‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 4)Chapitre 62 sur 72 · if PARTIE.) (ETHNoGRAPH, )— 3D · texte numérisé non relu

if PARTIE.) (ETHNoGRAPH, )— 3D

lissans en leur faisant tuer, écorcher et dépecer les moutons, car les Canariens avaient les bouchers en horreur, et l'entrée d’une berserie, pour traire ou tuer des brebis ou deschèvres, suffisait seule pour priver du droit de noblesse (1). « Le Berber Kacçila, roi d'Aourba et de Béranis (nous dit Ebn-Khaldoun), avait conçu contre Okbah une haïne violente à cause des humiliations que ce chef arabe lui faisait supporter : on en cite comme exemple que chaque jour il le faisait venir et lui ordonnait d'écorcher les moutons qu'on tuait pour sa cuisine. » Nowaïri rapporte à cette occasion que lorsque Kacila reçut cet ordre, il voulut d’abord le faire exécuter par ses serviteurs; mais le chargeant d'injures, Okbah exigea qu'il remplit par lui-même cet office indigne de lui : il le fit, et comme ensuite il essuyait à sa barbe ses mains remplies de sang, les Arabes qui passaient lui dirent : « Que fais-tu donc À, Berber ?» Il leur répondit : « Ce que je fais est bon pour le poil. » Un scheïkh arabe, qui se trouvait là par hasard, leur dit alors: «Le Berber vous menace.» Abou-el-Mohadijir avertit plusieurs fois Okbah de se méfier d'un homme puissant qui avait le cœur ulcéré par le traitement qu'il lui avaït fait subir. Aussi Kaçila saisit-il l'occasion qui se présentait ; 1l envoya vers Tahouda des Berbers qui y dressèrent une embuscade et tuèrent Okbah-ben-Naf ainsi que trois cents guerriers d'élite (2). »

On peut tirer encore d’autres rapprochemens des relations des historiens. Les Berbers, d'après Graberg de Hemso, vivent dans des cabanes ou des grottes ; leurs habitations de la plaine sont construites en pierre et en charpentes, avec des enceintes murées (3). C’est ce qui avait lieu aussi dans la partie de l'archipel canarien où les naturels

n'étaient pas troglodytes.

(1) Voy. précédemment, p. 63 et 153.

(@) Voy. Noel des Vergers, op. cit., p. 21 et note (16). (3) Specchio geogr. e statist. di Marocco, p. 74.

« Ces peuples, ajoute M. Graberg , ne sont pas exclusivement dédiés à la vie pastorale ; ils s'adonnent aussi à la culture... » Parmi les grandes filiations berbères, les Schellouhs, auxquels nous rapportons quelques-unes des tribus canariennes, sont les plus industrieux; leurs maisons (#gmin en schiläh, {amogantin ou tamogitin en canarien ) sont mieux construites ; ils vivent réunis dans de grands villages (1).

Les habitudes, le caractère et la physionomie des populations berbères, d'après les descriptions de Léon Africain, nous offrent les mêmes rapports avec les anciens habitants des îles Fortunées. « Ce sont des hommes robustes, intrépides et audacieux, dit-il, qui bravent impunément toutes les températures; ils combattent à pied et la cavalerie seule peut les vaincre; mais ils préfèrent mourir les armes à la main plutôt que de se rendre. Leur vêtement se compose d'une tunique de laine et d’un manteau; ils vont tête nue, et portent autour des jambes des morceaux de peau qui leur servent aussi de souliers. Ces montagnards possèdent de nombreux troupeaux. »

Marmol confirme ces renseignemens: les notions que nous fournissent les voyageurs modernes qui ont observé les Berbers ne les démentent pas et donnent lieu aux mêmes remarques. Qui ne reconnaîtrait le Tagoror des Guanches dans la relation de la première entrevue de Caillaud avec les anciens de Syouàh, de cette oasis habitée par une peuplade de race berbère? « Cependant la foule, après nous avoir » quittés, se rendit sur la place du conseil, en sollicitant des explica- » tions. Les scheïkhs s'y réunirent ; je fus appelé avec mon interprète. » Dix onu douze principaux scheïkhs étaient en ligne, sur un banc » coupé dans le roc : derrière eux étaient d'anciens scheïkhs ; tout le » peuple était debout, rangé en cercle : au milieu, une natte jetée à » terre m'était destinée (2). »

(1) Graberg de Hemsd, op. cil., p.76.

(CO) Caillaud, ’oyage à Méroé et au Fleuve Blanc, etc., p. 62.

Citons un renseignement de Chénier qui va trouver son application : « Les Maures, nous dit-il, font ordinairement leur couscoussou (farine de maïs torréfié) avec un moulin composé de deux pierres rondes de dix-huit pouces de diamètre. Celle de dessus , qui a une manivelle, est fixée et tourne autour d'un axe qui tient à celle d'en bas (1). » Nous lisons dans les manuscrits de Venture les détails suivants sur un usage qui nous rappelle le gofño des Guanches : « Chez les Arabes et dans » toute la Barbarie, après avoir torréfié le blé et l'orge, on le met sur » une très-petite meule à bras: ensuite on sépare la farine du son, et » lorsqu'on veut faire du pain, on fait cuire cette farine pétrie dans » une poêle ou sur la cendre. » Cette farine torréfiée , qui formait sous le nom de gofio la base alimentaire des anciennes populations canariennes, et dont l'usage s'est conservé parmi nos modernes insulaires comme chez les habitants de l'Atlas et les Maures de la Barbarie, remonte à la plus haute antiquité. Nous retrouvons une substance analogue, simon identique, dans un des plus touchans épisodes de l'Ancien Testament : ce furent des gâteaux de farine torréfiée qu’Abigaïl offrit à David sur les montagnes du Carmel. Virgile nous montre Enée, vers la rive africaine, ordonnant à ses compagnons de rôtir le grain qu'ils doivent moudre entre deux pierres :

dr Frugesque receptas Et torrere parant flammis, et frangere saxo.

(Æneid., Lib. 1.)

Mais les Guanches avaient aussi d'autres coutumes dont les traditions de l'histoire nous signalent l'antique origine et qui leur étaient communes avec les peuples de la Libye. Rappelons par exemple la pratique de répandre du beurre frais sur les blessures et celle d’engraisser leurs filles a vec du lait avant de les marier.

Voici encore quelques notions intéressantes extraites des documens

(1) Recherches hist. sur les Maures, etc., t. 1x, p. 104.

de Venture, et que l'on pourra comparer à celles que nous avons données en traitant des mœurs et coutumes : « Les montagnards de » l'Atlas ne se servent pas de linge ; un simple manteau et un morceau » d'étoffe de laine qui leur couvre le corps, depuis le nombril jusqu'aux » chevilles, forment tout leur costume. Le reste du corps est nu sous » leurs burnous..... Ces peuples ne connaissent pas l'usage des serrures, » leurs portes ne peuvent se fermer qu'en dedans par le moyen d'une » barre de bois (emder taghijdit); ils ne s'éclairent pendant la nuit » qu'avec du bois allumé. Leur industrie consiste dans la fabrication » des lissus de laine , des nattes, des poteries grossières et des gamelles » de bois. Leur chaussure est en peau de bœuf qu'ils lient par des cour- » roïes à leurs pieds et à leurs jambes en forme de brodequins. Leur » nourriture est très-simple et très-frugale : des figues sèches, de la » grosse semoule , des fèves, du miel, du laït, de la farine d'orge faite » avec un moulin à bras, farine qu'ils font rissoler dans une marmite » et qu'ils pétrissent ensuite avec de l’eau ou du lait. C'est à peu près là »en quoi consistent leurs ressources. Ces moyens, quelque bornés » qu'ils soient, suffisent à leurs besoins, parce qu'ils ne sortent pas de » leurs montagnes et qu'ils ne s’imaginent pas qu'il y aït des gens plus » fortunés dans cet univers (1). » Ne diraït-on pas que cette simple description est imitée de Galindo ou de Viera, tant on y trouve de ressemblance ?

D'autres analogies ressortent des notions que nous possédons sur la physionomie des deux peuples. Graberg de Hemso, en parlant des Berbers, s'exprime en ces termes : « Ce sont des hommes de moyenne stature, aux belles formes athlétiques, nerveux, robustes, actifs, pleins d'énergie, vifs et spirituels. Leur teint est blanc ou presque blanc, leurs cheveux sont quelquefois blonds ou se rapprochent de cette couleur, et de prime abord on les prendrait plutôt pour des

(1) Pocab. de Venture. Mss. de la Bibl. roy.

hommes de l'Europe boréale que pour des Africains (1). «Les Schellouhs (ajoute-til) sont moïns robustes; leur peau est ordinairement plus brune; ils passent pour les plus civilisés; leur intelligence est plus développée, et leur disposition naturelle pour les arts et métiers leur donne une certaine supériorité sur les autres populations berbères. » « Les Mozabytes, nous dit Schaler, ont les traits et l'air des Arabes (2). » On a vu précédemment que les Riffins étaient généralement blonds, qu'ils se distinguaient en outre des autres filiations berbères par un caractère de physionomie particulier, plus analogue avec certaines tribus guanches. Les considérations que nous avons exposées dans le cours de cette dissertation nous portent à croire que les Berbers de race blonde furent la souche originaire de ces Guanches au teint blanc et aux cheveux roux, si répandus dans la partie occidentale de l’archipel canarien avant la conquête de ces îles. Toutefois, nous ne saurions, à l'exemple de quelques ethnographes, assigner une origine vandale aux Africains de race blonde ni à leurs descendans ; les renseignemens de Shaw démentent tout à fait cette opinion. Des tribus semblables aux Riffins par la couleur de la peau, la teinte des cheveux et les traits du visage, habitent de temps immémorial les montagnes d'Auresch ; le voyageur que nous venons de citer en parle en ces termes : « Je ne » dois pas quitter ces montagnes sans faire remarquer que ceux qui les » habitent ont un air et une physionomie différents de leurs voisins; » leur teint, loin d'être basané, est au contraire blanc et rouge, et » leurs cheveux sont d'un jaune foncé, au lieu que ceux des autres » Kabayles sont tout noirs. Ces hommes blonds parlent la langue des » Kabayles (3). » Or, comme l'observe Demoulins, on ne rencontre pas dans cet idiome la moindre trace de langue germanique, ce qui serait

(1) Specchio geogr.. e statist. dell imp. di Marocco, p. 74. (2) Id., P- 67.

(3) Shaw. Voyage en Barbarie, t. 1, ch. 8.

presque immanquable si ces Kabayles blonds descendaïent des Vandales. Procope nous prouve lui-même que ces peuples du nord ne peuvent avoir propagé leur race en Afrique: 11 n'en existait de mon temps, dit-il, nt souvenir ni nom (1). L'on saït du reste que toutes ces hordes avaient été transportées en Grèce et en Asie par Bélisaire. L'auteur de la Guerre des Vandales, qui eut connaissance, par les renseignemens du Maure Athaïa, des tribus de race blanche établies au delà du mont Aurasius, dans cette partie du désert occupée aujourd'hui par les Touarechs, en parle comme d'une population trèsancienne (2). IL y a donc lieu de croire que les Berbers blonds, Touarechs, Riffins ou Guanscheris, sont autochthones, de même que tous les autres Africains de race libyenne ou atlantique,

Les mêmes différences observées chez les Berbers dans la stature, le port, la teinte de la peau, la couleur des cheveux et les traits du visage, existaient parmi les anciennes populations canariennes, et de ces différences résultent les mêmes rapports. On peut donc admettre qu'un naturel de Fortaventure ou de Lancerotte ressemblait aussi bien à un Mozabyte qu'à un Bédouin. Les Guanches blonds de Ténériffe devaient avoir l'air de Riffins, tandis que les indigènes de la même île qui avaient la peau brune et les cheveux noirs s'assimilaïent peutêtre aux Guanscheris. Il est probable que les Berbers Haouarythes et Ghomerythes reproduisent à nos yeux les anciens insulaires de la Gomèreet de la Palme, et que certaines tribus parmi les Kabayles del’Algérie, lesSchellouhs du Maghreb ou les Tuariks ou Touarechs du Sahara nous représentent les primitifs habitans de Canaria et de l'île de Fer.

Ces différences, qui distinguèrent les anciens insulaires des Canaries, sont encore très-tranchées de nos jours, dans cet archipel, parmi les populations modernes ; elles existent même au physique comme au

moral.

(1) Procope, Bell. Vand., Lib. 1, cap. 22.

(2) Id. id, lib. u, cap. 3.

Les Lancerottains, par exemple, sont des hommes assez bruns, d’une taille souvent au-dessus de la moyenne , pleins de sagacité, vifs. turbulens et ombrageux. Les habitants de Foriaventure, auxquels on donne l'épithète de Castellanos (Castillans) à cause de leur droiture et de leur loyauté, sont d'une haute stature; leur teint est basané; ils sadonnent plus particulièrement aux exercices gymnastiques et passent pour les plus adroits lutteurs : doux, humbles, pensifs, imdolens par caractère et peu affectionnés au travail, on les dit pourtant capables d'énergie lorsqu'ils sont poussés à bout. Les Canariens passent pour les plus astucieux et les plus rusés parmi ces insulaires; leur taille s'approche de la moyenne, leur teint est blanc, ils sont forts et replets, très-constants dans le travail, quoïqu'amis des plaisirs, surtout de la lutte et de la danse. Leurs femmes sont d'une beauté et d’une blancheur remarquables, le surnom d’Ændalouses leur est bien acquis, et un vieux proverbe du pays leur accorde une supériorité incontestable sur celles des autres îles:

De Fortaventura trigo, De Lancerote cebada,

De Tenerife los hombres, Las mujeres de Canaria (1).

Les hommes de Ténériffe ont la franchise et la bonté en partage: ils sont gais, aïmables, spirituels et braves; leurs facultés intellectuelles paraissent plus développées ; leur taille est bien prise et élancée; ils sont en général assez blancs, et l’on remarque parmi eux beaucoup de gens blonds aux yeux bleus, bien qu'ils aient le teint un peu hâlé. Les cheveux roux (brun-rougeâtre) sont communs chez les montaonards: Dans la partie méridionale de l'île, on rencontre des honimes

bruns, grands, secs et nerveux, aux formes athlétiques et d'une force

(1) Le blé de Fortaventure, l'orge de Lancerotte, les hommes de Ténériffe et les femmes de

Canaria.

extraordinaire. Les naturels de la Gomère sont petits de taille; leur teint est blanc, leur esprit vif et leur caractère querelleur. La plupart sont d'une agilité remarquable. L'habitant de l’île de Fer (plus connu sous le nom d'Æerreño) a le teint pâle; il est de moyenne stature, modéré dans ses désirs, soumis, plein de douceur, intelligent , actif et bon à tout. Les Æerreños sont pour les Canaries ce que les Riffins sont pour les villes du Maroc, des gens qui vendent leurs services et sen retournent chez eux quand ils ont amassé quelque argent. On pourrait les comparer à nos Auvergnats, surtout pour l'amour du gain, l'excessive économie et la grande probité, qualité qu'on ne rencontre pas toujours chez les Riffins. La capacité industrielle et mercantile, l'humeur inconstante, l'esprit soucieux, les passions concentrées, caractérisent les naturels de la Palma. Leur stature est médiocre, leur complexion sèche et nerveuse, leur teint plutôt blanc que brun. Mais en général tous ces insulaires sont pleins de sagacité, jaloux de leurs droïts, très-hospitaliers et d'une bravoure à l'épreuve. Ils se rendirent redoutables aux Maures du Maghreb dans leurs excursions sur la côte d'Afrique au temps de la puissance des Adelantados (1) ; les rois catholiques leur furent redevables d'une partie de leurs conquêtes dans le Nouveau-Monde (2); et lorsque l'Espagne, envahie par la France impériale, appela aux armes ses populations d'outremer, les fidèles Isleños ne démentirent pas leur antique origine. Le bataillon de Canarias fut un de ceux qui se distinguèrent le plus pendant la guerre de l'indépendance espagnole; l’histoire n'a pas à lui reprocher des actes inhumaïns, et plusieurs beaux faits, au contraire, figurent honorablement sur ses états de service (3). Ce bataillon for-

(1) Voy. t. ir, Le partie, p. 253.

@) Id, id, id, p. 260.

(3) On cite un sergent du bataillon de Canarias , natif de la ville de l’Orotava , qui sauva deux prisonniers français qu’on voulait massacrer. Ce brave, par son courage et son généreux dévouement , parvint à contenir une populace furieuse qui voulait envahir la prison , et donna ainsi le temps à ses camarades de venir lui porter secours.

t.—(1"e PARTIE.) (grawocrapx.) — 36

mait l'avant-garde de la division Lacy, la seule que lord Wellington voulut agréger à son corps d'armée.

En bornant nos remarques aux caractères physiques, nous ferons observer que ces caractères, transmis avec le sang originaire, doivent s'être reproduits chacun avec les modifications que nous avons signalées chez les tribus indigènes de la Barbarie et du Maroc. La concentration des tribus canariennes dans les îles qu'elles occupaient à l'époque de la conquête, et l'isolement dans lequel elles vivaient depuis des siècles, durent contribuer à la conservation des types originaires. À Fortaventure, c'étaient des Maxoreros appartenant peut-être à des gens venus d'Afrique avec des Arabes; à Canaria, des peuplades qui conservent encore leur ancien nom; à Ténériffe, des Guanscheris; une érmigration de la tribu de Ghomerah à la Gomère, et des Haoüarythes à la Palme. Toutes ces diverses filiations ont transmis leur type aux générations qui se sont succédé. En eflet, en comparant entre eux les caractères généraux de la physionomie de chaque population insulaire, on retrouve encore aujourd'hui les différences qui, d’après les souvenirs historiques ou traditionnels, caractérisaient les tribus primitives, et ces différences sont d'autant plus tranchées que les circonstances locales ont isolé les centres de reproduction et les ont maintenus dans cet isolement. Les alliances étrangères ne peuvent avoir produit ces modifications d'un même type; il est un fait qui le prouve de la manière la plus évidente. En admettant l'opinion contraire, les îles de Lancerotte et de Fortaventure seraient celles où l'on devrait rencontrer le plus de gens blonds, aux yeux bleus, aux cheveux roux, au teint coloré et à la peau blanche, car Béthencourt, qui conquit ces deux îles, y établit tous les aventuriers qu'il avait recrutés en Normandie et ceux encore qu'il continua d'y envoyer. Pourtant, si on excepte deux ou trois familles qui prétendent descendre des conquérans, nous pouvons assurer que les individus de race blonde sont en bien petit nombre dans cette partie de l'archipel, C'est

à, au contraire, que la population est le plus brune : hommes et femmes, tous ont le teint basané et semblent tenir bien plus, par les traits du visage, du Maure ou du Bédouin que de l'Européen.

Nos remarques sur les ressemblances qui existent dans les caractères physiques entre les populations canariennes et les tribus berbères désignées plus haut, appuient nos opinions sur leur origine commune.

Pendant notre séjour à Oran, avant l'occupation française, nous eùmes occasion de voir des Kabayles de l'intérieur faisant partie d'une caravane de marchands qui devait se rendre à Ten-Boktoue. Un bazar improvisé, pour traiter de l'achat de diverses marchandises, avait été établi dans la cour de la maison du vice-consul d'Angleterre. Quatre Berbers, un nègre de Soudan, quelques Maures, et plusieurs Arabes de la plaine qui étaient venus pour vendre du grain, se trouvaient là réunis. Leurs différentes physionomies fixèrent notre attention, mais les Kabayles surtout nous frappèrent par leurs traits de ressemblance avec les Canariens.

Quelques années après nous étions à Marseille au moment de l'arrivée des prisonniers de la Tafna; il y avait dans cette bande de malheureux Africains que le destin de la guerre venait d'amener sur nos côtes, des Kabayles des montagnes de Tlemcen, de l'Ouetchdâh, et des Berbers du Maghreb que les intrigues d'Abd-el-Kader avaient attirés dans son parti. Les uns étaient basanés et presque olivâtres, à la figure ovale, aux traits saïllans, au front étroit, aux cheveux noirs et rudes; un plus grand nombre avaïent le teint blanc, parsemé de taches de rousseur, les yeux gris ou bleu-clair, la face ronde. Si ce n'eût été la différence de costume et de langage, nous aurions pu nous croire en présence d'une troupe de villageois des îles Canaries, car ceux-ci nous rappelaient les Waxoreros de Fortaventure, ceux-là ressemblaient à des paysans de la Palme ou de la Gomère, d’autres enfin avaient le port et la physionomie des bergers de Chasna et des hautes vallées de Ténériffe.

Mais à quelle époque les émigrations des différentes tribus berbères, : qui ont propagé leur race dans l'archipel Canarien, vinrent-elles s'établir dans ces îles? Cette question n'est pas facile à résoudre et le champ des conjectures est ouvert à ceux qui voudront la traiter, car le silence de l’histoire leur laïsse le choix des hypothèses. Nous nous bornerons par conséquent à quelques observations.

Plusieurs auteurs espagnols, prenant leur point de départ des origines bibliques, ont tâché de déterminer l'époque d'une race postdiluvienne aux îles Canaries. Viana, sans remonter aussi haut, veut que cet archipel ait été peuplé par des Ibères, 1549 avant Jésus-Christ, alors qu'une affreuse disette désolait la péninsule hispanique, sous le règne fabuleux d'Aabis où d'Habibes (1). Il serait inutile de nous arrêter aux différentes opinions émises par des écrivains qui ne se sont appuyés que sur des traditions apocryphes, car leurs citations sont trop obscures ou trop vagues pour nous éclairer dans. une question aussi importante. Nous avons fait entrevoir la possibilité de l'existence d'une ancienne population aux îles Fortunées, ou du moins dans la partie orientale du groupe, au temps des expéditions maritimes des

(1) Fuertaventura y Lanzarote se poblaron De aquella gente desterrada de Africa, Por distar menos leguas de su costa ; Llamäronlos despues los Mahoratas Y agora por memoria Mahoreros.

Eran valientes, fuertes, belicosos,

Diestros, y en las costumbres, lengua y talles Muy semejantes à los Africanos;

Mas no tuvieron rastro de su secta,

Pues esta poblacion fué muchos siglos Antes que las torpezas de Mahoma ,

Guando reinaba en la Vandalia Bética

Abis, antiguo Rey, y tantos años

Neg6 à la tierra el cielo el agua y pluvias, Con notable perdicion de España.

(Vrana. Can. 1.)

| ( 285 ) Phéniciens et des Carthaginois (1). Pline, qui cite les établissemens fondés par le roi Juba dans les îles Purpuraires. nous laïsse ignorer, 1l est vrai, si les Grandes Fortunées étaient habitées à l'epoque où les explorateurs mauritaniens les visitèrent ; mais il est pour nous d’autres circonstances historiques qui nous font croire à la colonisation de ces îles avant les premiers siècles de l'ère chrétienne. L'Afrique occidentale était alors et depuis long-temps en contact avec la civilisation romaine; les deux Mauritanies étaient devenues des provinces de l'empire, la jeunesse de ces contrées servait dans les légions latines, Tacfarinas lui-même, avant de se soulever contre des dominateurs puissans et implacables, s'était distingué dans leurs rangs. En réfléchissant à ces circonstances, peut-on croire qu'à cette époque un peuple soit sorti de l'Afrique si entièrement dépourvu de connaissances et dans une ignorance originaire telle que les historiens de la conquête ont voulu nous le persuader ? Viera, fondant son opinion sur celle des écrivains dont il à commenté les textes, nous dit que les Guanches ignoraient l'art de la navigation, qu'ils n'avaient jamais eu la pensée de construire de simples pirogues pour pouvoir communiquer d'une île à l’autre, et que même beaucoup d'entre eux ne savaient pas nager. Si ces assertions sont vraies , de pareils faits seraient peut-être uniques dans l’histoire des peuples insulaires. Toutefois on pourrait encore les expliquer en sappuyant des preuves que nous avons données de l'origine libyenne des anciennes populations de cet archipel. En effet, nous avons reconnu, dans cette race, des hommes entièrement adonnés à la vie pastorale, conservant dans leur isolement les mœurs et les coutumes de leurs ancêtres, exclusivement occupés du soin de leurs troupeaux et de la culture de leurs terres, comme ces montagnards de l'Atlas auxquels nous les avons comparés, et dont ils parlaient le langage. Or, il est probable que des émigrations de ces peuples pasteurs,

(1) Voy. précédemment, p. 7.

en se fixant dans les îles Atlantiques, y conservèrent leurs habitudes et leurs mœurs. La longue interruption de la navigation d'occident, sous le bas-empire et au moyen-âge, dut maintenir ces tribus africaines dans un complet isolement et les laisser dans une ignorance absolue des moyens qu'elles auraient pu employer pour communiquer entre elles. Si ces populations, pour se soustraire à une domination nouvelle, n'étaient arrivées aux Canaries qu’à l'époque de l'envahissement de l'Afrique romaine par les Arabes, leurs dialectes n'auraient pas différé si essentiellement entre eux, car il faut bien des siècles pour qu'un idiome se modifie d'une manière aussi étrange et s’altère au point de perdre presque son type originaire. Tout prouve au contraire que les iles Canaries furent colonisées long-temps avant l'arrivée en Afrique des Arabes conquérans; s'il en eût été autrement, l'histoire de ces populations insulaires nous aurait signalé quelques-unes des coutumes de l'islamisme; mais nos auteurs ne citent rien qui puisse, à cet égard , donner motif à la moindre conjecture. Nous avons fait remarquer les rapports qui existaient entre le système d'embaumement des Guanches et celui des Égyptiens, décrit par Hérodote : ceux qui ressortent de l'examen comparatif des têtes osseuses canariennes, appartenant au type dominant (n°14), avec les crânes de momies de race cophte, ne sont pas moins frappans. Ajoutons à ces remarques celle de l'analogie entre un certain nombre de mots de l'ancien égyptien et de mots berbers, d'après les recherches de M. Champollion. Il est donc permis de croire que ces îles ont été habitées, long-temps avant notre ère, par des peuples de race libyenne, qui conservaient encore vers la fin du xv' siècle, avec leur caractère originaire, ces mœurs et ces coutumes primilives dont on retrouve des traces dans la plus haute antiquité. Maïs il est probable aussi qu'après l'établissement des Arabes dans le Maghreb, des émigrations se dirigèrent vers ces îles Fortunées (Gezayr el Khaledat), que l'imapination des poètes avait tant embellies. Les caractères physiques

ER

des deux variétés de races que nous avons indiquées tendent à confirmer cette dernière supposition.

Telles sont les inductions que nous tirons des connaissances acquises sur ces anciennes populations Nous avons recherché tout ce que la linguistique pouvait nous fournir de preuves dans la question d'origine : les souvenirs traditionnels sur les caractères physiques des insulaires des Canaries comparés à nos propres remarques, et les renseignements historiques sur les mœurs et coutumes, sont venus fortifier nos premières données. Nous avons remonté des observations directes aux faits consignés dans les chroniques, et de ces faïts aux traditions. Bornons là nos investigations; car les pousser plus loin serait nous jeter dans le vague. Mais avant de terminer notre tâche, rentrons encore un instant dans le domaine de l'histoire pour exposer rapidement les différentes phases du long drame de la conquête et signaler les derniers efforts de la nation valeureuse dont on a pu

déjà apprécier le patriotisme et l'énergique résolution.

fe euf1107 2620 PA0 99 9p af } lof 7 04 EDIg D Arno] À

0 00 UOÏ1Q TT 0 ; 2 | OPIRT DLIIT U9 son brprurg É9 SU70.10 70 PSOUOD 3377270.19 00 1077707 ‘e)

5) ponegeremeu ï

WOYSUDNL) SVAIUT SIP 227207 Ÿ

227 27 SAGDUO fr s9p AUTUEPUTULUOI 2, U990Q HO vd WP) £ Ur0LÉ Sp OI INPI APIPUDL0) 0) DARJUIGTILO] 7 NVIGUO} UAITUD UN SUD OVAUOLI 26701 DLLD? UD DITAD ONTOT À

CATRIONVPLOT 9P SORA} f" 3

U0720)1Q0Y OUUIIIUT 220 prenne eu) [

sb Tenee

Le PL

onde 19 GARE

Lit par A Aulaire, dapres le Dagaerrotype par Bisson,fls .

Imp.Lemeraer BenardetC®,

2% (Wa) type quanche donnant. 5 (N°7/8) pe anarin varié type Arabe où Berber. Z. Ype PBerbder.

Gore EAN) type lnarun . 6: type Arabe Bedoun. . 7 Wpe Berber. &. type Canaries. g. type Arabe Bedoue. 10 (N°1 &), Zpe obant ( habitant de le de Palma, descendant. d'Havuuryte.) (NL), Ype vévant(descendnt de lanarier) 007 pag. 259.

ëS DE LA CONQUÊT DES ILES CANARIES.

ss At Ÿ

He ITR ne

Page 1