LE CHIEN, — CANIS FAMILIARIS
Le Chien existait dans les sept îles de l’archipel canarien lorsque les Europeens y abordèrent. Les habitans de la Grande-Canarie mangeaient Les jeunes Chiens châtrés, et il existait diverses superstitions au sujet de cet animal (2). Dire quelle était la race alors existante dans les îles, c’est ce qui est à peu près impossible ; car cette race a dû être profondément altérée par l’introduction des Chiens d'Europe. Cependant l’un de nous a fait figurer le Chien berger de Lancerotte , qu’il croit être d’origine indi-
(1) Désireux d’être entièrement assurés que nos deux Chauve-Souris appartenaient bien réellement aux espèces européennes (fait important par rapport à la distribution géographique de ces animaux), nous les avons confiées à un jeune naturaliste déjà fort distingué, M. Paul Gervais, qui a bien voulu entreprendre leur description, ainsi que celle des reptiles que nous avons recueillis aux îles Canaries.
{2) Voyez la partie ethnographique de notre ouvrage.
gène (1). Ces Chiens étaient-ils de la race dont parle Pline, ou bien les Berbers des Canaries ont-ils amené avec eux leurs Chiens du continent, aussi bien que leurs troupeaux ? Suivant Pline , l'île Canaria (2) tirait son nom : « 4 mullitudine canum ingentis magnitudinis. » Bontier et Le Verrier disent aussi qu'il y avait à la « Grand’ Canare » une race de « chiens sauvages qui semblent loups, mais qui sont plus petits (3), »
Nous sommes portés à croire qu’il y a beaucoup de fabuleux dans le récit de l’auteur latin, qui, malheureusement, ne savait pas toujours distinguer le vrai du faux. Si ces iles étaient inhabitées à l’arrivée des envoyés de Juba, comme il faut le conclure de son récit, comment ces énormes chiens pouvaientils vivre dans une île qui. ne nourrissait alors aucune autre espèce de Mammifères , puisqu'il n’y en a aucune d’indigène dans les îles Canaries, pas même des Rats, puisque ceux qui se trouvaient , dit-on , à Gomère, y sont venus probablement avec la tribu des Gomérites qui donnèrent leur nom à l’île?
Dans un autre chapitre (4) Pline dit que Suetonius Paulinus trouva au delà de l'Atlas, sur les bords du Ger, un peuple appelé Canarii, dont il dérive aussi le nom du mot latin Canis > parce que , dit-il, ils vivaient en commun avec les Chiens. La même étymologie s’appliquerait au promontoire que Ptolémée désigne sous le nom de Gannaria extrema. Cependant un de nous a montré (3; avec combien de légèreté les anciens adaptaient aux noms des autres peuples les dérivations tirées de leur propre langue, et nous sommes poriés à croire qu’il y a encore ici une confusion de ce genre,
D'ailleurs, avant Juba, ces îles avaient reçu des noms ; trois d’entre elles sont appelées par Sebosus de noms reproduits dans le récit de Juba. Nous croyons donc que le nom de Canaria était plus ancien et qu’il ne dérivait pas de ces grands Chiens dont parle Pline, pas plus que celui de Canarü ne dérivait de l'habitude de ces peuples de vivre avec les Chiens et de manger avec eux les boyaux des animaux sauvages (6). Leur nom venait sans doute de quelque mot de l’ancienne langue lybienne, Nous ajouterons , à l'appui de cette opinion, que, suivant Pline, le territoire des Canari confinait à celui des Éthiopiens ou Nègres appelés Perorsi, et que du temps de Glas (au rapport de cet auteur véridique et consciencieux) les Noirs des bords du Sénégal désignaient sous le nom de Gannar tout le pays qui s’étend entre ce fleuve et l’Atlas (7) , d’où l’on peut inférer avec une grande vraisemblance que le Canis des Latins n’est pour rien dans l’étymolopie du nom de l’île Canaria.
Il est possible que les habitans de la Grande-Canarie appelassent eux-mêmes leur île du nom de Canare, comme l’écrivent les chapelains de Béthencourt. Si ce nom n’eût pas été en usage chez les naturels, pourquoi les navigateurs européens , qui visitèrent les îles pour la première fois en 1341 et dont le récit nous a été conservé par Boccace (8), pourquoi auraient-ils appelé Canaria l’île d’où ils enlevèrent leurs captifs, plutôt qu'une des autres îles qu'ils visitèrent ? Boccace dit positivement : « Insula autem ex qu sublati sunt Canaria dicitur, magis cæteris habitata, » et il ne donne aucun nom aux autres îles, avec les habitans desquelles les navigateurs dont nous parlons n’eurent aucune communication.
(1) Ethnographie, frontispice.
(2) La Canaria de Pline est sans doute la Grande-Canarie d’aujourd’hui, mais on ne saurait l’affirmer positivement.
(3) Hist. de la descouv. et conqueste des isles Canaries, pag. 120.
(4) Hist. nat., lib. 5, cap. 1.
(5) Voyez Osservazioni intorno allo stato antico e presente dell’agro trojano dal sig. Filippo B. Webb, pag. 62; Milan, 1821. Éd. allem., Weimar, 1822, pag. 85.
(6) Pline, I. c.
(7) Glas, Hist. of the Can. ïsl., pag. 64.
(8) Voy. Monumenti d’un manuscritto autografo di messer Gio Boccacci da Certaldo trovati ed illustrati da
S. Ciampi. Florence, 1827.
LE CHAT. — FELIS CATTUS. Lin.
Le Chat a été amené aux Canaries par les Européens. Nous le mentionnons ici parce que dans quelques-unes des îles , et surtout à Ténériffe , il est devenu entièrement sauvage. Il habite les buissons ; lorsqu'on le surprend , il court avec une grande vitesse. La première fois que nous le rencontrâmes, nous crümes avoir débusqué un Lièvre. Faute de nourriture, il ne peut guère se multiplier. Les Lapins, les Perdrix ( Tetrao petrosus, L.) et d’autres oiseaux lui servent de pâture; mais ces animaux m’étant pas assez abondans, il a recours aux petits poissons , aux Mollusques et aux Crustacées que le reflux de la mer abandonne sur la plage : ce qui dans Le pays s’appelle marescar.
Nous les avons vus, surpris dans ces expéditions , se défendre vaillamment contre plusieurs Chiens, dont ils attaquaient surtout les yeux.
AMPHIBIES. — AMPHIBIA.
LE PHOQUE. — PHOCA VITULINA. Lrwwn?
Les Phoques ou Loups marins abondaient aux îles Canaries lors de l’arrivée des conquérans. Déjà, dans le récit de l’expédition de 1341, nous trouvons énumérés , parmi les objets rapportés , Phocarum exuvias. Plus tard , nous voyons le lieutenant de Béthencourt, Gadifer de La Salle, se transporter à l’île de Lobos pour chasser les Loups marins « pour la nécessité de chaussures qui falloit aux compagnons. » (Bont. et Le Verr., Hist. de la Conquest. , pag. 23.) — Mais aujourd’hui cet animal n'existe plus aux Canaries, non plus qu'à Madère, et, ne l'ayant pas vu, nous ne le rapportons qu’avec doute à l'espèce commune, répandue depuis Le nord jusque sur les côtes occidentales de l’Europe.