PARTIE.) (ETHNOGRAPH
promesse de concessions et priviléges. (Nebrix , Décad.n,1.2,c. f. Noficias , t. 11, 1. 7, $ 40.) |
NOUVEL ARMEMENT POUR LA GRANDE-CANARIE. PROGRÈS DE LA CONQUÊTE. — Toutefois, malgré les avantages remportés par Pedro de Vera, ce général avait besoin de nouveaux renforts. Les combats multipliés avaient considérablement diminué le nombre de ses troupes , et les obstacles qu'opposait à ses opérations la nature du terrain l’obligeaient de diviser ses forces sur plusieurs points à la fois. La cour d'Espagne ordonna donc de nouvelles levées dans la Biscaye et dans les montagnes de Burgos, afin de se procurer des gens capables de résister aux fatigues d’une guerre pénible et accoutumés aux marches forcées dans les pays montagneux. Trois cents hommes de ces provinces, conduits par Miguel de Muxica, furent destinés pour Canaria. En même temps , il fut enjoint au commandant des troupes de la Sainte-Hermandad d’Andalousie de détacher de ce corps deux compagnies de chevau-lésers et une d’arbalétriers , formant en tout un contingent de deux cent soixante hommes. A l'arrivée de ce renfort, Pedro de Vera ne désespère plus de réduire les tribus encore insoumises. Cependant les Canariens, toujours plus opiniâtres dans leur résistance désespérée, proclament Bentejui pour leur guanartème , et ce nouveau chef, assisté du vaillant Tazarte et d'Hecher Hamenat, deux guayres de renom, prend aussitôt la direction des affaires. D'autre part, l'ancien guanartème , don Fernando , qu'on venait de renvoyer dans sa patrie, reçoit l'ordre du général Vera de rentrer dans ses états de Galdar pour pacifier le pays. Le prince se présente donc au milieu des siens; mais toutes ses insinuations ne peuvent rien sur les esprits. Les intrépides Galdariens lécoutent parler avec un sentiment d’indignation et de honte; son brillant costume espagnol ne leuren impose pas. « Eh quoi! lui répondent-ils, Tenesor Semidan qui aurait dû mou- » rir pour notre indépendance, lui que nous avions surnommé le Bon (1), s’est mis du » parti de nos persécuteurs! Est-ce bien là le fils d'Artémi qui nous défendit contre » Béthencourt? Va ! guanartème dégénéré, indigne de ta race et de ton nom, retourne » auprès des perfides qui te trompent, retourne pour flatter ces chiens affamés... Va- » en , et laisse-nous mourir avec honneur! » Le vieux prince veut protester contre les intentions qu'on lui suppose ; il fait valoir qu'il est prisonnier de guerre et qu'il obéit aux ordres d'un vainqueur puissant. Alors le brave Tazarte , lui montrant les hauteurs voisines occupées par ses guerriers , lui dit d’un ton d'assurance : « Eh » bien! reste avec nous; reprends ta dignité! tu retrouveras ici des hommes qui » savent se battre et mourir! Canaria n’est pas encore anéantie : regarde! elle est » toujours debout sur ces rochers.» Après cette scène touchante, le guanartème, confus du mauvais résultat de sa mission, retourne auprès de Vera et lui dépeint les dangers d’une attaque dans les hautes vallées, où ses courageux compatriotes se tiennent retranchés. (Castill., ms., lib. 2, cap. 17. Viera, Nof., L. 11, p. 88 90.)
SIÉGE DE BENTAYGA ET DÉROUTE DES TROUPES ESPAGNOLES. — Pedro de Vera veut
(1) Voy. précédem., p. 149.
pourtant forcer l'ennemi dans ses derniers retranchemens. Il fait cerner les abords de Bentayga (1), enceinte inexpugnable où Bentejui s'était établi avec les siens; mais après quinze Jours de blocus, le capitaine-général se décide à tenter l'assaut et donne l'ordre d'attaquer. Les insulaires se défendent courageusement et combattent avec avantage. Des troncs d’arbres, des blocs de rochers roulent sur l’armée espagnole et portent la mort et le ravage dans ses rangs. Pedro de Vera est forcé de renoncer à une entreprise téméraire ; il fait sonner la retraite et se retire dans les vallées inférieures d’Acayro et de Tiraxana. (Noficias , t. n, 1.7, $ 43.)
ATTAQUES DE TITANA, AMODAR ET FATAGA. — Après cette action meurtrière, le général espagnol , ayant enrôlé dans son armée un certain nombre des Canariens qui avaient déjà fait leur soumission , se fait guider par ces auxiliaires pour attaquer le poste de Titana que l'ennemi venait d’occuper. Titana, par sa position, n’est pas moins formidable que Bentayga , mais les guides de l'armée espagnole indiquent les défilés qui conduisent au sommet de la montagne, et Pedro de Vera, parvenu jusqu'aux retranchemens , les emporte de vive force et s'empare de tous les vivres qu'ils renferment. Vint-cinq Canariens, du parti de Bentejui, perdent la vie dans ce hardi coup de main. (Galindo, ms., 1. 2, c. 24. Viera, t. 11, p. 91.)
Une affaire plus importante a lieu dans les environs de Cendro. Vera combine une attaque simultanée avec cinq cents Canariens , aux ordres de don Fernando Guanartème , et la division espagnole qu'il commande en personne. Le faycan Aytami , avec deux cents hommes de troupes, oppose d’abord quelque résistance, mais la jonction des Espagnols et des Galdariens décide de la victoire et de la défection de trois cents indigènes , qui passent aussitôt dans les rangs du vainqueur. (Castill., ms., L. 2, e. 17. Viera, Nof., t. 11, p. 91.)
Cependant , pour terminer cette campagne et obtenir des résultats décisifs, il restait encore à déloger l'ennemi de deux postes importans. Le premier était celui de la montagne d'Amodar, dont les berges, presque à pic, présentaient de toute part une muraille inabordable. Un sentier escarpé et sinueux conduisait à une première assise au-dessus de laquelle s'élevait un rocher couronné d’une plate-forme. Les Espagnols, déjà aguerris contre ces obstacles et guidés par leurs auxiliaires, escaladent cette forteresse naturelle, parviennent à la cime et tuent tous ceux qu’une prompte fuite ne sauve pas de leur fureur. Dans le plus fort de la mêlée , on vit deux femmes canariennes se précipiter du haut des escarpemens , au moment d’être faites prisonnières , et donner ainsi un nouvel exemple du courage qui animait ces malheureux insulaires (2).
Ces succès enhardissent les Espagnols, qui poursuivent les ennemis en déroute et les traquent comme des bêtes fauves dans tous leurs repaires. Aytami, faycan de Galdar et oncle de l'ancien guanartème , voyant que toute résistance est inutile , conseille à Tazarte de mettre bas les armes et se rend lui-même avec ceux de son
(1) Voy. la description de ce site; t. 11, 1'< part. Géogr. descr., p. 107 et suiv. (2) Ge lieu porte encore le nom de Risco de las mugeres.
parti (1). Tazarte, désespéré de cette nouvelle défection, préfère se donner la mort, et exécute son héroïque résolution en s’élançant dans la mer du sommet du Tirma. (Notcias,t.n,1.7,S$ 4%.)
Pedro de Vera , pressé d’en finir avec ce qui restait encore de cette nation belliqueuse , fait attaquer le poste d’Ajodar, où s'étaient réfugiés les derniers défenseurs de lindépendance canarienne. L'ordre est donné à Michel de Muxica de prendre position du côté du rivage et d'attendre le signal de l'attaque; mais cet officier, sans prendre en considération les combinaisons de son général , commence aussilôt le combat, et aborde l'ennemi avec son corps d’arbalétriers. Les Canariens les laissent approcher, et dès qu'ils les voient à portée, ils les accablent sous une masse de rochers et de pierres qu’ils tenaient préparés pour leur défense; puis, sortant de leurs retranchemens, ils massacrent tous ceux qui sont encore debout. Cette malheureuse affaire coûta la vie à Michel de Muxica et à la majeure partie de ses Biscayens. Nul n'aurait échappé à ce désastre, si Pedro de Vera et don Fernando Guanartème ne fussent acconrus au secours des fuyards. (Noficias, t. nr, 1. 7, 6 45.)
(1483) — FIN DE LA CONQUÊTE DE LA GRANDE-CANARIE. — Tandis que Pedro de Vera opère sa retraite , 1l apprend que trois cents insulaires sont venus renforcer le poste d’Ajodar. A cette nouvelle , le général espagnol accélère sa marche et arrive au Real de las Palmas, où il concentre toutes ses troupes.
Le 8 avril , il passe une revue générale de toutes ses forces, qui, en comprenant les Canariens auxiliaires , se composaient alors de mille combattans. Cette petite armée était bien pourvue de vivres, et tout faisait espérer un plein succès pour la campagne qui allait s'ouvrir. Les espions étaient venus donner avis que l'ennemi, au nombre de six cents hommes de guerre , était retranché dans la vallée d’Ansite, avec quinze cents femmes , vieillards et enfans, et que ce dernier reste de la population canarienne s'était rangé sous l’autorité du guanartème Bentejui et du faycan de Telde.
Pedro de Vera se met en marche aussitôt, et va camper au pied des montagnes qui “entourent la vallée. Le 29 avril , don Fernando Guanartème est envoyé en parlementaire pour faire des propositions de paix. Le prince pénètre dans la vallée , et prenant piué du triste état dans lequel il trouve réduits ces débris d’un pauvre peuple à la veille de l'esclavage , il ne peut retenir ses larmes et le conjure de ne pas attirer sur lui de plus grandes infortunes , lui promettant la générosité du vainqueur. Les Canariens se laissent persuader par leur ancien guanartème et demandent à faire leur soumission. Ils jettent leurs armes et veulent que don Fernando les conduise sur le champ au général espagnol , et soit le garant de Ja pacification. Alors Bentejui et le faycan de Telde , voyant que la cause de la patrie est à jamais perdue , montent sur le
(1) Le faycan de Galdar, après sa défection , prit le nom de Dor Juan d'Agado, de celui d’un officier de l’armée de Vera qui fut son parrain de baptême. Il assista plus tard à la conquête de Ténériffe , et les services qu'il rendit lui valurent des concessions de terres. (Nun. de la Peña, lib. 1, cap. 17, pag. 179.)
roc d'Ansite , et, se tenant tous les deux embrassés, se précipitent au cri d’Afistirma (1)!
Don Fernando, qui venait de retrouver dans la vallée sa fille Guayarmina, la fiancée du malheureux Bentejui , s’avance vers le camp espagnol, accompagné des Canariens désarmés , et adresse au général ces paroles remarquables : « De pauvres insulaires , » naguère indépendans, livrent leur pays aux rois catholiques , et mettent leurs per- » sonnes et leurs biens sous la puissante protection de leurs nouveaux seigneurs. »
Ainsi ce jour mit fin à la conquête de l’île; l’évêque Frias entonna le Te Deum , et, vers le soir, l’armée étant de retour au Real de las Palmas , l'alferez Alonzo Jaymez monta au sommet de la tour du camp, déploya l'étendard royal et eria trois fois , au milieu des fanfares et de mille vivats répétés : LA GRANDE-CANARIE POUR LES TRÈS-HAUTS ET TRÈS-PUISSANS ROIS CATHOLIQUES DON FERNAND ET DONA ISABELLE, NOS SEIGNEURS, ROI ET REINE DE CASTILLE ET D'ARAGON! (Galindo, ms., 1. 2, c. 25. Nohcias, t. 11, p. 95-98.)