Des moyens de subsistance des Aranéides
Les Insectes , et les autres animaux dont TÂranéide fidt sa proie, sont toujours proportionnés à la force de ses fils, à la grandeur de sa toile. Sous les tropiques, les grandes Mygales dévorent, dit-on, jusqu'à des oiseaux colibris et des reptiles; les Delènes et les Olios se nourrissent aussi de Kakerlaks et des gros Insectes de ces contrées. Cependant l'Araignée ne digère que les parties molles des Insectes , et dans ses excréments d'un blanc de lait on aperçoit souvent des portions de pattes de Mouches , et autres parties dures, non digérées.
Dans nos climats , ce sont des Diptères et des Lépidoptères, de petits Coléoptères et des Hyménoptères qui deviennent la proie des Aranéides. Les gros Insectes rompent les toiles de nos tisseuses. Cependant si une Guêpe, un Scarabée , un peu gros , vient à s'y prendre^ l'Aranéide, quoique plus faible en apparence, l'attaque avec courage , mais non pas sans prudence , et sans prendre des précautions^ ni sans enrouler ses fils avec une vivacité, et une adresse, qu'on ne peut se lasser d'admirer. EUle ne se hâte jamais de fondre sur cette proie dangereuse, et elle attend que l'Insecte captif se soit embarrassé dans les filets ; s'il s'en dégage, elle le laisse volontiers échapper. Il n'en est pas de même des grosses Mouches, sans aiguillons, sur lesquelles des Aranéides de taille médiocre , se précipitent avec impétuosité. Aussi voit-on le plus souvent dans les toiles des jeunes Aranéides, de très-petites Tipules^ des Psocus ou Pous de bois ailés , de petites Phalènes ; et sur les grandes toiles , des Taons , de grosses Mouches , des Papillons. Selon une observation de M. Prévost,
les grosses Tendeuses ne se jettent que sur les grosses Mouches. Quand il y a de petites Tipules prises dans leurs toiles , elles les laissent amasser et les avalent avec la toile i car, selon le même auteur , elles aralent leurs toiles arant d'en faire une nouvelle ; mais cette observation a besoin d'être confirmée; et si elle est exacte pour quelcpies espèces ^ je suis certain qu'elle ne lest pas pour toutes.
Ce n'est que sur sa toile, ou au milieu des fils qu'elle a tendus , que TAranéide a tout son courage ; elle le perd dès qu'elle ne peut plus se servir de son industrie filandière. J'avais reçu de la Guadeloupe une Mygale d'un pouce et demi de long ; vivante elle était dans un bocal assez grand pour pouvoir étendre ses pattes. Je mis dans le bocal une grosse Guêpe, la Mygale recula, fut bientôt piquée par la Guêpe , et mourut.
Si les Aranéides attaquent avec courage des ennemis beaucoup plus gros qu'elles, il en est qui sont plus petits, qu'elles redoutent jusqu'à fuir devant eux. Ainsi , lorsqu'une seule Fourmi, des plus minimes, pé* nètreàl'ieiijbréedela toile de la Segestrie perfide, espèce redoutable aux plus grosses Mouches , l'Aranéide entre dans une agitation extraordinaire ; et si la Fourmi , ce qui arrive souvent, continue sa marche, notre Arachnée sort de sa toile et l'abandonne à ranimaicule ; elle n'j rentre que lorsque celui-ci en est S€»rti. Cette terreur, qu'une seule Fourmi peut inspirer k cet Insecte et à tout autre , se conçoit facilement. Une Fourmi est un soldat éclaireur détaché d'une avant «garde, qui annonce la présence d'une armée formidable par le nombre. Mais que dire de l'observation de Bonnet sur la Tégénaire domestique et une petite espèce d'Aranéide , que ce grand observateur
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n'a fju'imparfaitement décrite, et que je soupçonne élre on Théridion? Cette Aranéide, qui est de la gros- •cnr d'un petit pois , ne parait pas construire de toile , et arrache à la Tégénaire domestique la proie que celles ci a sa se procurer par son industrie. Pour cet efiet, elle marche sur la toile de notre grande Pileuse , s'a^^ nmce hardiment vers elle , mais en arrière , à reculons et en mant ( probablement pour lancer des fils ) ; notre grosse Tégénaire recule ; puis s'avance pour reprendre •a Mouche ; puis recule encore , et revient de nouveau t mais l'effronté voleur avance toujours ^ et rayit , en mant , et en enveloppant de ses fils, et l'entratnatit , la Mouche que la Tégénaire tenait déjà dans ses pattes, mais qu'elle a abandonnée, pour s'enfuir tout efi'rayée dans sa retraite (i).
Les Aranéides offrent une grande diversité dans la manière dont elles se saisissent de leur proie , et il y à sur ce point une opposition complète entre lesbabîtodes des Araignées fileuses ou sédentaires , et les Araignées vagabondes. « Pour saisir leur proie , dit très-bien M. Kirby, les Araignées , prises en masse , noos offrent l'attaque audacieuse du Lion , le rapide âan du Tigre, la ruse tranquille et sédentaire du Paresseux, et la dextérité amphibie de la Loutre (2). »
Les Aranéides sont douées de la faculté de vivre longtemps sans manget. Celles qui s'enferment à l'entrée de Fhirer ne sortent de leurs retraites qu'au printemps suivant ; leur état de maigreur et d'affaiblissement dé-
(1) BomwC, Traiti d'Imeetaiùgit, obserrftt. 45 et 4^, «uYiret
(a) Kirby, Jmirodmetiom to Mntomologjr, t. I, p. 4^>'
tJ2 INSECTES APTÈRES.
montre que , durant ce temps , elles n'ont pris aucune nourriture. Tels sont un grand nombre d'Attes, de Clubiones, deDrasses, et quelques Epéires , tels que rÉpéire Apoclise , ou l'Araignée à feuille coupée de Geoffroy, qui s'enveloppe dans un nid de soie recou- Tert par les filaments des graminées ou des roseaux, à l'extrémité desquels elle se logé, et qui y reste dans un état de torpeur tant que dure la saison rigoureuse. LePhilodrome Sobre a été pris par M. Panzer, en novembre , enfermé dans une botte et laissé sans aucune nourriture', dans le mois de mars suivant il était vivant, et ne paraissait avoir nullement souffert d'une aussi longue abstinence.