‹ Histoire naturelle des Iles CanariesChapitre 33 sur 52 · III · texte numérisé non relu

III

tobre, la chaleur, ne se trouvant plus tempérée par le mouvement de l'air, augmente progressivement. Le rayonnement du soleil est alors très-fort sur toute cette côte, et cette radiation , en se concentrant sur un petit espace, y produit une haute température. L'état de quiétude de l'atmosphère ne pouvant occasioner une grande perte de calorique pendant la nuit , il résulte de cette sorte de stagnation de l'air une différence peu sensible entre les maxima et les minima de température dans les vingt-quatre heures ; cette différence est peut-être moindre encore qu’à Sainte-Croix de Ténériffe , où , selon les données d’Escolar, la température de midi ne surpasse celle du lever du Soleil que de 1°,16 R.

C’est aux circonstances climatériques, qui produisent une augmentation de chaleur sur la côte septentrionale de la grande Canarie, qu’il faut sans doute attribuer la présence de certaines plantes qu’on ne rencontre à Ténériffe que dans la partie méridionale de l’île. Ainsi , on y voit abondamment le PLocama pendule , le Cneorum pulverulentum , Euphorbia aphylla et V Euphorbia balsamifera ; cette dernière espèce , qui ne s’écarte pas ordinairement du littoral dans l’île voisine, se propage , dans celle-ci , sur les montagnes cotières jusqu’à l'altitude de huit cents pieds, et y atteint à de grandes dimensions. Le Tamarix Canariensis, qui ne croît spontanément que sur les bords de la mer, dans les parties les plus chaudes et les plus abritées de Lancerotte et de Fortayenture , pousse avec vigueur à l'entrée de la vallée de la Vega, dont la hauteur est d'environ mille pieds, et s’y développe comme un arbre de moyenne

grandeur.

Les observations thermométriques de Bandini, dont nous avons fait connaître les résultats, furent

exécutées à l’aide de bons instrumens. M. de Buch les a groupées par dizaines dans un de ses tableaux de température (1), et en a calculé les moyennes pour trois années ; mais comme le professeur de Canarie observait seulement à midi, la vraie moyenne n’a pu être appréciée que d’une manière approximative, en corrigeant les températures observées de la différence que présentaient dans les expériences d’Escolar la température moyenne et la température de midi.

Les données obtenues par M. de Buch, d’après ses corrections , sont les suivantes :

Moyennes calculées pour la Ciudad de las Palmas.

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« Si, d’après ces résultats, dit M. de Buch, on trace une courbe de température pour cette localité, » on conçoit aisément que les températures de l’année , à partir du mois d’août jusqu’à la fin de no- » vembre, se trouvent en dehors de cette courbe et dérivent d’une autre source de chaleur. Les obser- » vations sont en cela tout-à-fait d’accord avec les rapports des gens du pays, et prouvent que la tempé- » rature du milieu de l'été diffère entièrement de celle du milieu et de la fin du mois d'octobre. »

Les moyennes de température de Sainte-Croix, dont nous avons présenté plus haut la série pour chaque mois de l’année, ont été aussi déduites, par M. de Buch, des résultats des observations qui lui furent communiquées par Escolar. Les soins qu'apporta le naturaliste espagnol dans ses expériences doivent en garantir l’exactitude : les instrumens dont il se servit étaient d’excellente construction et placés, à l’abri du soleil, sous un balcon aéré; les observations se firent régulièrement le matin et à midi.

M. de Buch , en rendant compte des résultats de ces expériences, est entré dans des considérations d’une haute importance sur la température de Sainte-Croix de Ténériffe, et sur les circonstances phy-

(1) Voy. Physical. Beschr. der Can. Ins., pag. 74.

siques qui, en général, déterminent ses variations aux îles Canaries. C'est pour compléter nos propres remarques sur les influences climatériques, considérées par rapport à la végétation, que nous citerons ici ce que notre savant devancier a écrit de plus important sur ce sujet.

« La courbe des températures, pour Sainte-Croix, n’offre pas les mêmes irrégularités que pour la » Ciudad de las Palmas, et ne semble pas soumise aux perturbations des influences locales ; ainsi, je » crois qu'on peut très-bien s’en servir dans les recherches sur les variations de température, suivant » les différentes latitudes comprises dans une même zone météorologique de longitude. .

» Les résultats des observations d’Escolar, dit-il ailleurs, présentent, en général, des températures » fort élevées ; la température moyenne du mois de janvier, le plus froid de l’année , surpasse même » la température moyenne, pour toute l’année, des parties méridionales de l'Italie ; mais, à la manière » dont la température varie d’un mois à l’autre , on s'aperçoit que, dans cette région, le soleil ne passe » plus au zénith. En effet, on ne reconnaît pas dans la série des températures les deux mazxima et les » deux minima qu’offrent les températures inter -tropicales ; au contraire , le minimum de chaleur, » de même que dans les régions tempérées, a lieu en janvier, et le maximum un mois après le solstice » d'été. »

» Les îles Canaries ne sont pas arrosées par ces grandes pluies des tropiques, qui, selon l'expression » des marins, suivent le soleil, parce qu’elles tombent avec plus d’abondance à mesure que cet astre at- » teint sa plus grande ascension. Les pluies commencent, aux Canaries, lorsque la température a déjà » beaucoup diminué en hiver, et lorsque la différence de cette température avec celle des régions » équatoriales s’est considérablement augmentée. Ces pluies semblent, par conséquent, provenir des » mêmes causes que celles qui agissent dans les pays septentrionaux, c’est-à-dire, le refroidissement de » V’air chaud, produit par le vent de sud-est, lorsqu'il arrive des régions tropicales et des latitudes in- » férieures ; puis, par suite de cet abaissement de température, la condensation des vapeurs aqueuses » de l’air ambiant.

» Cependant la température de l'automne, aux îles Canaries, n’est pas encore assez basse pour con- » denser les vapeurs atmosphériques ; il résulte de là, que dans ce climat les pluies commencent beau- » coup plus tard qu’en Espagne et en Italie, et surtout qu’en France et en Allemagne : elles n’ont pas : lieu avant les premiers jours de novembre pour les parties des îles Canaries situées sur le littoral , et » finissent, au plus tard, au mois de mars. On sait qu’en Italie les pluies durent depuis la mi-octobre » jusqu’au milieu du mois d’avril.

» L'été des Canaries commence donc à rapprocher le climat de ces îles de celui des contrées inter- » tropicales, et les zones torrides et les zones tempérées semblent se confondre dans ces latitudes. » (L. de Buch, Physical. Beschr. der. Can. [ns. 11. Bemerkuhg )

Nous n’ajouterons qu’une seule observation aux importantes remarques de M. de Buch. Le long séjour que nous avons fait aux îles Canaries nous a convaincu que la saison pluvieuse est bien plus courte sur le littoral que dans la région supérieure. Sur la côte, les pluies commencent rarement avant la fin de novembre, et ne durent guère plus de deux mois ; encore ne sont-elles, la plupart du temps, que de fortes averses bientôt interrompues par des vents d’ouest assez violents. Dans la partie méridionale des îles, principalement dans la contrée maritime, les pluies sont fort rares ; la sécheresse qu’éprouvent, pendant plusieurs années, les districts de cette bande, oblige souvent une partie de la population à émigrer vers des contrées plus fertiles. Les îles de Lancerotte et de Fortaventure, plus basses que celles de la partie occidentale de Archipel, sont principalement dans ce dernier cas; leur climat, aussi bien que leurs productions naturelles, se ressent du voisinage de l'Afrique.

AVERTISSEMENT. À mesure que nous avançons dans la rédaction de la phytographie canarienne, une étude plus approfondie de chaque espèce nous entraîne dans d’autres considérations et détermine de nouveaux changemens. Vouloir nommer maintenant toutes les espèces nouvelles que nous avons recueillies, et que nous sommes appelés à décrire, serait hasarder d’avance des dénominations que nous serions peut-être tentés de changer plus tard. C’est pour éviter une synonymie, qu’on serait en droit de nous reprocher, que nous ne donnerons qu’à la fin de ce volume la liste des plantes de la Fiore des Ca-

naries-Occidentales, que nous avions annoncée pour ce supplément.

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