EXCURSIONS DANS L'ARCHIPEL CANARIEN
« Fol orgueil ! Quel instinct voyageur nous dévore ! » Ces pays visités , j'en rêverais encore ! » Barthélémy.
L'île de Ténériffe, que nous avions parcourue dans toutes les directions, ne nous offrait plus rien de nouveau; nous venions de visiter pour la dernière fois ses forêts de lauriers et ses vallées pittoresques ; je quittai le beau séjour de l'Orotave pour m acheminer vers Sainte- Croix, où m'attendait déjà mon compagnon de voyage, et nous nous embarquâmes à bord d'une goélette espagnole qui devait se rendre à Lancerotte. Notre départ eut lieu le 21 mai (1), à six heures du soir, par une faible brise ; dans la nuit le vent souffla bon frais , et le lendemain matin nous étions en face de la gran Canaria. Le petit bâtiment sur lequel nous avions pris passage était commandé par un marin de Séville. Patron Hojeda naviguait à la part avec une demi-douzaine d'Andaloux toujours en querelle. Cet équipage tapageur n'obéissait qu'en ricanant ; les uns voulaient serrer le vent et mettre le cap au nord pour gagner plus vite Lancerotte; les autres conseillaient de faire porter droit sur Fortaventure, que nous avions en vue, et préféraient remonter l'île en louvoyant. On n'en finissait plus à bord de la Trinidad chaque fois qu'il s'agissait de manœuvrer. Bamos à vivar! « Virons de bord! » criait le capitaine; — Y para que? « Pourquoi donc? » répondait le pilote. Patron Hojeda portait un beau nom; mais, après plus de trois siècles , la nature ne lui avait rien transmis de l'aventu-
(1) De l'année 1829.