‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 4)Chapitre 4 sur 72 · L.—(1"* PARTIE.) è (ETHNOGRAPH · texte numérisé non relu

L.—(1"* PARTIE.) è (ETHNOGRAPH

(18) al-Ouardi, d'après les Notices et Extr. des Miss. de la Bibl. du-Roi, par de Guignes, t. 11.)

M. de Humboldt, s'en rapportant à la version que Hartemann a donnée de l'Edrisi, reconnaît la race guanche dans les caractères de la peau et la nature des cheveux des insulaires dont parlent les navigateurs. Le savant auteur de l'Evamen critique ne pense pas qu’on puisse se prévaloir de l’objection « que les îles Canaries étaient trop intimenent connues des Arabes sous le nom des Khaledat, pour que les aventuriers de Lisbonne n'eussent pas deviné où ils étaient parvenus au terme de leur course; et, bien que l'existence des îles Fortunées ne se fût pas effacée entièrement depuis les Grecs et les Romaïns, et que quelques explorateurs, sortis des ports de la Lusitanie ou du bassin de la Méditerranée, se fussent hasardés parfois dans l'Océan, il voit dans la description vague et confuse des Maghrourins la preuve de la rareté des communications dans le moyen-âge entre l'Europe occidentale et les îles atlantiques (1). »

Dans la première partie du troisième climat, Edrisi désigne l’île où les Maghrourins furent détenus sous le nom de celle des deux frères mâgiciens Cherham et Cheram (2). Elle estsituée, dit-il, en face du port » d'Asafi, et à une distance telle que lorsque l'atmosphère qui environne » la mer est sans brouillard, on peut, dit-on, apercevoir du continent » la fumée qui s'élève de l'île (3). » IL faut reconnaître à ce signalement

(1) Voy. Humboldt, Exam. crit. de hist. de la géog., tom. 11, p. 139-140, édit. in-8e,

® (2) « … On raconte, dit Edrisi, que ces deux frères exerçaient la piraterie sur tous les vaisseaux qui » venaient passer auprès de l’île; ils réduisaient en captivité les navigateurs et s’emparaient de leurs ‘» biens ; mais Dieu, pour les punir, les métamorphosa en deux rochers que l'on voit s'élever sur les » bords de la mer. Après cet événement, l’île redevint peuplée comme auparavant. » Op. cit., tom. 1, p. 200. Ce mythe arabe peut trouver son explication dans les formes bizarres de certains he basaltiques dont l’aspect frappa les premiers navigateurs et que personnifièrent ensuite des écrivains naturellement portés vers le merveilleux.

(3) « Cette particularité, ajoute Edrisi, a été racontée par Ahmed-ben-Omar, surnommé Raceam-el- » Avez, qui, chargé par le prince des fidèles, Ali-ben-Jousouf-ben-Taschfin, du commandement de sa » flotte, voulait y aborder ; mais la mort le surprit avant qu’il eût pu accomplir ce projet. On a recueilli

l'île de Lancerotte ou mieux encore celle de Fortaventure, qu'un petit bras de mer sépare de l'Afrique. Quelques heures de navigation suffisent pour atteindre les bords du Sahara en partant de la côte orientale de cette dernière. C'est ce qui fait dire aujourd'hui aux pêécheurscanariens: De Tuineje en Berberiase va y se vuelve en un dia (de Tuineje en Barbarie l'on va et l'on retourne en un jour). En effet, la distance entre le petit port de Tuineje, situé sur la bande orientale de Fortaventure , et le point le plus rapproché du littoral du grand désert n’est guère que-de dix-huit lieues, et bien qu'à cet éloignement il soit impossible de distinguer la famée, on pourrait facilement apercevoir la terre si la côte était plus élevée. La position que l'Edrisi donne à l’île des deux frères magiciens, par rapport à Asafi, semble plutôt applicable, il est vrai, à Madère et à Porto-Santo, mais la distance de ces îles à la côte d'Afrique ne saurait correspondre à la seconde partie de l'indication. Du reste, en additionnant les journées de navigation des Maghrourins, nous trouvons que, le onzième jour de leur départ de Lisbonne, ils reconnurent la mer des Âcores, d'où ils s'éloignèrent aussitôt pour atteindre l'île d'Alghanam ou de Madère, après douze jours de trajet vers le midi; or, celle des deux frères magiciens, dernier terme de leur exploration, etqu'ils abordèrent après douze autres jours de voyage, en continuant de faire voile au sud, nous signale évidemment une des Canaries , et sa situation en face d'Asafñi est sans doute une erreur du géographe, puisque cette position ramènerait les navigateurs vers le nord par la parallèle de Madère, au lieu de leur faire gagner du chemin vers le midi.

Le prince de l’île où les Maghrourins furent retenus, et qui les renvoya sur la côte d'Afrique dans des barques conduites par ses gens, leur parla d'une expédition -de découverte qui avait été ordonnée par

» des détails curieux, relativement à cette île, de la bouche des Maghrourins, voyageurs de la ville » d’Achbouna. » Op. cit., p. 20. |

(20 ) le roi son père, et ce fait est d'autant plus notable que tous les historiens assurent qu'au temps de la conquête les habitans des Canaries ignoraient entièrement l'art de la navigation, et n'avaient jamais construit des pirogues pour communiquer d’une île à l'autre.

La méfiance que montrèrent les sujets du prince qui les fit interroger, et les précautions que l’on prit pour les éloigner au plus tôt de ces parages, sont aussi des circonstances remarquables, Cette méfiance nous semblerait motivée par les invasions que ces peuples avaient déjà souffertes, et qu'ils craignaïent de voir se renouveler. Nous ne savons rien sur les événemens antérieurs à l’arrivée des Maghrourins ; maïs, à partir de cette époque, les insulaires des Canaries eurent à se tenir en garde contre les Européens, et ce fut le plus souvent sur Lancerotte et Fortaventure que les navigateurs du moyen-âge exercèrent leurs pirateries. |

Si le vague récit des Arabes n'a guère avancé nos connaissances sur les anciens habitans des îles Canaries, les explorations entreprises dans le treizième siècle ne nous ont pas instruils davantage. Nous savons seulement, d’après Foglietta, Pierre d'Albano et Pétrarque, que vers l'an 1291, deux capitaines génois, Tedice ou Teodisio Doria (Auria) et Ugolino ou Agostino Vivaldi, tentèrent un voyage de découverte et se dirigèrent d'abord sur les îles Fortunées. Selon toutes les apparences, les galères de Doria et de Vivaldi se perdirent sur la côte occidentale d'Afrique, et l'on n'a jamais rien su de leur relâche aux Canaries, si toutefois ils y abordèrent. Pétrarque s'exprime en ces termes : £ù (ad insulas Fortunatas) ef patrum memorid genuensium armata classis penetravit, et nuper Clemens VTilli patriæ principem dedit (1). M. J. Ciampi, qui a savamment commenté ce passage, pense que l'expédition faite pairum memorié doit se rapporter à celle dé 1291, mais que le reste de la phrase : nuper Clemens VI illi patriæ, etc., doit s'entendre proba-

(1) Pétrar. in Pit. sout., Uib. n, sect. vi, cap. 3.

(21) blement d'une autre entreprise (1). Lorsque Pierre d'Albano faisait mention dans ses écrits de l'expédition génoise, il y avait trente ans qu'on n’en avait aucune nouvelle, et ce qu'il en dit ne nous éclaire pas plus que les souvenirs traditionnels de Pétrarque : Parèm ante ista tempora januenses duas paravere omnibus necessartis munitas galeas, qui per Gades Herculis in fine Hispaniæ situatæ transiere. Quid autem illis contigerit, jam spatio ferè trigesimo ignoratur anno (2). Quant à Foglietta , voici ce qu'il rapporte dans son histoire de Gênes : Tedisius Auria et Ugolinus Vivaldus duabus triremibus privatim comparatis et instructis.… aggressi surt marilimam viam, ad eum diem orbt ignotam, ad Indiam patefaciendi, fretumque Herculeum egressi cursum in occidentem direxerunt quorum hominum.…… qui fuerint casus nulla ad nos unquèm fama pervenit (3). Le P. Augustin Justiniani ajoute seulement que deux religieux de l’ordre de saint François avaient pris part à cette entreprise hasardée (4). Mais, plus récemment, M. Graberg de Hemso est venu jeter quelques nouvelles lumières sur le malheureux sort des navigateurs liguriens, par la publication de plusieurs fragmens, en latin barbare, d'un manuscrit de 1456, conservé aux archives de Gênes. Ces documens nous apprennent qu'Antonioto Usodimare (5),gentilhomme génoiset écuyer de l'infant don Henri le navigateur, ayant poussé ses explorations jusqu'au cap Vert, six ans avant le voyage de Cadamosto, c'est-à-dire vers 1455, rencontra à une journée de la zone où l’on cesse d'apercevoir l'étoile polaire, et sur les confins du royaume du prêtre Jean (6), un Génois de l'équipage perdu des

(1) Voy. Monumenti d’un manoscrüto autografo, par S. Giampi, p. 99 note (a) (Florence, 1827).

(2) Petro d’Albano, Conciliat. dissert., Lxvix.

(3) Fogl., Hist. Genuens., lib. v.

(4) Casoni, Annal di Genova, lib. 1, an 1506.

(5) Voy. la lettre de cet aventurier. Grab. de Hemso, Anrali di geog. e di statist., tom. 1, p. 286, 287.

(6) On croit généralement que ce prêtre Jean, dont il est si souvent question dans les vieilles chroniques, était le Lama du Thibet que les historiens du moyen-äge prirent pour un roi abyssin. C'est ainsi qu’on a confondu plusieurs régions de l’Inde, et notamment la Chine ou le Cathai avec l’Ethiopie ou l’Abyssinie.

(22) galères de Vivaldi :.…..Reperuit ibidem unum de natione nostré, ex illis galeis credo Vivaldæ, qui se amiserit sunt anni 170, qui mihi dixit non restabat ex ipso semine salvo ipso (1).

D'après cette indication, si l'on s'en rapporte à la date de l'expédition de Vivaldi et Doria (1291), le Génois dont il est ici question ne pouvait être un des marins des deux galères qu'on supposait perdues depuis cent soixante-quatre ans, comme le pense M. Graberg de Hemso (2), et il est bien plus probable, selon M.'de Humbold (3), que cet individu fut un des descendans des marins naufragés. Toutefois, si l'on s'en tient à la date de la lettre d'Usodimare (1455 die 12 decembris). et à sa remarque sur le nombre d'années écoulées depuis le naufrage (sunt anni 170), cet événement remonterait à l'an 1285, époque antérieure à l'expédition de 1291. Dès-lors , le Génoiïis dont Usodimare n'indique qu'avec doute l’origine (ex illis galeis credo l’ivalde), proviendrait plutôt d'une autre entreprise qu'il faut rapporter à l'an 1281, et dont il est fait mention dans les mêmes documens. C'est celle de deux galères génoiïses commandées par les frères Vadino et Guido de Vivaldi, qui furent explorer les côtes de Guinée. L'une s'échoua dans ces parages, et l’autre s’'avança, dit-on, jusqu'à une ville d'Ethiopie, que la relation indique sous le nom de Mena (4).

En suivant l'ordre chronologique, d'après les documens que nous avons consultés, nous arrivons à une relation du quatorzième siècle, extraite d'un manuscrit autographe du célèbre Boccace. Ce précieux

(1) Voy. la lettre d’Usodimere, op cit.

(2) Voy. Annales des voyages, tom. vur, 2e éd. p. 205.

(3) Examen critique de l'hist. de la géog., tom. 11, p. 151, édit. in 8.

(4) « Anno 1981, recesserunt de civitate Januæ duæ galeæ patronisatæ per D. Vadinum et Guidum de Vivaldis fratres, volentes ire in Levante ad partes Indiarum, quæ duæ galeæ multum navigarunt. Sed quando fuerunt dictæ duæ galeæ im hoc mari Ghinoia una earum se reperit in fundo sicco per modum quod non poterat ire nec ante navigare; alia vero navigavit et transivit per istud mare usque dum venirent ad civitatem unam Ethiopiæ nomine Menam , etc. (Ann. di geog. e di stistist., par Grab. de

Hemso, tom. 11, p. 291, docum. n° 6.)

document, qui commence à jeter un grand jour sur l'ethnographie canarienne, s’est conservé dans la Bibliothèque des Magliabechi de Florence, et a été publié, en 1827, par M. Sébastien Ciampi (1). On lit . en marge du manuscrit: « Le Florentin qui commandait les vaisseaux » de l'expédition s'appelait Angiolino del Tegghia de Corbizzi, neveu » de Gherardino di Gianni (2). » Cet avertissement joint au titre, De Canarié et de insulis reliquis ultrà Hispaniam in Oceano noviter repertis, prouve que celui qui a transcrit la relation connaissait bien les rapports de famille du chef de l’entreprise, et qu'il était probablement contemporain des personnages cités, car l'expression de noviter repertis (nouvellement retrouvées) se réfère sans doute à l’année de l'expédition dont la date est ainsi énoncée : 7/11 Kal., decem. anno ab incarnato verbo MCCCXLIT.

Ce voyage fut ordonné par le roi de Portugal Alphonse LV, prince très-éclairé. Angiolino del Tegghia, qui avaït sous ses ordres trois grandes caravelles, partit de Lisbonne le 17 décembre 1341, et se dirigea sur les îles Canaries. Nous allons donner la traduction littérale de la relation que nous reproduirons en note d'après le texte latin.

DE LA CANARIE ET DES AUTRES ILES NOUVELLEMENT DÉCOUVERTES DANS L'OCÉAN PAR DELA L'ESPAGNE (3).

« L'année de l’incarnation 1341, des lettres arrivées à Florence et écrites par certains marchands florentins établis à Séville, cité de l'Espagne ultérieure , sous la date du 17 des calendes de décembre de la dite année, contiennent ce qui suit :

(1) Monumenti d’ur manuscritio autografo di Messer Gio. Boccacct da Certaldo trovati ed illustrat da S. Ciampi, Firenze 1827. 5e de

Ge recueilautographeest une espèce de mémorial dans lequel Boccace transcrivait les choses les plus notables de son temps et des extraits de certains ouvrages qui devaient lui servir pour son étude.

(2) « Florentinus qui cum his navibus præfuit est Angelinus al Tegghia de Corbizzis consobrinus filiorum Gherardini Giannis. ( "L.

(3) DE CANARIA ET DE INSULIS RELIQUIS ULTRA HISPANIAM IN OCEANO NOVITER REPERTIS-

« Anno ab incarnato verbo mocexzr, à mercatoribus florentinis apud Sibillam, Hispaniæ ulterioris civitatem, morentibus, Florentiam literæ allatæ sunt ibidem clausæ XVII. Kal, decembris anno jam dicto, in quibus quæ disseremus inferiüs continentur.

« Le 1* du mois de juillet de cette année, deux bâtimens chargés par le roi de » Portugal de tous les avitaillemens nécessaires, et avec eux un petit navire bien » armé, monté par des Florentins, des Génois, des Espagnols de Castille (Hispano- » rum Castrensium ) et d’autres Espagnols, ont mis à la voile de la ville de Lisbonne, » et pris la haute mer, amenant de plus avec eux des chevaux , des armes et diffé- » rentes machines de guerre pour prendre les villes et les châteaux , à la recherche » de ces îles qu’on dit communément avoir été retrouvées. Favorisés par un bon vent, » ils y ont abordé après le cinquième jour, et enfin, au mois de novembre, ils sont » rentrés chez eux avec un chargement ainsi composé : premièrement , quatre hom- » mes, habitans de ces îles, et une grande quantité de peaux de boucs et de chèvres, » du suif, de l'huile de poisson , et des dépouilles de phoques; du bois rouge qui temt » presque comme le verzino (ou bois de Brésil), bien que ceux qui s’y connaissent » disent que ce n’en est pas (1); de plus, des écorces d'arbres pour teindre aussi en » rouge ; puis de la terre rouge et d’autres choses semblables.

» Nicoloso da Recco, Génois, pilote de l’expédition, ayant été interrogé , a dit que » de cet archipel à la ville de Séville il y avait presque 900 milles; mais qu'en » comptant de l'endroit qu’on appelle aujourd’hui le cap Saint-Vincent, ces îles sont » beaucoup moins éloignées du continent, et que la première de celles qu'ils ont » découverte avait 140 milles de circonférence; qu’elle était toute une masse de pierres » inculte, mais abondante en chèvres et autres bêtes, et remplie d'hommes et de fem- » mes nus, qui ressemblaient aux sauvages par leurs manières et leurs coutumes. » Il a ajouté que lui et ses compagnons firent dans cette île la plus grande partie de

« Aiunt quidem primo de mense julii hujus anni duas naves, impositis in eisdem à rege Portogalli opportunis ad transfretandum commeatibus, et cum ïisnavicula una munita, homines Florentinorum, Genuensium, et Hispanorum Castrensium , et aliorum Hispanorum, à Lisbonä civitate datis velis in altum abiisse, ferentes insuper equos et arma, et machinamenta bellorum varia ad civitates et castra capienda, quærentes ad eas insulas, quas vulg repertas dicimus , et ad has favente vento secundo post diem quintam pervenisse omnes : et demüm mense novembris ad propria remeasse, secum hæc pariter afferentes : primo quidem nn homines ex incolis illarum insularum duxere : pelles prætereà plurimas hircorum , atque caprarum, sebum , oleum piscis et phocarum exuvias, ligna rubra tingentia ferè ut verzinum, licet esse dicant experti talium illa non esse verzinum. Insuper et arborum cortices æquo modo in rubrum tingentes, sic et terram rubram, et hujusmodi.

Verum Niccolosus de Recco Genuensis, alter ex ducibus navium illarum, rogatus aiebat à Sibillä civitate usque ad prædictas insulas, esse millia passuum fere nongenta. A loco verè cui hodiè nomen est caput Santi-Vincentii longè minüs à continenti distare; et primam ex compertis insulis ferè cz millia passuum habere circuitüs , lapideam omnem, atque sylvestrem, abundantem tamen capris et bestiis aliis, atque nudis hominibus, et mulieribus asperis cultu et ritu; et in hâc dicebat se cum sociis majorem partem pelliumet sebi sumpsisse, non ausi nimiüm insulam infrà ingredi. Indè ad aliam insulam ferè majorem

(1) Le Brésil fut ainsi nommé parce qu'il produisait une espèce de verzino ou bois de Brésil (en portugais Brasil, c’est-à-dire rouge comme la braise.) Au reste, le nom de Brésil avait été appliqué à d’autres pays, bien avant la découverte de l’Amérique.

» leur chargement en peaux et en suif, mais qu’ils n’osèrent pas s’interner bien avant » dans le pays. Ayant passé ensuite à une autre île presque plus grande que la pre- » mière, ils aperçurent une multitude d'habitans qui s’avancèrent sur la plage à leur » rencontre ; les hommes et les femmes étaient aussi presque tous nus ; quelques-uns » d’entre eux paraissaient commander aux autres, et étaient vêtus de peaux de chè- » vre peintes de couleur de safran et de rouge, et, autant qu'on pouvait le distinguer » de loin, ces peaux étaient très-fines, douces, et cousues assez artistement avec des » fils de boyaux. À en juger par leurs actions, ils paraissaient avoir un prince , auquel » ils témoignaient beaucoup de respect et d'obéissance. Tous ces insulaires faisaient » entendre par leurs signes qu'ils désiraient commercer avec les gens des vaisseaux, et » entrer en relation avec eux ; mais lorsque les chaloupes s’approchèrent de la plage, » les mariniers ne comprirent rien de leur langage, et n'osèrent pas descendre à » terre. Pourtant leur langue est très-douce, et la prononciation en est vive et préci- » pitée comme l'italien. Quand les insulaires s’aperçurent que les gens des équipages » ne voulaient pas aborder, quelques-uns tentèrent en nageant d'arriver jusqu'à eux , » mais on en retint quatre à bord , et ce sont ceux qui ont été amenés.

» En côtoyant l'ile pour en faire le tour, ils la trouvèrent beaucoup mieux cultivée » du côté du nord que du côté du midi. Ils aperçurent un grand nombre de petites » maisons, des figuicrs et d’autres arbres; des palmiers qui ne portaient pas de fruits, » puis d’autres encore; des jardins avec des choux et des légumes. On se décida alors » à descendre à terre, et vingt-cinq marins débarquèrent avec leurs armes, exami- » nèrent les maisons, et trouvèrent dans une d’elles à peu près trente hommes tous » nus, qui s’effrayèrent en voyant leurs armes, et s'enfuirent aussitôt. Les gens des » équipages pénétrèrent alors dans l’intérieur, et reconnurent que ces édifices étaient » construits en pierres carrées, avec beaucoup d'art, et recouverts de grandes et

prædictà transeuntes quantitatem gentium maximam ad se venientem in littore videre, homines pariter et mulieres, ferè nudi omnes. Esse aliquos qui videbantur aliis prominere , tegebantur pellibus caprinis pictis croceo atque rubro colore, et, ut poterat à longè comprehendi, delicatissimis et mollibus, sutis satis artificiosè ex visceribus ; et, ut in eorum actibus poterat comprehendi, videbatur hos habere principem, cui omnes reverentiam et obsequium exhiberent. Quæ gentium multitudo ostendebat se cupere cum is, qui in navibus erant, habere commercium, et morem trahere ; sane cùm ex navibus naviculæ quædam magis littori propinquassent, non intelligentes aliquo modo illorum linguam , minimè descendere ausi sunt. Est quidem, ut referunt, idioma eorum satis politum, et more italico expeditum ; qui tamen videntes quôd nulli ex navibus descendebant, aliqui natantes ad eos pervenire conati sunt , ex quibus quosdam cepere, et ex iis sunt, quos adduxerunt. Demüm cùm nil ibi utilitatis cernerent nautæ , discessere. Circumdantes verd insulam invenere eam longè meliùs à septentrione, quäm ab austro cultam , videntes ibidem casas plurimas, ficus et arbores et palmas datilo steriles, palmas et hortos et caules et olera ; et ob id ibidem ex nautis xxv deposuere cum armis, qui perscrutantes, qui in domibus illis essent , in eis invenere circa xxx homines nudi (sic) omnes , qui perterriti visis armatis, illico aufugere; hi ver intrantes domos eas videre ex lapidibus quadris compositas mirabili artificio , et lignis ingentibus ac pulcherrimis tectas; et cüm ostia clausa invenissent , cupientes introrsùm videre, lapidibus infringere ostia cœpere, quam ob rem in iram versi qui abierant, altissimis clamoribus I.—(1"° PARTIE.) (ETHNOGRAPH. } — 4

» belles pièces de bois. Mais comme ils trouvèrent plusieurs maisons fermées, et » qu'ils désiraient aussi les voir en dedans, ils se mirent à rompre les portes avec » des pierres, ce qui irrita les fugitifs, dont les cris retentirent dans tous les envi- » rons. Enfin les portes ayant été enfoncées , ils entrèrent dans la plupart de ces » habitations, et n’y trouvèrent que d'excellentes figues sèches conservées dans » des corbeilles de palmier, telles que nous voyons celles de Césène. Elles renfer- » maient aussi du blé beaucoup plus beau que le nôtre, à en juger par la longueur et » la grosseur de son grain , qui était très-blanc. Ils y virent aussi de l'orge et d’au- » tres céréales , qui devaient servir probablement à la nourriture des naturels. Les » maisons étaient toutes fort belles , couvertes de très-beau bois, et d’une telle pro- » preté dans l’intérieur, qu’on eût dit qu’elles avaient été blanchies avec du gypse. » Ils trouvèrent de plus une chapelle ou temple dans lequel il n’y avait aucune pein- » ture et nul autre ornement qu’une statue sculptée en pierre, qui représentait un » homme avec une boule à la main. Cette idole était nue, et portait une espèce de » tablier en feuilles de palmier (femoralibus palmeis) qui lui couvrait les parties » obscènes. Ils enlevèrent la statue et l'emportèrent à Lisbonne. L'ile leur parut très- » peuplée et bien cultivée : elle produit du grain, du blé, des fruits, et principale- » ment des figues. Le grain et le blé, ils le mangent comme les oiseaux, ou bien ils en font de la farine, dont ils se nourrissent sans la pétrir, et ils boivent de l’eau. » En partant de cette île, ils en virent plusieurs autres à 5, 10, 20 ou 40 milles » de distance, et se dirigèrent vers une troisième, dans laquelle ils ne remarquerent » que de beaux arbres en très-grand nombre, qui s'élevaient tout droit vers le ciel. De » là ils passèrent à une autre qu'ils trouvèrent abondante en ruisseaux et en excel-

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complere loca cœpere. Tandem üs fractis clausuris ferè per omnes illas domos intravere, nec aliud in eisdem invenere præter ficus siccas in sportulis palmeis bonas, uti Cesenates cernimus, et frumentum longè pulchrius nostro ; habebat quippe grana longiora et grossiora nostro; album valde. Sic et hordeum, et segetes alias, ex quibus, ut rati sunt, vivebant incolæ. Domus verd cum essent pulcherrimæ , et lignis pulcherrimis contectæ, introrsüm omnes erant albissimæ ; tanquäm ex gypso viderentur albatæ. Invenerunt et insuper oratorium unum seu templum, in quo penitüs nulla erat pictura, nec aliud adornamentum præter statuam uuam ex lapide sculptam, imaginem hominis habentem, manuque pilam tenentem, nudam, femoralibus palmeis, more suo, obscœna tegentem, quam abstulerunt, et impositam navibus Lisbonam transportarunt redeuntes. Hæc quidem insula habitatoribus plena est et colitur, et ab incolis granum, segetes, fructus, et potissimè ficus colliguntur. Frumentum autem et segetes aut more avium comedunt, aut farinam conficiunt, quam et absque panis confectione aliquä manducant , aquam potantes.

Ab hâc ergô insulä discedentes nautæ cùm multas distantes ab hâc per v millia, vel x aut xx vel xL passuum cernerent, ad tertiam navigarunt, in quà nil aliud præter proceras arbores plurimas atque directas in cœlum invenerunt. Indè ad aliam navigantes eam rivis et aquis optimis copiosam invenerunt, et in eâdem ligna plurima et palumbes, quos baculis et lapidibus capiebant et comedebant, invenerunt. Hos dicunt majores nostris, et gustui tales aut meliores. Ibidem etiam viderunt esse falcones plurimos, et aves alias ex raptu viventes. Hanc autem non multüm perambularunt, cùm deserta videretur omnino. Indè tamen ante se viderunt insulam aliam , in quâ lapidei montes erant

» lentes eaux. Là aussi il y avait beaucoup de bois et de pigeons sauvages, qu’ils man- » gèrent après les avoir tués à coups de bâtons ét de pierres. Ces pigeons étaient » plus grands que les nôtres, mais ils avaient le même goût, ou peut-être meilleur. » Ils virent aussi beaucoup de faucons et d’autres oiseaux de proie. Toutefois , 1ls ne » se hasardèrent guère dans le pays, parce qu'il leur parut entièrement désert. Ils » découvrirent ensuite une autre île devant eux, dont les montagnes pierreuses étaient » d’une immense élévation et presque toujours couvertes de nuages. Les pluies y sont » continuelles. Cependant la partie qu'on peut apercevoir dans les temps clairs leur » parut très-agréable , et ils la jugèrent habitée. Ils virent ensuite plusieurs autres » iles, quelques-unes peuplées et d’autres désertes au nombre de treize, et plus ils” » avançaient, plus ils en voyaient. La mer qui les sépare est beaucoup plus tran- » quille que sur nos côtes, il y a bon fond pour l’ancrage, quoique ces îles aient » peu de ports ; mais elles sont toutes bien pourvues d’eau. Des treize qu'ils abor- » dèrent , cinq étaient habitées, mais elles ne sont pas aussi peuplées les unes que » les autres. Ils disent en outre que le langage des habitans diffère tellement, qu'ils » ne s'entendent pas ensemble, et qu'ils n'ont, du reste, aucune espèce d’embarca- » tion pour communiquer d’une île à l’autre, à moins de traverser à la nage. Une de » celles qu'ils découvrirent leur offrit quelque chose de merveilleux qui les empêcha » de débarquer. Dans cette île, disent-ils, il y a une montagne qui, d'après leur » estime, s'élève à la hauteur de 30 milles pas ou davantage, et qu’on peut voir de très- » loin. Quelque chose de blanc se montrait sur sa cime, et, comme toute la monta- » gne était rocailleuse, cette blancheur se présentait sous la forme d’une forteresse ; » cependant ce n’en est pas une, mais bien un roc très-aigu, dont le sommet est terminé » par un mât de la grandeur de celui d’un vaisseau , avec une antenne à grande voile

excelsissimi , et pro majori temporis parte nubibus tecti, et in eà pluviæ crebræ; quæ tamen sereno tempore apparet pulcherrima , et existimatione videntium habitata. Indè ad alias plures insulas, alias habitatas, alias omnino desertas adiere numero x, et quant ulteriüs incedebant, tantô plures videbant, apud quas mare tranquillum longè magis, quäm apud nos sit; et in eodem fundum anchoris aptum , et si modicüm portuosæ sunt, fertiles tamen aquarum omnes. Et apparent quoque insulæ v numero habitatæ, quas ex xin ad quas iverunt, invenerunt, et sunt habitatores .plurimi ; non tamen æqualiter habitantur, nam una plüs alterâ incolas habet. Et ultrà hoc eas dicunt idiomatibus aded inter se esse diversas, ut invicem nullo modo intelligantur, ac insuper nullis navisium, aut aliud instrumentum esse per quod possint de un insulà ad alias pertransire, nisi natatu facerent. Invenerunt insuper et aliam insulam, in quâ non destenderunt, nam ex eâ mirabile quoddam apparet. Dicunt enim in hâc montem existere altitudinis, pro existimatione xxx millia passuum , seu plurium, qui valdè à longè videtur, et apparet in ejus vertice quoddam album : et cüm omnis lapideus mons sit, album illud videtur formam arcis cujusdam habere ; attamen non arcem, sed lapidem unum acutissimum arbitrantur, cujus apparet in summitate malus magnitudinis in modum mali cujusdam navis; ad quem apprehensa pendet antenna cum velo magnæ latinæ navis in modum scuti retracto, quod in altitudinem tractum tumescit vento, et extenditur plurimüm; deindè paulatim videtur deponi, et similiter malus in morem longæ navis, demüm erigitur, et sic continuè agitur; quod undiquè cireumdantes insulam fieri advertere. Quod monstrum cantatis fieri carminibus arbitrantes,

» latine. Cette voile, gonflée par'le vent, affecte la forme d’un écusson tourné » en haut et prend beaucoup de développement, puis peu à peu elle s’abaisse et » le mât de même comme dans les galères ; ensuite elle se redresse pour s’abattre » et se relever de nouveau. Ils firent le tour de l’île, et de tous les côtés ils virent se » renouveler le même prodige : alors, croyant que c'était l'effet de quelque enchan- » tement, ils n’osèrent pas descendre à terre. Ils ont vu aussi beaucoup d’autres » choses que ledit Niccoloso n’a pas voulu raconter. Cependant, il paraît que ces îles » ne sont pas riches, car les matelots ont à peine couvert les frais de leur voyage. Les » quatre hommes qu’ils ont amenés sont jeunes, sans barbe, d’une belle figure ; ils » vont nus et portent seulement des espèces de tabliers (/emoralia) qu'ils font avec une » corde dont ils s’entourent les reins et de laquelle pendent un grand nombre de fils » de palmier ou de jonc de la longueur d’une palme et demie, ou tout au plus de deux. » Ils s’en servent pour se couvrir les parties honteuses par devant et par derrière, de » manière que le vent ni aucun autre accident ne puisse les découvrir. Ils ne sont pas » circoncis , et ont des cheveux longs et blonds dont ils se voilent , et qui leur arri- » vent presque jusqu’au nombril; ils marchent nu-pieds. On dit que l’île d’où ils ont » été enlevés s'appelle Canaria , et qu’elle est plus peuplée que les autres. On leur a » parlé plusieurs langues, mais ils n’en ont compris aucune; ils n’excèdent pas notre » stature; ils ont les membres robustes, ils sont forts, assez courageux, et d’une » grande intelligence , à ce qu’il paraît. On leur a parlé par signes, et ils ont répondu » de la même manière comme les muets. Ils se portent respect, et il en est un parmi » eux qu'ils paraissent honorer plus particulièrement. Le tablier de ce chef est en » feuilles de palmier , tandis que les autres le portent de jonc peint en jaune et en » rouge. Leur chant est fort doux ; ils dansent presque à la manière française ; ils sont » gais et rians, assez Civilisés et moins sauvages que bien des Espagnols. Quand on

in eamdem insulam descendere ausi non sunt. Cæterüm et multas alias res invenere, quas hic Niccolosus noluit recitare. Tamen apparet eas non dites insulas, nam et nautæ vix expensas viatici exportandi resumpsere. Quatuor verd homines, qui portati sunt, ætate imberhbes , decorä facie, nudi incedunt, habent tamen hujusmodi femoralia ; cingunt autem lumbos cordâ, ex qu fila pendent palmæ, seu juncorum in multitudine grandi, longitudine palmi cum dimidio, seu duorum ad plüs ; iis quidem tegunt pubem omnem, et obscæna ex anteriori ac posteriori parte ni vento, vel casu alio eleventur. Sunt autem incircumcisi, et crines habent longos et flavos usquè ad umbilicum ferè, et cum his teguntur, nudis pedibus incedentes.

Insula autem, ex quâ sublatisunt, Canaria dicitur, magis cæteris habitata, Hi nihil penitüs ex idiomate aliquo intelligunt , cm ex variis et pluribus eis locutum sit; magnitudinem vero nostram non excedunt; membrosi, satis audaces et fortes, et magni intellectüs, ut comprehendi potest. Nutibus loquitur eis, et nutibus ipsi respondent, mutorum more, Honorabant se invicem, verm alterum eorum magis quäm reliquos, et hic femoralia palmæ habet, reliqui vero juncorum picta croceo et rufo. Cantant dulciter et ferè more gallico tripudiant, ridentes sunt et alacres, et satis domestici, ultrà quäm sint multi ex Hispanis. Hi postquäm in navi positi sunt, panem et ficus comederunt, et eis sapit panis, cüm antè . nunquäm comedissent ; vinum omnind renuunt, aquam potantes. Comedunt similiter frumentum, et hordea plenis manibus , et caseum et carnes; quarum eis, et bonarum permaxima copia est; boves

» les amena sur le vaisseau, ils mangèrent du pain et des figues et parurent aimer » le pain , quoiqu'ils ne l’eussent jamais goûté auparavant ; ils refusèrent absolument » le vin, et ne voulurent boire que de l’eau. Ils mangeaient aussi du blé et de l'orge à » pleines mains, ainsi que du fromage et de la viande qu’ils ont chez eux en abondance » et de bonne qualité ; toutefois ils ne possèdent ni bœufs, ni chameaux , niânes, mais » beaucoup de chèvres, de moutons et de cochons sauvages. On leur a montré de la » monnaie d’or et d'argent dont ils ignoraient entièrement l'usage; ils ne connaissent » pas davantage les aromates. On leur a montré des bagues d’or, des vases ciselés , des » épées, des sabres; maisil paraît qu’ils ne les avaient jamais vus, et qu'ils ne s’en étaient » jamais servis. Ilsse montrèrent d’unefidélité et d’une loyauté remarquables, car si lun » d’eux recevait quelque chose bonne à manger, avant d'y goûter, il la divisait par por- » tions qu'il avait soin de répartir à chacun. Le mariage est en usage parmi eux, et » les femmes mariées portent des tabliers comme les hommes, mais les vierges vont » toutes nues, sans paraître honteuses de leur nudité. Ils comptent comme nous, en » mettant les unités devant les dizaines , ainsi qu'il suit :

1— nait. 9— alda morana (marava).

2 — smetti. 10 — maravya.

3—amelotti. 11 —nait-marava.

% — acodetti. 12 — smatta-marava.

5 — simusetti. 13— amierat-maravya.

6 — sesetti. 14— acodat-marava. TA | 15 — simusat-marava.

8 — tamatti. 16— sesatti-marava, etc., etc.

Le but principal de cette expédition est indiqué d'une manière

très-explicite au commencement du récit. C'était bien vers les an-

autem, aut camelos vel asinos non habent, sed capras plurimüm et pecudes, et sylvestres apros. Ostensa sunt eis aurea et argentea numismata, omninô eis incognita; similiter et aromata nullius materiei cognoscunt. Monilia aurea, vasa cælata, enses, gladii ostensi eis, non apparet ut viderint unquäm, vel se penes habeant : fidei et legalitatis videntur permaximæ ; nil enim esibile datur uni, quin, antequàm gustet, æquis portionibus diviserit , cæterisque portionem suam dederit, Mulieres eorum nubunt, et quæ homines noverunt more virorum femoralia gerunt. Virgines autem omnino nudæ incedunt : nullam verecundiam ducentes sic incedere. Hi autem habent, prout nos, numeros, unitates decinis præponentes hoc modo. j

1-Nait. 2-Smetti. 3-Amelotti. 4-Acodetti. 5-Simusetti. 6-Sesetti. 7-Satti. 8-Tamatti. 9-Alda morana 10-Marava. 11-Nait-Marava. 12-Smatta-Marava. 13-Amierat-Marava. 14-Acodat-Marava. 15- Simusat-Marava. 16-Sesatti-Marava, etc.

N.B. Le manuscrit n’en donne pas davantage; mais M. S. Ciampi, qui l’a mis à jour, pense que cette

relation n’a pas été copiée en entier, une partie de la dernière page étant restée en blanc, comme pour la continuer.

ciennes Fortunées que se dirigeait l'armement ordonné par le roi de Portugal, c'est-à-dire vers ces îles célèbres qu'on disait avoir été retrouvées (quas vulgo repertas dicimus). Favorisée par un bon vent, cinq jours de navigation suffisent à l'expédition pour se rendre sur les côtes de cet archipel, et ce trajet, à partir du cap Saint-Vincent , est estimé à 900 milles par Niccoloso de Recco, pilote génois, second chef de l'enreprise. Voilà donc une donnée qui lève toute incertitude sur les parages de l'exploration. L'île où abordent premièrement les navigateurs ‘est celle qui leur fournit la plus grande partie de leur chargement. « Elle abonde en chèvres; on y trouve du bois et de la terre pro- » pre à la teinture rouge ; ils s'y procurent du suif, de l'huile de pois- » son, et des dépouilles de phoques. » A ces divers renseignemens nous reconnaissons l'île de Lancerotte ou mieux encore celle de Fortaventure, où les chèvres étaient en si grand nombre au temps de la conquête. Le pays en est fort peuplé et plus que nulle des autres îles, écrivaient en 1402 les Chapelains de Bethencourt (1). On pourrait en prendre chaque an soixante mille, et mettre à profit les cuirs et graisses, car c’est merveille la graisse qu’elles rendent.» C'était dans le canal de la Bocaña, qui sépare les deux îles, que les aventuriers normands allaient chasser les phoques ou loups marins, pour la nécessité de chaussure qu'il fallait aux compagnons , comme il est dit dans leur histoire (2). Ils en parlent aussi au chapitre LXXT, en donnant la description de l’isle de Loupes (Vilot de Lobos), el ajoutent que ces animaux y étaient si nombreux, que leurs peaux et leur graisse pourraient bien rapporter cinq cents doubles d’or ou plus. Maïs les phoques , trop inquiétés par les aventuriers, abandonnèrent bientôt les rochers qui leur servaient de retraite, pour aller chercher ailleurs un meilleur gîte.

L'huile de poisson ne pouvait manquer d'être recherchée par les

(1) Hist. de la prem. Descow. et Conquest. des Can., par Bontier et le Verrier. Ch. 1xx, p. 131. @) Id. Id. Id. xI, p. 23.

(31) navigateurs européens, et devait provenir des grandes baleines qui venaient s'échouer sur les plages de Fortaventure. Nous avons vu, d’après la relation des envoyés du roi Juba , que Pline avait eu soin d'en faire la remarque : nfestari eas belluis, quæ expellantur assiduë, putrescentibus.

Le bois propre à la teinture était probablement le Taginaste des indigènes (Echium giganteum), à la racine d'un rouge violacé. Peut-être aussi que par l'expression d'arborum cortices, on a voulu désigner une espèce d'orseille qui croît sur les vieux troncs. Quant à la terre colorante ({erra rubra), il faut croire qu'il est question de cette argile oxidée , si commune aux Canaries, qui a fait donner le nom de Coloradas, Montaña roja, Punta roja, à plusieurs parages de la côte, et dont on se sert encore dans quelques villages pour teindre les soubassemens des chapelles et d'autres édifices publics, |

Enfin, les 140 milles de circonférence, que le pilote Recco donne à la première île où il aborda, sembleraient confirmer notre opinion sur Fortaventure, considérée comme point d'arrivée,

Si le narrateur n'avait nommé lui-même la seconde île qu'on visita (insula autem Canaria dicitur), nous l’aurions reconnue tout d’abord pour la grande Canarie à ses édifices, au costume de ses habitans, et surtout aux dimensions qu'il lui donne, férè majorem prædicté. Parmi les naturels qu'on eut occasion de voir, les uns, moitié nus, portaient des espèces de tabliers courts, en fibres de joncs ou de palmier, les autres étaient vêtus de peaux de chèvre peintes en jaune ou en rouge, et cousues avec art. Ce costume a été décrit à peu près de la même manière par les historiens de la conquête. Les chapelains de Bethencourt en parlent ainsi : {ls vont tous nus, fors les brayes qui sont de feuilles de palmier, et dans le chapitre LXIX en traitant DE LA GRAND CANA- RIE ET DES GENS QUI Y SONT, ils les dépeignent, affublez de peaux pour couvrir leurs membres honteux. Viera, qui à résumé dans son ouvrage toutes les notions extraites d'anciens documens, s’est exprimé en ces

(32) termes : « Le costume des naturels de la grande Canarie était plus soi- » gné que celui des habitans des autres îles. Des jupons ou tabliers de » feuilles de palmier et de jonc, des tamarks ou cabas de peau admira- » blement travaillés, et teints avec une terre rouge ou avec des sucs » d'herbes et de fleurs; tout cela indiquait déjà un certain progrès de » civilisation (1) ».

On dirait que l’auteur des Notices a copié sa description dans le manuscrit de Boccace, tant on y trouve de ressemblance. Ces espèces de jupons, qu'il désigne sous le nom de ropillas, correspondent bien aux femoralia dont il est fait mention dans le récit des explorateurs de 1341, et pourtant ni Viera, qui écrivait en 1780, ni ses devanciers, nont eu connaissance de cette relation, puisque la découverte du manuscrit de Boccace n'a eu lieu qu'en 1827.

Les constructions civiles, en nous offrant d'autres points de comparaïson, nous montrent aussi les mêmes rapports. Aïnsi, ces maisons bâties avec art en pierres carrées, dont les explorateurs admirèrent les belles charpentes, sont encore citées par les historiens espagnols. Galindo en fait mention au livre 11, chap. 5 de son manuscrit. Viera en parle aussi dans son premier volume, page 151. « Les habita- » tions des Canaries, dit-il, s'annonçaïent avec plus de magnificence : » leurs murailles étaient droites et unies (pulidas), et comme tirées au » cordeau : la toïture offrait une charpente bien liée. » Ajoutons que deux anciennes maisons, qui existent encore à la grande Canarie (district de la Gaeta), et que nous avons visitées, étaient construites de la même manière.

» En partant de la Canarie, poursuit le narrateur, ils virent plusieurs autres îles qui en étaient éloignées de 5, 10, 20 où 40 milles. »

On ne saurait rapporter ces données approximatives aux distances

(1) Voy. MNoticias de la hist. gen. de las isl. de Can., t. 1, p. 149.

relatives; mais, en suivant les navigateurs,on peut déduire de leur exploration des conclusions assez vraisemblables sur les différentes terres qu'ils découvrirent successivement. Ainsi, après avoir laissé la Canarie, les vents les portèrent sur une île couverte de beaux arbres, probablement l'île de Fer, renommée pour ses superbes mocans, ses pins élevés et ses genévriers. De à, ils passèrent à une autre, abondante en ruisseaux, garnie de bois, peuplée d'oiseaux de proie et de pigeons sauvages, plus grands que les nôtres et meilleurs (majores nostris et gustui tales aut meliores). Ce passage de la relation désigne évidemment l’île de Gomère, voisine de la précédente et arrosée par de nombreux torrens. Ses sombres forêts servent de retraite à une belle espèce de colombe, {a Torcasa des Isleños (1), qui se nourrit de baïes de laurier, et dont la chaïr est très-savoureuse. L'île qu'ils découvrirent ensuite aux montagnes rocheuses, très-élevées, et presque toujours couvertes de nuages, ne peut être que la Palma, la plus haute des Canaries après Ténériffe, dont le pic les épouvanta, et qu'ils n'osèrent aborder. Nous ne reviendrons pas ici sur les formes bizarres des nuages blancs qui couvrent ordinairement la cime du Teyde,et sur tout ce que ce phénomène naturel offrit d'extraordinaire aux yeux des navigateurs. On peut voir dans la partie géologique de cet ouvrage les explications que nous avons données à ce sujet (2). |

En résumé, les navigateurs portent à treize les îles de l'archipel découvert, et ce nombre est bien exact, si, avec les sept habitées, on comprend les six désertes, savoir : Lobos, Roquete del Este, Roque del Oeste, Graciosa, Montaña Clara et Alegranza, la Joyeuse de Bethencourt. Îl est vrai qu'ils n’en indiquent que cinq de peuplées, mais cette erreur dépend sans doute du défaut d'exploration.

Cette relation de l'expédition portugaise, envoyée aux Canaries en

(1) Columba laurivora. Webb et Berth., voy. Zoologie, tom. n, 2e partie, pl. 3. (2) Voyez t. 2, 1'° partie, p. 321-322, note. I. —(1"® PARTIE. ) (ETHNOGRAPH. ) — 5

1341, est d'une grande importance historique; les anciens habitans de cet archipel y sont dépeints de manière à ne plus laisser aucun doute sur la race à laquelle ils appartiennent. Ce sont des hommes de moyenne taille, audacieux, intelligens, d'une forte constitution, aux cheveux longs et roux (rr7agnitudinem nostram non excedunt, membrosi, satis audaces et fortes et magni intellectés... et crines habent longos el flavos). Leur méthode de numération, indiquée par le narrateur, est celle usitée chez les Arabes; il nous donne leurs noms de nombre jusqu'à 16, et la plupart, ramenés à leur véritable orthographe, concordent avec ceux des Berber-Scheloukh du Marok occidental , à s'en rapporter du moins aux catalogues de Chénier, de Venture et de Graberg de Hemsoë. Ces insulaires étaient déjà dans un état de civilisation assez avancé; ils possédaient de nombreux troupeaux, cultivaient le blé, l'orge, les figuiers, les légumes et les herbages; leurs maisons étaient solidement bâties; ils savaient travailler les charpentes, et la statue de pierre qu'on trouva dans un de leurs temples nous prouve que les arts ne leur étaient pas tout-à-fait inconnus. L'usage de manger le grain sec est un fait presque sans exemple, et auquel nous aurions peine à croire, s'il n'en était question deux fois dans la relation (comedunt similiter frumentum, et hordea plenis manibus.—Frumentum autem et segetes aut more avium comedunt...). Toutefois, nous pensons que ce froment devait être lorréfié, car il est facile de reconnaître le 20/0 des Guanches aux explications que le narrateur donne ensuite sur la manière de manger ce grain en farine sans le faire cuire. (Farinam conficiunt, quam et absque panis confectione aliqu& manducant.) On doit regretter que celui qui recueillit de la bouche de Niccoloso de Recco tous ces précieux renseignemens n'ait pu en obtenir davantage, le pilote génois n'ayant pas voulu s'expliquer sur beaucoup d’autres choses (cæterùm et multas alias res invenere, quas hic Niccolosus noluit rectitare).

C'était sans doute de ce voyage d'exploration, exécuté en 1341, que

voulait parler Alphonse IV, dans la réponse qu'il fit au pape Clément VI, lorsque ce pontife suprême donnait avis aux princes chrétiens de l'investiture du royaume des Canaries, octroyée à l'infant d'Espagne don Louis de la Cerda, sous le titre de Prince de la Fortune par sa bulle du 17 décembre 1344 (1). Le roï de Portugal, en protestant contre cet acte, s'exprimait en ces termes dans sa lettre datée de Castro-Montemayor-Novo, le 12 février 1345 : « Voulant mettre à exé- » cution les projets que nous méditions (sur les îles Fortunées) , nous » avons expédié nos gens et quelques-uns de nos vaisseaux, dans l'in- » tention de faire explorer le pays. Cette expédition y ayant abordé, et » s'étant emparé par la force de quelques hommes et animaux et de » diverses productions, elle est retournée dans nos domaines avec » grande satisfaction (2). »

Après l'expédition de 1341, les autres entreprises qui furent dirigées sur les îles Canaries, dans le restant du quatorzième siècle et pendant le cours du siècle suivant, jusqu à l'époque de la conquête, n'ajoutèrent guère de nouvelles notions à celles dont nous venons de donner l'analyse. Dès l'an 1351, les cartes des cosmographes nous signalent les îles Fortunées : elles sont tracées sur un portulan de cette époque, dont le comte Baldelli a donné une notice curieuse (3); puis on les retrouve sur la carte de Picigano, dressée à Venise en 1367, et conservée dans le cabinet du duc de Parme. On les a représentées de nouveau dans le fameux atlas catalan de 1375 (4). Jacques Ferrer dut traverser

(1) Clément VI écrivait à cette occasion à Alphonse XI de Castille, à don Pedro IV d’Aragon , à Alphonse de Portugal, à Philippe de Valois, à André et Jeanne de Sicile, à Humbert, dauphin de Vienne, et au doge de Gênes. Voyez le père Oderic Raynaldi. Annal. ann., 1344.

(2) « … Cm cogitatum nostrum ad effectum perducere cupientes , gentes nostras et naves aliquas » illüc misimus ad illius patriæ conditionem explorandam, quæ ad dictas insulas accedentes , tàäm » homines quàm animalia et res alias per violentiam occuparunt, et ad nostra regna cum ingenti » gaudio apportarunt. » Oder., Raynald, Ænnal. ann. 1344, no 39.

(3) S'toria del milione, cap. 42, note.

(4) Voyez, au cabinet des cartes de la Bibliothèque royale, n° 6816, in-f° me, la carte hydrog. à la fin de l’atlas, |

ces parages, lorsqu'en 1346 1l fut à la rivière d'Or (rio de Oro), puisque son navire est figuré dans le voisinage des Canaries, sous deux légendes historiques arrangées selon le goût du temps. Dans la première on lit les mots suivans en langue romane catalane : « Le navire » de Jac. Ferrer partit pour aller au rio de Oro le jour de Saïnt-Lau- » rent, qui se trouve au 10 août, et ce fut l'an 1346 (1).» Dans la seconde, Pline, qu'on appelle maître en géographie (Maestre de mapa-mundi), est cité comme autorité relativement aux arbres odorans dont le parfum nourrissait les âmes des justes après leur mort, mais on a soin d'observer qu'il n’en faut rien croire. Les notions moins erronées d'Isidore de Séville (2) composent une partie de cette seconde légende, dont voici la traduction (3) :

« Les iles Fortunées se trouvent dans la grande mer, du côté de la main gauche , » près de la limite de l'Occident , mais sans s’éloigner beaucoup en mer. Isidore dit, » dans son XV: livre , qu’on leur a donné le nom de Fortunées parce qu’elles abon- » dent de tout, comme blés, fruits, herbages et arbres. Les païens croient que » C'est le paradis, à cause de la douce chaleur du soleil et de la fertilité de la terre.

» Isidore dit encore que les arbres y croissent au moins de cent cinquante pieds, » et qu'ils portent beaucoup de fruits et d'oiseaux. On y trouve du miel et du lait, sur- » tout dans Pile de Capria (Capraria), ainsi appelée du grand nombre de chèvres qui » l’habitent.

» On trouve ensuite l’île de Canaria , dont le nom provient de la multitude de chiens » grands et forts qui l’habitent.

(1) « Partich luxer den Jac. Ferer per anar al Riu del Or, al gorn de sen Lorens, qui es a X de agost , » e fo en lany MCCCXLVI. »

(2) « Fortunatæ insulæ vocabulo suo significant omnia ferè bona, quasi felices et beatæ fructum uber- » tate.…. unde gentilium et sæcularia carmina poëtarum propter soli fæcunditatem easdem esse Paradi- » sum putaverunt. » Origin., lib. XILII, p. 198.

(3) Texte original. « Les yles Beneventurades son en la mar gran, contra la ma squera, prop lo terme » del Occident ; mes prop son dintre la mar. Isidori ho diu al seu xv libre que : aquestes son dites » Beneventuradas , quar de tots bens, blats, fruyts , herbes, arbres son plenes; e los pagans se cuiden » que aqui sia paradis, per lo temprament del sol e habundancia de la terra.

» Tiem diu Isidorius, que los arbres hi crexen tots al meyns cxL pes, ab molts poms e mols aucels. » Aqui ha mele let, mojorment en la ylla de Capria, que ayxi es apellada per la multitud de les cabres » que hi son.

» liem es apres Canaria ylla, dita Canaria per la multitud dels cans que son en elha , molt grans e » forts. ES

» Pline, ce maitre en géographie, dit que, parmi les îles Fortunées, il y en a » une qui produit tous les biens de la terre , ainsi que tous les fruits sans les semer » ni les planter. Sur le sommet des montagnes les arbres ne sont jamais dégarnis de » feuilles ni de fruits, et répandent beaucoup d’odeur. On en mange une partie de » l’année, puis on coupe le blé au lieu de l'herbe (1). C’est pour cela que les païens de » l’Inde croient que leurs àmes, après la mort, s'envolent vers ces îles, et qu’elles y » vivent éternellement du parfum des fruits, et ils pensent que c’est là leur paradis ; » mais, à dire vrai, c’est une fable. »

Si nous devons nous en tenir aux remarques de M. J. Tastu sur la date de l'atlas catalan (2), il reste prouvé qu'en 1375 on avait déjà des données assez précises sur le gisement des Canaries. L'expression de la deuxième légende, en signalant ces îles dans l'Océan, du côté de la main gauche, nous montre de prime-abord un des archipels situés sur la côte occidentale de l'Afrique, relativement à la position du navigateur lancé dans la grande mer (/a mar gran), à sa sortie de la Méditerranée; et ces mots, « près de la limite de l'Occident, sans s'éloi- » gner beaucoup en mer », signifient qu'on les plaçait alors vers l'ouest au terme des connaissances géographiques de l'époque, et quelles étaient assez rapprochées de la côte adjacente. L'aménité du climat, la fertilité du sol, l'abondance de miel et de laït qui faisaient de ces heu-

reuses contrées un lieu de délices, où se rassemblaïent les âmes après la

» Diu Plinus, maestre de mapa-mundi : que en les yles Fortunades, a una ylla un se leven tots los » bens del mon, com sense semrar, e sens plantar leva tots fruyts. En les altees dels monts los arbres » no son nulh temps meyns de fulla e de fruyts, ab molt gran odor ; dasso menyen una part de lany, » puis segen les messes en loch dherba. Per aquesta raho tenen los pagans de les Indies que les lurs » animas , con son morts , sen van en aquelles yles, e vieun per tots temps de la odor daquels fruyts, e » allo creen que es lur Paradis ; mes segons veritat , faula es. »

(1) C’est la traduction littérale de : « Puis segen los messes en loch dherba. » L’auteur de la légende a voulu sans doute faire allusion à l’idée qu'Horace avait exprimé dans ce vers :

Reddit ubi Cererem tellus inarata quotannis, (Voyez à la page suivante.)

La terre se couvrait de moissons sans avoir été ni ensemencée ni labourée, puis, au lieu de mauvaises herbes, ou récoltait les dons de Cérès.

(2) Voyez ses explications du deuxième tableau, p. 30-31, note 1 de la Notice d'un Atl. en langue catal., par MM. Buchon et Tastu. (Extrait des Notic. et Ertr. des Mss., t. xiv, 2 partie.)

( 38 ) mort, sontautant de notions empruntées aux anciens. Plutarque avait dit auparavant : « Rien n'altère dans ce climat la tranquillité de l'at- » mosphère; tout y croît sans culture... On assure que ces îles sont » les Champs-Élyséens, séjour des âmes heureuses qu'Homère à tant » célébré dans ses vers, et cette opinion s'est répandue même parmi » les nations les plus barbares (1). »

Virgile avait chanté ce séjour des bienheureux :

Devenere locos lætos, et amæna vireta Fortunatorum nemorum , sedesque beatas.

ÆNEID., Nb. 6.

Il avait parlé des lauriers odorans :

AE Lætumque choro Pæana canentes , Inter odoratum lauri nemus.

Horace, retraçant les horreurs de la guerre civile, invitait les Romains. à se retirer dans ces îles Fortunées :

Nos manet Oceanus circumvagus ; arva , beata Petamus arva, divites et insulas.

Epod. xvi.

Il leur vantait la fertilité fabuleuse de cette terre prodigue de tous biens ; le miel parfumé, les sources limpides, les chèvres fécondes, le lait délicieux, le doux zéphyr, les moiïssons, les fruits et les fleurs

croissant partout sans culture :

Reddit ubi Cererem tellus inarata quotannis, Et imputata floret usque vinea ,

Germinat et nunquàm fallentis termes olivæ, Suamque pulla ficus ornat arborem ;

Mella cavà manant ex ilice ; montibus altis

Levis crepante lympha desilit pede.

(1) Voyez Plutarque, Vie de Sertorius, édit. grecque-latine de Francfort, 1620, p. 571-572.

Us Con Rss Fond lie nuLEe

Illic injussæ veniunt ad mulctra capellæ, Refertque lenta grex amicus ubera; Nec vespertinus circumgemit ursus ovile ,

Nec intumescit alta viperis humus :

Pluraque felices mirabimur ; ut neque largis Aquosus Eurus arva radat imbribus, Pinguia nec siccis urantur semina glebis ; Utrumque rege temperante Cœlitum.

Epod. xvi.

Le chantre de Tibur eut ses imitateurs parmi les poètes modernes, et le Tasse le premier, en reproduisant un fragment de l’ode qu'Horace

adressait à ses concitoyens, ajoutait ces deux vers à sa belle descrip-

tion (1):

Ben son elle feconde, e vaghe e liete ; Ma pur molto di falso al ver s’aggiunge.

observation non moins naïve que celle qui termine la légende de notre

carte catalane : Æ allo creen que es lur paradis; mes segons veritat;

Jfaula es.

Aux renseignemens historiques consignés dans les cartes du moyen-

RE Ru ol a elle ie e li lettre

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Ed eran queste l’isole felici ;

Cosi le nomino la prisca etate,

A cui tanto stimava i cieli amici, Che credea volontarie, e non arate Qui partorir le terre, e in più graditi Frutti, non culte germogliar le viti.

Qui non fallaci mai forir gli olivi, E’1 miel dicea stillar dall’ elci cave :

E scender giù da lor montagne i rivi Con acque dolci , e mormorio soave :

E zefri e rugiade i raggi estivi Temprarvi si, che nullo ardor v’è grave :

E qui gli elisj campi , e le famose Stanze delle beate anime pose.

Gerus., liber, can. xv.

Ta

( 40 ) âge, il faut ajouter encore ceux fournis par les aventuriers qui, dans des voyages prémédités ou des relâches fortuites, abordèrent aux Canaries.

En 1360, les équipages de deux navires espagnols débarquèrent, dit-on , dans l’île de Canaria. On a supposé que cette expédition avait été dirigée sous les auspices de don Louis de la Cerda. Le Prince de la Fortune, s'autorisant d’un nouveau bref de Clément VI, recruta quelques aventuriers pour procéder à l'armement des galères que don Pedro d'Aragon lui avait cédées (1). On assure même que l'archevêque de Neopatria et Rodolphe Loferia, nonces du pape, contribuèrent aux frais de cette entreprise. Mais Alphonse XI, roi de Castille, arréta linfant d'Espagne dans ses projets de conquête, prétendant que les îles Fortunées appartenaient à sa couronne comme dépendance du diocèse de Marok suffragant de l'église métropolitaine de Séville, au temps de la dynastie des rois goths (2). Quoi qu'il en soit, il paraît que deux bâtimens de l'expédition projetée se dirigèrent vers les Canaries. Benzoni rapporte le fait dans son Histoire du Nouveau-Monde, et prétend que les navigateurs abordèrent à la Gomère, d'où ils furent repoussés avec perte. Le père Abreu Galindo, qui en parle d'une manière plus explicite (3), assure, au contraire, que les équipages des deux galères, composés de Mayorquais et d'Aragonais, débarquèrert à la grande Canarie par le port de Gando, et que, s'étant trop internés sans assurer leur retraite, ils furent tous faits prisonniers, y compris cinq moines franciscains qui les accompagnaient. Les services que ces aventuriers rendirent au pays, en plantant des figuiers et en construisant des édifices plus commodes, leur gagnèrent la bienveillance des Canariens pendant les premières années de leur captivité; maïs, plus tard,

(1) Zurit, Anal., Vib. 20, cap. 39.

(2) Voyez Salazar de Mendoza, Monarq. de España, Ub, 3, cap. 7 et 8, p. 340. (3) Gal. Mss., lib. 1, cap. 7.

ceux-ci, ne pouvant supporter des exigences qui compromettaient leur honneur, furent contraints d'en venir à des mesures extrêmes, et les mirent à mort. Suivant la tradition, les cinq moines furent précipités dans le gouffre de Ginamar, genre de supplice réservé aux traîtres et aux adultères. Ces religieux avaient construit deux petits ermitages dont on montre encore les ruines. Le chanoïne Viera a fait mention de cet événement d’après l'historien Galindo : « Lorsqu'on considère, » dit-il, les services que les chrétiens avaient rendus aux naturels, il » faut croire que leurs vices surpassaient leurs vertus. » Cependant l'ordre de Saint-François des îles Canaries fit bâtir depuis, sur l'emplacement des ermitages occupés jadis par les moines mayorquais, deux nouvelles chapelles dédiées à sainte Catherine et à saint Nicolas, et il adopta pour écusson, sur sa bannière, cinq têtes en croix, en mémoire des frères auxquels on accorda les honneurs du martyre (1).

M. Graberg, qui a cité cette tentative de Louis de La Cerda dans son Histoire de la géographie, l'a rapportée à l'an 1334. (Voy. Annal. di geog. e di stat., tom. n1, p. 219.)

Une autre entreprise dont les résultats furent moins tragiques eut lieu en 1377. Le capitaine biscayen Martin Ruiz de Avendaño, qui commandait une croisière sur la côte de Portugal, fut jeté par une tempête sur l’île de Lancerotte (2). Le séjour d'Avendaño dans le pays se réfère à des événemens que nous nous réservons de relater dans un chapitre plus spécialement consacré aux renseignemens ethnographiques et à tout ce qui tient à l'histoire des Aborigènes !{3).

Don Pedro del Castillo, écrivain canarien, fait encore mention d’un autre débarquement exécuté vers la fin du quatorzième siècle. D'après

sa relation, le capitaine Francisco Lopez, qui se rendait avec son navire

(1) Voy. Viera, Noticias, tom. 1, p. 299.

(2) Viera, Noticias ex Galindo, t. 1,p. 191 et suiv. (3) Voy. le chapitre suivant.

I, —(1"e PARTIE. ) (ETHNOGRAPH. )— 6

(42) de Séville en Galice, aurait été entraîné au sud par la force de la tourmente, et se serait vu contraint de chercher un refuge, le 5 juin 1382, à l'embouchure du ravin de Guiniguada, où l’on a fondé depuis la capitale de la grande Canarie. Lopez et douze de ses compagnons furent traités d'abord avec humanité par le guanartème de cette partie de l'île, et passèrent sept ans occupés paisiblement du soin des troupeaux qu'on leur avait cédés. Ils profitèrent de ce séjour forcé pour donner une instruction chrétienne à plusieurs jeunes Canariens, dont quelques-uns avaient appris d'eux la langue castillane ; mais les naturels, changeant tout-à-coup de conduite à leur égard, les massacrèrent tous sans exception (1). [Il paraît cependant qu'avant de recevoir la mort les malheureux Espagnols confèrent un écrit à un de leurs néophytes, et c'est sans doute de ce même événement que les chapelains de Bethencourt ont voulu parler dans leur histoire en traitant de la première tentative du chevalier Gadifer de La Salle sur la grande Canarie, Un jeune insulaire étant venu à bord de la barque de Gadifer pour lui remettre un parchemin qu'il avait attaché à son cou : « Nous avons trouvé, disent les chapelaïins, le festament des frères chrestiens qu'ils tuèrent ores à douze ans, qui estoient treize personnes... lequel testament dit ainsi, que nulne se doit fier à eux pour beau semblant qu'ils fassent, car ils sont traîtres de nature. » Si de la date de l’incursion de Gadifer (1404) on retranche les douze années qui s'étaient écoulées depuis la mort des Espagnols et leurs sept ans de captivité, l'on retrouve l'époque du débarquement de Lopez (1382) citée par Castillo. Il est probable que la méfiance qu'inspirèrent aux Canariens les relations qu'entretenaient leurs hôtes avec les aventuriers qui fréquentaient ces parages, et la crainte de quelque surprise de la part des Européens, les déterminèrent à se débarrasser de ces étrangers, pour lesquels ils

(1) Castil. Mss., cap. d et 9.

(43) s'étaient montrés d'abord si débonnaires; car, d'après les historiens de la conquête, /s avoient transmis lettres en terres de chrestiens à l'encontre d'eux avec lesquels ils avoient demeuré sept ans (1).

Quatre ans après cette triste aventure (1386), don Fernando Ormel, comte d'Ureña et d'Andeyro, qui croisait sur les côtes du Portugal avec des vaisseaux du roi de Castille, fut contraint, par la force du vent, de gagner la pleine mer ,et ayant été chassé au loin vers le sud, il aborda à la Gomère après plusieurs jours de bourrasque. Les auteurs canariens ont rapporté ce fait avec des variantes. D'après le P. Ab. Galindo, l'équipage d'une des caravelles de guerre, commandé par un don Fernando de Castro, aurait seulement débarqué dans l'île par le port d'Hipare. « Les Espagnols, ajoute notre auteur, en vinrent aux » mains avec les insulaires, et le frère du roi Amalahuige périt dans » ce combat. Mais bientôt toute la population prit les armes ; Ama- » lahuige, excité par la vengeance, attaqua vigoureusement les étran- » sers, et les forca de se retrancher dans les rochers d'Argodey. où il » les tint bloqués pendant deux jours, au bout desquels ceux-ci ,à demi » morts de faim et de soif ,se rendirent à discrétion. » Le prince barbare fit preuve de clémence en traitant ses prisonniers avec une générosité que les Européens ne surent pas imiter depuis (2). Don Fernando de Ormel, selon les uns, ou Fernando de Castro, selon les autres, voulant prouver sa reconnaissance à son vainqueur, lui offrit des armes et de riches habits; il lui fit aussi accepter le baptême et lui donna son propre nom, De son côté, Amalahuige, répondant à ces avances, permit aux Espagnols de retourner en Europe, et ne garda auprès de lui que l’aumônier qu'ils avaient amené. D'après la tradition, cet ecclésiastique ne survécut que peu de temps à son apostolat (3).

(1) Conquest. des Can., ch. 11, p. 74.

(2) Viera, Op. cit.,t. 1, p. 278.

(3) Galindo, #s., lib. 1.

L'expédition aux îles Canaries, que les uns rapportent à l'année 1393 et d'autres en 1399 (1), redoubla l'audace des aventuriers et fut un premier pas vers la conquête. Quelques marins du golfe de Biscaye, ayant formé à Séville une association avec des Andaloux, équipèrent , sous les auspices de Henri LIT, une escadrille de cinq caravelles, commandée par Gonzalo Peraza Martel, seigneur d'Almionaster, et parcoururent toute la côte occidentale de l'empire de Marok. Durant cette excursion, ils reconnurent l'archipel des Canaries , et n'ayant pas osé s'approcher de Ténériffe, dont le pic était en éruption (2), ils tombèrent sur Lancerotte, qu'ils saccagèrent, emmenant en esclavage le roi, la reine et 170 habitans, après avoir chargé leurs navires de cuirs, de bestiaux, de cire et d’autres marchandises. L'on assure que Jean de Bethencourt eut connaissance des succès obtenus par ces navigateurs, et que, sur les renseignemens de quelques Français qui faisaient partie de l'équipage de don Alvaro Becerra , un des capitaines de l'expédition, il prit la résolution de s'emparer de ces îles, devenues le point de mire de presque toutes les entreprises maritimes de cette époque.

Nous ne savons pas si parmi les aventuriers de l'expédition de 1399 se trouvait ce Lancelot de Maloysel qui, selon Viera, donna son nom à l'île de Lancelot, comme l’appellent les chapelains du baron normand , et y fit construire le château dont il est question dans leur histoire (3). Les différens documens que nous avons pu consulter ne nous ‘ont fourni à cet égard aucune espèce d'indication.

On voit, d'après l'analyse de ces différens voyages, que les uns ne

(1) Voy. Gonzales d’Avila , Hist. de Henri III , chap. 79 ; Ortez de Zuniga, Anal. de Sevilla ; Marian, Hist. gen. de Esp., lib. 16, cap. 14; Gomar., ist. gen. de Ind., cap. 293; Galindo, Mss. , lib. 1, cap. 8.

(2) On prétend qu’effrayés par les flammes qui sortaient du volcan, ils donnèrent à Ténériffe le nom

île d’Enfer (Jsa del Infierno).

(3) « Ils assemblèrent une grande quantité d’orge et le mirent en un chastel que Lancelot de Maloysel » avoit jadis fait faire, selon que l’on dit. » Bont. etle Verrier, Conquest. des Can., chap. 32, p. 59.

furent qu'accidentels, tandis que les autres au contraire eurent pour but direct l'exploration de ces îles célèbres, alternativement perdues et retrouvées. La plupart de ces tentatives n'eurent pas en Europe un bien grand retentissement, et jusqu'au commencement du quinzième siècle, les îles Fortunées furent considérées comme des terres vaguement indiquées par les navigateurs et dont la recherche devait exciter l'ardeur des aventuriers de l'époque. Nous lisons dans Gonzalo de Oviedo (1) : « Qu'on resta long-temps sans reprendre la navigation de ces îles, dont on avait fini par oublier la route, jusqu à ce quelles furent retrouvées en 1403, le roi d'Espagne don Juan IT étant alors en Castille sous la tutelle de la reine Catherine sa mère. Ce fut parson ordre, dit-il, et avec sa licence qu'on en fit la conquête, comme on peut le voir dans la chronique de ce prince. » Lorsque les chapelains de Bethencourt écrivirent leur relation, ils l’intitulèrent en effet : Æistoire de la premiere descouverte et conqueste des Canaries. En 1456, Cadamosto décrivait aussi ces mêmes îles comme un archipel jusqu'alors inconnu. Son voyage , traduit par Madrignano, se publiait en 1532 sous le titre de Navigatio ad terras ignotas, dans un recueil où l'on consignait les découvertes du temps (2). Enfin, Pierre Martyr d'Angleria, en traitant du débarquement exécuté à la grande Canarie par Pierre d’Aria en 1514, parlait encore de cette île comme d'un pays nouvellement découvert (3).

En reprenant l’histoire de plus haut, nous avons vu que Pline n'a-

vait fait qu'indiquer les anciennes Fortunées sous le rapport géogra-

(1) Voy. dans Ramusio, part. ur, Lib. 2, p. 66.

(2) Voy. ibid. Nopus orbis reg. ac insul. veteribus incognitarum ; Basileæ ap. Joann. Hervag. , 1532. La relation de Cadamosto fut d’abord imprimée à Venise en 1507 sous ce titre : Æ7 Xibro de la prima napigatione per oceano e le terre de’ Negri de la Bassa Æthiopia per comandamento del illustrissimo sig. Infante Don Enrico de Portogallo, in-4° Jobst Ruchamer en inséra ensuite une traduction dans son recueil : Unbekannte Leuthe und une newe W'ellin kurz vergangenem Zeiten erfunden , fol. , Nuremberg , 1508. À peu près à la même époque, Pierre Redoner en donnait une traduction française.

(3) Voy. De rebus Ocean. et orbe novo, Dec. , id.

phique. Après plusieurs siècles de silence, le vague récit des Arabes maghrourims nous fournit la première notion sur le peuple qui habitait cet archipel; maïs, à mesure que nous nous rapprochons de l’époque de la conquête, les renseignemens deviennent plus précis et mieux circonstanciés, la physionomie des Aborigènes se dessine moins vaguement; dégagée d'hypothèses et de fictions, cette nation, trop longtemps oubliée et souvent méconnue, se montre sous son vrai caractère et dans un état de civilisation qui correspond aux descriptions des historiens contemporains. Nous désignons sous ce titre Bontier et Le Verrier, le Vénitien Cadamosto, et les navigateurs portugais qui explorèrent l'archipel canarien sous les auspices de l'infant don Henri, enfin Fray Alonzo Espinosa, ce moïne espagnol qui consigna religieusement toutes les traditions des vieux Guanches de Guimar.

Les deux premiers, s'occupant beaucoup plus des faits et gestes du baron normand et des aventuriers qu'il avait entraînés à sa suite, que de l’histoire du peuple conquis, ne nous ont transmis que fort peu de détails sur tout ce qui a trait aux usages; mais l'on peut saisir de loin en loin, dans leur récit simple et naïf, quelques traits généraux de physionomie , de mœurs et de caractère. Cette relation, escrite du temps mesme de la conqueste, comme ils ont soin de l'annoncer, est un journal authentique des événemens qui se passèrent depuis l'arrivée de Jean de Bethencourt aux Canaries jusqu'à sa mort. Elle traite des succès obtenus dans cette première invasion, de l'occupation de Lancerotte, Fortaventure et l'île de Fer, des différentes excursions des Normands dans les autres parties de l'archipel , des courses du conquérant sur la côte d'Afrique et de ses voyages en Europe. Les deux auteurs parlent longuement des querelles des aventuriers, de leurs combats avec les indigènes et du système d'administration établi par Bethencourt dans les îles conquises. F. Pierre Bontier et Jean Le Verrier prennent humblement dans leur livre la qualification de domestiques

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