‹ Histoire naturelle des insectes, composée d'après Réamur, Geoffroy, Degéer, Roesel, Linné, Fabricius, et les meilleurs ouvrages qui ont paru sur cette partie; rédigée suivant la méthode d'Olivier, et ornée de figures dessinées d'après natureChapitre 7 sur 51 · DS · texte numérisé non relu

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aliens avec des espèces de tenailles, et les broient plus ou moins complétement en raison de leur solidité; les autres se contentent de pomper par différens moyens les alimens liquides dont ils se nourrissent exclusivement. Ù

Les premiers insectes ont une bouche d’une structure tout-à-fait différente de celle des seconds; on peut en prendre une idée, en examinant celle des hannetons, des sauterelles , des libellules, des guëêpes même, et on y reconnaîtra les parties suivantes, qui n'existent pas toujours toutes dans le même insecte.

Un chaperon, clypeus ; c'est la pièce non mobile qui est à la partie supérieure, et qui recouvre souvent la bouche entièrement ; c’est plutôt un prolongement du front qu'une partie de la bouche.

La lèvre supérieure, Zabiwm superius à c’est une pièce mobile cornée, arrondie ; qui se trouve quelquefois immédiatément au-dessous du chaperon.

Les mandibules, mardibulæ ; ce sont or- Moment les parties les plus apparentes

et les plus solides de la bouche des insectes; elles se trouvent immédiatement au-dessous de la lèvre supérieure; elles sont cornées et arquées , souvent dentelées, quelquefois très prolongées en avant; elles se meuvent de droite à gauche.

Les mâchoires, maxillæ, ont beaucoup d’analogie avec les mandibules ; elles sont placées au-dessous d’elles, et se meuvent comme elles de droite à gauche; mais elles sont ordinairement moins fortes, plus aplaties, plutôt membraneuses que cornes, surtout à leur partie antérieure; elles portent sur leur dos et dans le point de réunion de*leur partie cornée avec leur partie mermbraneuse, un ou deux petits appendices ordinairement filiformes, cornés, articulés, assez semblables aux antennes : on les a nommés palpes ou antennules, pa/pi.

Les galètes, galeæ, sont deux pièces cornées, gréles, arquées, non mobiles ni articulées, qui se trouvent quelquefois entre les palpes et le dos des mâchoires, et qui s'appliquent sur cette dernière partie. F

La lèvre inférieure, labium inferius ; c’est

la partie qui ferme la bouche inférieure

ment; elle est plate, ordinairement cornée

à sa base, et membraneuse à son extrémité,

souvent même bifide et ciliée : il part de.

chaque côté un palpe ou antennule sem-

blable à celui des mâchoires, mais commu-

nément plus court. Cette partie se meut de

bas en haut.

Telles sont les parties qui composent la bouche des insectes à mâchoires : l’usage de chacune d’elles est facile à supposer. On voit que les mandibules saiïsissent et brisent les alimens grossiers, que les mâchoires concourent à cette action et même la terminent, que leur partie membraneuse sert à goûter ces alimens. Les lèvres supérieures et inférieures, et les palpes, servent à retenir les alimens, à les placer et à les contenir sous les mandibules et les mâchoires. ‘

Le mouvement des parties qui servent à broyer les alimens, se fait donc chez les insectes dans une direction opposée à celui de ces mêmes parties dans les autres ani- Maux, et c'est un caractère particulier aux

insectesæ

? in L2" .

Les insectes qui se nourrissent ‘d’alimens liquides, ont une bouche d’une structure entièrement différente; ce sont des espèces de tubes d’une où de plusieurs pièces qui font l’office de pompe. On leur a donné différens noms, selon leur forme particulière.

On à nommé langue, ZÆngua, un organe filiforme, composé de deux tubes creux, et qui sont en outre creusés en gouttièré sur leur bord interne. Ces deux pièces réunies forment un long et gréle cylindre, susceptible de se rouler en spirale, lorsque l’insecte n’en fait point usage : cet organe est particulier aux papillons et autres insectes de cet ordre,

Le bec, rostrum, est une gaïîne cornée d’une seule pièce, mais articulée, que l’animal applique contre son ventre dans l’inaction; elle renferme des filets très déliés et poïntus que l’on nomme soies, et à l’aide desquels les insectes qui sont munis de cette sorte de bouche, tels que les punaises, les cigales, etc., piquent les animaux et les végétaux dont ils pompent les sucse

È . é ;$ # SUR LES INSECTES. 13

La trompe, proboscis, est un organe charnu, rétractile et d’une seule pièce, terminé par deux espèces de lèvres : cette trompe appartient aux mouches : elles s’en servent, comme on sait, pour pomper les liquides répandus sur diverses surfaces.

Le suçoir, Laustellum, à des rapports avec la trompe et le bec: comme le bec, il est composé de plusieurs soies fines, mais au lieu d’être renfermées dans un tube corné, elles sont maintenues par une gaîne molle à deux valves. Cette sorte de bouche appartient à toutes les mouches qui ont la faculté de piquer les animaux pour en sucer le sang. Tels sont les, taons, asiles, cousins.

À la base de la langue, de la trompe et du suçoir, on voit ordinairement des palpes très courts, dont l'usage est inconnu ; on ne peut du moins leur attribuer celui que nous avons donné aux palpes des insectes À mâchoires.

Nous reviendrons sur ces différentes sortes de bouche, lorsque nous parlerons des insectes qui les ont. Nous ferons voir alors

que l'étude de cette partie ne doit point être autant négligée qu’elle l'était autrefois, puisque les principales habitudes des insectes sont fondées sur leur manière de se nourrir, et que leur genre de nourriture est essentiellement lié avec la structure de leur bouche. Mais on ne doit point nonsplus attacher à la forme des plus petites parties de cet organe toute l'importance qu'on y a mise.

Après la tête vient la. seconde et moyenne partie du corps des insectes : on la nomme thorax ; elle paraït répondre en partie à la poitrine dans les gros animaux. C’est des différentes formes de cette partie dans les divers genres qu’on peut tirer des caractères d'autant meiïlleurs, qu’ils sont assez constans, et toujours faciles à voir et à décrire. ‘

* M. Audouin, dans un travail très remarquable, lu à l’Académie des Sciences, a donné une acception plus étendue à ce mot de thorax : d’après lui, le thorax est divisé dans les insectes proprement dits en trois parties principales qui ont reçu différens

noms; chacune de ces parties porte une paire de pates; le premier anneau, celni qui vient immé-

La dernière partie du corps des insectes, séparée des autres par un étranglement distinct, est le ventre ou l'abdomen.

Il est composé d’anneaux écailleux, emboîtés et mobiles les uns sur les autres, et va en diminuant de diamètre de sa base à sa pointe. Cette structure laisse à cettespartie une mobilité qui est d'autant plus grande, que l'abdomen est plus-allongé. A la partie

diatement après la tête, se nomme prothorax ; c'est celui qui forme le corselet dans les coléoptères et le col ou collier dans d’autres ordres; le second est nommé mésothoraz , il donne supérieurement attache à la première paire d'ailes; enfin , le métathorax ou le troisième anneau porte les secondes ailes*ou les balanciers des insectes diptères. Chacun de ces segmens est composé de quatre parties, une inférieure, deux latérales (formant à elles trois la poitrine), et une supérieure qui forme le dos. L'inférieure prend le nom de sternum ; la partie latérale ou le flanc se divise entrois pièces prinoipales, une qui tient au sternum et qu'on nomme épisternum.; V'autre, placée en arrière de celle-ci, et à laquelle la hanche s'articule, est nommée épimère; on nomme crochantin, par opposition à trochanter, une petite pièce mobile qui sert à la réunion de l'épimère à la hanche. La troisième pièce

antérieure de labdomen se voient, en dessus et en dessous, deux pièces écailleuses beaucoup plus larges que les autres, et que l’on a considérées comme une suite de la poi-' trine, surtout la pièce inférieure, sous laà à remarque quelquefois une arête saillante, terminée en avant par une pointe : on la-nommée sternum , par comparaison avec ee même os dans les animaux vertébrés.

du flane, qui dans le mésothorax et le métathorax est placée en avant de l’épisternum et sous l'aile, est appelée Aypoptère ; quelquefois il y a encore autour du stigmate une petite pièce cornée qu’on nomme péritrème. La partie supérieure de chacun des segmens,; dont nons venonsde parler, se nomme tergum; il se divise en quatre pièces nommées, d’après leur position dans chaque anneau , præseutum, scutum, scutellum et postscutellum ; la première et souvent la dernière sont presqüe toujours cachées dans l’intérieur. C’est le seutellum du mésothorax qui a recu de tous les naturalistes le nom d'é écusson ; dans les araignées, le thorax existe et est composé d'autant d’anneaux qu’il y a de paires de pates, seulement ces anneaux sont soudés entre eux. Les flancs s’allongent et viennent se réunir sur la partie dorsale, et le tergam n'existe plns.

La partie supérieure de l'abdomen porte le nom de dos, et la partie inférieure, plus particulièrement celui de ventre. On remarque presque toujours sur le dos des points ou trous, dont les bords.sont plissés en forme de boutonnière : ce sont les s mates ou les ouvertures par lesquelles l'air atmosphérique pénètre dans l'intérieur du corps des insectes.

Pour terminer la description complète des insectes en général, il nous reste à parler des membres qui s’attachent, soutiennent, transportent ou défendent ces différentes parties de leur corps.

Les insectes n’ont jamais moins de six pates, et si dans quelques papillons il n’en paraît que quatre, nous verrons que deux sont comme avortées; mais ils en ont quelquefoïis un bien plus grand nombre : cependant les insectes ailés n’en ont jamais plus de six.

De ces six, les deux antérieures, toujours dirigées en avant, sont attachées sous le corselet; les quatre postérieures sont attachées à cette large pièce de l'abdomen que.

nous avons nommée la poitrine; les deux dernières sont toujours dirigées en arrière.

Ces pates, presque toujours grêles et longues, sont composées de quatre parties qui ont reçu des noms particuliers.

La première, au moyen de laquelle la.

pate s'attache au corps, porte le nom de banche : c’est ordinairement la plus courte et la plus grosse. Dans les hannetons, les carabes, les capricornes, elle est peu sensible; mais on la voit très bien dans les sauterelles, les guëpes, les ichneumons.

Après la hanche vient la cuisse : c’est ordinairement la partie la plus renflée : elle est suivie dela jambe , communément aplatie, assez longue et grêle, La pate est terminée par une partie composée de plusieurs petites pièces articulées les unes au bout des autres; on la nomme tarse. Le nombre de ces parties varie dans les différens genres d'insectes; maïs il est constant non seulement, dans les espèces de chaque genre, mais assez généralement dans celles d’une même famille; en sorte qu’il a offert à Geoffroy, et à d’autres entomologistes, des

SUR LES INSECTES. 19 caractères assez bons pour diviser les insectes. v

La forme de ces-pièces ou articles présente”aussi d'assez nombreuses variétés. La dernière pièce est terminée par deux ou quatre ongles crochus, qui donnent à l'in:

secte la faculté de s'attacher et même de se cramponner solidementssur les corps où il est placé, et même de se tenir avec fermeté sur les corps les plus lisses. Le dessous des tarses est souvent garni de petites,brosses de poils fins et serrés, au moyen desquels l'insecte peut s'appliquer et marcher sur les glaces et les marbres verticaux, ainsi que le font les mouches tous les jours sous nos yeux. ” Les pates présentent de grandes différences dans leurs formes, suivant les usages auxquels la nature les à destinées ; en sorte que cette forme influe sur les habitudes des insectes, en multipliant ou diminuant leurs facultés.

On remarque en général, que les pates antérieures sont plus longues, plus fortes , plus dilatées, et souvent raboteuses en des-

sous dans les mâles, et il est aisé de voir que le but de cette disposition est de favoriser l’accouplement d’animaux dont la peau dure etlisse ne laisse que peu de prise.

Les pates sont longues et déliées dans les insectes légers à la course, comme les carabes, les lygées, les réduves, les sphex.

Les antérieures sont courtes, comprimées , dentelées, souvent même privées de tarses danses insectes qui fouillent Ja terre, comme les boursiers, les onites, ateuchus, etc.; elles sont quelquefois en forme de tenaille ou pince à genoux dans quelquesinsectes qui saisissent leur proie avec ce singulier instrument, comme les mantes, les nèpes.

Les pates postérieures sont assez longues, comprimées, ciliées sur leurs bords dans les insectes nageurs, tels que les ditiques. Les cuisses de ces pates, quelquefois très longues , sont robustes et renflées dans plusieurs insectesy, tels que les altises, les sauterelles, les psylles, etc., qui acquièrent par là la faculté de sauter.

Ce n’est point en raison du nombre de leurs pates que les insectes marchent plus

ou moins vite: on sait que les iules, qui en ont des centaines, ont une démarche très lente. La rapidité de la course dans les insectes, est donc plutôt en raison de la longueur des pates, comme nous l’avons indiqué plus haut.

À ces moyens de mouvement déjà assez multipliés dans les insectes, la nature en a ajouté d’autres qui existent même indépendamment de ceux-ci : elle a accordé à un grand nombre la faculté de voler.

Les ailes sont toujours placées sur le dos; elles prennent naissance de la partie antérieure de cette portion de ventre que nous avons nommée la poitrine; et plus ou moins longues que l’abdomen, elles le cachent souvent entièrement. !

Les ailes, comme toutes les parties des insectes, offrent encore de grandes différences entre elles, et ne ressemblent point

: Les deux ailes antérieures prennent naissance, comme nous l'avons dit plus haut, à la partie supérieure du mésothorax ; les inférieures ou les ap-

pendices qui en tiennent lieu dans certains insectes, s’insèrent sur le dos du métathorax.

du tout à celles des autres animaux. Tantôt il y en a deux, plus souvent il y en a quatre.

Quand il n’y en a que deux, elles sont tou-

- jours membraneuses, c’est-à-dire composées d’une membrane très mince et transparente, traversée de nervures nombreuses : telles sont les ailes des mouches.

Parmi les insectes qui ont quatre ailes, les uns, comme les abeilles, les libellules, ont ces quatre ailes membraneuses, et assez semblables à celles des mouches.

Quelquefois, comme dans les papillons, les ailes sont très grandes, assez fortes , et

recouvertes sur leurs deux faces d’unemultitude de petites écailles qui ressemblent à ,

de la poussière.

Chez d’autres insectes, les ailes supérieures perdent totalement ou presque totalement leur transparence ét leur flexibilité ; elles deviennent dures, opaques, chagrinées en dessus, sans nervures sensibles, et enve-

” loppent, à la manière d’un étui, les ailes inférieures qui restent membraneuses : on les a nommées alors étuis ou élytres, Dans le

vol, l’insecte se contente d’écarter ces deux étuis, de sortir les ailes de dessous , et tandis qu'il agite celles-ci, les élytres restent immobiles. Tous les insectes semblables aux hannetens, capricornes, coccinelles, etc., etc. ont leurs ailes ainsi faites, et ont été réunis à cause de cela sous la dénomination gé- -nérale de coléoptères.

Chezles sauterelles, les criquets , les mantes, etc. , les élytres sont très flexibles, demitransparentes ; elles recouvrent les ailes membraneuses pliées en éventails. On adésigné sous le nom d’orthoptères les insectes qui ont cette sorte d’ailes.

Quelquefois ces élytres ne sont coriaces et opaques que dans leur moitié antérieure; elles se croisent alors l’une sur l’autre, leur extrémité est membraneuse et transparente comme les ailes qu’elles recouvrent : on les a nommées alors demi-élytres, et on a appelé hémiptères les insectes qui ont de semblables ailes. Telles sont les punaises, quelques cigales, les nèpes, ete.

On remarque à la base des ailes, au point de réunion de leur suture; près le corselet,

une petite pièce triangulaire très visible dans les hannetons, les punaises, quélqués mouches, quelques ichneumons. On l’a nommée écusson: on en ignore l'usage.

Comme les principales divisions de la méthode que nous suivrons sont fondées sur ces différentes sortes d'ailes, nous les décrirons avec plus de détail en faisant les généralités des insectes qui les possèdent, ©

Après avoir fait connaître les différentes parties que présente le corps des insectes à l'extérieur, nous devons dire quelques mots de leur organisation intérieure.

La structure interne de ces petits animaux est d'autant plus intéressante à connaître, qu’elle s'éloigne davantage de’celle des animaux des classes supérieures, La plupart des facultés vitales de ces animaux se retrouvent cependant dans les insectes, qui semblent les exercer souvent à peu près de la même mawière. Ce sont, pour ainsi dire, des effets presque semblables produits par des causes très différentes. Nous allons parcourir les différentes fonctions vitales des jnsectes, les comparer avec celles des ani-

maux des classes supérieures, et décrire brièvement les organes qui servent À remplir ces fonctions.

La première est le mouvement volontaire:

c'est celle qui distingue surtout les animaux des végétaux. Les os et les muscles, organes de cette fonction, sont chez les insectes dans une position respective opposée à celle où on les voit dans les animaux à sang rouge.

Les os , ou l'enveloppe crustacée qui les remplace, sont réellement extérieurs dans les insectes ; ils recouvrent leur corps, leurs membres; ils sont creux, et dans leurs cavités sont placés les muscles, ces parties qui les mettent en mouvement.

Comme dans les insectes les articulations sont nombreuses, les mouvemens sont multipliés et très variés. Les muscles, qui ressemblent à de petites bandelettes sans ventre ni tendons, sont aussi très multipliés. Lyonnet en à upié 4o4x dans une seule chenille , tandis qu’on n’en compte guère que

529 dans le corps humain : aussi non seu

lement ces petits animaux ont la faculté de se mouvoir avec rapidité et continuité à I. 3

Vaide de leurs pates, mais la nature a encore augmentéleursmouvemens par des ailes au nombre de quatre ou deux, par des pates membraneuses ou mamelons agglutinatifs qu'on remarque dans la plupart des larves, ou même par les ressorts particuliers qu’elle a donnés à plusieurs insectes. Tel est celui que les podures portent sous leur ventre, et qui les fait sauter très loin en se détendant ; elle a même placé des moyens de mouvement dans des parties où on ne s’attendait guère à en rencontrer. C’est ainsi que les larves des libellules se meuvent en avant, en chassant fortement par leur derrière l’eau qu’elles y ont fait entrer; que des larves de mouches sans pates exécutent cependant des sauts assez étendus en contractant leur corps d'une certaine manière; que les taupins, quoique posés sur le dos, peuvent aussi sauter À l’aide d’une espèce de ressort qu’ils ont à la jonction du corselet et de la poitrine. On peut dire que ce sont les insectes qui donnent le plus d’exemples cürieux de mouvemens aussi variés que singuliers. Il en est cependant qui paraissent à

peine se mouvoir; tels sont les chermès et les pucerons.

Les sens ne sont point aussi parfaits ou plutôt aussi actifs dans les insectes que les organes du mouvement. Les organes des sensations sont même pêu développés chez eux en comparaison des autres animaux.

Le cerveau ,. qui est le centre de la sensibilité, est très petit; il est placé au— dessus du conduit des alimens, que l’on nomme l’œsophage; il en part deux branches nerveuses qui embrassent ce canal, et vont se réunir au-dessous. Elles donnent ici naissance à un cordon nerveux et blanchâtre qui règne tout le long du corps de l’insecte du côté du ventre, et qui présente dans sa longueur environ douze à treize nœuds ou ganglions, que l’on a considérés comme autant de petits cerveaux. Il part en effet de chacun de ces nœuds plusieurs filets très.déliés, qui sont les herfs; ils vont sedistribuer dans les différentes parties du corps de l’animal. Deux des plus visibles sont les nerfs

optiques, c'est-à-dire ceux qui vont aux

yeux. Ils partent directement du cerveau.

inde dd . Cid is Odette,

28 DISGOURS à

C'est à cette espèce de distribution du cerveau dans tout le corps des insectes, que l'on a attribué la faculté qu'ont la plupart de ces animaux d’être encore long-temps vivans aprèsavoir été privés de leur tête ou de la moitié de leur corps.

Les insectes paraissent doués des mêmes sens que les grand$ animaux; mais ils sont souvent moins délicats, moins sensibles ;.ce qui suppose nécessairement moins de perfection dans leur organisation.

La vuétet l’odorat semblent être les sens lesplus parfaits dans les insectes. Nous avons déjà fait remarquer que leurs yeux étaient privés de mouvement ; mais leur vue n’en paraît pas moins bonne. Il semble méme que ces animaux voient mieux de loin que de près. On peut remarquer que l’abeille, qui arrive droit Àsa ruche, en trouve difficilement lentrée.Les libellules aperçoïiventdans l'air le Pig petit moucheron, et fondent sur lui en un instant. Les araignées sauteuses

tombent sur leur proie avec une justesse

tonnante, Nous avons déjà dit que les yeux des in-

sectes sont de deux sortes : les uns lisses, les autres à réseau. La structure de ces derniers est admirable : chaque facette est la base d’une pyramide hexagone, dont le sommet est au fond de l’œil. Swammerdam, qui a fait l'anatomie de cet organe, dit n’y avoir point trouvé les mêmes liqueurs qui se rencontrent dans les yeux des quadrupèdes, ete.

L'uvée, qui est la membrane qui se rencontre immédiatement au-dessous de la cornée, varie de couleur dans les différens insectes : elle est rouge dans la plupart des mouches.

Cette couleur s’épanche lorsqu'on écrase-la tête de ces insectes, et a fait croire à certaines personnes que leur sang était rouge.

On n’a pu découvrir encore , dans les véritables insectes, l'organe de l’ouie. M. Fabricius l’a bien fait connaître dans les crabes et les écrevisses. C’est une espèce de membrane qu’il a nommée tympan: elle est nue, superficielle , et placée à la base des antennes de ces animaux. Mais ils doivent être

séparés de la classe des insectes. Leur qrga-

nisation tout-à-fait différente, ordonne d’e établir une particulière pour les y plac

trs dd ét LdbaAh de, ::sbélt (Sd

on

sé

30 DISCOURS Il est cependant très probable que les vrais

» ‘insectes jouissent aussi de ce sens : le bruit

que plusieurs d’entre eux ont la faculté de

produire, n’aurait aucune utilité pour eux,

” s’il n’était un moyen de se faire entendre. Ce

ba

ne peut étre une preuve de l'existence de l’organe de l’ouie; mais cette circonstance

- doit au moins la faire soupçonner.

» Ilnya, au contraire, aucun doute sur l'existence de l’organe de l’odorat dans les insectes. Un grand nombre d’observations faciles à répéter le prouvent suffisamment. On sait que les dermestes, les boursiers, les mouches surtout, sont attirés de très loin par l’odeur d’un cadavre en putréfaction.

On sait que ce ne peut être la vue qui leur en donne la connaissance, puisqu'on voit voltiger ces insectes autour d’une boîte qui renferme de la viande putréfiée; enfin on rapporte souvent ce fait singulier des mouches et de divers insectes carnassiers, qui, trompés par l'odeur cadavéreuse d’une plante (arum) , vont déposer leurs œufs dans sa

- fleur, croyant les placer dans une matière animale. On ne pouvait done nier l'existence

Hé «> LI ju L pd ; D

SUR LES INSECTES. 31 de ce sens; mais on en a long-temps ignoré le siége, et on l’a placé quelquefois dans les antennes. Il est aisé de voir que ces parties

ne peuvent servir en aucune manière à per- -

cevoir les odeurs. Baster a pensé qu'il de-

vait exister à l’entrée des conduits de l'air,

vers les stigmates , et M. Dumeril a appuyé cette opinion par de très bons raisonnemens.

Les insectes paraissent jouir du sens du goût. Il est difficile de ne pas en être persuadé , lorsque l’on voit une chenille goûter une plante, et la refuser si elle ne lui convient pas, pour s'arrêter, au contraire, sur celle qui doit lui servir d’aliment. Quelques personnes ont prétendu que les palpes ou antennules étaient les organes de ce sens ; mais leur structure est trop grossière , leur surface trop coriace, pour être l'organe d’un toucher aussi délicat. Il semble qu'il doit

plutôt résider dans la partie membraneuse -

des mächoires et de la lèvre inférieure.

Le toucher paraît être le sens le plusobtus dans les insectes. Des os extérieurs doivent en effet s'opposer à la délicatesse de ce

sens. Aussi ceux qui paraissent lavoir le moins grossier, comme les araignées et quelques chenilles qui se remuent excessivement dès qu'on les’touche, sont-ils couverts d’une peau membraneuse.

En outre , des poils souvent nombreux et roides , quelquefoisméme des épines, arment la peau osseuse de beaucoup d’insectes, et ne peuvent leur permettre de prendre au cune idée précise de la forme ou de la consistance des corps extérieurs.

Quelques personnes ont regardé comme un organe particulier du toucher ces parties ordinairement filiformes , mobiles, articulées, placées en avant des yeux, et que nous avons nommées antennes. Cette opinion peut avoir quelque fondement ; mais jusqu’à présent il n’a point été possible de lappuyer sur des observations ou des expériences directes.

Nous venons de voir que les insectes jouissent fort peu de leurs sens, et surtout du plus étendu de tous, du toucher, qui rectifie les erreurs des autres. Cependant leur industrie est beaucoup plus grande que celle

de certains animaux dans lesquels les sens paraissent plus développés, et les moyens d’agir plus nombreux. Tels sont, par exemple, les reptiles, les poissons : on rencontre peu de faits étonnans ; on remarque peu de prévoyance, presque point d'intelligence, plutôt même une sorte d’apathie dans ces animaux d’une classe, d’une organisation qui semble bien supérieure à celle des insectes. Nous trouverons dans les moyens que ces petits animaux emploient pour se défendre , pour se conserver, se nourrir, et

pour soigner leurs œufs, un instinct quinous

étonnera.

Si les organes des sens des insectes ont quelque analogie avec ces mêmes organes dans les animaux vertébrés , il n’en est point ainsi de ceux de la respiration, qui ne res= semblent en rien aux poumons ou branchies des animaux à sang rouge. Les insectes ne respirent point par la bouche : des ouverlures particulières , et en plus ou moins grand nombre, placées sur les côtés du cotps, donnent entrée à l'air. Nous en avons déjà parlé sous le nom de stigmate, Les bords des

ge

34 DISCOURS ces ouvertures sont cicatrisés et en forme de boutonnière : elles sont ordinairement situées sur les parties latérales et supérieures de l'abdomen : quelquefois aussi elles sont placées sur le corselet ou même à l’extrémité du ventre. Ces ouvertures laissent pénétrer l'air dans deux canaux qui règnent dans toute la longueur du corps; on les a nommés par analogie trachée-artère, Ces vaisseaux aériens donnent naissance, vis-vis chaque stigmate , à un nombre considérable de petits vaisseaux qui pénètrent dans toutes les parties, s’y ramifient à l'infini, et y portent l’air atmosphérique ; ce fluide est décomposé par le chyle des insectes ; l'oxigène est absorbé, l'azote séparé, rejeté, et il se forme de l'acide carbonique. Réaumur, Degeer, Muschenbrock, Lyonnet , ont fait une multitude d'expériences qui toutes tendent à prouver que les stigmates sont véritablementles ouvertures par lesquelles l'air s'introduit dans le corps des insectes. Ils ont “vu que ces animaux périssaient dès qu'on les bouchait avec de la cire ou de l’huile, et lorsqu'on plonge les insectes dans l’eau,

SUR LES INSECTES. 35 on voit souvent des bulles d’air à l'entrée de ces trous.

Les insectes, comme tous les animaux qui respirent , et il n’en est peut-être aucun qui ne remplisse cette fonction , ne peuvent vivre long-temps dans les gaz non respirables; ils y sont promptement asphyxiés; mais cette asphyxie ne leur est pas aussi fré= quemment mortelle qu'aux animaux à sang chaud.

Les organes de la circulation sont toujours

en rapportavec ceux de la respiration , puis- "

que c’est sur le chyle transporté par le sang que l'air doit agir. On peut dire que cette fonction est encore inconnue dans les in sectes ou plutôt qu’elle n'existe pas. L'organe que l'on a regardé comme cœur, est un vaisseau longitudinal situé le long du dos des insectes *. Sa forme est remarquable. 11 présente plusieurs renflemens que Lyonnet a nommés les ailes du cœur, au moyen desquels il est attaché à la peau de l’insecte. Ces renflemens ont été regardés comme une suité de

Il a requ le nom de vaisseau dorsal.

petits cœurs. Mais en les examinanit avec attention, on voit qu'ils n’ont de comiun , avec ce que l’on a appelé le cœur dans les grands animaux , qu'un mouvement de dilatation et de contraction.

Linnéus a dit que le cœur des insectes n'avait qu'un ventricule et une oreillette; d'autres naturalistes ont regardé les renflemens de ce vaisseau comme autant de ventricules et d’oreillettes. Mais quelque soin que l’on prenne, on ne peut voir partir aucune artère ni aucune veine de ce prétendu cœur. Il ne paraît pas non plus que l’extrémité des bronches s’abouche avec aucune sorte de vaisseaux sanguins; Lyonnet n’a jamais pu parvenir à découvrir de ces vaisseaux dans aucune partie du corps des insectes, et cependant son adresse et sa patience les lui auraient certainement fait trouver s'ils eussent existé, puisqu'il a disséqué, figuré et décrit des vaisseaux aériens plus fins que ne pourraient étre les principaux troncs des vaisseaux sanguins.

Le canal longitudinal renferme une liqueur blanche ou limpide, que l’on a nommée

sang. Sa température est égale à celle du miliéu dans lequel vivent les insectes. La respiration est trop lente dans ces animaux, et le calorique dégagé dans la combinaison de l’oxigène avec le chyle, n’est point assez abondant pour élever leur température audessus de celle du fluide dans lequel ils vivent.

D'après ces observations, Lyonnet a douté que ce canal fût un véritable cœur. M. Cuvier a partagé ce doute": il a même été plus loin ; il a pensé qu'il n’y avait dans les insectes aucun vaisseau sanguin, mais que l'air allait dans tout le corps se mettre en contact avec le chyle, et lui faire subir l’altération qu’il doit éprouver. Il pense aussi que ce liquide pénètre toutes les parties du corps par voie d’absorption ou d’imbibition.

Il est des époques dans la vie de certains insectes, où la respiration, et par conséquent la circulation , si elle existe, est presque totalement suspendue. Lorsque la température de l'atmosphère s’abaïsse assez pour ne plus être susceptible d'entretenir lacti-

vité des insectes, ces animaux se réfugient dans des fentes, sous les écorces , soûs les pierres , ils s’enfoncent même sous terre; ils ne prennent plus de nourriture, s’engourdissent au point de perdre le mouvement et la sensibilité. On a donné le nom d’hibernation à cet état, dans lequel plusieurs insectes passent l'hiver; leur vie est comme suspendue. S'ils n’acquièrent rien par la nutrition , ils ne perdent rien par la transpiration. Au printemps , la chaleur vient les ranimer et leur donner, pour ainsi dire , une nouvelle vie.

La circulation et la respiration dont nous venons de parler, ne sont; pour-ainsi dire, que des annexes de la nutrition, dont la première opération est la digestion. Cette fonction , très étendue, se compose, comme on sait, de la mastication et de la digestion proprement dite. Nous avons déjà décrit, en partie, les organes de la mastication ou de la succion des alimens , en décrivant, d’une manière générale , les diverses sortes de bouche des insectes; nous avons vu que, parmi ces animaux , les uns ne prenaient que des.

alimens liquides, et qu’ils avaient alors, pour bouche, une trompe, une langue , ou un suçoir; que ceux, au contraire , qui se nourrissaient de matières solides, avaient la bouche armée de fortes mandibules, de mâchoires et de lèvres.

Le canal intestinal , et les organes accessoires, présentent aussi, dans les insectes, de nombreuses variétés, qui sont toujours relatives au genre de nourriture qu’ils prennent. Ceux qui se nourrissent de substances animales, ont les organes de la digestion moins développésque ceux qui mangent des matières végétales; mais dans la plupartdes insectes, le canal intestinal est assez droit, et les intestins ne forment point ou ne présentent que peu de circonvolutions. On remarque , en général , dans beaucoup d’insectés, et principalement dans ceux chez lesquels les organes de la digestion sont très développés, comme les larves, un æsophage, un estomac, des intestins de divers diamètres, et un sac fécal , ou intestin rectum. Prenons une chenille pour exemple , et surtout celle dont Lyonnèt a donné une

anatomie si complète et de si belles planches. Nous verrons quel’œsophage est court, que l'estomac est long, cylindrique, etqu'il remplit presque entièrement le corps de l’insecte. Les gros intestins, au nombre de deux ou trois, sont droits, cylindriques, ét ne différent entre eux que par un diamètre plus ou moins considérable.

Ces intestins s'ouvrent dans le sac fécal.

Leur ouverture est garnie d’un sphincter très fort. C’est un muscle circulaire qui sert à en fermer l'extrémité à la volonté de l’animal. Ces parties sont toujours enveloppées de bandes musculaires, qui augmentent leur action , et qui sont dirigées dans divers sens. Lyonnet a nommé intestins grêles, des filamens longs et déliés, qui prennent naissance de la partie inférieure du second gros intestin, remontent surles côtés de l'estomac, en faisant un grand nombre de circonvolutions, et redescendent ensuite vers le sac fécal.

Ces filamens déliés ne contiennent jamais d’alimens , mais une humeur particulière qui s’y trouve toujours, même dans les insectes

SUR LES INSECTES, 4x qui.ont jeuné depuis long-temps. Cette remarque avait déjà fait soupçonner que cette matièrem’était point une partie des alimens.

Lyonnet le croyait cependant ,ctavait voulu expliquer comment elle pouvait se trouver dans les insectes après un long jeûne. Il disait que les intestins des insectes étant privés du mouvement péristaltique !, les petits intestins grêles, dont nous parlons, ne pouvaient se vider inférieurement que dumoment où les alimens renfermés dans les gros intestins, étant comprimés par les muscles , produisaient des sucs qui, entrant par l'insertion supérieure de ces intestins. grêles, chassaient devant eux les sues qui s’y trou— vaient déjà. Car il faut ajouter que Lyonnet croyait avoir vu que cesintestins grèles s’ouvraient par leur extrémité inférieure dans le sac fécal.

* C’est un mouvement d’ondulation ou vermiculaire qui appartient aux intestins des animaux vertébrés; c'est à l’aide de ce mouvement que les alimens sont poussés perpétuellement de l'extrés… mité antérieure vers l'extrémité postérieure des intestins,

M. Cuvier pense que ces canaux déliés et longs ne sont poiÿt, de véritables intestins ; il leur reconnaît la forme de toutes les glandes des insectes, et les-regarde comme analogues au foie des grands animaux; il les nomme glandes, ou vaisseaux hépatiques.

Les autres glaudes des insectes ont en effet cette forme de houppe, de filamens déliés et flottans; on en trouve dans ces animaux qui préparentles différentes liqueurs quileur sont propres : les plus remarquables sont celles qui séparent la matière de la soie. Nous les décrirons lorsque nous parlerons des .insectes qui ont la faculté de filer. *

Beaucoup d'insectes ont d’autres humeurs particulières, qui supposent nécessairement autant de glandes pour les séparer : ‘tel est le venin de l’aiguillon des abeïlles et des gué-

pes; l'humeur caustique que répandent plusieurs carabes et blaps; l'humeur laiteuse et cependant âcre des hydrophiles; une autre humeur jaune ou rouge sanguinolente qui suinte des articulations de quelques chrysomèles et coccinelles; la matière oléagineuse qui sort par ces mêmes parties dans les mé-

loès ; la liqueur âcre, colorée et fétide qué

répandent par la bouche les silphes, les ca-

rabes, la chenille du cossus. Cette dernière liqueur paraît avoir quelque analogie avec la salive; elle semble au moins destinée à agir, comme ce liquide, sur les matières alimentaires.

Enfin, on remarque immédiatement sous la peau des larves , un corps graisseux d’un volume très considérable, qui fait même presque la moitié de celui de l’insecte, et qui enveloppe tous les viscères : on en ignore l'usage; on a cru cependant qu’il servait à la nutrition de l’insecte, lorsqu'il était sous la forme de chrysalide. D’autres naturalistes ont pensé que ce corps graisseux était destiné à préserver les viscères qu’il renfermait, desimpressions trop vives de l'air.

Nous avons parcouru et étudié , même avec des détails suffisans, les divers organes qui servent à entretenir la vie des insectes. Nous venons de prendre sur leurs fonctions les connaissances qui sont nécessaires à l’étude/des habitudes de ces'animaux. Il nous reste à étudier un dernier ordre d'organes,

FÈ

h4 DISCOURS

dont l’usage n’est plus d'entretenir l’existence des individus; mais il semble plus important pour la nature, du moins elle paraît l’avoir indiqué par l'espèce d'appareil ‘dont elle l’a entouré. L'objet de cette dernière fonction est de donner aux êtres organisés la faculté de propager et de perpétuer, pour ainsi dire, leur espèce.

. La génération, cette fonction déjà si étonnante dans tous les animaux, présente dans les insectes des variétés singulières et des faits absolument particuliers à cette classe d'êtres : nous ne devons dire pour l'instant que ce qu'elle offre de général dans les insectes.

Les sexes sont toujours distincts chez ces petits animaux, et même les mâles diffèrent quelquefois beaucoup des femelles.

Ils sont ordinairement plus petits; leur corps a souvent des parties de plus, des

* cornes sur la tête ou le corselet, des épines aux jambes ou ailleurs, quelquefois même les mâles seuls ont des ailes, et les femelles sont aptères; leurs antennes sont plus composées où plus longues; leurs pates anté-

SUR LES INSECTES. 45 rieures plus larges, plus fortes ou plus allongées ; enfin leurs couleurs plus vives sont quelquefois tellement différentes de celles des femelles, qu’ils semblent n'être point de la même espèce. A ces différences extérieures se joignent les différences internes ordinaires.

Les organes mâles de la génération ne paraissent à l'extérieur que dans le moment de l’accouplement, Dans toute autre circonstance, ils sont absolument cachés dans l'abdomen. Ils consistent généralement en deux ordres de glandes, conformées comme les autres glandes des insectes, c’est-à-dire composées de filamens très déliés, fortlongs, mais souvent roulés sur eux-mêmes : les unes , qui sont les plus éloignées de l'extrémité de l'abdomen, sont comparées aux glandes qui séparent la liqueur fécondante ; les deux autres, attachées par un pédoncule moins long, et quelquefois même appliquées presque immédiatement sur le point de réunion des pédoncules des ‘deux premières glandes, ont été regardées comme les réservoirs de cette liqueur.

Ces quatre glandes ont quatre conduits qui se réunissent pour former un canal terminé par un étui coôrné ; cet étui.est l’organe mâle; il paraît à l’éxtérieur dans le moment de l’accouplement; il est armé, à son extrémité, de deux crochets qui servent au mâle à retenir sa femelle.

Les'organes de la femelle sont tous intérieurs. On peut y reconnaître un oyaire très volumineux, et qui donne aux femelles ce gros ventre qui les distingue des mâles. Get ovaire est souvent double; chacun est composé de longs canaux concentriques à l’extrémité d’un canal unique que l’on a nommé l’oviducte, Ces canaux, qui vont en diminuant de diamètre de leur point d’insertion vers leur extrémité qui est libre dans le ventre, renferment chacun un assez grand nombre d'œufs qui y sont placés à la suite les uns des autres, et qui font quelquefois ressembler chaque canal à un collier de perles, -ainsi que cela se voit très bien dans la femelle du bombyce grand-paon.

Les deux canaux principaux, nommés oviductes, qui reçoivent les canaux précé-

SUR LES INSECTES. 47 dens, se réunissent ensuite en un seul plus large, et auquelron a dopñé,- par. analogie, le nom de matrice. On remarquesur cette prétendue matrice, un réservoir, où corps

ovoïide, garni de deux appendices en forme

de tubes sinueux. Swammerdam a prétendu que ce réservoir renfermait la matière gommeuse, qui enduisait les œufs àmesurerqu’ils passaient par la matrice. Il à regardé les tubes sinueux comme les glandes qui séparaient cette humeur. ?

Les parties que nous venonside décrire , qui se voient: assez distinctement "dans la femelle des abeilles, ne sont pas-toujours ainsi séparées : elles sont au contraire presque réunies dans le plus grand nombre des insectes, en sorte qu'il est inutile d'y rechercher des parties. qui ne sont plus que conventionnelles, Swammerdam pensant que les œufs trop serrés dans l’ovaire , ne pour-

* Dans ces derniers témps, M. Audouin a découvert que ce réservoir était destiné à recevoir Ja liqueur séminale du mâle, et que les œufs ne sont fécondés quan moment où ils passent devant l’ouverture de cette poche,

48 DISCOURS raient pas recevoir tous l'impression de Ja liqueur fécondante, a cru qu'ils s’imprégnaient de cette liqueur déposée par le mâle dans la matrice, à mesure qu'ils traversaient cet organe. L'expérience qu'il rapporte semble prouver.cette 6pinion; il dit que des œufs pris dans les ovaires ont tou- … jourstété stériles, tandis que ceux ramassés dans la matrice ont pu donner naïssance à de nouveaux insectes. !

Au reste, de quelque manière que les œufs dés insectes soient fécondés, il en est peu qui restent stériles, quelle que soit d’ailleurs la quantité souvent innombrable qui se trouve renfermée dans leur abdomen.

Il suit de cette fécondité prodigieuse des insectes, que ces petits êtres auraient bientôt-.couvert la surface de la terre, si la nature ne leur avait suscité un nombre également prodigieux d’ennemis, d'autant plus redoutables, que ces petits animaux sont presque sans défense; car les armes qu’elle a données à plusieurs d’entre eux sont heu-

: Cette observation prouve l’assertion de M. Audouin,

reusement trop faibles poursêtre employées avécavantage contre beaucoup des animaux qui ne’ sont point de leur classe.

Outre les déux sexes que nous venons de décrire, on a voulu en établir un troisième parmi les insectes, On à cru que dans cer tains genres , téls que ceux des abeilles, des fourmis, il y'avait des neutres,vou mulets, absolument privés de sexe:

Il existe bien parmi ces insectes dés individus qui ne sont point capables d’engendrer, et qui sont uniquement destinés, comme nous'le Yerrons, à soigner et nourrir les petits des autres individus. Mais il est également reconnu que ces prétendus neutres sont des femelles, dans lesquelles les organes de la génération n’ont point été développés; faute d’une nourriture convenable:

Il ne paraît pas qu'il y ait pour chaque espèce d’insecte, de saison particulière pour l’accouplement, En général, lorsque ces animaux ont acquis tout. leur développement, ils s’accouplent;.le mâle meurt, et la femelle pond ses œufs peu de temps après.

bo DISCOURS Le mode d’accouplement est aussi varié ” dans les insectes que toutes. leurs autres . facultés ou actions : nous le décrirons à l’histoire de chaque genre; il nous suffit de dire ici que-la nature l’a-favorisé par diffé- …ens moyens; etqueles partiesadditionnelles “que l’on remarque dans les mâles, sont souvent destinées à remplir ce but.

Presque tousles insectes sont ovipares. Il n'y à peut-être d'exception que pour les pucerons. Les mouches vivipares, les eloportes mettent, ilest vrai, au jour des petits vivans; mais il est prouvé que ces petits sortent d'œufs qui, au lieu d’avoir été pondus, sont éclos dans le*ventre "pue de l'insecte.

Les insectes femelles ont soin de choisir pour faire leur ponte un lieu où les petits qui écloront pourront être en sûreté, ct trouver une nourriture convenable, Les œufs sont presque toujours enduits, comme nous l'avons dit, d’une matière gommeuse ; à l’aide de laquelle la femelle quislés pond , peut les fixer solidement sur di fférens corps.

Ces œufs sont quelquefois simplement

"se SUR LES INSECTES. 5x | déposés sans précaution ; dans d’autres cas, ils sont placés symétriquement , et collés les uns à côté des autres, tantôt à découvert, … tantôt cachés sous des écorces ,. dans les plis des ,feuilles; quelquefois ils sont enveloppés depoils, ou d’une coque soyeuse que leur mère a pu leur filer. Elle sait même" donner à ces coques des formes.remarquables par leur élégance et leur régularité. Ce sont surtout-les araignées qui mettent'ainsi leurs œufs à l’abri des accidens dont leur mollesse ‘les-rendrait souvent la wictime. * D'autres insectes donnent des preuves d’un instinct encore plus admirable dans le soin, qu’ils. prennent pour déposer leurs œufs :

les uns, tels que les bousiers, les placent sous une boule d’excrémens, qu'ils conduisent avec peine dansun trou pratiqué exprès ; les nécrophores enterrent les petits cadavres dans lesquels ils doivent déposer leurs œufs; lés mantes les enveloppent d’écailles, formées d’une matière gommeuse desséchée; les insectes aquatiques, tels que les libellules, les tipules,"les ditiques, les déposent dans les eaux.

ba . DISCOURS

Quelques espèces au contraire, telles que les araignées, les* portent toujours avec elles;.elles paraissent inquiètes, et les cherchent avec’soin dès qu’on les leur a enlevés. Aucun insecte cependant ne couve ses œufs; aucun” animal à sang froid ne peut aider “par ce moyen le développement du fœtus, puisqu'il me peut lui communiquer une chaleur au-dessus de celle. qu'il reçoit de l’atmosphère.

Il est un grand nombre d'insectes, tels que lesichneumons, les mouches, les cinips, les œstres, les diplolèpes, qui déposent leurs œufs dans l’intérieur même des animaux ou des végétaux; l’irfitation que cause la blessure qu'ils font, et qui est souvent augmentée par une liqueur âcre qu'ils versent dans la plaie, fait naître sur ces añimaux ou ces végétaux, des excroissances considérables, et d’autant plus remarquables qu’elles ont fréquemment une forme régulière, quoique composée : c’est dans l'intérieur de ces excroïssances que le jeune insecte doit trouver un abri sûr et une nourriture abondante, Ces productions sin-

gulières que l’on voit Sur les arbres, et

particulièrement sur les chénes, sont donc

dues à des insectes, à des animaux infini-

ment petits, qui, au premier aspect, parais-

sent sans moyens comme sans intérêt. Enfin

les ouvrages encore plus admirables des

abeilles, des guépes, des sphex, ne sont faits que pour conserver les œufs et élever les

petits. :

Ce serait faire la partie la plus intéressante de lHistoire des Insectes, que de détailler ici les différentes méthodes qu'ils emploient pour placer leurs œufs commodément; nous renvoyons ces détails à l’histoire des espèces. Suivons maintenant la vie d’un insecte, depuis le moment où il sort de l’œuf jusqu’à celui où il meurt.

La figure des œufs est différente selon les espèces. En général, la tunique extérieure est coriace, plutôt élastique que fragile ou molle; elle est souvent sillonnée profondément ou couverte d’aspérités.

Les œufs fécondés se conservent assez long-temps avec leur forme et leur couleur ;

#h 54 DISCOURS

les stériles au contraire se dessèchent, se déforment, et changent de couleur.

" Les œufs pondus en automne n’éclosent presque jamais avant le printemps. Ceux que les femelles pondent en été, éclosent plus ou moins rapidement, selon la température de l’atmosphère. Maïs on a remarqué qu'à température égale, il ÿ avait encore de grandes différences dans l’espace de temps que les œufs des diverses espèces mettaient à éclore. C’est ainsi que ceux de la mouche carnassière éclosént au bout d’une ou deux heures, ceux du papillon Atalante, du papillon du chardon, du ditique demi-strié, en huit jours, tandis qu'il faut un mois à ceux des papillons machaon et podalire, du taupe-grillon, du truxale, et six à huit mois à ceux de la phalène mouchetée { PA. grossulariata ). :

D’après toutes les analogies, on devrait s'attendre à voir sortir de l'œuf un animal semblable à celui qui l’a pondu, ou bien n'en différant que par la grosseur et par la longueur respective des membres entre eux.

Ce genre de naissance n'arrive que rarement dans les insectes; et or ne le remarque guère que-parmi ceux qui sont privés d'ailes, et-que l’on a nommés aptères pour cette raison.

Dans le plus grand nombre des insectes, au contraire, l'animal qui sort de J’œuf n’a souvent aucune analogie, non seulement de forme, mais d'organisation et d’habitudes, avec celui qui a pondu cet œuf. Ainsi un insecte ailé Comme un papillon, vivant du nectaire dés fleurs qu'il suce avec une longue trompe, pondra des œufs d’où sortiront des insectes sans ailes, rampant au moyen d’un grand nombre dépates courtes, couverts de poils, et broyant avec de fortes mâchoires les feuilles donteils font leur nourriture. Ce nouvel être, cette chenille, éh un mot, doit cependant reprendre un jour la figure d’un papillon: ce sont les changemens successifs qu’ellesdoit éprouver pour arriver à cette forme, que l’on amommés métamorphoses avec juste raison, quoique celte métamorphose ne soit qu'apparente , comme l’a prouvé Réaumur.

Tous les insectes ne sont point susceptibles de cette métamorphose; car nous ne donnerons ce nom qu’à un changement au moyen duquel l'insecte, en se dépouillant entièrement de sa peau, en acquiert une qui le présente sous une forme nouvelle, ou au moins avec des parties qu’il n’avait point du tout auparavant.

Dans cette manière d'envisager la métamorphose des insectes, on peut dire, comme nous l’avons annoncéplus haut, qu'aucun insecte aptère, la puce exceptée, n’a de réelle métamorphose. On peut ensuite établir, avec Swammerdam, de grandes divisions parmi les insectes , d’après les changemens de forme plus ou moins complets qu'ils sont susceptibles d’éprouver avant d'acquérir celle sous laquelle ils doivent se multiplier et,mourir. Nous adopterons les divisions de Swammerdam, mais nous n’adopterons point ses noms, qui donnent une idée fausse. Ainsi, loin de dire comme lui et comme Fabricius, que la métamorphose des aptères est complète, nous dirons que ces insectes n'en éprouvent aucune.

SUR LES INSECTES. by

La métamorphose est demi-complète, lorsque l’insecte qui sort de l’œuf ne diffère de celui. qui l’a pondu que par l’absence des ailes; qu'il lui ressemble d’ailleurs par la forme générale du corps, par le nombre.

des pates; qu'il court et mange toujours, même dans le moment où il acquiert les moignons d'ailes, et dans celui où se développent les ailes entières qui doivent en faire un insecte parfait.

La métamorphose demi-complète est commune à presque tous les hémiptères, c’est-à-dire aux punaises, aux nèpes, aux naucores, à plusieurs névroptères, tels que les libellules.

La métamorphose est complète lorsque l'insecte qui sort de l’œuf est en tout différent de celui qui l’a pondu, qu'il y a une époque dans sa vie où il devient immobile et comme emmaillotté; époque après laquelle il acquiert les ailes qui doivent le constituer insecte parfait.

Cettemétamorphose est la plus commune; c'est celle des coléoptères, hannetons, carabes, capricornes, etc.; des lépidoptères,

nn. + " [2

papillons, phalènes, etc.; des hyménoptères, abeilles, fourmis, etc. ; des diptères, mouches, tipules, œstres, etc. On peut y établir trois subdivisions, ainsi que nous le verrons plus bas.

Reprenons actuellement les métamorphoses d’une manière générale, et voyons avec plus de détaïls le genre de changement que subissent les insectes qui y sont sujets.

Le premier état d’un insectessusceptible d’une métamorphose quelconque , est celui que l’on nomme larve, et dans lequel l’insecte mange beaucoup et prete tout son accroissement.

Les larves sont susceptibles de présenter entre-elles des différences aussi multipliées dans leurs formes, leurs facultés, leurs habitudes, que les insectes parfaits; c’est, pour ainsi dire, une classe d'animaux au milieu d’une autre classe. Considérons les larves des insectes à métamorphose complète; non seulement elles sont les plus communes, puisque les chenilles, "qui sont lés larves des papillons, y sont comprises, mais elles sont aussi les mieux caractérisées.

Ces larves ont ordinairement le DoiG mou et allongé; elles ressémblent aux animaux que l’on nomme vers, non seulement par la forme; mais encore par l’organisation : elles ont.six pates ou un plus grand nombre; mais alors les pates qui excèdent ce nombre sont membraneuses; elles se meuvént presque en rampant, à cause dé la brièveté des pates de la plupart d’entre elles. Quelquefois elles sont entièrement privées de piedsx telles sont les larves des hyménoptères et des diptères. Elles n’ont alors presque aucun moyen de’se mouvoir pour aller chercher leur nourriture , etelles seraient mortes de faim, si la nature n’eût pris soin de les placer au milieu même de la nourriture, ou de charger. d’autres insectes de la leur apporter. Ce sont les‘ insectes que l’on a regardés-comie neutres où comme formant un troisième sexe, Fi sont chargés de ce soin.

Les larves, quelles qu’elles soient, mangent beaucoup. C’est sous cet état seulement que les insectes prennent de l'acéroissement. IL faut donc une double quantité de nourri-

ture, l’une pour*eñtretenir leur existence, l'autre pour servir à leur accroissement.

Aussi, dans les larves, les organes de la digestion sont-ils très développés; ils remplissent presque entièrement la capacité du corps. Tout est estomac dans une larve depuis l’æsophage jusqu’à l’anus.

Au contraire, les insectes dans cet état ne laissent voinaucun des organes extérieurs ow intérieurs de la génération; aussi ne sont-ils jamais susceptibles d’engendrer dans ce premier âge, que l’on peut, avec raison, comparer à l’enfance.

La peau des larves, quelque molle qu’elle soit, ne peut se prêter à l’accroïssement rapide des viscères qu’elle enveloppé; bientôt elle-.devient trop étroite; linsecte cesse alorside manger pendant quelque temps; il se forme unenouvelle peau sous l’ancienne ; celle-ci se fend , l’insecte s’en débarrasse, et paraît sur-le-champ plus gros. 11 est plus mou dans les premiers instans, et ses couleurs sont plus fraîches. Il éprouve aïnsi plusieurs mues, jusqu’à ce qu'il ait pris son entier accroïssement.

Lorsqu'il est arrivé à ce point, en plus ou moins de temps, selon la température et les espèces, il s'apprête àun nouveau changement bien plus remarquable dans les insectes à métamorphose complète, que dans les autres.

La larve cesse encore de manger; elle quitte même souvent le lieu où elletrouvait sa nourriture, et cherche quelque endroit qui convienne à son‘objet; tantôt elle se .

retire sous les écorces, tantôt elle se place sous les feuilles, sous les avances des:toits, sous les pierres, plusieurs même s’enfoncent en terre; un plus grand nombre encore se construisent une demeure ordinairement ovoïde qu’elles composent d’un tissu de soie pure ou de soie mélangée des matières qu’elles avaient à leur portée ou qu’elles ont été chercher assez loin.

La soie qu’elles emploient est produite et conservée dans deux longs canaux sinueux qui règnent sur les côtés de l’œsophage: Ils aboutissent chacun par un canal très fin à un tuyau où tube encore plus fin, qui est placé à la partie inférieure de la bouche de

ne 6

la larve. Le tube portele nom de filière , les deux fils produits par chaque-réservoir de soie se collent dans son intérieur, et il ne sort de son extrémité-quun seul. fil, qui laisse voir -cependant.aw microscope la cannelure mitoyenne qui indiquela réunion des deux soïes. Cette soie double.est portée par la tête de la larve ‘de côté.et d’autre, selon le besoin qu’elle en a.

Beaucoup de larves s’enferment ainsi dans des cocons'de soie pour subir leur première métamorphose, et c’est avec leur tête et leursvpates antérieures qu’elles conduisent et disposentiles fils de soie dont ces cocons sont tissus. Alors letr corps se raccourcit, les anneaux du dos se gonflent , la peau tendue cède, elle se fend, et laisse sortir un corps ovoïde, presque immobile, mais toujours incapable de changer beaucoup de place, ne laissant apercevoir que quelques mouvemens d’oscillation dans sa partie pointue.

Ce corps, que l’on nomme chrysalide, parce qu'il est quelquefois agréablement tacheté d’or, ou féve, parce qu'ilressemble

SUR LES INSECTES. 63 un peu à cette semence;,ce corps, examiné avec attention, fait voie qu'il n’est pas si éloigné de la forme d’un insecte qu'il leparaissait d’abord. On :y retrouve des empreintes d’yeux, d'antennes, de pates; on y reconnaît un corselet, un abdomen, des moignons d'ailes, et même des stigmates ; enfin, sil ne peut changer de place, sil ne mange plus, on peut s'assurer, par des expériences que. Réaumur a faites, qu'il respire:

* Cés parties d’insecte qu'il laisse voir, sont tantôt exactement appliquées sur le corps même , et ne présentent querde légers reliefs qu’une peau coriacerecouvre, comme dans les chrysalides des papillons; tantôt ces parties sont plus distinctes; quoique immobiles ; quoique. enveloppées encore dans une peau eommune , elles sont un peu écartées du corps: Telles sont les chrysalides des coléoptères , des hyménoptèreset de quelques autres insectes,

Les insectes à métamorphose complète ne quittent pas toujours leur peau de larve pour se changer en chrysalide. Cette peau,

au contraire, se durcit, et c’est. dans son intérieur que se forme la véritable chrysalide. Telles sont les larves de mouche.

On peut donc distinguer trois sortés de chrysalides dans les insèctes à métamorphose complète. Celle des mouches ; il n’y a aucune partie visible : toutes sont enveloppées et absolument cachées par la peau durcie-de la larve.

Celle dés papillons : les parties du papillon sont visibles, mais fortement serrées les unes contre les autres , et enveloppées dans une membrane qui passe de l’une à l’autre sans entourer chaque partie.

Enfin, les chrysalides des coléoptères;etc., dont les parties sont visibles, les pates écartées, quoique immobiles, ét entourées chacune entièrement par l’enveloppe générale.

L’insecte reste plus ou moins de temps sous cette forme, selon la témpérature de l'air, et l'espèce à laquelle il appartient.

C’est pendant ce temps que se développent les nouvelles parties qu’il acquiert, et qui le font ressembler complétement aux individus qui lui ont donné naissance. L’en-

veloppe de la chrysalide se brise, ses parties s’écarlent, et l’insecte parfait sort de cette première prison. Souvent il en trouve une seconde, qu'il faut également briser :

c’est le cocon qui cachait la chrysalide.

L'insecte est quelquefois privé d'armes tranchantes, et il.est d’ailleurs toujours dans un état de mollesse tel qu'il n'en pourrait faire aucun usage; mais il a reçu une liqueur particulière avec laquelle il ramollit et dissout même l'enveloppe du cocon ; quelquefois aussi cette enveloppe a été construite de manière que la larve a laissé une ouverture en forme de nasse qui permet à l’insecte une sortie aisée, tandis qu’elle s’oppose à l’entrée de tout insecte étranger.

C’est sur ce principe qu'est construite la coque très solide du bombyce grand-paon , dont nous donnerons l’histoire.

Lorsque l’insecte parfait a dépassé ces deux barrières, il semble fatigué d’un travail qui a dù être pénible; il se repose. Il est alors très mou. Si c’est un papillon, ses ailes, également molles , sont chiffonnées ; son corps est gonflé d’une liqueur colorée ,

66 DISCOURS é

souvent rouge, dont il commence par se débarrasser : peu à peu ses.parties s’étendent, s’affermissent, et même se colorent ; il sent qu’il a une nouvelle existence ; il ne tarde pas à en profiter, et à faire usage des membres qu'il vient d'acquérir,

Le temps pendant lequel les insectes restent à l’état de larve et celui qu'ils passent à l’état de chrysalide, est, comme nous l'avons dit, extrêmement variable. Le papillon du chardon, la mouche. carnassière , le papillon Atalante, ne sont à l’état de larve que neuf à douze jours, tandis que les bombyces du prunier, du chêne, du saule y passent six mois ; les cétoines.et les mélolonthes, de trois à quatre ans.

Il en est de même des chrysalides : la mouche carnassièré n’est que neuf à dix jours en chrysalide , la casside verte y passe vingt jours au moins; les sphinx demipaon, Atropos, du tilleul, y restent au contraire de huit à neuf mois.

Les larves qui changent en chrysalides en automne, passent l'hiver sous cette forme ; linsecte parfait ne paraît qu’au printemps ;

sa SUR LES INSECTES. 67

c’est ainsi qu'ont vécu la plupart des insectes, coléoptères, papillons, mouches, ete., que lon voit voler dans les premiérs beaux jours du printemps.

Les époqués de la mue, celles de métamorphoses, sont des momens dangereux pour les insectes; ils sont toujours malades dans ces instans ; et c’est alors qu’il en meurt beaucoup. On a remarqué qu'on pouvait hâter l'instant de la transformation d’une larve en chrysalide en la privant de manger, pourvu cependant qu'on ne lui fasse pas subir ce jeûne trop long-temps avant l'époque où elle doit sé l'abanger naturellement. .

Dès qu’un insecte est parvenu à l’état que nous avons rommé parfait, c’est-à-dire aussitôt qu'il a subi toutes ses métamorphoses, et acquis toutes les parties qu'il doit avoir, il a aussi pris tout son accroissement , désormais il ne doit plus grossir.

Toutes ses facultés sont aussi bien diffé rentes, sa vue est meilleure, son odorat plus délicat ; il est plus agile: Son genre de nourriture n’est plus le même, quelquefois

68 DISCOURS è

il n’en prend auçune , Comme certains bombyces, etil est alors privé de bouche : dans tous les cas, il en prend toujours moins qu’à l’état de larve, et uniquement pour entretenir son existence. Aussi les organes de la digestion ont-ils beaucoup perdu de leur force et de leur étendue; mais ils ont été remplacés par ceux de la génération, qui sont très développés. C’est aussi sous ce seul état que les insectes s’accouplent, et pondent, et quelques uns semblent n’avoir :

pris cette dernière forme que pour remplir cette fonction; car ils ne sont pas plus tôt sortis de leur chrysalide, qu’ils se cherchent, se réunissent et meurent : cette existence active est très courte, puisqu'elle ne dure quelquefois que vingt-quatre heures, comme chez Jes éphémères.

En général les insectes parfaits vivent peu, rarement plus de deux à trois mois, à moins qu'ils nespassent l'hiver dans l’hibernation ; mais peut-on compter parmi les jours de la vie ceux qui sont passés dans le sommeil le plus profond ?

C'estrsous leur dernière forme que les

SUR REtres. 69 insectes nous plaisent davantage, c’est aussi sous leur dernière forme qu’ils nous offrent des contours plus terminés et plus agréables, des couleurs plus vives’et plus fortes, des propriétés plus frappantes, des facultés plus étendues.

Il n’est personne qui n'ait été frappé de la vivacité des couleurs des insectes , et de leur variété; il n’y a que les oiseaux qui puissent, à cet égard , leur être comparés.

Ces couleurs ne varient pas seulement dans lés espèces, elles sont encore quelquefois changéantes sous les .yeux mêmes de l'observateur, et tel papillon dont les ailes sont brunes sous un certain aspect, les a d’un beau bleu lorsqu'on les voit sous un autré. Il a été facile de rendre raïson-de ce phénomène : on sait que la coùleur des ailes des papillons est due à des écailles, souvent cannelées, qui les recouvrent. En supposant, ce que prouve l’observation , qu’un des.côtés des cannelures ‘soit bleu et l’autre noir, on conçoit que l'aile doit paraître entièrement bleue lorsque tous les côtés bleus seront tournés vers l’œil obser-

70 DISCQURS vateur, et entièrement noire lorsque EN à ront les côtés noirs. ‘

Les couleurs sont assez constantes dans ces animaux ; et en ne les employant comme caractères qu'avec une sorte de réserve; elles peuvent fournir des moyens.assez bons pour déterminer les différentes espèces. Maisil est quelquefois difficile d'exprimer par des mots leurs innombrables nuances, et par conséquent les descriptions que l’on donne des couleurs des insectes deviennent peu utiles, si on ne s’astreint à une grande unjformité dans la manière de les définir set encore, cette uniformité dans le choix des expressions qui doivent rendre une même sorte de couleur, n’est-élle pas suffisante ; Si l'on n’est convenü d'avance de la signification précise de chacun des mots que l’on doit employer. La difficulté est d'établir cetterespèce de conventiôn:, qui doit ôter tout le vague dés descriptions. On a proposé plusieurs moyens pour y parvenir : parmi ces moyens , un des plus ingénieux.est celuisindiqué par Scopoli et Poda.

On prend ‘un cercle de bois, divisé en

SUR LESMINSECTES, qi huit parties égales; on couvre ces parties de couleurs primitives , qu’ôn a eu soin de bien désigner et qu’on peut toujours $e procurer les mêmes. On varie les proportions de huitième en huitième ; et faisant tourner le cercle de bois, il s'établit une couleur dominante que l’on péut désigner par un nom; ainsi enmmettant quatreparties de bleu, deux de jaune, deux de vert, on obtient une couleur que les naturalistes ont nommée vert de mer ou gläuque.

Ce moyen est exact, maïs par cela même il n’est pas bon; il exige des opérations assez longues pour obtenir des couleurs qui ne sont jamais parfaitement semblables à celles de l’insecte que l’on veut décrire ou déter= miner. D'ailleurs il donne trop d’exactitude, et par conséquent trop d'importance; aux caractères pris des couleurs; il menerait à faire parmi les insectes trop d’espèces ou trop de variétés, car nous verrons que rarement on trouve dans une espèce six individus dont les nuancesde couleur soient absolument les mêmes.

Mais plusieurs espèces d'insectes se font

72 DISGQURS

admirer en frappant nos yeux par un phénomène qui est inconnu.dans les classes supérieures : c’est la propriété qu'ont certains insectes, tels que les lampyres, vulgairement nommés vers luisans, quelques taupins de l'Amérique, etc., de répandre dans l’obscurité une lueur phosphorique assez brillante.

Les mâles et les femelles ont également cette singulière faculté.

Les insectes ne frappent pas seulement nos yeux par la vivacité et la multiplicité de leurs couleurs, ils ont encore quelques autres propriétés que nous allons examiner rapidement.

Plusieurs répandent, pendant toute leur vie, ou seulement dans quelques circonstances, une odeur particulière, quelquefois agréable, mais plus souvent désagréable. Si quelques cérambyx , quelques cindèles, et même quelques punaises exhalent une odeur assez semblable et presque aussi agréable que celle de la rose, beaucoup d’autres répandent une odeur fétide, Tout le monde connaît celle de la punaise deslits, et de plusieurs autres espèces de ce genre

SUR LESMINSECTES. 73

À à qui se trouvent dans Ja campagne. Les ditiques répandent, quand on les prend , une humeur laiteuse, qui a une odeur virulenté particulière.

Ces insectes et les précédens n’ont pas toujours cette odeur : il paraît qu’ils la font naître À volonté, et que c’est un moyen de défense que la nature leur a donné. 11 en est de même de plusieurs carabes et de blaps: lorsqu'on prend ou que l’on inquiète ces insectes ;, ils se couvrent d’une humeur onctueuse, ou bien lancent une humeur caustique, qui a l'odeur piquante de l’ammoniaque ou alcali volatil , et qui produit dans les yeux, lorsqu'elle s'y introduit, une douleur euisante. Cette humeur, mélée avec des graisses, leur communique la nature savonneuse, Ce qui prouve encore son analogie avec l’alcali que nous venons de citer.

Quelques insectes ont cependant aussi des propriétés acides. Les fourmis, qui ont une odeur de muse peu agréable, donnent un acide particulier, que les chimistes ont nommé acide formique. ‘Il est facile de s’assurer de la présence de cet acide en écra-

74 DISGQURS

sant une foubmi et la mettant sur sa langue; sa saveur est évidemment acide; ou bien en laissant seulement courir ces petits animaux sur le papier bleu qui sert d’enveloppe aux pains de sucre, on verra ce papier rougir, ce qui est un signe non équivoque de la présence d’un acide.

C’est à des substances à peu près analogues que les insectes doivent l’action qu'ont plusieurs d’entre eux sur notre peau: Car on remarque que ceux qui ont cette action, sont aussi ceux qui répandent ces odeurs âcres ou fétides dont nous venons de parler.

Il paraît que ce principe de causticité réside principalement dans les insectes à élytres, et surtout dans ceux dont les élytres ont les couleurs et l'éclat métallique. Tout le monde connaît l’action cautérisante ou plutôt vésicante des cantharides réduites en poudre.

Les carabes , les cicindèles, les mylabres, les méloës, partagent cette propriété avec plus où moins d'énergie.

Ce que nous venons de dire de l'action de quelques insectes sur notre peau, ne doit point inspirer une crainte puérile de ces pe-

tits animaux. Cette puissance vésicante n’a git qu’au bout d’un temps assez long , et n'agit même presque point sur la peau endurcie du dedans des doigts. La seule précaution à avoir, en prenant les insectes qui lancent une liqueur caustique, c’est de les tenir de manière qu'ils ne puissent atteindre les yeux.

On peut donc, en général, manier sans crainte tous les insectes qui ne sont point armés d’un aiguillon, et le nombre de ces derniers étant peu considérable , on a bientôt appris à les connaître. Il est cependant quelques chenilles velues qu’on ne doit prendre qu'avec précaution : les poils dont elles sont couvertes se détachent facilement, pénètrent dans la peau, et causent des démangeaisons insupportables suivies quelquefois d’un peu d’inflammation.

Certains insectes ont la faculté de produire du bruit, maïs aucun n’a de voix proprement dite. Cet organe n'appartient qu'aux animaux qui ont un poumon d’où l'air sort avec assez de vitesse et d’abondance pour produire à son passage des sons variés. Ceux

que produisent les insectes tiénnent donc à une autre cause, et cette cause est différente selon les espèces. En général, le cri de ces animaux est aigu et monotone. Le voyageur ne connaît que trop le cri aigre et désagréable des cigales du midi, dont la voix monotoneajoute la fatigue de l’ennui à celle du chemin et d’un soleil ardent. Le sridulement des criquets, des grillons, des sauterelles ; le bourdonnement importun des mouches, sont aussi des bruits bien connus.

Plusieurs coléoptères, tels que les capricornes , les criocères, etc., en produisent d’autres qu'on n’a point aussi souvent occasion d’entendre.

Chaque insecte a, pour produire ces sons, une machine et des moyens qui lui sont propres. Ainsi la cigale a sous le ventre deux espèces de tympans tendus par un cartilage; les sauterelles et les grillons frottent l’une contre l’autre leurs élytres, qui ont une partie coriace et sonore. Les criquets raclent leurs élytres avec leurs cuisses raboteuses ; les capricornes, les criocères, frottent leur corselet sillonné transversalement contre la

1 behb

SUR LES INSECTES. 77 base de Icursélytres; certaines pimelies frappent de leur poitrine le terrain dur et sonore sur lequel elles se placent. Nous parlerons avec détail de ces différens moyens, lorsque nous traiterons des insectes qui les possèdent. ;

Nous avons décrit les parties qu’on remarque généralement à l'extérieur des insectes. Nous avons décrit égalementles divers organes qui servent à ces animaux À conserver leur existence et ceux qui leur servent à la propager. Nous venons de parler de quelques unes de leurs principales propriétés ; il ne nous reste plus qu’à voir de quelle manière ils emploient ces facultés pour la conservation de leur vie.

Les insectes ne vivent guère qu'une saison. Il n’y a peut-être que quelques aptères qui prolongent davantage leur existence : la température du climat sous lequel ilsse trouvent, paraît influer autant sur leur couleur que sur leur activité : ils sont vifs et brillans sous la zone torride; ils sont ternes et lents dans les pays froids : ceux qui vivent dans deslieux exposés au soleil, ou qui peu-

vent recevoir fréquemment ses rayons, tels que les papillons de jour, les buprestes, les carabes , les abeilles, les guêpes, ont, même dans les pays tempérés , des couleurs brillantes. Lesténébrions, au contraire, les aphodies, les escarbots, les dermestes, plusieurs carabes, plusieurs araignées, la plupart des noctuelles’, des bombyces , des phalènes, qui cherchent les ténèbres en se réfugiant sous les pierres, sous la terre ou dans les souterrains, ont des couleurs ternes ou rembrunies. L'influence de la chaleur et de la lumière sur les insectes est à remarquer : que le temps soit nébuleux et froid, aucun insecte ne paraît, les airs sont déserts, les plantes inanimées : un rayon de soleil vientil percer cette obscurité et réchauffer l'air et la terre, les insectes sortent de leur engourdissement, ils remplissent Les airs, ils peuplent toutes les fleurs, ils bourdonnent de toutes parts.

C’est donc cet instant qu'il faut choisir pour aller étudier les insectes, examiner leurs manœuvres, tâcher de les rendre captifs sans qu'ils s’en aperçoivent, afin de les

in. id Ms é di SUR LES INSECTES. 79

voir exécuter plus commodément leurs travaux variés et curieux.

L’art d'observer les insectes, de les trouver et de les prendre, est fondé sur la connaissance de leurs habitudes ; mais avant même del’avoir pour diriger ses recherches, dès qu’on voudra former une collection de ces petits êtres, on pourra facilement y parvenir. Ils sont si multipliés, qu'il n’est aucun lieu où ils ne se trouvent ; les eaux, les feuilles à leur surface , et jusque dans leur intérieur, les arbres dans toutes leurs parties, mais surtout sous leurs écorces, les animaux vivans et morts, les fleurs et les excrémens , en offrent des milliers. Le jeune amateur d’entomologie, qui commencera à les chercher, ne trouvera d’abord que ceux qui ne se cachent pas. S'il va avec un entomologiste plus expérimenté que lui, il sera étonné de lui voir faire une récolte plus abondante dans les mêmes lieux, et il sera bientôt convaincu que la connaissance des habitudes des insectes aide considérablement dans leur recherche.

L'histoire particulière de chaque genre

nous fera connaître toutes les sortes de nour- , Titure qui leur conviennent, la manière dont ils la prennent, les lieux où ils se tiennent, où ils se cachent, les momens où ils en sortent, les ruses et les armes qu’ils emploient pour échapper à leurs ennemis, et celles dont ils se servent pour saisir leur proie.

En récapitulant les connaissances que nous aurons acquises, nous verrons que toutes les substances végétales et animales servent de nourriture à quelques espèces d'insectes, Les eaux etleurs plus petits habitans nourrissent les ditiques, les élophores, les hydrophiles, les nèpes, les larves de cousins, de libellules, de phryganes, d’éphémères , de syrphes, ete. Les fumiers et les excrémens pullulent de scarabées, de staphylins, d’escarbots, de sphéridies, de larves de mouches ; les cadavres sont dévorés par les dermestes, les nécrophores, les silphes, les nitidules, ete. Parmi les ordures de nos maisons, habitent les ténébrions, les byrrhes, les ptines, les pimélies, les perce-oreilles , les scolopendres, les araignées; les feuilles sont rongées par les cétoines, les lucanes, les

SUR LES INSECTES, 8x

charançons , les chrysomèles , les chenilles, les larves de tenthrèdes, et une multitude d’autres insectes. Le boisest percé de toutes parts par des conduits tortueux ; les plus gros arbres sont attaqués, cariés, renversés par les larves des capricornes, des lucanes , des bostriches , des lymexylons , des sirex,.etcs

Le nectar des fleurs est sucé par les papillons, les mouches, les bombyces ; les abeilles enlèvent aussi leur poussière fécondante,

Les semences sont détruites par les bruches, les charançons, les larves des teignes. Le tort que ces animaux, presque invisibles, font aux grains, est quelquefois un fléau pour des peuples entiers.

Les animaux vivans sont attaqués par les œstres, les taons, les stomoxes, les poux, les puces, les ricins, les punaises.

Les insectes eux-mêmes sont dévorés par d’autres insectes, par les carabes, les cicindèles, les téléphores, les nèpes, les asyles, les vhagions, les larves de fourmilions, de coccinelles, d’ichneumons, de cinips, ete.

Enfin nos meubles, nos habillemens , mos alimens, sont souvent attaqués et détruits par les fourmis, les ténébrions, les blattes, les dermestes, les ptines, les termès, etc., etc.

- L'histoire de leurs habitudes, celle de leurs ruses, n’est pas moins variée.

Les uns vivent solitaires, c’est-à-dire qu'ils ne paraissent pas chercher la société des espèces semblables, et qu’on les trouve indistinctement seuls ou en compagnie: c’est le plus grand nombre. D’autres, au contraire, non seulement ne se rencontrent jamais seuls, mais ils forment des sociétés nombreuses, qui travaillent en commun et exécutent des ouvrages admirables, quisupposent une harmonie , une réunion d'efforts vers un même objet qu’on ne peut se décider à accorder aux insectes. Telles sont les chenilles qui vivent en commun $ous une même toile; les guépes, les abeilles qui construisent ces habitations régulières dans leur ensemble et dans leurs parties; tels sont les termès, les fourmis. #

Pour échapper aux nombreux ennemis qui veulent profiter de sa faiblesse , chaque

SUR LES INSECTES. 83 espèce emploie des ruses qui lui sont particulières. Les taupins, les omalyses, les buprestes, les byrrhes, les cryptocéphales, resserrent leurs pates, se laissent tomber et se perdent dans l’herbe. Les altises, les charançons, les petites cigales, les puces, les podures, sautent, les premiers, à l’aide de leurs pates, les derniers au moyen d’un instrument particulier,

Pour épouvanter ses ennemis, le carabe pétard lance, en s'enfuyant, une bouffée d’une vapeur âcre et puante; le staphylin relève son long ventre d’une manière menaçante, et en fait sortir deux vésicules; le meloé , quelques cantharides, font suinter de leurs articulations une humeur particulière, La chenille queue-fourchue agite ses deux longues queues. Les chenilles du papillon machaon font sortir leurs cornes jaunes, et les malachies, leurs petites vésicules rougeâtres. :

Pour tromper les animaux, et surtout les oiseaux qui les cherchent, beaucoup de chenilles se tiennent sous les feuilles des arbres, d’autres à leur pied, dans la terre ;

elles n’en sortent que le soir, parce qu'elles peuvent manger plus en sûreté pendant la nuit, D’autres chenilles de phalène, déjà semblables par la couleur, par les irrégularités de leur corps, à de petites branches mortes, les imitent encore mieux en se tenant, avec une singulière roideur, dans une direction oblique au rameau sur lequel elles sont seulement attachées par leurs deux pates postérieures. !

D'autres insectes n’emploient pas seulement leur instinct pour se défendre, ils s’en servent pour attaquer et saisir leur proie.

Telles sont les araignées , qui tendént de grands filets gluans ; les fourmilions et les rhagions, dont les larves creusent des fosses ;

: Les larves de quelques. insectes coléoptères se cachent dans des humeurs qu’elles sécrètent ou même dans leursexcrémens.Leslarves des cassides, des cercopis, ete., sont dans le premier cas; celles des crioeères sont convertes par leurs excrémens. Les araignées se laissent tomber des lieux où elles se croient en danger, mais elles ont soin de laisser un fil attaché à l'endroit qu'elles quittent; ainsi, elles sont toujours sûres, par ce moyen, de pouvoir y reve= nir quand le danger sera passé.

les libellules , qui fondent sur les insectes volan$ , etc.

Enfin ilestune arme dont quelques insectes se servent, tantôt pour attaquer, tantôt pour se défendre. C’estl’aiguillon que portent tous les insectes à quatre ailes membraneuses. Cet aiguillon est placé à l’extrémité du ventre; apparent dans les ichneumons, il est caché dans les abeilles, les guëpes, etc.

Il est composé de trois pièces; les deux extérieures, creusées en gouttière sur leur face interne, forment, par leurrénnion , la gaîne de la pièce intermédiaire. Cette pièce est l’aiguillon proprement dit; il est ordinairement arqué, dur, pointu. Lorsqu'on l’'examine au microscope, on voit que son extrémité n’est pas lisse, mais qu’elle est garnie de petites dents ou épines dirigées vers la base, en sorte que cet aiguillon, une fois enfoncé dans les chairs, y reste ordinairement. à

A la base de cet appareil, et toujours dans Pintérieur du ventre, est une petite vessie qui renferme une liqueur particulière, âcre et vénéneuse,

ne 8

Lorsque l’insecte se sert de son aiguillon, les muscles qui agissent pour le darderhors du ventre et l’enfoncer dans le corps d’un ennemi, compriment en même temps la vésicule à venin , et font couler le long du dard unegouttelette du poison. Il s’introduit dans la plaie, l’enflamme, fait périr l’animal qui l'a recu, lorsqu'il est très petit en comparaison de la quantité du venin; il le tourmente seulement par une inflammation douloureuse , lorsque sa grosseur le met à l'abri d'un danger plus grand.

Mais souvent l’insecte est lui-même victime de sa vengeance; les pointes dont son aiguillon est armé, étant dirigées vers sa base, l’empêchent de le retirer. L’aiguillon reste dans la plaie avec toutes ses dépendances, et les muscles qui y sont encore attachés continuant d'agir, quoique séparés du corps, l'enfoncent davantage et aggravent le mal.

L'insecte privé de son aiguillon par une opération si violente, ne tarde pas à périr.

Les aiguillons de tous les insectes ne sont pas destinés à la défense ou à l'attaque.

Beaucoup sont seulement des instrumens

EN

qui servent à percer et ouvrir les différens

corps où doivent être déposés les œufs et à

les y conduire. Tels sont ceux des tenthrè= des, des ichneumons, des sauterelles , ete. Ce

sont là les seules armes particulières des in-

sectes. Les autres armes dontils se servent

pour se défendre ou saisir leur proie, sont

des membres que nous connaissons déjà.

Souvent ce sont les mandibules plus fortes

et plus longues; quelquefois ce sont les pates

antérieures faites en forme de pinces à

genou, comme dans les mantes et les nèpes..

Dans d’autres cas, c’est une pointe aiguë

au sternum, comme chez le grand hydro-

phile.

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