‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 5)Chapitre 3 sur 31 · SAINTE-CROIX · texte numérisé non relu

SAINTE-CROIX

El Puerto de Santa-Cruz compite con los mejores pueblos de las Cauarias. El teraperamento , aunque calido , es sano y apacible. Las calles rectas, el piso llano, el cielo puro. Vieka, Noticias, t. m, p. 502.

« Presque toutes les relations de voyages commencent par une description de Madère et de Ténériffe , et si l'histoire physique de ces îles offre encore un champ immense à exploiter , il faut convenir que la topographie des petites villes de Funchal et de Sainte-Croix laisse peu à désirer. » Je partage l'opinion de l'illustre voyageur qui s'est exprimé ainsi (1), et ne viens point, après tant d'autres , redire ce que chacun sait. Mais il en est d'une contrée qu'on veut décrire comme d'un paysage copié sur la nature , tout dépend du point de vue sous lequel on l'envisage, el dès-lors les effets de perspective ne sont plus les mêmes, la scène est changée, il ne reste que la couleur. Du reste, chaque peintre a sa manière et un style qu'il affectionne plus particulièrement. On ne saurait saisir en passant les traits caractéristiques de la physionomie d'un pays, car le premier coup d'oeil produit souvent une fausse impression. Il faut descendre dans les détails pour bien apprécier toutes les influences locales, et voir lès choses sous leurs différens aspects afin de pouvoir porter un bon jugement. Ce que je dis ici peut s'appliquer à mes esquisses : une longue résidence m'a laissé le choix des motifs, et j'ai pu varier mes observations en suivant d'autres routes que celles tracées par mes devanciers. Je commence donc sans plus de préambule.

(1) M. de Humboldt.

Il y avait un mois que j'habitais Santa- Cruz, nous n'étions encore qu'à la mi-février et déjà le soleil du tropique faisait sentir son approche. Ses chaudes influences vivifient tout dans ces heureux climats, et impriment une nouvelle énergie aux facultés de lame ; une commotion électrique semble enflammer l'imagination , les idées naissent plus riantes et viennent réjouir le cœur. L'homme savoure avec délices les faveurs d'un beau ciel et se laisse aller aux impressions qu'il en reçoit. Yiera , l'auteur des Noticias et le chantre des Mois , a peint le caractère des saisons dans ces îles où il reçut le jour, et sa description est pleine de chaleur comme le sujet qui l'inspire.

« Le mois de mars commence à peine , dit -il , que déjà le printemps s'annonce dans toute sa beauté : nulle part cette saison est plus agréable; une douce, chaleur vient aussitôt ranimer la nature et rendre à la végétation toute son énergie. Il est vrai que c'est alors le temps de l'année où les vents alises régnent avec plus de force et arrivent chargés de vapeurs ; l'air en est souvent obscurci. Ces brises , en variant du nord à l'ouest , sont l'origine des pluies , mais ces pluies assurent nos moissons, ces rafales déchargent nos arbres d'une surabondance de fleurs. Les changemens de l'atmosphère et les averses qui les suivent ne troublent que quelques instans le calme habituel de l'air et cette fraîcheur suave, caractères distinctifs de notre printemps. Alors le chant des oiseaux est plus mélodieux , les fleurs sont plus odorantes ; forêts, moissons, arbustes, plantes sauvages laissent exhaler leurs parfums , et ces émanations de la terre , en se répandant au loin , vont prévenir les navigateurs du voisinage des Fortunées.

> Notre été n'a pas moins de charme , le vent de mer en tempère l'ardeur, nos montagnes arrêtent les nuages, et la terrible canicule, ce fléau des vastes plaines , est presque inconnue sur nos côtes. Cependant , je dois l'avouer , il est en été et même au commencement de

( 17 ) l'automne des journées accablantes, lorsque souffle Yharmatan, Ce vent du désert , le plus cruel ennemi de nos climats , et que la zone torride a sans doute enfanté, nous vient brûlant de l'Afrique, après avoir traversé les sables des Zaharas. Il serait intolérable si la mer qui nous sépare des régions d'Orient n'avait déjà diminué sa fatale influence. Nous le supportons pourtant sans nous plaindre quand il n'est pas accompagné de la sécheresse, de l'ouragan et des sauterelles affamées. Toutefois, si durant l'été ou l'automne nous redoutons le vent de sud-est, nos désagrémens sont compensés par d'immenses avantages. Des signes précurseurs de l'orage sillonnent la nue , le tonnerre retentit dans les gorges de la montagne , mais pour nous annoncer les bienfaits du ciel ; les vapeurs amassées enveloppent toute l'île et retombent bientôt en pluie. Cependant ces météores , si communs dans les autres contrées , sont rares dans notre pays ; les tempêtes de l'Océan ne nous apportent que des brouillards et d'abondantes rosées , rarement de gros nuages. Ce n'est que vers la fin de l'automne ou au commencement de l'hiver que les vents du nord peuvent troubler l'équilibre de notre atmosphère en réagissant sur les vapeurs qui se condensent sur les forêts, en électrisant leur masse pour produire les orages et les intempéries. En général , nos automnes sont douces comme les fruits qu'elles nous donnent , et nos hivers sont sans frimas.

» La neige qui couvre le pic de Teyde pourrait faire croire à un pays moins chaud ; mais que de cette région élevée on descende dans les vallées où sont répandues nos habitations et nos cultures , le ther momètre alors parlera pour nous , et décèlera un climat privilégié. Là , sur un sol que la neige ne couvrit jamais , la gelée est inconnue. Et si les hauteurs moyennes jouissent de ces avantages , quelle sera donc l'aménité des saisons sur nos côtes ? Après une pluie légère , l'atmosphère reprend aussitôt sa transparence, l'air sa pureté, le ciel son brillant azur et la vie toute sa plénitude. »

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