‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 2)Chapitre 9 sur 93 · LL · texte numérisé non relu

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(90 ) souterrains percèrent de nouveau la base de la montagne, et les matières en fusion vinrent accroître le désordre de cette région.

La partie de la chaîne des Cañadas qui cerne le grand plateau, est rompue sur divers points : ces brêches, en donnant passage dans l'intérieur du cirque, communiquent avec les vallées côtières -comprises entre les contre-forts adossés aux montagnes centrales. Dans certains endroits, ces cols sont produits par la brusque dépression des crêtes, mais dans d’autres la ligne de circonvallation est toutà-fait interrompue et l'on parvient sur le plateau sans avoir de grands obstacles à franchir; partout ailleurs les abords des Cañadas sont inaccessibles.

Nous allons indiquer les cols et Fe autres grandes brêches dont il est important de connaître la position :

1° Le col de Guaxara ( paso de Guaxara), sentier étroit par lequel les habitans de la côte méridionale communiquent avec ceux de la partie opposée.

2 Le col d'Ucanca (degollada d'Ucanca), défilé bordé de précipices et uniquement fréquenté par les bergers de CAasna.

3° Le col de las Arenas negras, formé par de grands éboulemens, facilite l’accès du Zano de Manja, autre plateau supérieur situé à l'orient des Cañadas.

4 Les bouches du Tauzé (bocas del Tauze), gorge profonde qui coupe les montagnes du cirque au sud du Teyde.

5’ Le Portillo de la Villa, passage par lequel on se dirige ordinairement pour monter au pic, en partant de l'Grotava. Ce col est resserré d'un côté par le contre-fort de Tygayga, pris à son point de départ, et de l'autre par l'extrémité orientale des montagnes du cirque.

6 Le col de Guimar (paso de Guimar) sert de communication du district de ce nom dans celui d'Orotava en traversant la Cumbre. L'éruption de 1705 a amoncelé beaucoup de scories sur les bords

de ce passage. L'entrée du défilé, déjà très-resserrée par les montagnes des alentours, est presque entièrement occupée par les deux mamelons volcaniques dont les laves ont envahi la vallée de Guimar. (Voy. part. hist. pl. 10;et Atlas, pl. 1.)

7° Lünterruption des montagnes du cirque du côté de l'ouest forme une large ouverture et met à découvert tout le talus de V’ilma. Ce fat par là que débordèrent les coulées du vieux pic. La multitude de cônes volcaniques et l'encombrement des scories qui couvrent ce talus, prouvent que les éruptions ont tourmenté plus d'une fois cette partie de l'île. Rehaussées dans certains endroits et affaissées dans d’autres, les pentes rapides de la montagne n'offrent partout que des crevasses, des effondremens, des cratères et de vastes amas de matières solidifées.

8° Enfin, le cirque des Cañadas est encore démantelé vers le talus d'Icod. De ce côté, le bouleversement na pas été moïndre; des laves vitrifñiées se sont épanchées en nappes et ont tout envahi. M. de Buch a tâché de représenter cette inondation d'obsidiennes dans sa carte de Ténériffe (1).

= Plusieurs contre-forts s'appuyent aux fragmens de la chaîne centrale : celui du Tygayga, au nord du pic, part des hauteurs de la Fortaleza et se prolonge jusquà la mer en une longue plate-forme. Du côté de l'Orotava, cette montagne présente une muraille continue (2), sa partie supérieure n'offre aucune crête saillante; cest un massif uniforme, coupé par dE grands ravins et qui occupe l'espace compris entre la vallée d'Icod et celle d'Orotaya. L'autre contre-fort, ou /omo de la Vega, fait partie du massif de Garachico. Vers le sud, les rochers de Carasco

(1) Voyez aussi, pour la position des différens cols et des grandes brêches que nous avons cités , notre carte topograph. de l’île de Ténériffe, Atlas, pl. 1. @) Voy. part. hist. , pl. 3 et 27.

et d'Hyo rehaussent les crêtes d'un autre rameau qui se rattache aux Cañadas par les bouches du Tauze. Ces sommités, que l’on aperçoit de la bande méridionale, dominent le petit vallon d'Adexe. (Voy. part. hist. pl. 33.) s |

Les montagnes du cirque s'élargissent beaucoup à Fest du pic, et des éminences considérables cernent le petit plateau de Jano de Manja. Les mornes d'Izaña et de Pedro-Gil sont les points culminans de ce groupe (1), et constituent le nœud d'où partent les autres grands conire-forts de Guimar et d'Orotava. Zzaña, dont on a évalué la hauteur absolue à 6,920 pieds, est ‘une des stations les plus intéressantes pour les observations orographiques : du faîte de ce morne on découvre les deux districts opposés (2), la ligne de partage de chaque versant et les dernières ramifications des Cañadas. Au-delà de Pedro-Gil, la crête des monts, qu'on appelle ET Cuchillo, le couteau, n'est plus qu'une arête tranchante; cette chaîne prolongée conserve encore une élévation de 3,180 pieds au-dessus de l'Esperanza et finit par s’abattre entièrement en dessous de Fuente Guillen. Alors commence la belle plaine des Rodeos qui sépare le groupe central de celui du nord-est ou d'Anaga. |

GROUPE DU NORD-EST. L'affaissement du sol dans la plaine des Rodeos et de la Laguna a rompu la ligne de continuité qui exista probablement entre la chaîne des montagnes centrales et celle du nord-est. Ce groupe isolé s'annonce de loin et s'avance jusqu'au cap d'AÆnaga; ses arêtes anguleuses le distinguent des monts trachytiques du centre (3), dont les formes massives et les contours arrondis laissent voir des ondulations plus régulières. Le point cul-

(1) Les autres mornes ou cônes volcaniques de ce groupe sont : Montaña blanca, Volcan roxo, Montäña del Rosal et Montaña del Cedro.

. (2) Le dictrict d’Orotava et celui de Guimar.

(3) Le faïte des montagnes du nord-est est presque entièrement basaltique; plus bas, en descendant dans les gorges adjacentes, on retrouve des masses puissantes de trachyte. -

minant de cette chaîne s'élève à 3,160 pieds au-dessus du niveau de la mer; l'altitude du plateau des Rodeos n'excède pas 1,800 pieds, tandis que le bourg de l'Esperanza, situé sur le bord opposé du plateau, et à l'extrémité de la chaîne centrale, conserve encore une hauteur verticale de 2,563 pieds. Cette différence de niveau peut servir à faire apprécier la dépression de cette partie de l'île. La structure des montagnes d'Anaga est, du reste, assez analogue à celle du groupe de l’ouest : ce sont encore de longues gorgés suCcessivement séparées par des contre-forts adjacens; mais ici l’arête de la chaîne, coupant en deux parties égales l'espace qu'elle parcourt, lance sur les deux côtes un pareil nombre de rameaux. Les contre-forts de chaque bande, en partant successivement d'un point commun, produisent tous les exhaussemens de la crête, et ces ressauls répétés donnent lieu à autant de cols. Lorsque du haut de ces montagnes on se place de manière à pouvoir observer leurs deux versans, on aperçoit une suite de petites vallées Opposées les unes aux autres et toutes ressemblantes par les escarpemens de leurs berges. Les contreforts s'arrétent tous sur une même ligne en arrivant à la côte; de là cette distribution orographique si uniforme et qu'on croirait exagérée quand on l’examine sur la carte. (Voyez Atlas, pl. 1.)

Les montagnes du nord-est sont couvertes de bois sur leurs deux versans; les beaux ombrages de las Mercedes et de Taganana peuvent rivaliser avec tout ce qu'on connaît de plus pittoresque en ce genre. Taganana, chef-lieu du district d'Anaga, est situé dans une des vallées de la bande du nord; les hameaux de la côte opposée dépendent de la juridiction de Sainte-Croix, et ceux de la partie occidentale de la chaîne relèvent de la Laguna. Cette ancienne capitalé de Ténériffe est située sur les bords d'un lac que les défrichemens ont assaini; son terroir s'étend dans un vallon dominé d'un côté par les hauteurs de San Rogue, et de l'autre par

celles de San Diego del monte. La Laguna est placée à l'entrée de la plaine des Rodeos; les montagnes qui l'entourent sont des rameaux détachés dela chaîne d'Anaga. D'autres collines, qui laïssent entre elles d'étroïts passages, partent du morne de San Diego et viennent séparer le plateau supérieur du 7/al de Guerra et des riantes campagnes de Tegueste. Plus loin, vers l'occident, on découvre les Côteaux maritimes de Tacoronte et du Sauzal qui occupent les dernières pentes des montagnes du centre.

GROUPE DE, L'OUEST. Il est probable que les cimes de Xerjé firent partie des montagnes centrales; séparées aujourd’hui de ce système par la grande brêche de Vilma. elles se montrent comme les plus hauts sommets du groupe de l'ouest. En effet, ce nœud semble commander les hauteurs voisines et servir de point de départ à deux grands embranchemens. L'un aboutit sur la côte du nord, où les riches vignobles du Dauté couvrent ses derniers versans; l'autre, qui forme les limites naturelles des districts de l'ouest, se prolonge jusqu'à la mer. Le massif compris entre ces deux rameaux s'affaisse vers son centre en une vallée elliptique : c'est celle du: Palmar; découpée à l'orient par des collines boisées, ses berges opposées présentent un boulevard uniforme. Le revers occidental de la vallée est flanqué de nombreux contre-forts qui viennent produire autant de vallées côtières. Toutes ces gorges sont dominées par des rochers escarpés et suivent une direction presque parallèle depuis le cap de Teno jusqu'au port de San-lago.

Les montagnes de ce groupe sont formées par des couches horizontales de laves amorphes alternant avec des bancs de tuf et de scorie. Ces couches sont traversées en plusieurs endroits par des filons de basalte schisteux de deux à trois mètres d'épaisseur. Les amas horizontaux, plus faciles à se décomposer en raison de leur ‘ nature, ont cédé à l'action du temps et des contacts extérieurs; mais ces mêmes causes ayant peu influé sur les basaltes, il en est

résulté que ceux-ci ressortent en saillie par dessus la formation qui, les couvrit d'abord. On voit maintenant plusieurs de ces filons brider le val du Carizal et celui de Masca, déborder de la crête de ces monts décharnés, descendre le long de leurs berges et couper leurs cours d'eau. C'est par suite de la décomposition d'une partie du sol qu'est dû le singulier accident que les bergers appellent la Murailledu-Diable. Ce mur naturel, qu'on prendrait de loin pour une construction cyclopienne ; traverse une des gorges les plus profondes. Les habitans de ces montagnes croient voir dans ces bizarres formations l'œuvre des anciens Guanches, et cest à cette race de prétendus géans qu'ils rapportent aussi le pavé basaltique de la côte de Teno, nommé par eux Calzada de los antiguos, la chaussée des anciens.

Ténériffe vient de nous montrer un pic central, dôme immense qui égale en hauteur les points culminans de notre hémisphère, et autour duquel s'agglomèrent plusieurs fragmens démembrés de la masse primitive. On doit s'attendre à ne pas rencontrer de rivière dans une île qui, sur une circonférence fort réduite , parvient tout-àcoup à une si grande élévation. Les vallées côtières adossées aux versans de ces monts anfractueux ont peu de profondeur , et leurs pentes sont très-rapides. Sur un terrain coupé par tant d'escarpemens, et exhaussé à chaque pas par de nouvelles assises, Îles eaux sauvages, perennes où passagères, suivent rapidement Île plan de pente, et se perdent aussitôt dans la mer en s'écoulant par les ravins et les gorges qu'elles rencontrent.

Ténériffe possède pourtant un bon nombre de sources, mais plusieurs ne percent le sol que dans le voisinage de la côte. Les couches de lave compacte et de scorie qui couvrent l'île jusqu'à une grande profondeur empêchent les eaux de surgir à sa surface. Le long du rivage et à l'occident du port de l'Orotava, on voit de belles cascades s'échapper du milieu des falaises. Celles du moulin de la Gordejuela,

| AGO) sortent en dessous des grandes masses de basalte qui bordent le littoral. (Vôy. part. hist., pl. 17.)

Il est toutefois d’autres sources qui forment des cours d’eau abondans, et dont les populations agricoles ont su profiter. La plupart prennent naissance dans les forêts laurifères , ou s'épanchent du flanc des montagnes centrales. Les plus importantes sont celles qui arrosent les districts d'Orotava, d'Icod, d’Adexe et de la Laguna (1). Les montagnes du nord-est ont aussi les leurs : des ruisseaux limpides parcourent le val de San André et celui de T! aganana. À l'extrémité de l'île, vers la pointe d'Anaga, le petit vallon d’Igueste doït sa fertilité et ses bosquets de bananiers aux torrens qui le baïgnent. Dans la haute région, au-dessus du bourg de Chasna, et à environ 4,500 pieds d'altitude, la source du Traste est renommée pour la pureté de ses eaux. Plus haut, à 5,800 pieds au-dessus de la mer, on trouve, dans la gorge d'Ucanca , la source acide d'Agua Agria. Ens'avançant dans les Cañadas , on rencontre encore d'autres sources, celles de l’Ængostura , de Fuente blanca, del Rosal, de la Piedra et de Guaxara. Enfin, sur le pic de Teyde, et à 9,312 pieds d'élévation, la fameuse Cueva de la Niève sert de

(1) La source d’Agua mansa, à 4,100 pieds au-dessus de la mer, arrose les alentours de la ville et le plateau de la Paz, où se trouve situé le jardin botanique.

La source de la Madre Juana coule dans la vallée d’Orotava, au-dessus du Realejo de Ariba, et celle de! Rey, dans la vallée d’Icod. |

La source du ravin de las Aguas, qu’on a utilisé récemment, sert aux irrigations de la vallée de Guimar. Les eaux de la madre del Agua, qui surgissent dans la forêt de las Mercedes, sont conduites jusqu’à

la Laguna.

La Fuente del drago est une autre source très-abondante dans les environs de la Laguna.

Les eaux d’Agua garcia, dans la forêt de ce nom, vont alimenter les riantes campagnes de Tacoronte.

On trouve aussi plusieurs sources excellentes dans les environs de l’Esperanza : ce sont celles d’Agua guillen, de los berros et de los Milanos.

Dans le district de Buenavista , la source del Cuerbo fertilise la belle propriété du comte de Siete Fuentes.

Enfin, dans le vallon d’Adexe, celle du ravin de l'Enfer forme un des torrens les plus considérables de l’île.

(597 7 réservoir aux eaux qui s'infiltrent dans cette cavité, à l'époque de la fonte des neiges.

Nous bornerons là cette revue orographique : à mesure que nous avancerons dans la description des autres îles, les détails dans lesquels nous sommes entrés sur la structure de Ténériffe acquerront plus d'intérêt par les comparaisons qu'on pourra en déduire. L'action des forces volcaniques qui a rompu l’ancien système de montagnes, et l'a séparé par fragmens, ne sest pas restreinte aux îles Canaries; elle s'étend sur un plus large espace , et l’on peut en observer les effets depuis les Açores jusqu'aux îles du cap Vert. Cette action puissante, en isolant ces divers archipels, a donné lieu au bassin que M. de Humboldt a appelé la Jallée longitudinale de l'Atlantique (1).

(1) Voy. Humbolt, Essai géognostique sur le gisement des roches dans les deux hémisph. Paris, 1893,

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