‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 4)Chapitre 26 sur 72 · I. —(1"€ PARTIE.) (ETHNOGRAPH · texte numérisé non relu

I. —(1"€ PARTIE.) (ETHNOGRAPH

Mariages et droit du seigneur. — Dans l'ile de Canaria, la loi n’accordait aux hommes qu'une seule femme; toutefois, elle leur donnait la faculté de la répudier, et le cas de stérilité chez l'épouse était toujours un motif de divorce. Les Canariens n'avaient aucun penchant pour les femmes maigres et d'un tempérament délicat ; un petit ventre, selon eux, ne pouvait produire un enfant robuste (1). Aussi, dès qu'une jeune fille était fiancée, les parens la tenaient renfermée pendant trente jours pour la nourrir avec du lait, du gofo, de la viande et d’autres mets très-substantiels, afin qu'elle acquit cet embonpoint qui devait faire son principal mérite aux yeux de l'époux. Mais, avant de la remettre en son pouvoir, elle était présentée au faycan, au guanartème ou à d'autres grands personnages quien avaient les prémices. La plupart des auteurs qui ont écrit sur les habitans des îles Canaries parlent de cette coutume; nous avons déjà cité ce qu'en disent Azurara, Cadamosto et Thevet (2); Andrès Bernaldez ajoute que, dans les cas de grossesse, l'enfant qui provenait de ce sacrifice obligatoire était

réputé noble (3).

(1) Viera, Moticias, tom. 1, pag. 171 et suiv. (Ab. Galindo s’exprime en ces termes : Vo casandolas flacas porque decian tenia el vientre pequeño, y estrecho para concebir. Mss., lib. 2.)

(2) Voy. nos citations, pag. 58, 60, 87.

(3) Nous rapportons ici, d’après le texte original, tout le passage relatif au mariage et au droit du seigneur. « Quando havian de casar alguna doncella, ponianla, despues de concertado el matrimonio, ciertos dias en vicio à engordar i salia de alli i desposavanlos, i venian alli los cavalleros é hidalgos del pueblo ante ella é havia de dormir con ella uno dellos primero antes quel desposado, qual ella quisiere , i si quedava preñada de este cavallero, el hijo que nacia era cavallero , ï sino los fijos de su marido eran comunes , i para ver si quedava preñada de este, el esposo no Ilegava à ella hasta » saberlo de cierto por via de la purgacion. Estas i otras costumbres gentilicas i como de Alimañas » tenian i asi como bestias no havian empacho de sus verguenzas ellos i ellas,.… etc. » Æist. de los Rey. Cathol., cap. 65 (fragm. mss. du P. Quesada).

La relation de Galindo, touchant le droit du seigneur , n’est pas moins curieuse, « Entre la gente » principal, ÿ noble (dit-il) se tenia costumbre con las Doncellas que quando las querian casar las te- » nian echadas , y les daban beberages de leche y gofio , y otras viandas que ellos solian comer, rega- » landolas para que engordasen. Ÿ primera que se entragase la doncella 4 su esposo, la noche antes se » le daba y entragaba al Guanarteme para que le Ilevase la flor de su virginidad , y si le parecia bien » Ilevarle la flor, y si no entregabala al Faycas, 6 al mas privado , como fuese noble... Esta costumbre » de dar al Guanarteme las doncellas desposadas primero que 4 sus maridos la primera noche, no que- » rian confesar los que descienden de los Naturales Canarios : Y no es de marabillar hubiese entre los

Cette facilité que la loi accordait de changer de femme, et le droit du seigneur exercé par les princes et les grands, furent cause de cet excessif accroissement de population que l'état de concentration, dans lequel vivaient ces insulaires, rendit très-alarmant. Privés, comme ils étaient, de moyens d'émigration et de toutes les ressources qu'ils auraient pu tirer de l'extérieur, la famine vint les assaillir. Viera, s'appuyant sur les traditions, assure qu'avant la conquête, on compta à la grande Canarie jusqu'à quatorze mille hommes en état de porter les armes, ce qui supposerait dans ce climat une population totale d'environ quatre-vingt-dix mille âmes. Ce fut pour arrêter cette propagation croissante, que les membres du grand sabor ordonnèrent de tuer tous les enfans de naïssance et de ne conserver que les premiers-nés : mais cette mesure barbare ne fut pas de longue durée : l'épidémie qui vint ravager le pays fit périr plus d'un tiers des habitans, sans distinction d'âge ni de rang, comme si la nature eût pris soin de châtier ceux qui avaient voulu anticiper sur ses lois (1).

Baptiseuses. — Dès qu'un enfant était venu au monde, on appelait une des femmes de la classe des Maguadas pour laver la tête du nouveau-né. Certains historiens, considérant ces lotions comme une espèce de baptême, ont cru y retrouver les restes d'un ancien christianisme; bien que le poète Viana se soit expliqué de manière à lever tous les doutes à cet égard, puisqu'il a dit:

Aquella ceremonia acostumbravan Con intencion de simple lavatorio,

Y no de sacramento de Bautismo.

(Ch. 1.)

Nuñez de la Peña a prétendu que ces baptiseuses (Bautizadoras à

» Canarios esta costumbre, pues entre cristianos, partes hubo donde la habia, como refiere Bogerio » autor grave jurista, /ndicion 197, num. 17, Y la misma preeminencia tiene hoy en el Ducado de Bra- » bancia un varon señor de Leon, que todas las Doncellas, quando las casan, se les dén la primera noche, » aunque no usa de ellas. Pareceme mala costumbre. (mss., lib. 2.)

(1) Noticias, tom. 1, pag. 172.

harymaguadas) contractaient une sorte de parenté avec la famille de l'enfant (1). Quoi qu'il en soit, nous pensons, avec l’auteur des Notices, que cette pratique, aussi ancienne que salutaire, n'avait d’autres titres au respect que l'antiquité de l'usage.

Sépultures. — Viera affirme que les Canariens connurent l’art des embaumemens et qu'ils le mirent en pratique; il dit même que les corps, préparés d'après la méthode des Guanches, étaient liés avec des bandelettes de peau, puis enveloppés de leurs tamarcks et placés debout dans les grottes sépulcrales (2). Rien n'appuie pourtant cette assertion , car jamais il n'a été trouvé de momies dans les cavernes de Canaria. Les habitans de cette île avaient la coutume d’enterrer leurs morts d'une manière particulière; ils choisissaient pour cela les nappes de lave connues aujourd'hui sous le nom de Mal pais, où les éruptions volcaniques ont accumulé beaucoup de scories. Nous avons visité les anciennes sépultures de la presqu'île de La Tsleta (3). Ce lieu solitaire, que le feu des volcans à frappé d'une longue stérilité, paraît avoir été destiné à servir de cimetière. C'était là que les anciens insulaires déposaient leurs morts dans de grandes fosses qu'ils creusaient jusqu'à une profondeur de six ou huït pieds ,et qu'ils garantissaient des éboulemens en les garnissant avec des planches de pin, ou bien au moyen d'une voûte en pierres sèches. Ils recouvraient ensuite le tout avec d'autres pierres accumulées en forme de pyramides. Quelques uns de ces tumulus ont d'assez grandes dimensions, et il faut plusieurs heures avant de pouvoir déblayer la fosse de l'énorme tas de scories qui la recouvre. Le squelette est toujours placé dans le tond, la tête vers le nord. On trouve ordinairement autour du corps beaucoup de fruits d'une plante très-commune dans les environs. C’est le Cneorum

(1) Conquest. y Antig., Lib. 1, cap. 3, p. 27. (2) ANoticias, tom. 1, pag. 180.

(3) Voy. la carte, pl. 1x, de notre Atlas.

pulverulentum où V'Orixama des aborigènes, espèce de térébinthacée qu'on employait probablement pour retarder la putréfaction et dont les petites baïes paraissent avoir rempli toute la cavité abdominale du cadavre. Les squelettes sont presque toujours entiers, les os se sont bien conservés. Les proportions de la charpente, en général, et surtout les dimensions de la tête, mdiquent que ces ossemens ont appartenu à des hommes d'une belle race, d'une taille au-dessus de la moyenne et d'une forte constitution. Nous avons encore remarqué dans ces fosses quelques. débris de vêtemens d’un tissu végétal assez semblable aux fibres du palmier et d'une trame très-serrée, ainsi que des fragmens de chaussure et de nattes. Les haches de pierre, dont nous avons déjà indiqué la forme, ont été trouvées dans le même lieu ; on y a ramassé aussi des morceaux de terre cuite provenant sans doute de vases brisés, et des petites pierres basaltiques taillées en pyramides, dont la base, incrustée de lignes transversales, figure une multitude de losanges avec un point au milieu. Ces espèces de cachets ont douze à quinze lignes de hauteur sur une largeur à peu près égale.

Il existe, à peu de distance de l'ancien bourg d'Arguineguin, un cimetière pareil à celui de la Isleta, où l'on remarque plusieurs tumulus plus élevés que les autres. M. Despréaux, qui en a fait déblayer quelques-uns, a observé que les squelettes, renfermés dans les plus grands, avaient la tête placée du côté du nord, tandis que dans les petits les corps gisaient d'est à ouest. On voit aussi des sépultures semblables dans les terrains volcaniques qui s'étendent entre la pointe du Juncal et le petit port de las Nieves, sur la côte occidentale de l'île (1).

Enfin, il y a quelques années qu'on découvrit dans une caverne des environs de Telde un grand vase de terre rempli de disques de diffé.

(1) Voy. la pl. 1x de notre Atlas.

rente grandeur, tous percés d'un trou au milieu et formés avec les spirales d'une coquille, Le soin qu'on avait mis à enterrer ces objets dans le fond de la caverne pourrait faire présumer qu'ils furent autrefois d'une certaine valeur et qu'ils, servirent peut-être d'ornemens où même de monnaie courante.

NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA RELIGION DES ANCIENS HABITANS DE L'ARCHIPEL CANARIEN.

Pour adopter une opinion probable sur la théogonie de l'ancien peuple qui habita les Canaries avant la conquête de ces îles il est nécessaire d'exposer ici les différentes notions que l’histoire nous à fournies sur cette matière importante.

Les chapelains de Bethencourt ne s'attachèrent guère à étudier les croyances des insulaires qu'ils voulaient convertir. Tout ce qu'on peut tirer de leur relation se trouve résumé dans cette phrase : {s sont moult fermes en leur loy et ils ont temples où ils font leurs sacrifices. (Op. cit., p. 132.) Dans le catéchisme que ces deux missionnaires rédigèrent pour leurs néophytes, on remarque plusieurs passages écrits dans l’intention de détruire des coutumes immorales (1) : mais ce serait en vain qu'on y chercherait quelque chose de relatif au système religieux des habitans de Lancerotte et de Fortaventure. Ilsse contentent de décla-

(1) Dans le chapitre du Paradis terrestre, il est dit : « Là, fut premièrement une seule femme, con- Joincte en un seul homme , et qui autrement le croit, pêche. » Les chapelains insistaient sans doute sur ce point pour éloigner de la polygamie les insulaires de Lancerotte, car dans cette île une seule femme avait jusqu’à trois maris. Le catéchisme de Bontier et Le Verrier est écrit en général avec beaucoup de simplicité ; on y remarque même certains passages dans lesquels les auteurs ont consigné leur ignorance comme preuve de leur bonne foi. Nous citerons entre autres une erreur populaire du bon vieux temps, qu’on retrouve dans cette phrase au sujet de l’arche de Noë : « Dieu lui coummenda qu'il fist une arche de bois carré, poly, et qu'il loindroit dedans et dehors de betun. Betun est un glu si fort et si tenant, que quand deux pièces de fait en sont assemblées et jointes, on ne les peut par nul art desassembler, sinon par sang naturel de fleurs de femme. » (Op. cit., p. 86.)

rer que « l'instruction chrestienne bailléepar messire de Bethencourt aux Canariens baptisez, n’a. été faite et-ordonnée qu’afin. d’oster leurs cœurs de la mauvaise créance:en quoy ils ont longuement esté et sont encore. (Op. cit. p. 94)

Viera, qui a eu recours aux renseignemens d'Espinosa et de Galindo pour la rédaction de ses Notices, nous apprend qu'il existait à Fortaventure: de grands édifices de pierre destinés au culte. Ces temples, qu'on appelait Æfequenes, étaient circulaires; deux murs concentriques formaient une double enceinte, dont l'entrée principale n'avait guère plus de largeur que celle des habitations ordinaires. C'était dans ces temples, situés la plupart sur le sommet des montagnes, qu'ils déposaient des offrandes de beurre et faisaient des libations avec du lait de chèvre en l'honneur d'une divinité protectrice à laquelle ils adressaient leurs prières en élevant les maïns vers le ciel. Des prétresses, dont les mystérieuses révélations entretenaient leur crédulité, exerçaient chez eux une grande influence. L'histoire a conservé les noms de deux de ces femmes devineresses, Tbabrir et Tamonante, sa fille, qui prédisaient l'avenir, apaïsaient les dissensions et présidaient aux cérémonies religieuses (1).

Les traditions historiques citent encore plusieurs personnages qui jouirent d'une grande faveur par leurs prédictions et leurs prétendues relations avec un pouvoir surhumain. Nous avons dit tout ce que valut à la Canarienne Andamana son audacieuse imposture. À "Fénériffe, le vieux Guagnamegné (Guañameñe) s'acquit aussi une terrible célébrité (2), et, s'il en faut croire le P. Abreu Galindo, les habitans de l'île de Fer respectèrent la prédiction du devin Yoñe, qui leur avait

annoncé l'arrivée des hommes envoyés par Eraoranhan. Ces insu-

(4) Moticras, tom. 1, pag. 167.

(2) Le Mencey Bencomo fit pendre à un laurier le devin Guañameñe, pour lui avoir prédit, au milieu

du Tagoror, tous les désastres de l’invasion étrangère. (Viana, ch. 3.)

laires (les Beny” Bachirs) vénéraiïent deux divinités tutélaires, arbitres souverains de tout bien, Eraoranhan, qui protégeait les hommes, et Moreyba, qui veillaït sur les femmes. Il est à remarquer que lesnaturels de l’île de Fer, après leur conversion au christianisme, continuèrent à invoquer Jésus et la vierge Marie sous ces deux noms (1). Eraoranhan et Moreyba siégeaient, disaient-ils, sur les deux rochers élevés de Bentayga, que l'on désigne encore aujourd'hui sous le nom de Santillos de los antiguos. Dans les temps de sécheresse, la population se portait en masse vers Bentayga, et chaque sexe se groupait autour de son rocher protecteur, priant à la fois les deux divinités pour obtenir la pluie et avec elle l'abondance et le bonheur. Un jeûne de trois jours accompagnait ces vœux expiatoires durant lesquels le fanatisme, excité par la faim, donnait un libre essor au désespoir et s'exhalait en cris de rage. Mais, lorsqu'en dépit de tous ces témoignages solennels le ciel restait sourd à leurs prières, un vieillard, vénéré par sa piété et sa sagesse, entraînait le peuple vers la grotte d'Asteheyta, située dans le district de Tacuetunta, et pénétrait seul dans l'antre sacré où l'on nourrissait l Aranfaybo protecteur. C'était un porc de la petite race, qui avait le privilége d'intercéder auprès de la divinité pour mettre fin à la calamité publique. Le sage d'Asteheyta ne tardaït pas à reparaître à l'en trée de la grotte; il portait lÆranfaybo sous son tamarck et le présentait au peuple qui l'accueillait avec des transports de joie. Le porc réstait libre et courait les champs tant que le ciel refusait ses bienfaits à la terre, mais on le ramenait en triomphe dans son premier gîte dès que la pluie commençait à tomber (2).

Les naturels de la Grande Canarie reconnaissaient un être suprême, conservateur du monde, qu'ils appelaient Æ//corac ou Acoran, et

auquel ils rendaient un culte dans de petits temples de pierre (oralo-

(1) Viera (ex Galindo), Moucias, tom. 1, p. 168, note. (2) Moticias, tom. 1, pag. 167.

( 169 ) rios) ou sur le sommet des montagnes les plus escarpées, Le faycan présidait à toutes les solennités, mais les harimaguadas, ces jeunes vierges qui habitaient dans les grottes que nous avons décrites, prenaient aussi une part très-active aux cérémonies religieuses.

« Les harimaguadas, dit Viera, vivaient d'aumônes; elles portaient

des robes de peau blanche, plus larges que celles des autres femmes;

» elles jouissaient de grands priviléges. Leurs principales fonctions

consistaient en libations de lait qu'elles faisaient chaque jour dans » le temple en l'honneur de la divinité, et ce temple était un asile » sacré que personne n'aurait osé violer impunément (1). »

Les hautes cimes de Tirma dans le pays de Galdar, et les rochers d'Umiaya dans celui de Telde, étaient aussi des lieux de refuge contre les persécutions. On invoquait dans les sermens ces sites mystérieux : jurer par le Tirma et l'Umiaya était un engagement sacré qu'il fallait accomplir sous peine d'infamie, Dans les grandes calamités et surtout quand les pluies se faisaient trop long-temps attendre, le faycan ordonnait une procession en grande pompe à l'un des deux rochers : le peuple s’y rendaït de toutes parts, portant des branches d'arbre et des feuilles de palmier ; les harimaguadäs ouvraient la marche, et dès qu'elles étaient arrivées sur la haute cime, elles brisaient, avec certaines cérémonies, des vases remplis de lait et de beurre, puis on dansait la canarienne (e/ bayle canario) et l'on entonnait des complaïntes usitées en pareille circonstance. Après ces manifestations, la procession se dirigeait vers la mer pour frapper les ondes avec les branches qui

‘avaient servi à la fête, tandis que le peuple faisait retentir les airs de ses cris et de ses lamentations. Quelques auteurs assurent que l'on vit parfois dans ces occasions des guerriers se dévouer comme des victimes expiatoires et se précipiter du sommet du Tirma (2). Ces assertions, il

(1) Noticias, tom. 1, pag. 170.

(2) Gomara est un de ceux qui ont cité ce fait. (Voy. Hist, gener. de las Ind., cap. 294.) Mais Cada- 1. —(1"° PARTIE.) (ETHNOGRAPHIE. ) — 22

est vrai, sont contestées par Galindo; mais il est de fait que, pendant la guerre de la conquête, plusieurs Canariens exaltés par l'amour de la liberté et voulant acquérir un glorieux renom, exécutèrent ces sortes de résolutions désespérées (1).

Les habitans de Canaria vénéraient les idoles : nous avons fait mention de celle de pierre que les navigateurs envoyés par Alphonse IV en 1341, retirèrent d'un temple canarien et qu'ils transportèrent à Lisbonne. Cette statue représentait un homme nu portant un globe dans sa main. Les annotations d'André Bernaldes nous signalent un autre fait qui donnerait à la religion de ce peuple une apparence d'idolâtrie. « Dans la Grande-Canarie, dit cet historien , il y » avait un édifice destiné au culte, qu'ils appelaient Tirma. C'était là » qu'on vénérait une idole en bois de la longueur d'une demi-lance, » représentant une femme nue et sculptée de manière à montrer » toutes ses formes. Devant cette femme se trouvait une autre sculp- » ture qui figurait une chèvre disposée à l'accouplement ,ayant der- » rière elle un bouc prêt à la couvrir pour la féconder. C'était devant » ce groupe qu'on faisait des libations de lait et de beurre, en manière » d'offrande, de dîme ou de prémices. Tout ce laïtage (ajoute le curé » Bernaldes) répandait une fort mauvaise odeur (2). »

Il paraît que d'autres écrivains espagnols eurent connaissance de cet hommage rendu au pouvoir propagateur par les naturels de Canaria, puisque le bachelier François Tamara, dans ses Coutumes des

mosto , qui en parle aussi, dit que ces sortes de dévonements étaient un hommage rendu au prince à l’époque de son avènement. (Voy. nos cit., pag. 63 )

(1) Viera, Noticias, pag. 170 et 171.

(2) « En la Gran Canaria tenian una casa de oracion, Llamavan alli a Tirma , è tenian alli una ima- » gen de palo tan lunga como media lanza, entallada con todos sus miembros de muger, desnuda con » sus miembros de fuera, é delante della una cabra de un madero entallada con sus figuras de hembra » que queria concebir, i tras della un cabron entellado de otro madero, i puesto como que queria » subir à engendrar sobre la cabra. Alli deramavan leche é manteca, pareceque en ofrenda à diezmo Ô

» primicia. E olia aquello alli mal à la leche é manteca. » (Hist. de los Reyes Catal., cap. 63.)

Peuples, faït mention de temples (oratorios) arrosés chaque jour avec du laït de certaines chèvres qu'on appelait animaux sacrés (animales sanios), et Lucius Marineus confirme le même fait (1). Le P. Abreu Galindo, en parlant des chèvres destinées au service des petits temples qu'il appelle Æ/mogaren, dit qu'on les laissait toute l'année avec les boucs, afin qu'elles ne manquassent jamais de lait.

Lorsqu'après la soumission de Canaria, la population de Telde fut déportée en masse à Séville, les Canariens conservèrent encore dans l'exil leur apparente idolâtrie, et nous avons vu qu'il fallut que le roi d'Espagne, par un ordre adressé de Cordoue (30 août 1485) à l’alcade mayor Juan Guillen, enjoignît à ce magistrat d'empêcher les Canariens de se réunir dans les maïsons qui leur avaient été d'abord assignées pour l'exercice de leurs cérémonies païennes; (para que ellos no sigan juntandose en las casas que les señalaron haciendo los actos è comunidades è gentilidad que solian (2).

Enfin, dans le catalogue canarien du P. Ab. Galindo, nous trouvons le mot Gabio ou Gabiot pour désigner l'esprit malin,ce qui semblerait indiquer que le génie du mal jouait un certain rôle dans les croyances de ces insulaires. Il est aussi question, sous les noms de mahio et de tibicen, de fantômes ou d'êtres surnaturels. Telles sont les notions que nous avons pu recueillir sur la théogonie des habitans de Canaria.

Les Haouarythes de l’île de Palma adoraïent un être suprême sous le nom d’/bora, ou le dieu de l'univers, qui siégeait au plus haut des cieux et faisait mouvoir tous les astres. Ils lui avaient élevé des pyramides en pierres sèches , autour desquelles ils se réunissaient à différentes époques, pour assister à des fêtes religieuses qui se terminaient toujours par des chants et des exercices gymnastiques.

Au centre de l’île, dans la profonde vallée d'Acero, aujourd'hui la

(4) Voy. nos cit., p. 88 et 89.

(2) Voy. nos cit., p. 81.

Caldera, où la tribu de Tanausù vint s'établir, il existe un roc escarpé qui se dresse comme un immense obélisque. Les naturels l'appelaient Idafe et avaient pour lui la plus grande vénération. La crainte de voir l'énorme monolythe s’écrouler tout à coup et les écraser sous ses ruines, motivaient sans doute l'espèce de culte qu'ils lui avaient voué, et c'était probablement pour prévenir ce désastre, qu'ils lui apportaient des présens et lui adressaient leurs prières. Pleins de respect pour ce roc redoutable, ils ne s'en approchaïent qu'en tremblant et déposaient à sa base le cœur, le foie et les poumons des animaux dont ils faisaient leur principale nourriture. Les offrandes étaient toujours présentées par deux personnes. La première s'avançait en chantant ces paroles : « Yeuida yguan Idafe (1) — Tomberas-tu, Idafe ? » et la seconde répondait : « Donne-lui et il ne tombera pas ().» D'autres fois, c'élaient des victimes entières qu'on sacrifait au rocher de la vallée en les précipitant du haut des escarpemens (3).

Le mot yrueñe, que le P. Ab. Galindo à donné dans son catalogue du dialecte des Haouarythes et qui signifiait le diable ou une apparition fantastique, prouve assez que les idées religieuses des naturels de la Palma étaient aussi mêlées de superstitions.

Les historiens ne nous ont transmis que fort peu de renseignemens sur la théogonie des Guanches : on sait seulement qu'à Ténérifte, on adorait Achaman, le Dieu suprême, qu'on invoquait sous différens noms, tels que : Æchguayaxiraxi, le conservateur du monde, Æchahurahan, le grand, Achicanac, le sublime, Achguarergenan, celui qui soutient tout, Æ/guoychafunataman, celui qui soutient le ciel et la terre. On l’appelait encore coran ou Alcorac, comme à la Grande-

(1) Nous reproduisons ici la phrase d’après l’orthographe des historiens espagnols, mais c'est FYwan ydir Idafe qu'il faut écrire , selon G. Glas. (Voy. Hist. can. 11.)

(2) FYguida gueryerte yguan tard , d’après l'orthographe de Viera.

(3) Noticias, tom. 1, pag. 168 et 169.

( 4459 Canarie, et s'il faut en croire Viana, le titre de WMencey ou Seigneur lui était aussi dévolu (1).

Tous ces noms ont été diversement orthographiés par les auteurs espagnols, et le même les a souvent écrits de plusieurs manières. Nous ferons connaître ces variantes en traitant des différens dialectes. Viana parle de certains lieux affectés aux cérémonies religieuses, et d'un édifice dans lequel on se rassemblait pour adorer le Dieu toutpuissant, clément et juste :

En una casa todos concurrian Creyendo y adorando à un Dios solo Cuyo ser infinito omnipotente,

Justo , clemente y pio confesaban.

" (Ch.r.)

Viera fait mention, d'après Espinosa, d'une cérémonie touchante qui avait lieu, à Ténériffe, dans ces temps de calamité publique où la sécheresse amenaït avec elle la disette et la désolation. On rassemblait tous les troupeaux dans une vallée profonde, en ayant soin de tenir les petits séparés des mères pour qu ils fissent retentir les airs de leurs bélemens. Alors commençait un concert de cris plaintifs que répétaient les échos du vallon, et ce peuple pasteur, qui fondait tout son espoir sur la fertilité des pâturages , croyait que l'intercession des innocentes victimes de la faim était un moyen efficace pour implorer les bienfaits du ciel et le faire compatir à ses maux. #

- Les Guanches disaient que Guayota, le génie du mal, habitait au centre de la terre, ou bien se tenait caché dans le volcan formidable dont ils redoutaient les éruptions. Teyde était le nom de la montagne ignivome; par Echeyde, ils désignaient l'enfer ou l’ardente fournaise

(1) Liamendole en su lengua hucanech, Guayageraz, acucanac, Menceyto, Acoron, acaman, acuherajan, Que son sublimes y altos epitetos.

(Viana, chant 1.)

que Guayota ne cessait d'attiser. C'était par l'Echeyde et par Magec, le soleil, qu'ils prononçaient leurs sermens :

Ignoravan que fuesen immortales

Las almas , y que hubiese pena y gloria

Aunque afirmavan cierto haber infierno

Que Ilamaban Echeyde, y al demonio

Guayota ; y per el alto monte Teyda

Y por el sol à quien Magec Ilamaban,

Juravan con recato y gran respeto.

(Vian, ch. 1.)

Avec des idées pareïlles, il serait difficile d'admettre que les Guanches n'aient eu aucun soupçon de l’immortalité de l'âme. Le peuple qui déposait du lait et des gâteaux de farine à côté des morts devait croire à une autre vie; les adorateurs du conservateur du monde, du Dieu clément et juste, ceux qui redoutaient le génie du mal et juraient par l'enfer ne pouvaient mourir sans crainte et sans espoir; ils pensaient sans doute qu'il survivaït quelque chose de ce corps qu'ils étaient si soigneux de conserver après le trépas, et nous ne partageons pas, à cet égard, l'opinion de ceux qui bornent les dogmes des Guanches à la simple croyance de la divinité, sans étendre les bienfaits de la religion au-delà de la vie (1). Il y a, dans ce peu de notions que l'histoire a conservées sur la théogonie canarienne, des idées analogues à celles qui dominent chez tous les peuples : le respect pour un être suprême uni à la crainte qu'inspire la colère de ce dieu puissant.

Sans chercher ici à tirer aucune conséquence des analogies qui existent dans le système religieux de deux nations d'origine diverse, nous ferons remarquer des croyances à peu près semblables chez les insulaires de l'Océanie, que les premiers navigateurs ne rencontrèrent guère dans un état de civilisation plus avancé que les Guanches. Aïnsi Taa-

(1) « Solo se puede decir queeran Deistas, à que tuvieron alguna idea obscura de un ente todo poderoso y eterno, à quien deben su existencia las criaturas : pero sin mas nociones de la inmortalidad del alma. ni mas idea de otra vida que la presente. » Noticias, tom. 1, pag. 165.

roa (Teneroa où Tangoroa), le Dieu suprême, dont on connaissait le nom dans tous les archipels de la mer du Sud, depuis les Sandwich de Cook jusqu'à la nouvelle Zélande, et qui avait partout les mêmes attributs, rappelle l'Æchaman des Guanches avec ses nombreux synonymes. Chez les insulaires de l'Océanie , Taaroa, le Dieu créateur, et Hina, sa femme (la Nature), enfantent Zioua, le dieu des étoïles ou le ciel, Rit (l'air), Fatou (la terre) et Oro (le pouvoir régénérateur (1).

La théogonie canarienne nous offre quelque chose d'approchant : Achaman (Alcorac où Acoran) représente le grand principe, le Dieu sublime et tout-puissant qui se multiplie et se reproduit sous d’autres noms, tels que le conservateur du monde (2), celui qui soutient tout (3), le régulateur des mouvemens célestes (4), Eraoraham et Moreyba, qui font pleuvoir et fertilisent la terre (5). L'infernal Guayota des Guanches n'est pas moins redouté que l'ardente Pele , la déesse des volcans des Hawaïiens; celle-ci exerce sa puissance dans l'immense cratère de Kirau-ea (6); celui-là établit son empire dans les flancs caverneux du pic de Teyde. Le spectacle des éruptions, les envahissemens de la lave, les convulsions du sol, les bruits souterrains, précurseurs d'affreux sinistres, tout ce que les phénomènes volcaniques, en un mot, offrent d'imposant et de terrible, avait jeté l'épouvante dans l’âme et donné naissance au culte de la peur. Le génie du mal, personnifié dans le volcan qui brûle et ravage, est une allégorie à la fois poétique et relisieuse. Dans les archipels de la mer du Sud, comme aux îles Canaries, la nature semble avoir emprunté les formes les plus grandioses et. les

(1) Voyages aux îles du grand Océan, par M. Moerenhout, tom. 1, p. 423 et suiv.

(2) Achguayaxiraxi.

(3) Achguarergenam. .

(4) L’Abora des haouarythes de l’île de Palma. (Voy. précédem. p. 171.)

(5) Les deux divinités qu'imploraient les Beny’-Bachirs de l’île de Fer. (Voy. précédem. pag. 168. )

(6) Voy. dans le Voyage pittor. autour du monde, de M. D. d’Urville, l’excursion au volcan de Kirau-ea, tom. 7, pag. 426. |

( 176 ) plus heurtées pour parler à l'imagination. À Ténériffe, c'est une montagne pyramidale s'ébranlant sur sa base et versant des fleuves de feu par ses flancs entr'ouverts ; à Canaria, les rocs escarpés de Tirma et d'Umiaya ; à l'île de Fer, les crêtes sourcilleuses de Bentayga, couronnées de nuages, et se dessinant comme deux fantômes à travers la vapeur du brouillard; à la Palma, le morne d'Idafe qui s'élève menaçant au-dessus des rochers de l'Ecero, mystérieuse enceinte dont le pâtre redoute les abords, Les insulaires de l'Océanie avaient leur Fatou, le dieu des éruptions et des bruits souterrains, Mahoui, qui présidait aux tremblemens de terre ,et avec eux les génies des tempêtes et des orages (1). Mais aux Canaries comme aux îles Sandwich, le fétichisme n'était que l'expression figurée des vœux adressés à l'être invisible, principe et fin de toute chose (2); les prières se rapportaient toujours au Dieu unique et suprême qui crée et anéantit, à ce pouvoir surnaturel, vivifiant et fécondateur comme le soleil, terrible et implacable comme le volcan, toujours prêt à écraser le coupable, comme le rocher suspendu sur l’abîme, Les traditions canariennes se taiïsent, il est vrai, sur le culte adapté à cette théogonie que l'histoire n'indique qu'à peine; il n'est guère question que d'offrandes, et pourtant, malgré la supposition toute gratuite de quelques écrivains , ces hommages rendus à la divinité sous une forme matérielle prouvent assez que l'ado-

ration avait franchi les bornes du spiritualisme (3). Quant à nous,

(1) Moerenhout, Voyages aux îles du grand Océan, tom. 1, pag. 561. (Voyez aussi les légendes, pag. 427 et 460.)

(2) « Decian que en lo alto estaba una cosa que gobernaba las cosas de la tierra , que Ilamaban Æ4coran, que es Dios. » P. Ab. Galindo ss. Viana, en citant les différens noms que l’on donnait à la divinité, s'exprime en ces termes :

Que son sublimes. y altos epitetos ,

Que significan todo poderoso

Sustentador y autor de lo criado,

Sin principio y sin fin, causa de causas.

(Chr)

Ghoe En Teneriffe se conservaron puras las opiniones en orden à la esencia divina, porque si

nous ne voyons dans les bizarreries de ce grossier panthéisme que l'adoration des forces physiques de l'univers créé, et cette adoration se résumait dans les vœux adressés à l'Étre suprême, soit qu'on l'invoquât sous le nom d’Æchaman ou d’Acoran, c'est-à-dire du Dieu créateur, ou bien sous celui de WMagec (le soleil), sa brillante image. Aïnsi encore, de même que Z'aaroa et Hina, les deux grandes divinités de l'Océanie, l'Eraoranhan de l’île de Fer, qu'imploraient les hommes, était l'être actif ou mâle, peut-être l’astre du jour, le principe de la chaleur, de la lumière et de la vitalité; et dès lors, dans Woheyra ou Moreyba, sa compagne, ne pourraït-on pas reconnaître le satellite de la terre, l’astre des nuits, le plus apparent du ciel après le soleil, celui enfin dont l'influence est connue de tous les peuples. Rappelons, en passant, ce que Cadamosto disait des anciens habïtans de ces îles: « [ls sont idolétres et vénèrent le soleil, la lune, les étoiles et diverses autres choses (1).

Ce ne sont là que de simples conjectures ; nous les livrons aux réflexions de ceux qui voudront approfondir ces sortes de matières. Maïs que pourront-ils conclure de ces rapprochemens? si ce n'est que la théogonie des Guanches, de même que celle des Océaniens et en général de tous les peuples de la terre, laisse entrevoir une pensée morale, élément constitutif de tout système religieux, se modifiant sous diverses formes et qu'on retrouve partout dans l'histoire de l'humanité. Il existait même chez les insulaires des Canaries certaines croyances qui pourraient donner matière à un long examen. Lorsque les conquérans interrogèrent les vieillards de Canaria sur leur origine, ceux-ci répondirent : « Nos ancêtres nous ont dit que Dieu

nous mit dans cette île et qu'il nous y oublia ; mais que du côté de l'Orient

creemos à nuestros escritores , los Guanches la adoraban filosoficamente y en espiritu , atribuyendole nombres sublimes y pomposos. » Viera, Moticias, tom. 1, pag. 165. (1) Voyez nos citations, pag. 63.

1,—(1"e PARTIE.) (ETHNOGRAPH.) — 93

viendrait la lumière qui doit nous éclairer (1). » Les légendes traditionnelles recueillies par le P. Espinosa ne sont pas moins curieuses : « Au commencement du monde, Dieu créa un certain nombre d'hommes et de femmes avec de la terre et de l'eau. » On retrouve ici, en d’autres termes, le texte biblique de la formation de l'homme avec le limon de la terre ; seulement, l'acte de la création est exprimé dans un sens collectif : cest à la fois un certain nombre d'hommes et de femmes qui reçoivent l'existence (2). « Cette race primitive fut privilégiée, nous dit encore la légende, mais Dieu frappa de dégradation celle qui vint ensuite : à la première il avait donné tous les troupeaux; à la seconde, qu'il créa plus tard, il ne donna rien. » Ces croyances, que des traditions infidèles n'ont pu rendre sans doute dans leur véritable expression, ne semblentelles pas puisées à des sources sacrées? Des remarques analogues pourraient s'appliquer aux notions religieuses des peuples de l'Océanie, qui, avec certaines modifications, se reproduisent dans la région polynésienne, comme aux Canaries, pour témoigner de la parenté des sociétés humaines, malgré leur excentricité relative et les distances qui les séparent aujourd'hui de leur point de départ (3). Quels que soient donc les rapports qui résultent de la comparaison entre deux peuples dont les croyances, les coutumes où les institutions nous offrent plusieurs points de contact, on ne saurait tirer de ces analogies aucune conséquence en faveur de l'identité de leur race ou de leur communauté d'origine. Reconnaïissons seulement que s'il existe entre eux une con- formité de pensée pour ce qui tient au dogme, c'est-à-dire à lacroyance d'un Dieu créateur, unique, universel, qui commande aux élémens, donne la vie et dispense les biens de ce monde, il est aussi des rapports d'idolâtrie qui se font remarquer dans leurs superstitions, et que cette

(1) André Bernaldes, op., cit., ©. Lx.

(2) Voyez nos citations, pag. 126, (3) Voy. Mocrenhout, op. cit , tom. 1, pag. 556.

( 179 ) conformité de pensée ne peut être que le résultat d'une imagination frappée des mêmes phénomènes. L'intelligence des hommes placés dans les mêmes conditions d'existence a dû rouler dans le même cercle d'idées, lorsque, saisie d'admiration devant les œuvres de la création et les prodiges de la nature, elle a cherché une cause première pour but de ses hommages (1).

Page 1