S ARANÉIDE
Ce sont les Lycoses , les Clubiones , les Drasses , les Tégénaires , les Agelènes et certaines Thomises , toutes Aranéides à couleurs sombres , qui savent se mettre à l'abri dans les cayemes, sous les pierres, qui résistent le mieux aux climats froids. Ces genres sont communs aux pays septentrionaux et méridionaux. On les retrouve presque uniquement lorsqu'on est par* Tenu sur le sommet de hautes montagnes , à la hauteur de six cents à neuf cents toises au-dessus du niveau de la mer. A cette élévation on ne voit plus de ces Aranéides, qu'on pourrait surnommer aériennes, parce que les grandes toiles qu elles construisent les font habiter et vivre , presque constamment , au milieu de Tair ; et leurs toiles ont besoin d'être abritées contre la violence du vent. Les Araignées semblent fuir aussi certaines plantes. J'ai remarqué que, dans nos climats, da moins ^ on n'en trouve pas sur la plante du tabac. On a prétendu aussi qu'elles évitent de souiller certains bois de leur toile; et les habitants de la ville du Mans, lorsqu'ils vous entretiennent de leur grande halle toute construite en bois de châtaignier, prétendent qvi'on n'y voit jamais une toile d'Araignée, quoiqu'on ne prenne aucun soin pour s'en garantir.
Les lieux où on trouve le plus grand nombre d'A* xasiéides, d'espèces diverses , sont ceux qui produisent le plus d'Insectes, c'est-à-dire, ceux qui ne sont ni trop iMiMiides , ni trop secs , ni trop ombragés , ni trop exposés au soleil; et où la terre inculte fait voir , en plus grande abondance , un plus grand nombre d'espèces de plantes sauvages. Les forêts au milieu desquelles sont des taillis , des arbres de diverses essences , des sources , des marais , des roches , et des amas de pierres ou de cailloux , des coteaux découverts , des buissons ,
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et une grande variété d accidents de terrains, d'expositions , et de productions végétales différentes , sont les lieux les plus favorables a la propagation des Ara-> néides de toutes les espèces , et de tous les genres. On doit, pour trouver ces Insectes, examiner les endroits ombragés , comme ceux qui sont à ciel ouvert ; visiter chaque plante , chaque arbuste sous différents aspects 9 et à plusieurs heures du jour , pour voir les toiles et leur forme ; déployer les feuilles plissées ; plonger les regards dans les calices des fleurs; voir en dessous , sans les toucher, celles qui ont de grandes corolles ou forment de larges ombelles ; soulever l'é*corce des arbres à moitié détachée; retourner les pierres exposées au soleil qui ne sont pas trop enfoncées dans le sol, mais qui y paraissent fixées de-* puis longtemps : enfin on doit aussi visiter l'entrée des grottes et des cavernes qui ne sont pas trop humides.
Dans nos climats , par les raisons que j'ai déjà déduites, ce sont les mois d août et de septembre qui sont les plus propices pour cette recherche.
L'harmonie que la nature a établie , entre les couleurs des Aranéides et les lieux qu'elles habitent , ne doit pas être passée sous silence. Les Epéires qui font leurs toiles en plein air, les Thomises qui se cachent dans les fleurs, les Sparasses qui courent sur les gazons émaillés , ont des teintes jaunes , vertes et pourpres; tandis que les Mygales, les Lycoses^ les Tégénaires, qui se cachent dans des retraites sombres, ont des couleurs brunes , comme les lieux où elles vivent.
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