ÉTAT DU PAYS À LARRIVÉE DE BETHENCOURT, EN
À l'arrivée du baron normand à Lancerotte, l'île était gouvernée par un roi, et c'était ce Guadarfia, fils de Guanarame et d'Ico. Non moins fidèle que son aïeul aux devoirs de l'hospitalité, ce prince reçut les aventuriers, et leur accorda sa protection : « Si vint le Roy du » pays vers messire de Bethencourt, en la présence de Gadifer et plu- » sieurs autres gentilshommes, » disent les narrateurs, «et leur promit » qu'on les garderoiït à l'encontre de tous ceux qui leur voudroïent mal » faire et demeurèrent le dit roy sarrasin et M. de Bethencourt d’ac- » cord. >» Maïs l'on ne lui tint pas compte de ce bon accueil : la honte avait été le prix de la loyauté de Zonzamas; l'esclavage devait être la récompense de la générosité de Guadarfia.
Observons en passant que l'épithète de roi sarrasin est souvent employée par les chapelains de Bethencourt pour désigner le prince de Lancerotte, et un de ceux qui régnaient à Fortaventure. Il nous suffit maintenant d'en faire la remarque, afin d'y revenir plus tard.
Aïchen (1), ce Guayre qui n'obéissait qu'à regret à Guadarfa, et lui avait disputé son droit de succession, figure encore dans les sanolants conflits qui troublèrent Lancerotte à l'époque de la conquête. Bontier et Le Verrier nous le montrent toujours puissant et ambitieux, nourrissant dans son cœur des projets de vengeance, et prêt
à tout entreprendre pour semparer d'un pouvoir chancelant, que
(1) AHist. dela prem. descouv. et conqueste des Can. Chap. 1v, pag 12.
toute l'énergie de Guadarfia ne put sauver de sa ruine. Atchen (1), à la tête de ceux de sa faction, trahit son prince, et le fait tomber entre les mains de ses ennemis; mais Guadarfia parvient à rompre ses chaînes, et son antagoniste reçoit le châtiment infligé aux traîtres : il meurt lapidé et son corps est livré aux flammes. La ruse et la mauvaise foi des Africains barbaresques se retrouvent dans le caractère du Guayre Atchen. Infidèle à son roi, il en impose à ses alliés par une soumission astucieuse, et les trompe ensuite malgré la foi jurée. « Or, »estoit cette traïson double (écrivaient en 1402 les auteurs qui » ont rapporté ces faits), car il vouloit traïr le roy, Son seigneur, et il » estoit son propos et son intention de traïr après Gadifer et toutes » ses gens (2). »