PARTIE.) (ETHNOGRAPH
très-antérieure, et la solitude qui régnait alors sur des plages désertes, du moins en apparence. Mais sous l'empire d'Auguste, le prince africain, qui savait apprécier l’heureuse situation de ces îles qu'il avait fait explorer, ne tarda pas sans doute à répandre sur tout l'archipel les nouveaux germes de cette colonisation qu'il avait restreinte d'abord au Purpuraires (1). Peut-être, dans le cours de nos recherches, trouverons-nous des preuves assez évidentes pour confirmer plusieurs conjectures que nous n'osons émettre encore sur des migrations qui nous paraissent s'être renouvelées à différentes époques. |
Après l'encyclopédiste latin, on ne trouve plus, en parcourant l'histoire, d'autres documens sur les Fortunées que la relation des Arabes Maghrourins partis de Lisbonne au commencement du douzième siecle, ou peut-être même long-temps auparavant, car Edrisi, qui fait mention de cette entreprise dans sa géographie (2), nen parle pas
comme d'un événement récent.
(1) Pline nous apprend que Juba avait fondé dans ces îles des établissemens pour la teinture en pourpre. « Nec Mauritaniæ insularum certior fama est. Paucas modo constat esse ex adverso Autalolum, a Juba reperlas, in quibus Getulicam:purpuram tingere instituerat, » lib. vr, cap. xxxvi. La situation des îles de Lancerotte et Fortaventure presque en face du pays qu’habitaient les-Getules Autaloles confirme l’opinion de Danville (Géog. anc. abrégé, t. 1, p. 117) et de Gosselin, qui ont considéré aussi ces deux îles comme les anciennes Purpuraires. La relation des envoyés de Juba les place à l’orient des grandes Fortunées, et l'itinéraire des explorateurs doit être compté à partir de ces îles. Voyez la première partie de notre tom. 11, p. 16-19.
(2) L'ouvrage d’Edrisi ( Abou-abd-Allah-Mohammed Æl-Edrisi, qu’on a souvent désigné sous le nom de Geographe de Nubie ) fut terminé dans les derniers jours du mois de Chewäl, l’an 548 de l’hégire ( correspondant à la mi-janvier de l’an 1154 de J.-C. ). IL porte pour titre : Délassement de l’homme désireux de connaître à fond. les diverses contrées du monde.
Il existe plusieurs copies mss. de ce livre si curieux par les renseignemens géographiques qu’il renferme.
1° Le manuscrit de la Bibliothèque Royale (-copie d’Almeria, 1344 ), traduit par M. P. Amédée Jaubert (Voy. Géographie d'Edrisi, vol. v et vr du Recueil de voyages et de mémoires de la Soc. de Géog.)
2 Le manuscrit de la collection Asselin, rapporté d'Égypte et acquis par la Bibl. Roy. en 1830, avec les 69 cartes géographiques qui l’accompagnent.
3° Deux autrés manuscrits de la Bibliothèque Bodleyenne d'Oxford, l’un rapporté d'Egypte par Greaves, et l’autre de Syrie par Pococke.
À ces copies complètes de la géographie d’Edrisi, il faut joindre l’4érégé du texte arabe, imprimé à Rome en 1592 d’après le ms. n° 334 de la Bibl. du Roi, selon M. Jaubert.
« Ce fut de Lisbonne, dit-il, que partirent ces navigateurs lors de leur expédition » ayant pour objet de savoir ce que renferme l'Océan et quelles sont ses limites. » Ainsi que nous l'avons dit plus haut, il existe ( encore ) à Lisbonne, auprès des bains chauds, une rue qui porte le nom de rue (ou de chemin) des Maghrourins (1).
» Voici comment la chose se passa : ils se réunirent au nombre de huit, tous proches parents ( littéral. cousins-germains ), et après avoir construit un vaisseau de transport, ils y embarquèrent de l’eau et des vivres en quantité suffisante pour une navigation de plusieurs mois. Ils mirent en mer au premier soufile du vent d’est. Après avoir navigué durant onze jours, ou environ, ils parvinrent à une mer dont les ondes épaisses exhalaient une odeur fétide, cachaient de nombreux récifs et n'étaient éclairées que faiblement. Craignant de périr, ils changèrent la direction de leurs voiles et coururent vers le sud durant douze jours, et atteignirent l'île des Moutons, ainsi nommée parce que de nombreux troupeaux de moutons y paissent sans berger et sans personne pour les garder.
» Ayant mis pied à terre dans cette île, ils y trouvèrent une source d’eau courante et des figuiers sauvages. Ils prirent et tuèrent quelques moutons ; mais la chair en était tellement amère qu'il était impossible de s'en nourrir. Ils n’en gardèrent que les | peaux, naviguèrent encore douze jours, et aperçurent enfin une île qui paraissait habitée et cultivée; ils en approchèrent afin de savoir ce qui en était; peu de temps après ils furent entourés de barques, faits prisonniers et conduits à une ville située sur le bord de la mer. Ils descendirent ensuite dans une maison où ils virent des hommes de haute stature, de couleur rousse et basanée, portant des cheveux longs ( littéral. non crépus ), et des femmes qui étaient d’une rare beauté. Ils restèrent trois jours dans cette maison. Le quatrième, ils virent venir un homme parlant la langue arabe, qui leur demanda qui ils étaient, pourquoi ils étaient venus, et quel était leur pays. Ils lui racontèrent toute leur aventure; celui-ci leur donna de bonnes espérances et leur fit savoir qu'il était interprète. Deux jours après ils furent présentés au roi (du pays ), qui leur adressa les mêmes questions, et auquel ils répondirent, comme ils avaient déjà répondu à l'interprète, qu’ils s'étaient hasardés sur la mer afin de savoir ce qu'il pouvait y avoir de singulier et de curieux, et afin de constater ses extrêmes limites.
» Lorsque le roi les entendit ainsi parler, il se mit à rire et dit à l'interprète : Explique à ces gens-là que mon père, ayant ( jadis ) prescrit à quelques-uns d’entre ses esclaves de s’'embarquer sur cette mer, jusqu’à ce que la clarté (des cieux ) leur ayant tout-à-fait manqué, ils furent obligés de renoncer à cette vaine entreprise. Le
(1) « L'expédition des Arabes aux îles des Brebis amères et des Hommes rouges, dit M. de Humboldt, » avait acquis tant de célébrité qu’une des rues de Lisbonne prit le nom du Quartier de ceux qui ont éte » trompés. C’est la traduction exacte que de Guignes donne du mot 4/magrurin, mal interprété par les » traducteurs maronites et les écrivains modernes, qui nomment les Almagrurins les frères errans. » Exam. critiq. de la géog. du nouv. cont., tom. 11, p. 141, édit. in-8°.
roi ordonna de plus à l'interprète d’assurer les Maghrourins de sa bienveillance, afin qu'ils conçussent une bonne opinion de lui, ce qui fut fait. Ils retournèrent donc à leur prison, et y restèrent jusqu'à ce qu’un vent d'ouest s'étant élevé, on leur banda les yeux, on les fitentrer dans une barque, et on les fit voguer durant quelque temps sur la mer. Nous courûmes, disent-ils, environ trois jours et trois nuits, et nous atteignimes ensuite une terre où l’on nous débarqua, les mains liées derrière le dos, sur un rivage où nous fümes abandonnés. Nous y restâmes jusqu’au lever du soleil, dans le plus triste état, à cause des liens qui nous serraient fortement et nous incommodaient beaucoup. Enfin, ayant entendu des éclats de rire et des voix humaines, nous nous mines à pousser des cris. Alors quelques habitans de la contrée vinrent à nous, et nous ayant trouvés dans une situation si misérable, nous délièrent et nous adressèrent diverses questions auxquelles nous répondimes par le récit de notre aventure. C’étaient des Berbers. L'un d'eux nous dit : Savez-vous quelle est la distance qui vous sépare de votre pays? Et sur notre réponse négative, il ajouta : Entre le point où vous vous trouvez et votre patrie il y a deux mois de chemin. Celui d’entre ces individus qui paraissait le plus considérable disait (sans cesse ) : Wasafi ! (hélas ! ), voilà pourquoi le nom du lieu est encore aujourd’hui Asaf. C’est le port dont nous avons déjà parlé comme étant à l'extrémité de l'Occident. »
Telle est la traduction littérale, qu'un de nos plus savans orientalistes, M. Amédée Jaubert, a donnée du texte de l'Edrisi (1). Ebn-al-Ouardi a décrit presque dans les mêmes termes les aventures des Maghrourins : « Huit personnes de la même famille, dit-il, partaient du port d’ Aschbona (Lisbonne) sur un vaisseau qu’elles firent équiper et dans lequel elles mirent des provisions pour long-temps, etc. » De Guignes a donné des extraits d'Ebn-al-Ouardi accompagnés de commentaires sur le voyage des navigateurs maghrourins (2). On peut lire aussi le passage que nous venons de transcrire dans la iraduction latine de l'Afrique
: d'Edrisi, par Hartmann, et dans la version de Gabriel Sionite et Jean
Hesronite, publiée à Paris, en 1619, sous le titre de Geographia nubiensis, id est accuratissima totius orbis, in septem climata divisi, descriptio,
d'après le texte arabe incomplet imprimé à Rome en 1592, Il existe
(1) Voy. Géog. d’Edrisi, tom. 11, p. 26 et suiv. (vi® vol. des Recueil de voyages et Mém. de la Soc. de Géog. )
(2) Voy. Notices et Extr. des Manusc. de la Bibl. du Roi, t. , et Notice sur le FER Khaledat-el- Adgiaib. Journal des Savanrs, avril 1758.
CS encore une traduction espagnole abrégée de l'Edrisi, où l'on peut voir le même passage : c'est celle de Joseph Conde, sous le titre d'EZ deseoso de peregriner la tierra (À).
Nous avons eu occasion de consulter ces différentes versions de l’Abrégé tronqué de la géographie d'Edrisi; la plupart nous ont offert des variantes ou des omissions dans le passage intéressant que nous voulions commenter, et nous nous sommes empressé de profiter de l'excellente traduction que M. Jaubert vient de publier du texte complet du géographe arabe, pour reproduire en entier tout ce qui se rapporte au voyage des Maghrourins. Nous répéterons ici les réflexions du savant traducteur sur l'importance des passages qui avaient été omis dans des manuscrits mutilés et transcrits par d'ignorans copistes: « Plus j'apportais d'attention à déméler le vrai du faux, plus Je restais » convaincu que les passages omis par l'abréviateur étaient en général » ceux qui pouvaient répandre le plus de lumière sur létat des connais- » sances géographiques au moyen âge, sur l’histoire des productions natu- » relles et des monumens des pays décrits, sur les mœurs, les coutumes et » l’industrie des habitans. J'étais d’ailleurs frappé de la naïveté du style, » du ton de bonne foi et de l'esprit de défiance et de doute qui caractérisent » l'Edrisi, et il m'était facile de voir à chaque page que l'auteur écrivait » avec conscience, et qu’il ne donnait pour certain que ce qu'il croyait étre » la vérité (2) ».
Le voyage des Maghrourins, dont nous allons interpréter la relation, fut exécuté avant 1147, époque de l'expulsion des Maures de Lisbonne. La mer aux ondes épaisses qui exhalaïent une odeur fétide et cachaient de nombreux récifs était vraisemblablement celle des Açores que les aventuriers arabes atteignirent après onze jours de navigation, poussés
par le vent d'Orient. Le phénomène qui les effraya dans ces parages
(1) Voyez les compilations de J. Conde sur les auteurs arabes, tom. 1, chap. ax, p. 526. (2) Géog. d'Edrisi, tom. 1. Préface du trad., p. 1x.
dut être celui des volcans sous-marins ; car l'archipel des Açores et la mer adjacente ont été bouleversés à différentes époques par des éruptions volcaniques, et l’histoire en fournit plusieurs preuves. Celle qui eut lieu peu après la découverte de l’île de San Miguel, en 1444, fut des plus terrible : elle détruisit le pic de l'ouest que Gonçalo Velho Cabral avait relevé comme un signe de reconnaissance lors de son premier voyage. Ce navigateur trouva la mer, dans les alentours de l'île, encore toute couverte de pierres ponces, quand il retourna pour coloniser le pays avec une autre expédition ordonnée par le prince Don Henri (1). L'ile de la main de Satan (le Satanaxio d'Andréa Bianco (2), Sarastagio de Bedrazio?) est peut-être la même que l’île des Démons (isla de los Demonios) indiquée dans le voisinage des Açores sur d'anciennes cartes espagnoles et françaises (3). Cette dénomination allégorique semblerait allusive aux éruptions sous-marines qui volcanisèrent ces parages de temps immémorial et dont la recrudescence se manifesta à plusieurs reprises, de 1638 à 1811, par le soulèvement de petites buttes volcaniques autour des îles de Saint-Michel et de Saint- Georges (4).
En s'éloignant de ces parages, les Maghrourins frent route au sud pendant douze jours, Ce trajet, à une époque où l’art de la navigation n'était pas encore en grand progrès, ne put les conduire bien loin, attendu surtout que le vent ne leur était pas très-favorable, ce que du moins on doit inférer de ce qu'ils changèrent la direction de leurs voiles. 1 faut admettre aussi qu'en s'aventurant sur ume mer inconnue, ils faisaient peu de chemin pendant la nuit. Par conséquent, l'{e des
Moutons, où ils abordèrent le douzième jour, ne peut être que celle de
(1) Voy. tom. 11, re partie, Géologie, p. 326, note.
(2) Voy. les fac-simile qui ont été publiés de l’atlas qu'il dessina à Venise en 1436 et que Formaleoni a illustré par ses remarques dans le Saggio sulla Nautica antica dé Weneziani con una illustrazione d'aulcune carte della bibliotéca di san Marco, parte n.
(3) Voy. Précis de Grégr., t. 1, p. 531.
(4) Voy. Humboldt. Exam. crit., t. n, in-80, p. 245, note.
Madère, alors inhabitée. Mais la rencontre de troupeaux dans une île déserte nous paraît fort douteuse (1), et, si à l'exemple de l'Edrisi on admet ce fait sur la foi des navigateurs arabes, l'amertume de la chair des moutons ne saurait s'expliquer que par la pâture des herbes sauvages. Aux îles Canaries, la chair des brebis et des vaches qui se nourrissent des feuilles de l'Orobal (Physalis aristata) et d'antres espèces de la famille des solanées, acquiert une odeur putride et un goût des plus détestables. Or, des plantes analogues pouvaient exister à Madère lorsque la nature laissait un libre essor à la végétation, Du reste, l'indication des eaux courantes et des figuiers sauvages semble désigner aussi l'île située entre les Açores et les Canaries. Il est encore question de cette {le des Moutons dans un autre passage de l'ouvrage d'Edrisi en traitant de la première section du troisième climat (2).
« Dans cette mer, dit-il, il existe également une île d'une vaste éten- » due et couverte d'épaisses ténèbres. On l'appelle l'île des Moutons, » parce qu'il ÿ en a beaucoup en effet ; mais la chair de ces animaux est » amère, à tel point qu'il n'est pas possible d'en manger, s'il faut ajouter » foi au récit des Maghrourins. » Puis il ajoute : « Près de l’île que nous » venons de nommer se trouve celle de Raca, qui est l'ile des Oiseaux. » On dit qu'il s'y trouve une espèce d'oiseaux semblables à des aigles, » rouges (fauves?) et armés de griffes ; ilsse nourrissent de coquillages et » depoissons, et nes'éloignent jamais de ces parages (3).» Ainsi, par l'#/e d’une vaste étendue, couverte d'épaisses ténèbres, on doit entendre encore celle de Madère, qui à environ cinquante-cinq lieues de circonférence et que les brouillards voiïlent sans cesse. La petite île que le géographe arabe désigne sous le nom de Raca et où stationnent des oïseaux de
(1) On sait qu’en 1420 les Portugais trouvèrent cette île dépeuplée d’hommes et d’animaux.
(2) « Lapremière section du troisième climat commence à l’océan ténébreux ( mer ténébreuse ), qui baigne la partie occidentale du globe terrestre. » Op. cit., tom. r, p. 197.
(3) Op. cit., tom. r, pag. 200 et 201.
proie aux habitudes ichthyophages, serait dès lors celle de Porto- Santo, qui avoisme la première et que fréquentent les aigles pécheurs.
Ebn-al-Ouardi indique cette île de Raca sous le nom de Thouïÿour (ou des Oiseaux) : « Elle est habitée, dit-il, par des aigles rouges munis » de grandes griffes qui s'y rassemblent pour aller chasser loin des côtes » en pleine mer. Houcaïli prétend qu'un roi des Francs y envoya un » vaisseau pour se procurer de ces aigles, mais ce bâtiment se per- » dit (1). » La dénomination d'île des oiseaux, des vautours ou éperviers, des aigles, griffons, corbeaux ou pies de mér, fut appliquée indistinctement à plusieurs îles auxquelles les géographes modernes assignèrent souvent des positions non moins arbitraires que celles tracées où décrites par leurs devanciers du moyen-âge. Déjà, avant la découverte des îles de Corvo et Flores en 1449, le nom de Corvos marinos était inscrit sur des cartes vénitiennes et désignait une île de l'Océan. Dans l'atlas d'Andrea Bianco (1436), on trouve parmi les Acores une île Ornithonyme ({sola di Columbi) qui n'est pas celle d'Ebnal-Ouardi. Bordone, dans son Zsolario , fait mention d'une île des Pies qu il place dans le voisinage des Canaries (2). En rapportant ces différens noms à certaines îles des Archipels atlantiques qui furent découverts ou retrouvés successivement par les navigateurs européens dans le cours du quatorzième et quinzième siècles, quelques commentateurs ont pensé que les groupes des Açores (insulæ Accipitrum) n'étaient que la traduction portugaise de l'île Raca ou des oiseaux de l'Edrisi (Dgeztrat-el-Thoïour); mais l'indication du géographe arabe en signalant cette île à côté de celle des Moutons ou des Brebis (Dgezirat alghanam) nous a paru assez explicite pour pouvoir rapporter cette
dénomination à l’île de Porto-Santo.
(4) Voy. De Guignes. Ext. des Mss. de la Bibl. du Roi, t. n, p. 6.
(2) « …. Sene sono tre altre, ma picciole e diserte, l’une delle qual isola Bianca se nominata » l’altra delle Gaze, da gl’ucelli , che quivi (cosi detti) si ritruovano.. » Jsolario di Benedetto Bordonne nelqual si ragiona di tutti l'isole del mundo, etc. Venetia. M D XLVIT, f° xvn, verso.
En partant de Madère, les aventuriers arabes poursuivent leur route, et pendant douze jours leur exploration est infructueuse, maïs ils découvrent enfin une île habitée et cultivée. Les naturels, qui les retiennent prisonniers, possèdent des barques, vivent réunis dans des villages et obéissent à un roi. Ce sont des hommes de haute stature, de couleur rousse et basanée (1), c'est-à-dire, plus ou moins bruns, maïs indubitablement de race blanche, puisqu'ils portent des cheveux longs (non crépus) ; leurs femmes sont d'une rare beauté. Ils trouvent Rà des gens parlant leur langue et conférant dans un autre dialecte avec le prince qui les fait interroger. Ces indications nous démontrent assez que les Maghrourins abordèrent aux Canaries, probablement à Lancerotte ou à Fortaventure, où ils furent poussés sans doute par les courans et les vents alizés. Nous ne pouvons supposer qu'ils soient arrivés autre part; car si, d'après l'opinion d'un savant orientaliste de Gottingue (2), répétée par Malte-Brun, on les fait débarquer à une des îles du Cap-Vert, comment expliquer alors la présence de ces hommes de race blanche et de ces femmes d'une rare beauté dans un archipel voisin de l'Ethiopie occidentale.
M. de Guignes, dans ses extraits d'Ebn-al-Ouardi, à pensé que les Maghrourins abordèrent à un des archipels de la côte orientale de l'Amérique, trompé sans doute par l'expression d'hommes rouges dont s'est servi l’auteur arabe pour désigner les habitans de l’île où débarquèrent les voyageurs, et peut-être aussi par une navigation qu'il a supposée constamment dirigée au sud-ouest, d'après le projet des Maghrourins à leur départ de Lisbonne : « Leur intention étant de s’embarquer sur l'Océan et de ne point revenir qu'ils n'eussent décou-
vert les terres qui devaient le terminer à l'occident. (Voyez la trad. d'Ebn-
(1) Hommes rouges , dit Ebn-al-Ouardi, selon de Guignes. Op. cit. « Homines coloris rufi cum quâdam » cutis albitudine. » D’après la traduct. d’Hartmann. Op. cit. « Hombres rojos, de pelo largo, y statura procer. » Hommes rouges, à longs cheveux et haute stature, selon la version de Joseph Conde. Op. ct. (2) M. Tychsen, Neue oriental. und exegetische Bibliothek, t. vx, p. 54.