‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 5)Chapitre 2 sur 31 · NAVIGATION · texte numérisé non relu

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De ce beau pèlerinage Que j'aime à m'entretenir !

Sur ma carte de voyage Tout point est un souvenir.

Barthélémy.

Il y avait trois ans que j étais de retour d'Amérique lorsque , poussé de nouveau par l'amour des voyages , je quittai encore une fois ma patrie et m'embarquai sur un petit bâtiment qui devait me conduire aux îles Fortunées. C'était en 1819, vers la fin de décembre : l'hiver, cette année , fut des plus rudes , même dans le midi de la France, où le climat est ordinairement si doux. Marseille avait changé d'aspect : des vapeurs glacées obscurcissaient son eiel d'azur, et nous mettions à peine sous voile qu'un coup de vent nous lança sur une mer orageuse. L'appareillage d'un bâtiment provençal n'a rien de ce calme imposant qu'on observe à bord des navires du Nord, où la voix du capitaine domine seule et règne absolue comme la loi, où chaque mouvement, étant combiné avec ensemble , permet de faire beaucoup avec peu de monde et moins d'efforts. Sur la bombarde où j'avais pris passage, bien que l'équipage fût nombreux ., on se donnait beaucoup de peine pour rien, tout était confusion et tumulte, chacun raisonnait sur la manœuvre et voulait donner son avis ; on courait en se heurtant , le capitaine s'égosillait , les matelots juraient comme des démons et tout le monde criait à la fois. Prophète de malheur, le contre-maître, le nez au vent, ne prévoyait que sinistres ; déjà nous entendions gronder la bourrasque , et cependant le pont restait encombré de cordages , les ancres pendaient encore aux bossoirs , lorsque le pilote nous quitta en nous recommandant à la Vierge. Enfin on parvint à s'entendre , et la bombarde s'orienta tant bien que mal.

La traversée du golfe de Lyon fut pénible : mais, à mesure que nous gagnions le large, le froid devenait moins sensible et l'hiver semblait fuir derrière nous. Le surlendemain on e'tait en vue des Baléares. Majorque, aux bosquets d'orangers, se dessinait à l'horizon et les émanations de la terre nous arrivaient chargées de parfums. Cependant nous dépassions à peine l'île d'Ivice que le vent tourna à l'ouest; à minuit de fortes rafales firent craquer le grand mât, on mit à la cape , et, durant trois jours consécutifs, nous nous soutînmes sous cette \oilure à la hauteur de Fromentera.

Après ce contre temps, nous éprouvâmes quelques heures de calme ; puis, les brises de terre nous permirent de suivre la côte d'Espagne. Alicante , Palos , Carthagène et les hautes crêtes de la Sierra-Nevada fuyaient à notre droite , tandis que nous filions vers le détroit. Nous venions de doubler le cap de Gates et commencions à nous rapprocher de Gibraltar. Le rocher fortifié qui domine la ville élevait dans les airs ses formidables redoutes; sur la bande d'Afrique nous apercevions Mont -aux-Singes , cet autre cippe où finissait le monde des anciens. Favorisée par le vent d'est, la bombarde pénétrait dans le passage, et je jouissais de nouveau d'un spectacle que j'avais déjà admiré plusieurs fois. D'une part la pittoresque Andalousie, et de l'autre les côtes de la Mauritanie; ici Algésiras, Tarifa, et plus loin Trafalgar au douloureux souvenir ! Là , Ceuta , Tanger et le cap Spai tel qui termine la rive africaine ; ensuite deyant nous l'Océan et son immense horizon.

Nous franchissions rapidement le détroit, sous l'action d'une brise carabinée, comme disent les marins, et en effet il la fallait telle pour lutter contre la force du courant. Ce phénomène du passage d'une mer dans l'autre a quelque chose de mystérieux dont il n'est pas facile de se rendre compte. Les eaux de l'Océan, en pénétrant dans la Méditerranée , semblent entraînées vers un gouffre ; le flot , qui roule sur lui-même, bouillonne et murmure comme l'onde d'un fleuve en courroux, et pourtant cette mer qui le reçoit l'assujettit à son empire.

( 7 ) Le vieil Océan s endort dans les bras de sa fille : par cette expression mythologique, les Grecs ont donné une idée juste du phénomène qui les frappa lorsqu'ils franchirent pour la première fois les colonnes d'Hercule. L'Océan, soumis à de puissantes influences, a ses vents réguliers , ses marées , ses lois immuables , fixes , déterminées ; en lui tout est grand et sublime , la tempête prend un caractère d'effrayante majesté; le calme est imposant et sinistre; les vagues, largement ondulées, élèvent les vaisseaux sur leurs crêtes et les replongent dans des abîmes. Pris dans son ensemble , ce tableau offre l'image de l'immensité : à son aspect, l'âme s'exalte et ressent des émotions que la parole ne saurait décrire. Cependant, à la longue, le spectacle de l'Océan finit toujours par devenir monotone ; l'homme isolé dans les solitudes de la haute mer promène des regards inquiets autour d'un horizon sans limites ; livré à lui-même, au milieu du silence qui l'environne, mille pensées viennent l'assaillir, et son cœur soupire après cette terre qu'il appelle de tous ses vœux. Sur la Méditerranée , au contraire , la scène change à chaque instant; le coup-d'œil est moins grandiose , mais les effets sont plus pittoresques. Le flot, agité par un vent capricieux , tourmente les flancs du navire; le mouvement du flux et du reflux se fait a peine sentir ; de toute part des terres classiques , des caps fameux , des villes renommées, des noms poétiques qui rappellent d'immortels souvenirs,

tôt oppidum cadavera! Puis, le long de ces plages bordées d'algue

verte, des golfes abrités et partout des ports de refuge. Aussi, le génie de Napoléon comprit bien les avantages de ce vaste bassin ; il aimait cette mer qui l'avait vu naître et grandir : J'en fer ai un lac français! disait-il. La Méditerranée n'eût pas trompé son espoir ; trois fois elle lui avait été favorable , tandis que l'Océan devait le trahir. Toulon , Malte , les rives de l'Italie et celles de l'antique Egypte ! que de titres de gloire ; que de triomphes ! La Corse et lîle d'Elbe ! quelle bizarre destinée entre ces deux points de départ , d'Àjaccio au trône de France, de Porto-Ferrajo à Sainte-Hélène!

Je copie ici des réflexions que j'ai retrouvées dans mes notes et que j'écrivis au sortir du détroit, alors que nous entrions dans l'Océan.

Le capitaine profita de la bonne brise pour s'éloigner de la terre ; avant le coucher du soleil, l'Europe et l'Afrique avaient disparu, et, sur le vaste espace dont nous occupions le centre, un seul point fixait notre attention : c'était une frégate de guerre qui, fière de sa haute mâture, semblait la reine de la mer. Elle cinglait vers nous à pleine voile et nous dépassa en quelques instans pour disparaître dans les vapeurs de l'horizon. Alors plus de distractions au dehors : notre isolement nous obligea de ramener nos pensées sur nous-mêmes. La petite bombarde que j'avais vu appareiller en désordre, et qui m'avait fait une si fâcheuse impression au début du voyage, grandit à mes yeux lorsqu'à loisir je pus observer sa marche et me familiariser à ses allures. Ce n'était plus une machine cédant à la simple impulsion dune force physique , mais un athlète luttant bravement contre les flots, un bon compagnon solidaire de ma destinée, spécialement chargé de me conduire et dont je devais patienter les caprices en faveur des services qu'il me rendait. Ceux qui ont couru les mers auront éprouvé les mêmes sympathies: pour moi, je dois l'avouer, un bâtiment à la voile a toujours parlé à mon imagination , lorsque j'ai partagé sa fortune. Je ne connais rien de plus merveilleux que cette lutte audacieuse d'une chétive barque contre un élément doué de toute la puissance de la nature. C'est la nuit surtout que ce spectacle fascine les yeux, lorsqu'on fixe le remou de la vague et l'onde écumante sous la proue. Alors, les deux forces qui s'entrechoquent, déploient tous leurs moyens de résistance : la mer rugit de fureur contre la masse flottante qui brave son courroux , les craquemens de la membrure se confondent avec le refoulement des flots, une large nappe d'écume, qu'illuminent mille lueurs phosphorescentes, bouillonne autour de la guibre, lOcéan vaincu cède à l'impulsion , et le navire s'avance en triomphe.

( 9) Bien des gens ont traverse' l'Atlantique sans rien voir de ce que je viens de décrire; transportés d'un point à un autre, débarqués à la Chine ou au Japon, à Calais ou à Douvres; pour eux, la traversée a été la même ; blottis dans leur cabine, on les a vus apparaître aux heures des repas , ils ont navigué en poste et sont arrivés à leur destination sans s'en douter. 11 est aussi d'autres voyageurs peu impressionnables , et chez lesquels le spectacle de la mer ne produit pas de fortes émotions. Ceux-là méprisent les grandes scènes de la nature pour ne s'occuper que des détails : ils prennent la température des eaux , jugent de la force des courans, calculent la hauteur des vagues ou bien s'amusent à pêcher des fucus. Préoccupés de leurs recherches, ou renfermés dans leur coquille, ils s'embarrassent peu de tout ce qui se passe hors du cercle de leur observation. Ces enfans de la science vivent dans un monde à part, sphère d'intelligence que le vulgaire ne conçoit pas. J'ai toujours vénéré leur savoir et fait grand cas de leurs découvertes , mais dans la carrière où je me suis lancé , j'ai préféré suivre une autre route. La nature est comme la liberté, chacun l'entend à sa manière : j'ai voulu l'admirer dans ses plus beaux effets : à bord j'ai cherché des émotions au milieu des scènes variées de la mer, à terre j'ai étudié la nature physique sous le rapport de ses influences, j'ai tâché de saisir quelques traits de ses caractères dans les différens climats que j'ai parcourus; et bien que je me sois extasié comme un autre devant les mille merveilles de la création, les hommes m'ont toujours plus intéressé que les choses. J'ai rédigé peu de mémoires , mais la plupart de mes remarques ont été écrites sur les lieux qui me les dictaient. Qu'on me pardonne cette digression, j'avais besoin de formuler mon système. Je reviens maintenant à ma bombarde.

11 est peu de voyages nautiques où le narrateur n'ait à raconter quelque bourrasque ou mieux encore une de ces tempêtes au ciel noir, aux vents déchaînés. Toutefois ces incidens , malheureusement trop communs, ne sont rien dans le nombre des mauvaises chances que

i.— (2 e partie). 2

( 10 ) les marins ont à redouter, et nous 1 éprouvâmes bientôt. La brise, qui avait soufflé toute la nuit, se soutint le jour suivant ; vers le soir nous longions l'île de Madère à peu de distance de la côte, et nos matelots saluèrent par un houra la terre du vin généreux. Dans la vélocité de notre marche , nous avions peine à saisir tous les détails du panorama qui faisait passer devant nos yeux un littoral hérissé de rochers et bordé d'escarpemens; de riches cultures disposées en gradins sur les pentes des mornes; des pics nuageux couverts de végétation et d'autres encore qui s'élevaient dans les airs comme de gigantesques ruines. Cette succession rapide de sites divers est restée dans mon esprit comme le souvenir d'un beau rêve. Il y avait quelque chose de fantastique dans cette vision à vol d'oiseau ; nous ne filions pas moins de neuf milles à l'heure : à chaque instant l'île changeait d'aspect; mais à mesure que nous nous éloignions, les accidens de terrain se montraient plus agglomérés, les montagnes prenaient une teinte vaporeuse, et leurs crêtes se dessinaient sur un fond d'azur. Nous commencions à nous approcher du terme de notre voyage : le vent continuait à nous servir, et le capitaine, s'abandonnant à sa bonne fortune, fit porter sur l'île de Lancerotte, où il voulait prendre langue avant d'aborder Ténériffe. Cette détermination faillit nous coûter cher. Dans la nuit la brise mollit, puis cessa tout à-fait , et nous éprouvâmes ce qu'on appelle un calme plat. Le pilote désappointé interrogeait vainement sa boussole, la bombarde ne gouvernait plus , et répondait à l'appel du timonier par un roulis massacrant; à chaque secousse, les voiles pendantes et affaissées Tenaient se froisser contre la mâture. Le lendemain, même stagnation dans l'atmosphère, même tranquillité sur les eaux; nos matelots se dorlotaient le long des bastingages en fumant leur pipe; quelques-uns s'étaient groupés autour de maître Tatillon , l'orateur du gaillard d'avant, et d'autres, moins flâneurs, avaient armé leurs lignes pour mettre le temps à profit. Le soir arriva sans que le moindre souffle d'air parvînt jusqu'à bord , et nous eûmes encore une nuit

de calme. Mais qui eût pu le prévoir ! Le jour commençait à peine qu'un cri sinistre vint réveiller tout le monde en sursaut. Les courans que nous n'avions pu maîtriser depuis plus de trente-six heures nous avaient fait dériver sur la côte d'Afrique ; nous nous trouvions à demimille de terre , en face du grand désert , et la houle du ressac venait encore aggraver notre affreuse position. L'équipage consterné regardait avec effroi cette terre inhospitalière; le capitaine fit carguer toutes les voiles et mouiller une ancre, mais cette manœuvre, qui sembla d'abord neutraliser l'action des courans, ne réussit pas : l'ancre draguait le fond. Alors , en présence de deux dangers également redoutables , la consternation fut à son comble: d'une part, un naufrage presque certain ; de l'autre , l'esclavage et ses affreuses conséquences. Les Maures, qui s'étaient aperçus de notre détresse, accouraient en foule sur le rivage ; en moins d'un quart d'heure la plage en fut couverte. Nous perdions tout espoir de salut; le mouvement du flot nous portait sur la terre, et chaque instant diminuait l'intervalle qui nous en séparait. Les hurlemens des Africains nous parvenaient comme un glas de mort : animés d'une joie délirante , ils nous faisaient déjà pressentir le sort qu'ils nous réservaient par des gestes du plus dégoûtant cynisme. Horresco referens ! La chaloupe avait été mise à la mer pour nous tirer au large , mais tous les efforts réunis de nos gens ne pouvaient rien contre le courant et la houle qui nous entraînaient (1). Encore quelques minutes et nous étions sur les roches, lorsqu'un souffle de vent vint faire fasayer nos voiles ; en même temps le nord se chargea

(1) Les courans qui portent à la côte, tout le long du littoral de l'Afrique occidentale, ont déjà occasionné plus d'un naufrage. Quelques mois avant l'événement que je raconte ici , un brick anglais était venu échouer aux embouchures de la rivière de Suez , sur les extrêmes frontières du royaume de Maroc. L'horrible catastrophe de la frégate la Méduse dépendit en grande partie de la même cause, et vers la fin de l'année 1827, Y Olympe, du Havre, et un transport anglais éprouvèrent le même sort à l'entrée du golfe de Saint-Cyprien. Les équipages de ces deux navires furent sauvés par les pêcheurs canariens qui fréquentent cette côte. (Voy. à ce sujet la relation insérée dans la France maritime, t. n. pag. 275, et la note qui s'y rapporte.)

( 12 ) de vapeurs. A ce premier signe de brise , 1 équipage sauta à bord et courut à la manœuvre ; on pouvait lire alors sur la figure de nos marins l'anxiété qui tourmentait leur âme ; les yeux fixés sur l'horizon, ils trépignaient d'impatience. Enfin la mer parut s'agiter autour de nous , et la bombarde sentit le vent. C'était la bonne brise : elle venait à notre aide et arrivait au pas de charge. Largue tout, et fais porter ! A ce commandement notre barque , cédant à l'impulsion , fit un salut de courtoisie et prit sa bordée couverte de voiles. Il était temps , car nous n'étions plus qu'à quelques encablures de cette plage maudite d'où partit un cri de rage et de malédiction. Les Maures voyaient échapper leur proie ; il y avait de la frénésie dans leurs mouvemens tumultueux •' que d'imprécations ne devaient-ils pas vomir contre nous, et qu'elle était expansive dans cet instant la grosse joie de nos marins; que d'originalité et d'énergie dans leurs expressions ! Ils faisaient leurs adieux aux barbares : tout était permis alors ; nous étions sauvés !

En quelques heures on perdit la côte de vue. Le capitaine , redoutant d'être pris de nouveau par les calmes aux attérages de Lancerotte, changea de route et se dirigea sur Ténériffe. Le vent et la mer nous furent propices, et le lendemain de brillantes clartés nous annoncèrent un beau jour. L'orient se peignit de couleurs diaprées ; des rayons de feu perçaient déjà à travers les nuages, et bientôt le soleil , dissipant les vapeurs du matin, s'éleva radieux pour éclairer l'occident. Alors , le pic de Teyde apparut dans les airs comme un météore : sa blanche cime se détachait sur l'azur des cieux, tandis que sa base restait ensevelie dans l'épais brouillard qui nous voilait le restant de l'île. Aussitôt le cri de terre ! retentit à bord : mais ce n'était plus ce cri si nistre, l'accent de la crainte et de la terreur; l'Afrique et ses hordes sauvages n'étaient plus à redouter, nous avions devant nous la plus belle des Fortunées, Ténériffe l'hospitalière, le caravansérail des navigateurs. Oh , comme cette heureuse annonce fit tressaillir de cœurs ! Tous les yeux étaient fixés sur la montagne colossale ; la terre était là , en face

( 13 ) de nous; et la terre pour le passager, c'est l'espoir qui le soutient contre les ennuis de la traversée , contre les calmes et les tempêtes , contre toutes les vicissitudes et les dégoûts de la mer.. L'approche de la terre fait oublier en un instant tous les dangers et les fatigues du passe' : l'on vit déjà dans l'avenir , car avant de la toucher on en respire le parfum , et mille pensées de bonheur viennent vous sourire. A son aspect le moral est changé, l'âme reprend son énergie, et l'on éprouve une joie intérieure qui a besoin de s'épancher au dehors. C'est surtout après un voyage de long cours, lorsque pendant des- mois entiers la mer et le ciel ont seuls rempli le fond d'un tableau devenu chaque jour plus monotone, quand fatigué de soi-même et des autres, on ressent une inquiétude qui gagne le cœur , c'est alors , dis-je , que le cri de terre! parti d'une hune ou du sommet d'un mât, produit un effet magique. 11 s'opère soudain une révolution à bord du navire; toutes les inimitiés s'apaisent, on se félicite, on s'embrasse, c'est une joie générale et chacun en prend sa part. Mais cette allégresse peut dégénérer en désappointement, lorsque le matelot en vigie a pris l'apparence pour la réalité. Les nuages amoncelés à l'horizon imitent parfois les ondulations des montagnes , et souvent le coup-d'ceil le plus exercé s'y méprend. Les marins appellent cette fausse vision une terre de beurre, parce qu'elle se fond au soleil. Heureusement celle que nous venions d'apercevoir n'avait pas ce caractère ; c'était bien le fameux pic ; à mesure que nous avancions il se montrait plus grandiose , sa base s'élargissait comme une immense pyramide , et déjà nous pouvions distinguer plusieurs points de la côte de l'île.

La brise fraîchissait de plus en plus et la bombarde faisait merveille. A midi nous doublions le promontoire d'Anaga et pénétrions dans la baie qu'il protège contre les vents du nord. Les masses de rochers qui flanquent le littoral étaient parsemées de buissons d'euphorbe : audessus dominaient de hautes montagnes que voilait en partie un rideau de brume*, des gorges anfractueuses découpaient les bords de la

( U) baie, et, dans le fond, la Tille de Sainte-Croix s'étendait le long de la plage avec ses clochers en tourelles , ses maisons blanches et ses belvéders. Une heure après nous étions mouillés devant le môle , non loin de YAlameda, où des femmes en mantilles se laissaient voir parmi les divers gix>upes de promeneurs.

DEUXIÈME MISCELLANÉE.

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