RONGEURS. — GLIRES
Les Lapins ont été introduits par les Européens. A Ténériffe ils sont devenus très-nombreux.
Il parait qu'il y avait des Rats , au moins dans quelques îles du groupe , à l’arrivée des conquérans ; car, d’après Juan de Barros cité par Viera , les habitans de Gomère les mangeaient (1).
On noûs a assuré que, ces animaux cherchant à attraper les Lappas ( Patella Lowei) béantes contre les falaises , ces Mollusques les clouent souvent à la roche par la langue, où ils périssent au retour de la marée.
Nous avons négligé de constater si ces Rats sont de l’espèce ordinaire.
PACHYDERMES. — BELLUÆ.
Les habitans des îles Canaries possédaient beaucoup de Cochons ; les aventuriers européens en ont trouvé dans toutes les îles. Les Cochons de lait rôtis , ainsi que les petits Chiens, étaient au nombre des friandises des anciens Canariens. À Palma, lOranfaybo ou Cochon sacré jouait le rôle du Bouc émissaire des Hébreux.
Les Chevaux et les Anes ont été introduits par les conquérans. Les petits Chevaux Barbes de Lancerotte sont très-estimés , mais on en élève peu aujourd’hui.
Les Ânes sont très forts. Il paraît que le climat des Canaries leur convient comme celui de l'Égypte, car peu de temps après la conquête ils sont devenus sauvages à Fortaventure; et, comme ils faisaient beaucoup de mal aux récoltes, il a fallu les détruire, ce à quoi on est parvenu mais non sans peine.
(1) Viera, Hist. de las isl. de Can., vol. au, pag. 3.
Les Garañones de Ténériffe sont très-beaux ; mais on ne s’en sert généralement que pour avoir des Mulets, dont beaucoup passent à la Havane et dans d’autres pays de l'Amérique.
RUMINANS. — PECORA.
Les anciens Canariens possédaient des Chèvres et des Moutons. Les historiens parlent aussi de Chèvres sauvages appelées Guanil.
IL est probable que l’ile de Capraria a été ainsi nommée à cause de ces animaux, qui devaient y être communs du temps de Sebosus. Les envoyés de Juba lui donnèrent le même nom , qui est peut-être la traduction du nom carthaginois ou libyen donné à cette île long-temps avant l’époque de Sebosus. La race actuelle des chèvres de Ténériffe est remarquable pour ses formes lestes et la quantité de lait qu’elle
ournt.
M. Williams a figuré une de ces Chèvres dans le dessin qu’il a fait pour nous des plantes de la haute région (/as Cañadas) de Ténériffe (1), où ces animaux à moitié sauvages errent en toute liberté.
Les Bœufs, introduits par les Espagnols, sont de la belle race d’Andalousie, mais les Vaches y donnent peu de lait.
Les seigneurs de l’île de Fer avaient introduit des Cerfs dans cette île , et on nous a assuré qu'ils les avaient tirés du Mexique ; mais ce noble quadrupède y est depuis long-temps détruit.
LE CHAMEAU À DEUX BOSSES. — CAMELUS DROMEDARIUS. Lrwn.
Ce: précieux animal a été introduit par le premier conquérant, Jean de Béthencourt , du continent voisin d'Afrique. Il s’est parfaitement acclimaté. C’est à Fortaventure que se trouvent les principaux troupeaux. Il n’y a qu’un seul troupeau à Ténériffe , sur la propriété de M. le marquis de Belgida, à Adexe.
Lors du séjour que nous y fimes, dans le mois de février 1829, nous eümes occasion de prendre plusieurs renseignemens sur les habitudes de ces animaux et la manière de les élever. À cette époque, il y avait sur la propriété dix-huit mâles et quarante-sept femelles qu'on tenait séparées. Le pelage varie dans les deux sexes du blanc-jaunâtre au brun-foncé. On sait que les mâles sont très-dangereux dans la saison du rut ; ils font alors entendre un gargouillement particulier, et on voit sortir de leur bouche une vessie qui est Le prolongement d’un de leurs estomacs. Dans cet état ils attaquent tout le monde sans distinction, même leur conducteur; lorsqu'ils attrapent quelqu'un , ils le jettent par terre et, s’agenouillant sur lui , ils l'écrasent avec la callosité qu’ils ont sur la poitrine. Entre eux, ils commencent par s'attaquer avec les dents ; faisant, pour se mordre et pour éviter les morsures, des évolutions d’une rapidité extraordinaire , comme deux combattans armés de leurs épées : puis ils se mettent côte à côte et se heurtent comme des lutteurs, jusqu’à ce que le plus fort ait terrassé le plus faible. Le vainqueur est alors maître du troupeau des femelles ; il les accompagne partout ; au moindre bruit ou à l'approche d’un étranger, il les rassemble en les heurtant ; et il monte la garde autour d'elles jusqu’à ce que le danger soit passé : c’est le Camello padre.
On a vu des mâles monter jusqu’à six femelles par jour, après les avoir abattues à force de coups.
Lorsque la saison du rut est passée, le Chameau perd toutes ses forces et avec elles sa fierté. Il se laisse mordre et maltraiter par les femelles et finit par les quitter entièrement.
La gestation des femelles est d’une année entière. Le petit Chameau ne peut se lever sur ses jambes trop grêles que trois jours après sa naissance ; il se nourrit du lait de sa mère pendant deux ans, et, si
(4) Voy. Atlas, troisième série, pl. 1x
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elle n’est pas fécondée avant, il tétera jusqu’à quatre ans. Ainsi, on ne peut compter sur la reproduction que tous les trois ans. Les jeunes Chameaux de l’année s’appellent Be/finos ; plus tard, jusqu’à leur entier développement, ce sont des Majululos.
Le Chameau mange tout, jusqu'aux branches foliacées des Opuntias les plus épineux, et il s’engraisse au milieu de la sécheresse, alors que tous les autres animaux meurent de faim ; sa fiente est de peu de valeur comme engrais, et ne peut en aucune façon être comparée à celle des Bœufs, Le Chameau des îles Canaries n’a pas la vitesse du Dromadaire arabe ; on ne l'emploie que comme bête de somme et au pas, mais comme tel il est d’une force prodigieuse. On nous a montré à Fortaventure un Chameau qui, d'un point de l’île situé à plusieurs lieues dans l’intérieur, avait porté un poids de dix huit cents livres jusqu’au port de las Cabras.
Le lait des Chamelles nous a paru d’excellente qualité et très-semblable à celui des Vaches, mais un peu plus épais et méritant parfaitement l’épithète de suavissimum que lui donne Pline (1). La Chamelle ne veut pas qu’on la traie sans que son petit tète en même temps. Il est rare qu’on fasse travailler les femelles.
On ne mange que les jeunes Chameaux aux îles Canaries et cela rarement , quoique, dans le royaume de Maroc, on consomme beaucoup de viande de Chameau; lun de nous a vu, dans le marché de Tétouan, la viande de Chameau et la viande de Bœuf étalées presque en égale quantité.
CÉTACÉS. — CETACEA.
Pline raconte, d’après le récit des envoyés du roi Juba, que des monstres marins échouaient souvent sur les côtes des îles Fortunées, où leurs corps en putréfaction infectaient l’atmosphère (2).
Effectivement , quoique aujourd’hui les Cétacés soient devenus plus rares dans l'Atlantique, il arrive assez fréquemment que des Baleines et de grands Dauphins sont jetés par les tempêtes sur ces côtes. Un de nous a dessiné un grand Dauphin édenté qui échoua en 1830 près de Sainte-Croix de Ténériffe, mais M. Valenciennes, à qui nous l'avons communiqué , n’a pas pu déterminer l’espèce d’après ce
dessin.