ANNALES DE LA CONQUÈTE
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Nous adoptons l'ordre chronologique pour exposer les faits relalits à la conquête des îles Canaries. Les événemens qui se succédèrent aux différentes époques de l'invasion européenne sont consignés dans les anciennes chroniques et ont été analysés ou commentés par divers auteurs. Leur exposition sommaire suffit pour remplir notre but. En suivant la marche que nous nous proposons, la corrélation des événemens nous semble mieux indiquée, et ce qu'on perd sous le rapport des détails se trouve compensé par le rapide aperçu de l'ensemble. Ce qu'il importe en histoire, c'est la précision des dates qui déterminent l'ordre des faits, et le bon choïx des autorités qui les accréditent et les sanctionnent. Ces deux conditions indispensables nous ont préoccupé dans tout le cours de nos recherches. Nos renseignemens sont fondés principalement sur la relation des historiens de la conquête, sur les documens des chroniqueurs de la même époque et sur les notices des auteurs canariens qui ont commenté et mis en lumière les actes, procès-verbaux et autres manuscrits des archives municipales. Du reste nous citons toujours nos autorités avec le plus grand soin.
Les entreprises de Jean de Béthencourt doivent constituer, selon nous, le point de départ de la conquête, car ce nest réellement qu à dater de cette époque que nous voyons la domination étrangère commencer à s'établir dans l'archipel Canarien. Les tentatives antérieures, rapportées dans notre introduction, ne furent que de simples reconnaissances. Parmi les navigateurs qui visitèrent ces îles avant le
XV: siècle, les uns n'y abordèrent qu'accidentellement , les autres ne
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( 290 ) les fréquentèrent que pour y exercer leurs pirateries en enlevant des esclaves et du bétail, ou bien pour faire le trafic de l’orseille, du sangde-dragon et de quelques autres productions recherchées dans ce temps-là. L'investiture solennelle faite , en 1344, à l'infant don Louis d'Espagne par le pape Clément VI, se réduisit à une cérémonie sans conséquence, dont plusieurs historiens ont fait sentir tout le ridicule (1). Les Canaries, érigées en royaume feudataire du Saint-Siége. moyennant un tribut de 400 florins d'or bon et pur, du poids et au coin de Florence (2), restèrent ce qu'elles avaient été jusqu'alors, un archipel presque ignoré du monde et à la merci des aventuriers. L'infant d'Espagne, que certains auteurs ont appelé mal à propos don Louis de la Cerda (3), ne jouit qui? partibus du royaume des îles Fortunées dont le pape l'avait investi. Des projets avortés à leurs débuts dissipèrent bientôt ses rêves d'ambition, et le titre de prince de la Fortune, que lui conférait la bulle pontificale, ne servit guère
à l'enrichir.