent en plus grand nombre. De là jusqu'à la pointe Rasca, le terrain descend vers la mer en pente plus douce, et le rivage est bordé par les grèves du GConfital et de las Galletas. En doublant Punta Rasca, la côte fuit à l'O.-N.-0.; les ravins qui coupent les massifs se répètent à chaque pas (1), et les anciennes coulées de lave débordent le littoral par masses agglomérées. Le paysage de cette partie de l'île n'a rien d'attrayant, sa teinte locale est triste et monotone, l'action des forces volcaniques s'est étendue partout et a frappé le sol d'une longue stérilité. Cependant , au milieu de cette inondation de matières dénaturées et modifiées par le feu, le vallon d'Adexe apparaît comme une oasis, et les eaux abondantes qui s'échappent du grand ravin de l'Enfer ( Barranco del Inferno) viennent fertiliser son terroir.
Vers l’ouest, l’île est encore plus inabordable; le sol s'y reproduit sous une structure analogue à celle des montagnes orientales ; ce sont les mêmes roches, également stratifiées, et, par suite, des vallées à peu près semblables, resserrées par des contre-forts que couronnent ies mornes d'Ærchefe, d'Avache, d'Araza; du Taroucho, de Guama et de Taourco. Ces accidens des crêtes ont conservé leur dénomination primitive; il nous serait impossible aujourd'hui d'en expliquer l'éty- .mologie : reliques d'une langue perdue, ces noms ne disent plus rien
à l'histoire.
(1) Il eût été impossible de figurer tous ces ravins sur notre carte; on en compte plus de soixantedix depuis la vallée de Guimar jusqu’à celle de San-Tago ; ceux de Tamadaya, de Xerqué, de Yeneché et del infierno méritent principalement d’être cités à cause de leur profondeur extraordinaire.
En s'approchant du cap de Teno, le ressac se fait sentir avec une violence extraordinaire; des nappes de lave, successivement ‘superposées, s'élèvent en gradins le long du rivage; plus loin, la côté est tout-à-coup rehaussée par des prismes basaltiques dont le gisement est fort remarquable. Par leur disposition verticale, ces grands blocs, disposés en colonnes à cinq pans, sont étroitement liés les uns aux autres, et soutiennent le massif du littoral. Les têtes de ces colonnes arrivent toutes à la même hauteur et forment par leur nivellement une espèce de pavé monstre qui rappelle la fameuse chaussée des Géans de la côte d'Irlande. Quoique la mer ait miné la base des falaises jusqu'à une assez grande distance et qu'elle batte avec impétuosité cette formidable digue, les colonnes sont tellement unies, que plusieurs ont cédé aux commotions du sol sans que celles des alentours en aient été ébranlées. Il en est résulté des trous’ d’une profondeur égale à celle du massif qu'ils traversent et qui produisent ces énormes siphons si bien caractérisés sous le nom de Bufaderos. Yorsque la mer est très-agitée, elle pénètre dans les cavernes qu'elle s'est creusées sous le rivage ; l'air chassé s'échappe par les vides qu'il rencontre; une masse d'eau surgit tout-à-coup en colonne, et s'élève à plus de cent pieds. Dans les jours de tempête on peut jouir alors d'un spectacle imposant; l'océan en fureur semble saper l'île jusque dans ses fondemens, les coups redoublés du ressac ébranlent tout le rivage,et les Bufaderos lancent leurs trombes dans les airs.
L’enceinte de Teno fait partie du marquisat de Celada : cette petite vallée, flanquée de hautes montagnes, n’est ouverte quà la mer et embrasse l'espace compris depuis la pointe de l Æguja jusqu'au cap le plus occidental, la Punta de Teno. La chaîne de montagnes, dont l'arète prolongée vient former cette dernière saillie de l’île, est remarquable par les rochers aigus qui hérissent ses crètes; l'endroit appelé El Risco est signalé par une forte dépression. Les habitans du district de Teno ne craignent pas de franchir ce col dangereux, malgré
( 84 ) les précipices qui l'entourent. Ce passage conduit dans le vallon de Bujamé, et facilite la communication avec les districts du nordouest.
Après avoir doublé le cap de Teno, on découvre la pointe de Buenavista, reconnaissable au cône volcanique qui la domine, /a montaña de Taco. (Voy. Part. hist., pl. 21). De ce point jusqu'à Garachico, la côte est plus basse, la pente est moins rapide.et les montagnes s'éloignent du littoral. Des fermes riches en vignobles, des cultures variées, mélées de palmiers, d'orangers, de bananiers et d'autres arbres, contrastent agréablement avec l'aspect désolé de la bande du sud. |
Aussitôt qu'on à dépassé Garachico, bien que la végétation conserve le même ton, les formes géognostiques reprennent leur premier caractère : vue du large, on croirait l'île entourée de remparts. En longeant les masses de rochers à pic qui bordent la côte , on aperçoit par intervalle de grandes déchirures qui entament les flancs de la montagne et débouchent à la mer. (Voy. Atlas, pl. xm). Les talus, affaissés en deux endroits, ont produit de ce côté les vallées d’Zcod et d'Orotava (1); deux puissans contre-forts, parfaitement analogues (2), partent de la haute région de l’île, et viennent borner à l'occident ces fertiles districts. Les montagnes qui limitent à lorient la vallée d'Orotava (3) ne sont pas moins élevées que celles du bord opposé; des forêts de lauriers et de bruyères garnissent leurs berges et s'étendent en une ligne de verdure autour de cette enceinte; les vignes, échelonnées le long des pentes, forment plus bas une autre zône de
(1) M. de Buch pense que cette vallée est le résultat de l’éboulement d’une partie de l’île, et que les deux montagnes qui la cernent sont les flancs découverts de la portion entraînée. « Le voisinage « d’un volcan aussi terrible que le Teyde, ajoute ce géologue, doit rendre cette supposition vraisem- « blable. » Voy. Physc. Besch. der Can. ins., pag. 204.
* (2) El lomo de la Vega et la montagne de Tygayga. . (3) Ge sont celles de la Resbala et de la Florida qui partent du morne de Pedro Gil, un des points culminans de la haute région.
végétation. Dans le centre de la vallée, et au milieu des vergers des alentours, on aperçoit la villa et les bourgs réunis des deux Realexos; vers la côte, les montañetas (1), le port (2) et les beaux sites de la Gordejuela (3) et de la Rambla, puis, au-dessus de ce magnifique amphithéâtre, le pic de Teyde, perçant le rideau de nuages qui voile sa base, apparaît dans les airs comme un point détaché de l'ile.
Les ports de Garachico et d'Orotava n'offrent aucun havre commode aux bâtimens européens : le premier, que l'îlot d'EZ Roque sert à faire reconnaître, fut le meilleur mouillage de Ténériffe avant l'éruption volcanique qui le détruisit. En 1706, des torrens de lave, débordés des hauteurs voisines, le comblèrent presque en entier. La nouvelle ville, qui s'est élevée sur les ruines de l’ancienne, à perdu son importance maritime, et ses plages, encombrées de scories, attestent encore son désastre. Depuis cette époque, le commerce de cette côte a pris une autre direction : le port d'Orotava est devenu le rendez-vous des navires étrangers et des caboteurs; mais ce mouillage, ouvert à tous les vents et entouré de rescifs, est très-dangereux en hiver (4).
En remontant vers le nord-est, la côte est toujours escarpée et ses anfractuosités ne permettent aucun abord à cause des brisans. Les coteaux pittoresques du Sauzal, de Tacoronte et du Y’al de Guerra
(1) Les cônes volcaniques de las Arenas, de los Frayles et du Realexo.
(2) La petite ville appelée Puerto de la Orotava, qui en peu d’années s’est élevée sur cette côte, est désignée souvent sous le simple nom d’Æ{ Puerto (le Port); une abréviation analogue (a villa) sert à distinguer la ville de por otaya, située à environ deux milles plus au sud, dans l’intérieur de la vallée.
! (3) Voy. Part. hist. , pl. 17.
- (4) Les bâtimens mouillent , selon les circonstances , sur trois fonds différens : le premier, qui est le meilleur, est appelé Æ/ limpio, et varie depuis 35 jusqu’à 50 brasses; son gisement est dans l'O. N.-0. à 2 milles de terre et à 2 ! du port. Le second est nommé Æ! limpio de las Calaveras ; on le trouve dans la même direction, à une portée de canon du fort principal, par 18 et 35 brasses. Quelques navires mouillent aussi un peu plus au large par 40 et 50 brasses. Le troisième, connu des pêcheurs sous le nom d’E! rey, n’a que 6 à 12 brasses, mais ce mouillage a des roches au N.-0.
s'appuient sur ces falaises et sont dominés eux-mêmes par les agrestes campagnes de 7’ïctoria ét de Matanza; plus haut les forêts d’Agua Garcia étalent leurs frais ombrages, tandis que dans la région supérieure quelques pins solitaires se groupent encore sur les crètes dévastées de la Cumbre (1). Vers Texina, le rivage n'est plus resserré par les montagnes côtières, et un terrain sur lequel les irrigations ont favorisé les cultures, vient tout-à-coup modifier le littoral. Maïs à mesure qu'on s'approche de la pointe del! Hidalgo, les escarpemens recommencent : ce ne sont plus alors, jusqu'au cap d’'Anaga, que des gorges encaissées entre les rameaux de la chaîne du nord-est. D'épais brouillards couvrent souvent ces montagnes boisées : parfois, au milieu des échappées de vapeur, les crètes les plus saïllantes se détachent sur un fond d'azur, et l'on distingue alors dans le lointain des masses d'un vert sombre qui indiquent la position des grandes forêts.
Avant de pousser plus avant cette revue de l'île, disons un mot des ravins en général, et fixons les différences qu'on doit établir entre eux. Le nom de Barranco est ordinairement affecté aux Canaries, aux longues fentes qui entament le massif de la montagne, et en sillonnent les pentes. Ces sortes de crevasses ont un caractère propre qui les distingue des vallées enclavées entre deux contre-forts presque parallèles. Les gorges auxquelles le nom de Y’alle paraît devoir plus particulièrement s'appliquer reçoivent aussi quelquefois celui de Barranco.
Les Barrancos sont des déchirures du sol; leur rayonnement autour de l'île semblerait indiquer que leur formation est due à une cause unique dont l'action a été subite et générale. Sans entrer maintenant dans des considérations géologiques qui nous jetteraient hors
de notre sujet, nous ferons remarquer qu'on ne peut regarder les
(1) On désigne par la Cumbre toute la haute région de l'ile.
barrancos comme des vallées d'érosion, car l’action lente des eaux ne saurait être admise ici que comme cause secondaire. Nous pensons, peut-être avec plus de fondement, que ces fissures profondes ont été produites lors du soulèvement des roches et au moment de leur refroidissement. Quelques barrancos prennent naissance sur les plateaux supérieurs et se ramifient avec d’autres avant d'arriver à la mer; mais la plupart partent des flancs des montagnes et suivent une même direction jusqu'à la côte.
On doït entendre par Val ou Vallée les gorges formées par le prolongement des montagnes, ainsi qu'en offrent des exemples la chaîne du nord-est de la partie occidentale de l'île. Ces longs défilés sont à sec ou bien parcourus par des cours d'eau; c'est en les remontant qu'on parvient au point de départ des contre-forts et sur les cols qui traversent la Cumbre.
Tel est l'aspect de Ténériffe et de ses innombrables ravins : si maintenant, pénétrant dans l'intérieur et examinant sa surface, nous ramenons nos pensées vers cette époque de tourmente géologique où des formations puissantes s'élevèrent du sein des mers, nous ne pouvons croire que l’île offrit aussitôt la bizarre configuration qu'elle présente aujourd'hui. Ses côtes coupées à pic, ses caps déchirés, les masses démembrées de ses montagnes, ses cratères éteints, viennent nous signaler les réactions les plus terribles qui, -en séparant de l'Atlas la longue chaîne des monts Canariens, la partagèrent en plusieurs îles que l’action volcanique bouleversa de nouveau. Et même encore de nos jours nous voyons cette action, dont la violence s'est calmée avec les siècles, réagir par intermittence et surgir tout-à-coup comme les dernières lueurs d'un grand incendie. Les révolutions physiques qui se sont succédé ont plus ou moins tourmenté la surface de Ténériffe : c'est probablement par suite de ces bouleversemens que le système orographique de cette île présente maintenant trois groupes de montagnes bien tranchés,
Nous les nommerons groupe central, de l'ouest, et du nord-est.
GROUPE CENTRAL. Ce premier groupe comprend toutes les sommités qui entourent le pic de Teyde et les grands contre-forts qui se rattachent à cette chaîne. La ligne de circonvallation formée par ces monts trachytiques embrasse plus de dix lieues de tour. Cette enceinte volcanique, indiquée d’abord par M. Cordier (1) et décrite ensuite par Escolar (2), a fixé de nouveau toute l'attention des géologues, depuis que M. de Buch l'a signalée comme un vaste cratère de soulèvement. Ce cirque, dont nous ne discuterons pas maintenant les causes de formation, est connu dans le pays sous le nom de Cañadas, gorges, à cause des défilés qui le parcourent et dans lesquels il faut s'engager pour arriver au pic. C'est sans doute en raison de leur situation, par rapport à ce plateau, que les montagnes du pourtour ont reçu aussi la dénomination de Cañadas; leur hauteur absolue varie depuis 1,300 jusqu'à 1,500 toises. Vues de l'intérieur du cirque, ces montagnes présentent dans quelques endroits un boulevard de 900 pieds d'élévation; mais sur le revers opposé leurs pentes sont moins abruptes et descendent en talus jusquà la côte. Le Teyde, un des plus grands cônes volcaniques connus, occupe le centre du plateau et lance sa pointe à plus de 1,900 toises audessus de. l'océan. Lorsqu'on parvient sur ce sommet, le spectacle qui se développe tout-à-coup est vraïment sublime : la vue embrasse tout l'archipel canarien, et l'observateur, isolé sur ce point perdu dans l'espace, se croit séparé de Ténériffe. Cette île, qu'il aperçoit à ses pieds, se montre alors sous un aspect étrange; le circuit de ses côtes, les divers enchaînemens de ses montagnes, ses plateaux et ses vallées pittoresques forment un panorama plein d'intérêt; maïs, placé dans un trop grand éloignement pour en bien saisir tous les dé-
. (4) Voy. avant, pag. 48 et 49.
. @) Id. ..., pag. 94.
tails, ses yeux errent long-temps sur cette multitude de creux et de reliefs que lui indique le jeu des ombres, c'est en vain qu'il voudrait deviner toutes les localités et reconnaître chaque accident ; de cette région élevée les hauteurs et les distances se confondent, les montagnes elles-mêmes semblent s'être affaissées sous le Teyde.
Le cratère qui occupe le sommet du pic n'est plus aujourd'hui qu'une solfatare d'environ 300 pieds de diamètre et 100 pieds de profondeur. Ce chapiteau volcanique a près de 500 pieds de haut et repose sur une ceinture de lave qui s'est épanchée en larges coulées le long des pentes du cône. Deux éminences considérables forment, à la base du Teyde, un seul et même groupe et occupent ensemble le centre des Cañadas sans la moindre discontinuité. L'une est /a Montaña blanca (1), immense amas de scories et de ponces qu'il faut traverser pour gravir la Estancia (2); l'autre, bien plus élévée, fait masse avec le grand pic; on ne peut Ja voir que de quelques points de l’île (3), et les guides la désignent ordinairement sous le nom de Pico viejo (vieux pic), ou Pico quebrado (pic rompu). Ce volcan, plus ancien que le Teyde, dut peut-être le surpasser en hauteur et offre à son sommet un énorme cratère. C'est celui que M. Cordier a reconnu en 1803 (4); les immenses torrens de lave sortis de ce gouffre, après avoir inondé le plateau central, se sont répandus en nappe dans les vallées inférieures. En 1798, les feux
(1) M. de Buch désigne cette montagne de ponce sous le nom de Monte de Trigo. (Voy. Physical. Beschr. der Can. Ins., pag. 227.)
(2) La Estancia est le lieu où l’on bivouaque lorsqu'on veut gravir au sommet du pic.
(3) Voy. part. hist., pl. 23, 29 et 48. Ces trois vues ont été prises au S.-0. et au N.-O. de cette éminence; dans les autres directions l’interposition du Teyde empêche de l’apercevoir.
(4) Voy. avant, pag. 53. M. Cordier a désigné le vieux pic sous le nom de Chaorra. M. de Buch, qui a adopté la même dénomination , évalue la hauteur de ce cône, prise du bord le plus élevé du cratère, à 9,276 pieds. D’après les indications qui nous ont été données par les habitans des villages les plus voisins, le nom de Chaorra ne doit s'appliquer qu’à la base de la montagne, précisément à l'endroit où se sont élevés les trois cônes volcaniques de l’éruption de 1798.