CONCLUSIONS
Dans le chapitre précédent, des considérations, fondées sur la nature du climat et du sol, nous ont fait envisager la végétation de la . région forestière sous le rapport de sa distribution et de ses phases successives depuis son principe, pendant ses alternances et Jusqu'à son retour à l'état normal. Le tableau statistique et descriptif des forêts encore existantes vient de compléter maintenant ce premier aperçu. Notre récit a été extrait en grande partie de notes prises sur place, car on ne doit pas toujours se fier à des souvenirs de voyage; le temps les efface ou les altère, une nouvelle disposition d'esprit enfante une autre manière de voir, et quand il s'agit de se replacer en présence des objets qu'on est appelé à décrire, on se laisse aller parfois à des réminiscences trompeuses. Ces réflexions viennent à propos à la fin de ce chapitre : on a parlé des îles Canaries dans plusieurs ouvrages, quelques-uns même leur ont été spécialement consacrés; mais, disons-le sans crainte, des opinions disparates, déduites d'observations faites à la course, ont montré cet archipel sous un faux jour. Naguères encore, un naturaliste, du reste fort recommandable par les services qu'il a rendus à la science, s'exprimait ainsi: « La plupart des botanistes qui sont venus à Ténériffe n'ont pas vu un seul pied de Pin... Toutes les hauteurs sont desséchées et dépouillées d'arbres. Les nuages ne se reposent plus sur l'île , etc. » Tandis que quelques années auparavant un autre voyageur non moins célèbre avait écrit : « L'Île entière peut être considérée comme une forêt de Lauriers, d’Arbousiers et de Pins, dont les hommes ont à peine défriché la lisière.» Nous nous dispenserons d'annoter ces citations : après des assertions aussi contradictoires, nous devions faire
connaître la vérité. On a pu se convaincre, par notre relation, que les
montagnes de Ténériffe et celles des îles voisines ne sont ni dépeuplées d'arbres, ni entièrement couvertes de bois. Nous avons rendu un compte fidèle de ce que nous avons vu : peindre et décrire le pays, faire partager aux autres nos propres impressions, les associer pour ainsi dire à nos recherches, telle a été à la fois la tâche que nous nous sommes imposée. Des dessins originaux, exactement reproduits, ont servi de corollaire à notre texte. C'est en nous inspirant de ces dessins. sans outrepasser leur motif, que nous avons évité ces écarts d’imagination qui font admettre trop souvent comme faits des idées conçues dans le travail de la composition.
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