‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 78 sur 243 · II. — (26 PARTIE ) (MOLEUSQUES · texte numérisé non relu

II. — (26 PARTIE ) (MOLEUSQUES

N° 36. CrYPTELLE AMBIGUE. — CRYPTELLA AMBIGUA (1). PI, 1, fig. 1 à 12.

Testacellus ambiguus , Férussac , 1821, Mollus. terr., p. 95, pl. vu, fig. 4, et tabl., p. 27. Parmacella calyculata, Sowerby, Gen. of. Shells. fase., 13, fig. 103. Cryptella canariensis, Webb et Berthelot, 1833, Ann. des Sc. nat.,t. 28, p. 307.

— Webb et Berthelot, Mag. de zoologie, cl. v, pl. 63.

Corpore elongaio , antice gracilr , trisulco, sulco medio majore ; cauda trigona, supra carinata , acuta ; pallium linguæ forme. — Tesi& valdè-depressé, parum fragilis; parte anteriore alba spathulata, posteriore prasind, umbonem parvulum referente.

Voici la description de cette charmante espèce, donnée par MM. Webb et Berthelot : |

« La forme.extérieure de la Cryptelle est à peu près celle des Limaces ; les individus les plus grands » ont de 3 pouces à 3 pouces 172 de longueur ; dans leur état de repos, ils sont plus minces et moins » arrondis en avant que les Parmacelles ; leur queue est disposée à peu près de la même manière, trian- » gulaire et saillante en dessus, mais cependant plus allongée et plus pointue. Trois lignes partent égale- » ment de dessous le manteau ; celle du milieu, très-distincte, même à l’état de repos, va aboutir entre » les deux tentacules, tandis que les deux autres, moins marquées, se dirigent vers la base des deux petites » en suivant les deux côtés du col. Le col est comprimé ; sa couleur est bleu pointillé de noir ; le pied » est d’un bleu plus foncé ; tout le restant du corps est d’un vert olivâtre couvert de taches irrégulières. » Le manteau couvre la moitié du corps; il est libre dans sa partie antérieure, épais, charnu et ter- » miné en languette un peu arrondie ; il peut se relever jusqu’aux bords de la coquille ; dans sa partie » postérieure , ce n’est plus qu’une pellicule très-mince qui la recouvre comme une bourse. L’extrémité » de cet organe (le manteau) est libre et s'applique 4 l’état de repos dans une fossette signalée par une » sorte de dépression dans la partie postérieure du corps et à l’endroit où la queue commence.

» Sa coquille peut s'entendre comme composée de deux parties très-distinctes : l’une , de première » formation , qui ne fait qu’un seul tour de spire , et représente assez bien un bonnet phrygien ; et l’au- » tre qui se développe ensuite comme une concrétion secondaire, en se dilatant sous la forme d’une » lame concave. La première partie semble , pour ainsi dire, une coquille à part; elle est ovale , lui- » sante et presque transparente; sa couleur est olivâtre très-clair : la seconde, qu’on dirait comme sou- » dée sur la première , n’a ni la couleur ni le lustre de l’autre ; elle est au contraire d’un blanc mat, un » peu épaisse , ondulée ou parfois irrégulière sur ses bords , et légèrement concave.

» Nous ignorions d’abord le rôle physiologique que devait remplir dans l’économie animale la cavité » postérieure de la coquille , et notre incertitude à cet égard était d'autant plus grande que nous avions vu souvent cette cavité presque totalement obstruée, surtout chez les individus qui paraissaient plus

vieux; mais ceux que nous avons eu occasion d'examiner depuis dans leur jeune âge nous ont dé-

voilé la véritable destination de cette première partie de la coquille.

» Voici le résultat de nos observations :

» Au lieu de naître à nu, comme les Limaces de nos régions tempérées et des contrées froides et » humides, les Cryptelles sortent de leur œuf revêtues d’une coquille qui les garantit des ardeurs du

climat. Il y a plus ; leur coquille est munie d’un opercule : ainsi la nature semblerait, par ce surcroît

de prévoyance, avoir voulu les préserver entièrement des impressions extérieures dans un pays où la

sécheresse est telle que plusieurs années se passent sans qu’il y tombe une seule goutte d’eau. L’ani-

(4) L’antériorité du nom spécifique donné par M. de Férussac à la coquille de cette espèce nous a empêché de conserver la dénomination qui lui a été appliquée postérieurement par MM. Webb et Berthelot, suivant en cela une règle de justice que ces savans approuveront sans doute.

(HS HS mal , en naissant, est contenu en entier dans sa jeune coquille, sur les bords de laquelle se développe plus tard la seconde concrétion dont nous avons parlé. La Cryptelle est ainsi condamnée à porter, pendant le restant de sa vie, l'enveloppe qui lui servit de berceau dans sa première existence , quoiqu’en grandissant cette partie de sa coquille lui soit, pour ainsi dire, à charge, puisqu'elle reste vide ensuite , que l’entrée se couvre peu à peu d’une couche concrète , et qu’elle finit par s’obstruer entièrement chez les vieux individus.

» L’œuf, qui est parfaitement ovale, a deux lignes de long sur une de large; sa surface , finement ponctuée, est d’un blanc laiteux ou jaunâtre ; il est demi-transparent. Quoiqu’assez résistant, il fléchit lorsqu'on le presse entre les doigts. Comme les œufs de tous les Limaçons , il est doué d’une grande élasticité, et rebondit lorsqu'on le laisse tomber sur un corps dur. La jeune coquille le remplit en entier. L’opercule commence à se former un peu avant la sortie de l’animal de l’œuf ; cette pièce de la coquille est cornée , assez mince , encroûtée sur sa surface externe , orbiculaire en dessous , conique et bombée en dessus comme celle de l'Æelix naticoïdes ; sa couleur est brun foncé.

» À mesure que l'animal augmente en volume , il sort peu à peu de sa coquille ; sa queue apparaît la première pour ne plus rentrer, puis le restant du corps ; mais nous n’avons pu constater précisément l’époque où il se défait entièrement de son opercule.

» À sa naïssance , notre coquille n’est donc en apparence qu’une Hélice ; on pourrait même l’assimiler aux Succinées ; mais un arrêt de développement a lieu alors sous cette première forme ; la spire ne

» continue plus son évolution, et bientôt une sorte de métamorphose s’opère. L’animal commence

à s’allonger en dehors ; en même temps les bords de la coquille s’élargissent en lame pour garantir les viscères les plus importans; ce corps protecteur s’augmente peu à peu sous le manteau, et finit par acquérir la forme que nous avons décrite, C’est ainsi que de l’état d’Hélice sous lequel notre Cryptelle s’était d’abord montrée, elle passe à celui de Limace.

» Mais l’étude de cette espèce singulière ne donne pas lieu à ces seules observations ; il en est une

autre non moins intéressante ; car elle se rattache à cette loi de transition de forme qui , dans la chaîne des êtres, semble conduire l’organisation par des passages successifs et établir ces rapports symétriques , ces analogies et ces ressemblances si importantes dans les classifications.-Aïnsi , en envisageant la série des derniers genres dans la famille des Limacinés , déjà Le corps des Vitrines n’entre plus entièrement dans la coquille ; aux Vitrines succèdent Les Testacelles et les Plectrophores, qui portent encore une petite coquille extérieure; puis viennent les Parmacelles et à leur suite les Cryptelles, dont la coquille est intérieure , jusqu’à ce que par les Limaces nous arrivions aux Arions, dont la coquille est réduite à un rudiment granuleux.

» Les Cryptelles habitent en grand nombre Fortaventure et Lancerotte, les deux îles de l’archipel canarien les plus chaudes et les plus rapprochées des côtes de l’Afrique occidentale. Pendant huit ou neuf mois de l’année , leur activité vitale semble suspendue; elles se tiennent cachées sous les grands blocs de lave dont ces îles sont couvertes, et si profondément, que , malgré la promesse d’une bonne récompense pour qu’on nous en apportât de vivantes, il nous fut impossible de nous en procurer une seule durant notre séjour aux Canaries. Les Cryptelles sont herbivores ; pendant la saison des pluies, et la nuit surtout , elles sortent de leurs retraites , et font un grand dépât dans les jardins. Les paysans les chassent sans relâche et les ramassent par milliers ; mais, malgré leurs soins, ils ne parviennent guère à en diminuer le nombre.

» Il paraît que la coquille de la Cryptelle était connue dans quelques cabinets avant la publication de notre nouveau genre; car M. Sowerby l’avait déjà décrite sous le nom de Parmacella calyculaia , et M. de Férussac sous celui de Testacellus ambiguus ; mais sa provenance et l’animal auquel elle appartenait étaient inconnus à ces deux naturalistes. »

MM. Webb et Berthelot doivent plusieurs individus de cette Cryptelle à M. Joseph Gonzales , ama-

teur passionné de l’histoire naturelle , qui les a secondés avec un zèle au-dessus de tout éloge dans leurs différentes excursions à Lancerotte , sa patrie.

FAMILLE DES COLIMACIDÉES. — COLIMACIDÆ.

Dans laquelle nous réunissons le grand genre Hélix, tel que le concevait M. de Férussac, c’est-à-dire les Succinea , Vilrina, Helix Carocolla, Bulimus, Achatina, Clausilia, Pupa et Vertigo.

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