LE ROUVET PRÉCIEUX.—ROVETTUS TEMMINCKIL (PL IL
RUVETUS PRETIOSUS. Anast. Cocco.
TETRAGONURUS SIMPLEX. Lowe, Procced. 2001, Society, 1833, pag. 143.
APLURUS SIMPLEx. Ejusd., Synop. of fish. of Madeira, pag. 180.
ROVETUS TEMMINCKIL, Cant., Journ, de Soc. de Pise, et Num. Acad. Brux., 1835, x, pl. 1. ROVETTUS PRETIOSUS. Ch. Bonap., Fauna Ital.
On voit par cette synonymie que ce Poisson, qui nous était inconnu lors de la publication de notre histoire des Poissons de la famille des Scombéroïdes , a déjà reçu des différens zoologistes qui ont eu occasion de l'examiner une dénomination particulière.
D'après les recherches faites par M. le prince Charles Bonaparte de Canino , on ne peut douter que le premier auteur italien qui ait signalé le Rovelo dans un journal scientifique ne soit M. le docteur Anastasio Cocco de Messine, où ce Poisson est rare. Mais déjà MM. Webb et Berthelot avaient eu occasion de le voir souvent , parce qu'il est abondant et recherché aux Canaries, et ces zélés naturalistes avaient déjà ce précieux Poisson dans leur collection. Dans le même temps que le naturaliste sicilien faisait part aux savans, par la voie du Journal de Messine , de la présence du Ruvelo, M. Lowe , qui avait rencontré à Madère cette rare espèce, la signalait déjà à son correspondant, M. Bennett, de la Société zoologique de Londres, et la faisait paraître d’abord sous le nom de Tetragonurus? sümplex dans les Proceedings de la Soclété zoologique. |
Ce curieux Poisson commençait donc à être , sinon encore bien décrit, du moins suffisamment indiqué aux ichthyologistes.
On ne peut faire remonter plus haut qu’à 1833 la date de la publication de ces documens, et on ne saurait évidemment reporter la connaissance de ce Poisson à l'époque de Rafinesque, qui a indiqué le mot de Ruvello comme un synonyme de l'Esturgeon. Plus tard M. Cantraine vit à Paris la belle figure qui a été gravée dans l'ouvrage consacré à l’histoire naturelle des Canaries , et, de retour à Bruxelles , il fit paraître , en 1835, dans les Aémoires de Bruxelles , la description du genre Ruvetus et la figure de l'espèce, qu'il a dédiée à M. Temminck, directeur du musée de Leyde.
Ayant appris par M. Cantraine qu'il avait le projet de faire cette dédicace à ce savant, je me suis fait un vrai plaisir de donner aussi à M. Temminck cette nouvelle preuve de mon amitié en conservant ce nom spécifique à ce Poisson, ne regardant pas la publication antérieure comme assez répandue pour faire autorité sur cette matière. Cependant, M. le prince Charles Bonaparte fit paraitre le Ruvelo dans sa Faune d'Italie ; il l'avait reçu de Messine, et il préféra conserver le nom de M. Anast. Gocco comme ayant plus d’antériorité.
Quant à moi, je regarde M. Lowe comme le vrai fondateur du genre ; sa caractéristique fait sans aucun doute mieux connaître le genre que celle de M. Cantraine , qui n’a pas reconnu la nature des pinnulæ spuriæ, en disant que le dos du Poisson porte trois nageoires. J'aurais, sans hésiter, conservé le nom de l'Ichthyologie de Madère si je n’avais à faire concorder ce texte avec les noms gravés sur des planches publiées depuis si long-temps. |
Tous les auteurs qui ont parlé du Ruvelus ont reconnu les affinités de ce genre avec les Cybium et les Thyrsites ; c'est en effet près de ce groupe qu’il faut placer ce curieux Poisson. Il se distingue cependant beaucoup de ces poissons et de tous les Scombres par la nature de ses tégumens. M. Cantraine en a donné une description fort étendue , et il a eu raison d'examiner à fond une disposition cutanée aussi curieuse.
Voici la description que j'ai faite d’après nature sur un Rovelus des Canaries. Ce sont les seuls que j'aie encore vus; ceux de la Méditerranée ne sont pas encore venus à ma connaissance. |
Ce Poisson a le corps allongé et fusiforme, comme nos Scombéroïdes écailleux et à petit nombre de pinnules ; mais il est un peu plus comprimé, et la nature de ses écailles, hérissées de pointes saillantes, lui donne un aspect tout particulier.
La plus grande hauteur du corps est comprise près de six fois dans la longueur totale.
La tête, assez longue, ne fait que le quart du corps la caudale non comprise. Le front est méplat et assez large, car il est plus grand que deux fois la hauteur verticale de l’œil. Le diamètre longitudinal de l’organe de la vision est plus court environ d’un sixième, et est compris à peu près six fois dans la longueur de la tête. Cet œil, de forme ovale, est éloigné du bout du museau de deux fois et demie sa largeur. Son premier sous-orbitaire forme urie longue pièce étroite, placée obliquement le long de la branche du maxillaire qu’il ne recouvre pas; les autres pièces du sous-orbitaire ne se distinguent pas sous la peau épaisse et écailleuse de la joue , le préopercule est de même à peu près perdu sous ce derme, L’angle en est très-arrondi, le bord vertical très-court ; l’horizontal l’est encore plus, et le pourtour est assez fortement dentelé. L’opercule ne fait que le quart de la longueur de la tête ; son bord membraneux est épais mais étroit : je nelui vois qu’une très-petite épine vers son angle. Le sous-opercule et l’interopercule sont aussi cachés sous la peau et les écailles qui les recouvrent. Les deux ouvertures de la narine sont percées sur la seconde moitié de l’espace compris entre l’angle interne de l'orbite et le bout du museau ; la seconde
est un peu plus grande et plus allongée que l’antérieure : elle est à la moitié de l'intervalle entre la première ouverture et le bord.de l'orbite. La gueule est large et fendue au delà de l’œil, le bord postérieur du maxillaire atteignant à l’aplomb de l'arrière de ce même organe. L’intermaxillaire a ses pranches montantes courtes mais larges ; la branche dentaire se termine en un stylet grêle, Le maxillaire a son extrémité postérieure arrondie, Les branches de la mâchoire inférieure sont larges, arrondies et couvertes, comme les pièces de la mâchoire supérieure , d’écailles plus ou moins épineuses. Les lèvres ne sont pas très-charnues. La gueule est armée de dents fortes , pointues, comprimées , rappelant un peu celles des Temnodons. Elles sont toutes à peu près d’égale longueur ; j'en compte trente-cinq environ sur le bord externe de l’intermaxillaire, et deux ou trois plus grandes en forts crochets au bord interne de l’extrémité élargie de cet os. Celles de la mâchoire inférieure sont un peu plus écartées et plus longues ; je n’en trouve que vingt-quatre. 11 y en a une rangée le long des palatins et deux ou trois en crochets aigus et recourbés sur le chevron du vomer. La langue m’a paru lisse,
La première dorsale naît à l’aplomb de l'angle de l'opercule, Ses rayons sont faibles et assez éloignés les uns des autres. Le dernier seul est une épine un peu poignante, quoique tous les autres soient comme lui de nature osseuse; la hauteur du cinquième, qui est le plus grand, est comprise quatre fois et demie dans celle du tronc.
La seconde dorsale est très-distincte et séparée de la première, Comprise six fois et demie dans la longueur totale, elle n’est que la moitié de la première, Elle est plus élevée de l'avant , de près du double de la dorsale épineuse. Les derniers rayons sont en éventail large, qui tient de la nature des pinnules, et le dernier n’a que le sixième de la hauteur des premiers rayons ; de ceux-ci le premier est très-court, le second devient double, le troisième a deux fois la hauteur du précédent ou quatre fois celle du premier, et le quatrième rayon mou, très-ramifié , est plus haut d’un tiers que le rayon simple.
Le tronçon de la queue , qui suit cette seconde dorsale , a les deux tiers de la longueur de cette nageoire , et sa hauteur, près de la caudale, n’est que du quart de celle du tronc aux pectorales, Sur le premier tiers de ce tronçon on voit s'élever deux pinnulesrapprochées, un peu plus hautes que le dernier rayon de la seconde dorsale.
L’anale répond pour la forme, et à peu près pour la position , à la seconde dorsale , mais elle est un peu plus reculée qu’elle, car le premier rayon répond au sixième de la seconde nageoire du dos; som dernier rayon pourrait être considéré comme une pinnule séparée. Derrière elle , on voit deux pinnules semblables à celles du dos et qui leur répondent parfaitement,
La caudale est large, très-forte , à rayons épais et bien divisés. Elle est échancrée en croissant dont les fourches sont assez prolongées. Je ne vois pas de carène de chaque côté de la queue.
Les pectorales sont petites , car elles ne sont que du neuvième de la longueur totale ; sa largeur, à la base, est du quart de la longueur : ses rayons sont assez épais.
Les ventrales, insérées sous les pectorales, sont courtes mais larges ; leur rayon épimeux est grêle.
Les pectorales , la seconde dorsale et l’anale sont recouvertes d’une sorte de granulation écailleuse : les autres sont nues et sans aucune écaille. On n’en voit pas de particulières dans l’aisselle des ventrales. |
Tout le corps est couvert d’ailleurs dè petites écailles hérissées d’aspérités telles que nous n’en con naissons point d’autres de cette nature sur aucune autre espèce de Poissons. On peut en compter environ cent-cinquante rangées entre l’ouïe et la caudale , et quarante-cinq à cinquante dans la hauteur. Chaque écaille a son bord radical profondément enfoncé et caché sous la peau, etau-devant d’elle et à sa base est une suite de pores assez ouverts qui font paraître la peau criblée d’un nombre infini de trous. Ces pores sont disposés en quinconce, comme les écailles, et ils servent même à rendre plus faciles à compter les rangées d’écailles, soit en longueur soit en hauteur. Ce qui répond au bord libre des écailles se montre au dehors de la peau par deux ou trois pointes saillantes, osseuses, jaunâtres, très-dures, un peu
(55 ) relevées, assez fortes, toutes dirigées du côté de la queue, d’où il résulte que ce Poisson , quoique tout hérissé d’épines, a la peau encore assez douce quand on passe la main de la tête vers la queue. Entre les petites écailles il y a de petits corps osseux, sortes de boucliers armés de deux aiguillons dirigés dans le même sens que les épines des écailles.
Je ne peux pas y apercevoir de traces de ligne latérale,
La couleur est un brun-chocolat plus ou moins foncé, prenant une teinte rembrunie, presque noire, sur la pointe de la seconde dorsale, de l’anale, de la pectorale, des ventrales, et sux toute la caudale,
L’estomac de ce Poisson est très-ample; sa branche montante a des parois épaisses. On compte quatorze cœcums au pylore ; l'intestin est court ; le rectum est droit. Le foie est volumineux et rougeâtre ; le lobe gauche est plus grand que le droit. La vésicule du fiel, comme celle des Scombéroïdes , est allongée et étroite; elle va jusqu’à la moitié de la cavité abdominale. Il y a une petite vessie natatoire, qui paraît avoir échappé à M. Cantraine.
Son nom vulgaire et bien connu des Canaries est Escolar ; la même dénomination se retrouve à Madère.
Je ferai remarquer que M. Picart, jeune naturaliste plein de zèle, qui est mort, victime de son courage imprudent, dans les marais fiévreux de l'embouchure du Gabon, m'a appris que le nom d’Escolar se donne à Cadix à des Gades.
L’Escolar se montre aux Canaries pendant l'hiver, par grandes troupes. On le prend à l’hamecçon, par cent brasses de profondeur.
L'individu que j'ai décrit a 1",035 de longueur, et il paraît qu’on en voit de beaucoup plus grands.
Sa chair y est en grande réputation à cause de sa délicatesse et de son bon goût.
Ce Poisson a les mêmes habitudes et la même réputation en Sicile; c’est dans les profondeurs de Taormina qu’on le prend. M. Cantraine dit aussi qu’on le pêche à Malte. Il atteint dans le canal jusqu'à 1°,50 , pèse jusqu’à quarante livres et se vend quatre francs la livre. M. Lowe fait observer que l'huile que l’on exprime quelquefois des os par la mastication cause des diarrhées abondantes.
L’Escolar ne paraît pas aussi estimé aux Canaries qu’à Naples. Cela doit dépendre de la nature des fonds que le Poisson trouve dans ces différentes mers. Nous avons journellement la preuve de ces différences dans le goût des Poissons, selon la nature des eaux où se tient l'animal. Quelle différence de goùt entre un Turbot des côtes rocheuses et un autre pris sur certains fonds de glaise! Cette diversité dans le goût de la chair des individus d’une même espèce est du nombre de ces mystères physiologiques dont la nature a jusqu’à présent gardé le secret.
GENRE NAUCRATES.
Corpus oblongum, fusiforme, squamis parvis POS OS vestilum, caudam versùs carinalum.
CAPUT Conicum.
DENTES Mminimi in maxillis, palalo ac in vomere.
Pnnæ dorsales duæ. Prior brevis aculeis parvis remotis constitula; secunda protensa anali opposita. Pinnæ spuriæ nulle. .
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA ads Seplem.
LE PILOTE ORDINAIRE. —NAUCRATES DUCTOR. Nos. (1).
SCOMBER pucror. Linn.
GENTRONOTUS pucror. Lacép.
Ce Poisson voyageur, commun dans Ja Méditerranée , se trouve aux Canaries sous le nom de Romero ou de Pèlerin.
Genus LICHIA,
Corpus compressum, ovalum, squamis coriaceis veslilum.
CAPUT parvum.
DENTES minuli.
Pinxa dorsalis prima aculeaia. Anle pinnam analem, spinæ duæ. Pinnæe spuriæ nulle. Analis longa, protensa, dorsali secundæ similis.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
LA LICHE GLAYCOS (2).
CPL XII, fig. 1.)
Poisson commun dans la Méditerranée, qui se trouve aussi à Madère, et va uso au cap de Bonne-Espérance.
On le nomme aux Canaries Palomata.
Sa chair est moins huileuse que celle du Temnodon saliator. On le rencontre surtout dans la partie occidentale de archipel canarien.
(4) Cuv., Val., vi, pag. 313, pl. 252.
(2) Cuv., Val, vur.
Genus CARANX.
Corpus ovato oblongum; uirinquè caudam versùs squamis aculealis vel clypeolis osseis carinalum. :
Pi dorsales duæ, prima brevis, humilis, anticè aculeata, secunda protensa anali similis. Pinnæ spuriæ coalilæ, vel ferè nulle.
LA CARANGUE A LONGUE ANALE.— CARANX ANALIS. Nos. (PL XI.)
Cette grande et belle espèce est identique avec celle que nous avons décrite d’après les individus venus de Sainte-Hélène. Elle fait le passage entre les Caranx ordinaires et la Carangue.
J'ai lieu de présumer que le Caranx Lima de M. Lowe doit être de cette espèce. L'individu a 0",580.
GEgnus SERIOLA.
Corpus ovato-oblongum, squamis minimis coriaceis lectum.
Caupa lævis, neque clypeis osseis carinala.
CAPUT parvum.
DENTES parvuli.
Pinnzæ duæ, anterior humilis aculeo horizoniali armaia; spinæ duæ aniè pinnam analem. Pinne spurie nulle.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
LA SÉRIOLE DE DUMÉRIL.— SERIOLA DUMERILI. Cuv.
Cette Sériole n’est pas mentionnée dans le Catalogue des Poissons de Madère. C'est un Scombéroïde commun dans la Méditerranée.
L'individu est long de 0",240.
Genus TEMNODON.
Corpus ovalo-cblongum , compressum.
CaPuT mediocre. .
Ricrus amplus.
Dentes aculeati, compressi, {riangulares, in aciem for mali.
Pinnz dorsales duæ, secunda anali consimilis. Pinnæ spuriæ nulle.
LE TEMNODON SAUTEUR. — TEMNODON SALTATOR.
(AU, PL XIU, fig. 2.)
Ce Poisson , qui parcourt toutes les mers, devient très-grand aux Canaries. On l'y nomme Pez rey, ou Poisson royal.
M. Berthelot le regarde comme un Poisson très-huileux , mais, à cause de sa grande abondance et de sa taille, il pourrait donner lieu à des pêches profitables. On le cerne par de grands filets et on le tue à coups de fouanne.
M. Lowe le cite sous le nom vulgaire de Anchora, et dit qu'il est rare à Madère. Au contraire, M. Berthelot affirme qu’à Fortaventure il n’est pas rare d’en trouver des bandes de sept à huit cents qui s'engagent dans les seines. Le poids moyen de ces Poissons est de sept à huit kilogrammes.
GENRE CORYPHÆNA.
Corpus compressum, elongatum tænialum,squamosum.
Carur oblusum, anticè carinatum el elevalum.
DENTEs conici asper ati.
PiNna dorsalis unica în dorso protensa. Analis brevior et humilior. Pinnæ spuriæ nulle.
LA DORADE ÉQUISET.—CORYPHÆNA EQUISETIS. Lin.
(Au, PI, XXI).
C’est la vraie Dorade, nommée par Linné Coryphæna Equiselis, que j'ai trouvée dans les collections canariennes. J’en ai vu deux exemplaires. Elle en a bien tous les caractères de forme, et la coloration, soit générale, soit particulière et jusque dans les détails des petits points, convient à cette Dorade.
On la prend dans les parties occidentales de l'archipel, mais loujours éloignée de la côte. M. Berthelot ne l’a jamais vu prendre hors du large. On la nomme la Dorade.
Les individus ont 0", 58 de longueur.
Tous ceux que j'avais vus précédemment venaient des côtes du Brésil; je ne savais pas encore que cette espèce traversät l'Atlantique. M. Lowe a cité un Coryphæna Hippurus à Madère. Comme les Coryphènes sont très-difficiles à déterminer, il se pourrait bien que le Poisson de M. Lowe fût identique au mien.
La parfaite conservation et l'éclat des couleurs de ce Poisson, qui n’a jamais été bien
(59) figuré, m'ont engagé à profiter de la générosité de M. Webb pour les sciences, et j'en ai fait donner la figure qui orne cet Atlas.