‹ Histoire naturelle des insectes, composée dáprès Réaumur, Georffroy, Degéer, Roesel, Linnée, FabriciusChapitre 54 sur 66 · partie antérieure. Ces larves sont i · texte numérisé non relu

partie antérieure. Ces larves sont i

en cercle , au fond de leur cellule , si

couche assez épaisse d'une sorte de h

ou gelée blanchâtre. La nature a a*

aux abeilles une tendresse étonnante

ces petites larves : elles leur prodigu

soins les plus affectueux; elles son

cesse occupées à visiter les cellules, i

trer ; elles y restent un certain tempi

dant lequel il paraît qu'elles doni

chacune la matière dont elle doit se

rir, ou qu'elles renouvellent sa pro

Après qu'une de ces abeilles attentî

sortie, on en voit une ou plusieurs

successivement , et en différens temps

cer la tête à l'entrée de la cellule ,

pour reconnaître si la larve y est logée à l'aise et si elle a ce qu'il lai faut.

La nourriture que les abeilles donnent à ces lanres est une espèce de bouillie d'un goût insipide , assez semblable à de la colle faite avec de la farine. Les larves de femelles et d'ouvrières ne restent que cinq jours sous cette forme; celles des mâles y passent un jour de plus. Lorsque les larves ont pris leur accroissement, les abeilles ferment leurs cellules avec un couvercle de cire, et la larve commence à Gler pour tapisser l'intérieur de sa cellule: elle fait une toile d'un tissu extrêmement fin et très serré, qu'elle applique à divers endroits des parois; elle emploie trente-six heures à cet ouvrage, et trois jours après elle se métamorphose en nymphe. Au bout de huit jours, l'abeille se débarrasse de son enveloppé de nymphe, perce avec ses mâchoires le couvercle qui ferme sa cellule, et lorsqu'elle y a fait un trou suffisant pour lui donner passage, elle en sort, et va se poser sur le gâteau , oii elle reste immobile pouidonner à ses ailes le temps de s'affermir et

DSS ÂBBILLB8.

de se déplier, et aux autres parties d corps , qui sont humides , celui de se se mais les abeilles qui l'aperçoivent pressent autour d'elle, la lèchent et suient de toutes parts avec leur tro quelques unes même la lui présentent ] de miel qu'elles ont dégorgé. Dans le ; temps , d'autres abeilles qui voient tm Iule vide, se hâtent de la nettoyer, et mettre en état de recevoir un nouv< ou de renfermer du miel.

A peine toutes les parties de la

abeille sont-elles sèches, à peine ses

sont-elles en état d'être agitées, c

marche sur les gâteaux , et cherche i

jouir du grand air; d'autres abeille

sortent lui apprennent où sont les p<

comme les autres , elle sort de l'habi

commune, et va, comme elles, ch<

des fleurs; elle y va seule, et n'est

embarrassée de trouver la ruche quai

y retourne pour la première fois. Qua

abeilles commencent à naître dan

ruche , il y a tel jour où il en sort p

cent de leurs cellules; alors la rui

a02 HISTOIAE IfATUEBLLE

peuple joiimelleiiicnt y et en peu de temps le nombre de ses habitaos devient si grand qu'elle peut à peine les contenir; c'est ce qui donne lieu aux essaims.

Nous avons vu les abeilles soigner avec une attention admirable les larves qui doivent donner des ouvrières et des fauxbourdons ; mais les larves d'où doivent sortir des reines sont bien autrement traitées. Les abeilles font tout pour elles avec prodigalité. Nous savons déjà que leurs cellules sont beaucoup plus grandes que les autres : la cire qui est employée à la construction de chacune suffirait pour en faire trente de forme ordinaire. La pâtée leur est donnée avec une telle profusion , que leurs cellules en sont encore remplies, lors même qu'elles n'en ont plus besoin : ce qui n'arrive jamais aux ouvrières ni aux mâles. Cette pâtée diffère aussi de celle que les abeilles donnent aux autres larves ; elle est plus assaisonnée. La position de ces larves dans les cellules diffère de celle des ouvrières; celles-ci sont posées presque horizontalement , la tête un peu plus élevée que le derrière : les njm-

DES ABSILLBS.

phes royales sont placées verticalei tète en bas.

Les femelles ne pondent dans les royales qu'après la ponte des œuf et lorsqu'elles jugent la ruche assez pour fournir un essaim. Nous t dans Huber, que c'est toujours 1 mère qui conduit l'essaim ; elle ab sa ruche peu de jours avant la i d'une des femelles. Les ouvrières , Vent qu'elles ne seront pas long-tei avoir parmi elles une autre fem cessent point leurs travaux : il n'ei de même lorsque , par un événemc conque , il ne se trouve plus de m la ruche.

Plusieurs signes certains aunoi sortie prochaine d'un essaim ; le bourdons qu'on voit paraître dans h apprennent qu'elle devient en état < mais un signe infaillible, c'est lo nombre des abeilles est si grand que ne peut plus les contenir, et qu'ui se tient en dehors le long de ses pt qui annonce l'événement pour le joi

aO/ft HI8TOIAB WATOEBLLB

c*cst lorsque les abeilles ne vont pas à la campagne en aussi grande quantité qu'à l'ordinaire ; et lorsqu'on entend dans Tintérieur de la ruche un bruit extraordinaire , tout semble y être en mouvement; enfin, lorsque le soleil a échauffé l'air, et que les abeilles ne peuvent plus supporter la chaleur qu'elles éprouvent dans leur habitation, elles se déterminent à l'abandonner. C'est ordinairement depuis onze heures du matin jusque vers quatre heures du soir que les essaims sortent Si la reine est à la tète des premières abeilles qui sortent, ou si elle les suit de près , dans l'instant même d'autres abeilles marchent après elle, et s'élèvent en l'air : en moins d'une minute , toutes celles qui doivent composer l'essaim abandonnent la ruche , et se dispersent ; toutes ne semblent voltiger que pour examiner en quel endroit elles iront se rassembler. Il ne parait pas que ce soit la reine qui fasse le choix du lieu; plusieurs abeilles vont se poser sur une branche , et y sont* aussitôt suivies de beaucoup d'autres. La mère se pose sur une branche voisine de celle sur laquelle les

DBS ABBILLSS. aoS

abeilles soDt rassemblées , et ce D'est que quand la couche qu'elles forment autour de cette branche s'est épaissie, que la mère va se joindre à elles : dès qu'elle s'y est réunie, le peloton déjà formé grossit d'instant en instant ; les abeilles qui sont encore répandues dans l'air se pressent de se rendre où sont les autres. Toutes ensemble forment bientôt un massif composé d'abeilles cramponnées les unes 4ux autres par les pâtes, et plus ou moins gros, suivant la quantité de celles qui sont sorties de la ruche. Quoiqu'elles soient à découvert , elles s'y tiennent tranquilles : souvent en moins d'un quart d'heure tout devient calme, et on ne voit guère plus d'abeilles autour d'un essaim rassemblé qu'on n'en voit autour d'une ruche dans un temps chaud et favorable au travail. C'est ordinairement dans un jardin qu'on place les abeilles, afin qu'elles y trouvent quelques fleurs à leur portée, et qu'elles ne soient pas toujours obligées d'en aller chercher au loin. On court moins de risque de perdre les essaims, lorsque les jardins sont plantés d'arbres peu élevés, que lorsqu'il VIII. 1 8 •

ao6 HI8TOI&B NATUEELLK

ne s'y trouve que des arbres très hauts : dans ce cas, il y a toujours à craindre que les abeilles y en sortant, ne s'élèvent beaucoup , et ne s'éloignent des limites de la ruche , ce qui leur arrive quelquefois ; alors on fait dès efforts inutiles pour retrouver l'essaim. Un moyen généralement connu , et qui réussit assez souvent, pour faire descendre celles qui se tiennent trop élevées en l'air, c'est de jeter sur elles à pleines mains du sable ou de la terre. Les grains dont elles sont frappées , les déterminent à s'abaisser, et l'abri le plus proche leur parait le meilleur. Pour faire passer an essaim dans une ruche , surtout s'il est posé sur un arbre peu élevé , on apporte une ruche auprès , on l'y soutient renversée , et on fait tomber les abeilles dedans, avec de petites branches ou avec sa main , sans craindre leurs piqûres, parce que dans cette circonstance les abeilles ne font point usage de leur aiguillon. Il suffit que la plus grande partie de l'essaim entre dans la ruche , pour être suivie du reste; alors on renverse la ruche, à laquelle on a soin de ménager des

DES ABEILLES. a<

ourertore^, pour que les abeilles qui so dehors aient la facilité d'y rentrer. Si que qucs unes s'obstinent à rester sur la brancl pour les en éloigner et les forcer de joindre aux autres , on frotte cette branc avec des feuilles de rue et de sureau, do l'odeur déplaît aux abeilles. Le moyen rendre aux abeilles leur nouvelle babil tion agréable, est d'en frotter les par avec des herbes et des fleurs dont el aiment l'odeur, comme des feuilles de n lisse, des fleurs de fèves, ou d'enduire lé^ rcmcnt de miel quelques endroits des paro et après que le soleil est couché , on trat porte doucement la ruche sur le suppc qu'on lui a destiné.

Mais voyons maintenant ce qui se pas dans la ruche d'où l'essaim est sorti. ] vieille femelle qui l'a abandonnée, y laissé , en partant , une prodigieuse qua tité de couvain d'ouvrières , qui ne tarde pas à se transformer en abeilles; de soi qu'en peu de jours la ruche se trouve au peuplée qu'avant son départ , et en état former un second essaim , sans qu'elle

108 HlfTOIEE ITATDBELLE

soit afTaiblie. Selon M. Huber, les ouvrières ne construisent de cellules royales qu'à l'époque où la femelle pond ses œu& de mâles. Cette ponte y qui dure trente jours, est suivie de celle des œufs qui doivent donner les femelles. La mère les pond à nu jour de distance les uns des autres, afin que les femelles qui doivent en sortir puissent conduire les essaims, et pour qu'il ne se trouve pas en même temps plusieurs reines dans la ruche ; car ces reines ont une telle aversion les unes pour les autres , que quand par hasard il s'y en trouve deux , l'une des deux est toujours la victime de l'autre.

Suivant le même auteur, dès que l'ancienne mère a emmené son premier essaim , les abeilles qui restent dans la ruche soignent particulièrement les cellules royales , autour desquelles elles font une garde sévère, et ne permettent aux jeunes femelles d'en sortir que successivement et à quelques jours de distance; elles les retiennent prisonnières dans leurs cellules, où elles leur donnent à manger, pour laisser à celle qui est sortie la première la facilité i*em-

DBS ABEILLES. a<

mener l'essaim. Les abeilles De se oondaisc ainsi que lorsque la ruche est en état fournir des essaims. Mais quand , par h sard, elles perdent leur mère, ce dont el s'aperçoivent très promptement , elles ag sent différemment à la naissance des rein* comme nous le verrons par la suite. I qu'elles ont perdu leur reine , elles se pi parent aussitôt à réparer cette perte. £1 choisissent des larves d'ouvrières qu'e' destinent k devenir des femelles, agi dissent leurs cellules , et leur donnent d bouillie royale. C'est cette nourriture, est plus assaisonnée que la bouillie c naire , qui développe , dans les ouvrit^ les facultés génératives. Il est hors de d dit M. Huber , que toutes les abeilles munessont originairement du sexe fén la nature, selon cet auteur, leur a les germes d'un ovaire ; mais elle n' mis qu'il se développât que dans le c ticulier où ces abeilles recevraient , forme de larves , une nourriture lière , et qu'elles seraient logées da véole plus grand. Ce qui rend ai

aïO HISTOIEB HATURBLLE

ques ouirrières fécondes, c'est, selon le même auteur, parce que leurs larves se sont trouvées placées près des cellules des larves royales , et qu'elles ont reçu une légère portion de la nourriture de ces larves. On doit la découverte de la conversion des ouvrières en reines à M. de Schirach , qui a remarqué que le changement de nourriture les rendait propres à perpétuer leur espèce , et M. de Riems a découvert qu'il existait des ouvrières fécondes ; mais M. Huber a observé que ces ouvrières, qui n'ont reçu qu'une petite portion de bouillie royale, ne pondent que des œufs de mâles ,et en petite quantité. Toutes les expériences de cet auteur l'ont convaincu qu'il ne naît des ouvrières capables de pondre , que dans les ruches qui ont perdu leur reine ; que , dans ce cas, les abeilles préparent une grande quantité de bouillie royale , pour en nourrir les larves qu'elles destinent à la remplacer , et que , lorsque les abeilles donnent à ces larves l'éducation rayale , elles laissent tomber, ou par accident , ou par une sorte d'instinct , de petites portions de gelée

DES ABEILLES. 211

royale dans les alvéoles voisins des cel- Inlesy où sont les larves qui sont destinées à rétat de reines; que les larves d'ouvrières, qui ont reçu accidentellement ces petits dons d'un aliment aussi actif, doivent en ressentir plus ou moins d'influence , et leurs ovaires doivent acquérir une sorte de développement, qui les rend propres à pondre quelques œufs.

Dans le cas où les abeilles ont nourri des larves d'ouvrières pour remplacer la reine qu'elles ont perdue , lorsque les larves sont n^étamorphosées en nymphes , elles ne les surveillent pas avec autant d'exactitude que lorsque la ruche doit fournir des essaims , parce qu'alors elles n'ont besoin que d'une femelle. Aussi arrive-t-il que la première qui sort de sa cellule se jette impitoyablement sur celles qui renferment des nymphes d'où doivent sortir d'autres reines, et les perce avec son aiguillon, sans que les abeilles s'y opposent , ce qui n'a pas lieu dans le temps des essaims; car dès que la première femelle parait , comme son instinct la porte à détruire celles qui doivent naître

3près diu , lors4ju'ctli' veut approcher des cellules, les ouvrières qui y sont rassemblées la forcent k s'éloigner par leur mauvais traitement , ce qu'elles du se permettent vb-à-vis de leur reine que dans celle circonstance. Cette jeune Temelle , qui ne respire que la destruction de ses rivales , est alors dans une agitation extrême; elle parcourt la ruche sans s'arrêter, communiqoe son trouble à un grand nombre d'ouvrières , qui , dans cet instant , se préâpitent vers la porledela ruche,ea»ortent,et la Teraelle, qui se trouve parmi elles , va former une colonie.

Lorsque deux femelles sortent en même temps de leurs cellules, elles se livrent un combat à mort , sans que les abeilles qui en sont spectatrices s'en mêlent , et elles adoptent celle qui a été la plus heureuse. Elles adoptent paiement une reine étrangère , si on leur en donne une vingt-quatre heures apris qu'elles ont pprdu la leur ; maib si ou la leur donne avant ce temps , etic est mal accueillie, et quelquefois étouffée par les abeilles qui la serrent et la gardent commi>

DRS âBElLLVS. 21 3

prisonnière. Mais dès qu'elles l'ont reconnue, elles détruisent aussitôt les cellules qu'elles avaient agrandies pour élever des larves d'ouvrières à l'état de femelle, et continuent leur travail comme si la nouvelle mère était née parmi elles.

Nous avons vu les abeilles avoir un soin particulier d^ toutes les larves sans distinction , et soigner également les larves de mâles et d'ouvrières ; mais il vient un moment où leur tendresse se convertit en rage. C'est' ordinairement dans les deux derniers mois de l'été , que ces nourrices si attentives font un horrible carnage des mAles ; pendant trois à quatre jours elles en font une tuerie effroyable; elles se mettent quelquefois trois ou quatre sur un malheureux mâle , et après l'avoir tiraillé en tous sens , elles finissent par le percer à coups redoublés avec leur aiguillon. Tant que ces jours de massacre durent , on voit du matin au soir des abeilles acharnées sur des mâles , qu'elles traînent morts ou mourans hors de la ruche. Ceux même qui ne sont pas encore parvenus à l'état de nymphe, ne sont -pas

2l4 HISTOIER NATUEELLE

épargnés. Les abeilles arrachent ces larves de ces mêmes cellules qu'elles avaient construites pour elles en d'autres temps» et dans lesquelles elles avaient même pris soin de les nourrir. Leur haine s'étend alors sur tout ce qui est mâle ou peut le devenir; elles^ font tout ce qu'elles peuvent pour qu'il n'en reste ni ne puisse y en avoir de longtemps dans la ruche. Mais, suivant M. Uuber, les mâles sont épargnés dans les ruches privées de reine, ainsi que dans celles qui n'ont que de cette sorte d'abeilles, qui ne pondent que des œufs de faux-bourdons.

Ainsi, le massacre n'a lieu que dans les essaims dont les reines sont complètement fécondes, et ce n'est qu'après la saison des essaims qu'il commence.

Il périt beaucoup d'abeilles tous les ans ; les unes naturellement , les autres de mort violente : ces insectes ont beaucoup d'ennemis, dont les uns se glissent dans les ruches, les autres les attrapent au vol. Les mulots s'introduisent quelquefois pendant l'hiver dans une ruche, et pendant une nuit détruisent une grande quantité d'abeil-

DES ABEILLES. ai5

les , dont ils ne mangent que la tête et le corselet. Les oiseaux, et surtout les moineaux, les avalent toutes vivantes ; quelques espèces de guêpes , quelques araignées , plusieurs espèces de teignes, principalement la céréale : cette teigne fait beaucoup de tort aux ruches en détruisant les gâteaux. On voit aussi une espèce de mitte sur le corps des vieilles abeilles ; mais de tous leurs ennemis, il paraît que celui-ci est im de ceux qui leur font le moins de mal.

Nous ne nous étendrons pas sur l'utilité dont les abeilles domestiques sont à l'homme; personne n'ignore que ce sont elles qui le fournissent de cire et de miel, et que c'est en leur enlevant leur superflu , qu'il se procure ces deux substances. La saison où on les leur ôte n'est pas la même dans tous les pays; dans les uns, c'est à la fin de l'hiver ou au commencement du printemps , dans d'autres c'est en été : aux environs de Paris c'est vers le milieu de cette saison. C'est , comme le dit Réaumur, une espèce cl'expédition militaire d'enlever de l'intérieur d'une ruche des gâteaux, que des milliers de

2l6 HISTOIRK NATURELLE

mouches bien armées sont très disposées à défendre ; aussi celui qui l'entreprend a-t-il soin de se couvrir le visage et les mains pour se mettre à Tabri des piqûres. Avant de commencer cet ouvrage , on engourdir les abeilles avec la fumée d*un tampon de linge qu'on fait brûler doucement sous la ruche. Cette fumée fart monter les abeilles au plus haut de la ruche, et au bout de quelques minutes elles perdent leur activité; alors on couche la ruche, on chasse les abeilles de dessus les gâteaux , et on les enlève en totalité ou en partie. Selon Réaumur, un bon essaim de deux ans peut donner deux livres et demie de cire dans une année , et vingt à vingt-cinq livres de miel. Les ruches dont nous avons parlé jusqu'ici, sont d'une forme qui est connue de toutes les personnes qui habitent les campagnes où on élève des abeilles; mais M. Huber en a imaginé d'une nouvelle construction pour le perfectionnement de la science économique des abeilles, qu'il appelle ruches en livre ou en feuUlett, La ruche en livre est composée de la réunion

DES âBElLLES. 217

de douze ch&ssis placés verticalement et parallèlement les uns aux autres.

La figure I représente un de ces châssis ; le$ montans fg^ fg doivent avoir douze pouces, et les traverses ff, gg, neuf ou dix; l'épaisseur des montans et des traverses sera d'un pouce, et leur largeur de quinze lignes. Il est important que cette mesure soit exacte.

a a, parcelle de gâteau qui sert à diriger les abeilles dans leurs travaux.

d, liteau mobile qui sert à supporter sa partie inférieure.

bbfbh, chevilles dont Tusage est de contenir le gâteau dans le plan du châssis : il y en a tjuatre de l'autre côté que l'on ne peut voir dans cette figure ; mais la fig. IV permet de voir comment elles sont placées.

ce, chevilles plantées dans les traverses au-dessous du liteau mobile , dans les montans , et pour le soutenir.

La figure II reprétenle une ruche en livre, composée de douze cadres tous numérotés. On voit entre le sixième et le septième châssis , deux planches avec leurs re> vin. 19

•l8 UISTUIKF. NAirnillF.

touvreineiib, (jui divisent celte ruche en deux parties égales, et qui n'y doivent être placées que lorsqu'on veut la séparer pour former un essaim artificiel ; elles sont désignées par a a.

hb , planches qui ferment les deux côtés de la ruche, et qui ont des recrouvremens.

On voit des portes au bas de chacun des cadres de cette ruche ; toutes doivent être fermées, à la réserve des cadres n® i et n® 1 2 ; mais il faut qu'elles puissent s'ouvrir à volonté.

La figure III fait voir la ruche en livre , ouverte en partie , pour faire sentir que les châssis dont elle est composée peuvent être unis par une charnière quelconque , et s'ouvrir comme les feuillets d'un livre.

a a sont des recouvremens qui la ferment par les côtes.

La figure IV n'est autre chose que la figure I vue d'un autre sens.

aoi parcelle de gâteau qui sert â diriger les abeilles.

hb, bb, clie villes disposées en pinces,

DES ABllLLmS. 21 9

qui servent à le contenir dans le sens du châssis.

ce, portion des deux liteaux : l'un, supérieur et fixe , sert à retenir le gâteau dans sa situation verticale; l'autre , inférieur et mobile , sert à le supporter par-dessous.

Ces ruches, selon M. Huber, sont très propres à forcer les abeilles à travailler avec la plus grande activité , et par conséquent à fournir une plus grande quantité de cire et de miel qu'elles ne sont dans l'usage d'en faire, sans cependant s'emparer de leurs provisions, comme il arrive souvent aux personnes peu instruites, de sacrifier des ruches entières pour prendre toutes les richesses qu'elles contiennent.

Il n'est pas plus difficile , dit M. Huber , de loger un essaim naturel dans une ruche en feuillets , que dans toute autre de forme différente ; il y a cependant ime précaution essentielle au succès , si les abeilles sont indifférentes à la manière d'orienter leurs gâteaux , et à l'étendue plus ou moins grande qu'elles peuvent leur donner; d'un autre côté, elles sont obligées à les construire tou-

'JÀU MKSlOll.r N^Mî.hLI.F

jours perpcndiculaiieiiiciit a l'horizon , et parallèles entre eux. Si en les établissant dans une de ces ruches , on les laissait entièrement à elles-mêmes , il arriverait souveot qu'elles construiraient plusieurs petits gA* teauz, parallèles entre eux, mais perpendiculaires au plan des cadres ou feuillets; d'autres fois elles les placeraient sur le point de réunion de ces deux cadres , et par cette disposition elles rendraient nuls les avantages qu'on peut retirer de la forme de ces ruches , puisqu'on ne pourrait plus les ouvrir à volonté , sans couper les gâteaux. Il faut donc leur tracer d'avance la direction suivant laquelle elles doivent les construire ; il sufBt de fixer solidement dans le plan de quelques uns des cadres dont une ruche est composée , une parcelle de gâteau ; on peut être sûr que les abeilles prolongeront ce gâteau commencé, et qu'en continuant leur travail , elles suivront la direction qu'on leur aura indiquée. On n'aura donc jamais aucun obstacle à vaincre pour ouvrir la ruche , ni même de piqûre à craindre, ce qui, selon notre auteur, est encore

DBS ABB1LLB8.

une des propriétés les plus suiguliè»

pins précieases de cette constmctioi de la facilité qa'ont les ruches de ac ouvrir à volonté, que dépendent avantages qu'on attend pour le per nemen t de 1 a science économique des i

M. Hiiber attribue la tranquilliti mouches , lorsqu'on ouvre leur don la manière dont les affecte l'introduc bite de la lumière ; elles lui paraissen ver, dans ce cas, plutôt de la craint< la colère. On en voit alors un gran bre qui fuient, qui entrent dans les la tétc la première, et qui ont Tair d cher. Ce qui confirme sa conjectun qu'en général les abeilles sont moii tables pendant la nuit, ou après le i du soleil, qu'elles ne le sont pent jour.

Il faut donc choisir le moment où est encore sur l'horizon pour ouvrir ches , et faire celte ouverture avec | tion. Il faut , en séparant les cadrt avec lenteur, et prendre garfle de aucune abeille. Quand elles sont tro

ft^f

222 Hl&rulBE NATUEELLK

iiiulccs sur les gâteaux qu'on veut emporter, il faut les chasser doucement avec les barbes d'une plume, et, sur toute chose, ne point souffler sur elles , parce que , selon M. Huber, l'air que nous respirons paraît les mettre en fureur : la nature de cet air a sans doute une qualité qui les irrite, car si on les évente avec un soufflet , elles se disposeront plutôt à fuir qu'à piquer.

Ces ruches sont très commodes pour former des essaims artificiek. M. Huber va nous apprendre les moyens d'y réussir.

Suivant la découverte de M. Schirach , les abeilles qui ont perdu leur mère , peuvent s'en procurer une autre , pourvu qu'il se trouve dans leurs gâteaux du couvain d'ouvrière, dont l'âge ne passe pas trois jours ; il en résulte qu'on peut, à volonté , faire naître des femcHes dans une ruche , en enlevant la mère qui y existe. Si on divise en deux une ruche saffisamment peuplée , l'une de ces moitiés conservera la mère, l'autre moitié ne tardera pas à s'en procurer une. Mais pour le succès de l'opération , il faut choisir un moment propice, et le

choix II est tacilc et iùi (|Ul ilaiib U ^ i en feuillets.

Ce sont les seules où Ton pubse i la population est suffisante pour péln la division , si le couvain a Tàge reqv y a des m&les nés ou prêts à naître féconder la jeune femelle à sa naissac

M. Huber suppose que toutes ces tions se trouvent réunies. Voici le déi procédé qu'il faut suivre : on sépare le milieu la ruche en feuillets , sans lu ner aucune secousse; on glissera cnl deux demi-ruches deux cadres vide s'appliquent exactement contre les a et qui soient fermés , en fonds de boit côté par lequel ils seront adossés ; on chera à savoir dans laquelle des deva tiés se trouve la mère, et on la mai pour ne pas l'oublier. Si par basai était restée dans l'une des deux divisi il y aurait le plus de couvain , on la passer dans celle où il y en aurait le i afin de donner aux abeilles le pins de c possibles pour se procurer une au melle. Il faudra ensuite rapprocher h

aa4 BISTOIAB NATUAELLE

demi-ruches, les unir l'une avec Fautre, par le moyen d'une petite corde fortement serrée autour d'elles, et avoir soin qu'elles occupent sur la table du nicher la même place qu'avant l'opération. L'ouverture qui avait servi d'entrée aux abeilles dans leur ruche jusqu'à ce moment devient inutile , on la fermera; mais comme il faut que chaque demi-ruche ait sa porte, et que les deux ouvertures soient éloignées l'une de l'autre le plus qu'il est possible, il faudra en pratiquer une au bas de chacun des deux cadres extérieurs , c'est-à-dire du premier et du douzième. Cependant on ne doit point ouvrir ces deux entrées le même jour. Les abeilles privées de leur femelle doivent être tenues prisonnières dans leur demiruche pendant vingt-quatre heures, et leur porte ne doit être ouverte jusqu'à cette époque qu'autant qu'il le faut pour donner accès à l'air. Sans cette précaution, elles sortiraient bientôt pour chercher leur femelle au-dedans et au-dehors du rucher; elles ne manqueraient pas de la trouver dans la division où on l'aurait placée « elles y pas-

DES AVSILLKS. 3

seraient en grand nombre , s'y fixeraient . il n'en resterait plusi assez dans l'autre pai pour les divers travaux nécessaires*, au l que cet accident n'arrivera point si on emprisonne pendant vingt-quatre heui attendu que cet espace de temps suffit p leur faire oublier leur femelle.

Lorsque toutes les circonstauoes sont vj^rables, les abeilles de la division pri de femelle commencent le même jour 1 travail pour s'en procurer une autre leur perte se trouve réparée dix ou qui jours après l'opération. La jeune fem sort bientôt pour chercher les mâles, vient féconde, et au bout de deux joi commence à pondre des œufs d'ouvrié Alors il ne manque plus rien aux abeille cette demi-ruche , et le succès de l'ess artificiel est assuré.

M. Huber a fait une observation ( croit nouvelle. Selon lui les naturalistes faisant admirer le parallélisme que abeilles suivent constamment dans la < struction de leurs gâteaux , n'ont pas attention à un autre trait de l'industri

226 UISTOIAB NÂTUaKLLft

CCS abeilles, qui mettent toujours un intervalle de quatre lignes entre leurs gâteaux. A l'approche de l'hiver les abeilles allongent les cellules qui doivent contenir du miel, et elles rétrécissent, par cette opération , l'intervalle qui se trouvait entre leurs gâteaux ; mais ce travail particulier est fait pour une saison où il importe d'avoir de grands magasins , et où d'ailleurs l'activité étant fort ralentie, il n'est plus nécessaire qne les communications soient aussi spacieuses ou aussi libres. Au retour du printemps, les abeilles se hâtent de raccourcir ces cellules prolongées , aGn qu'elles deviennent propres à recevoir les œufs que la femelle doit y pondre, et elles rétablissent ainsi la juste distance dont la nature leur a fait une loi.

Pour forcer les abeilles à travailler en dre, ou, ce qui revient au même, pour les obliger à construire de nouveaux gâteaux , selon M. Hnber , il suffit d'écarter assez les uns des autres ceux qu'elles ont déjà bâtb , pour qu'elles puissent en établir d'autres dans rintervallc. Supposons, dit cet auteur,

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aa8 HISTOIRE NÂTOBILLE

abeilles un travail de sept ou huit jours pour les remplir, et la ruche contiendra alors neuf gâteaux. Si le temps se soutient à une température favorable, on pourra encore entrelacer trois nouveaux feuillets, et par conséquent dans l'espace de quinze jours ou trois semaines on aura obligé les abeilles à construire six gâteaux neufs.

On peut, suivant M. Huber, continuer plus loin cette opération dans les climats chauds, et où la campagne offre perpétœllement des fleurs. T/avantage que présentent oes niches, c'est que chaque jour on peut observer ce qui s'y passe , et juger du moment le pliis convenable pour enlever aux abeilles une partie de leur récolte. Notre auteur ajoute qu'on court risque de ruiner entièrement les ruches, quand on s'empare en trop grande quantité du miel et de la cire des abeilles, et qu'il faut user modérément du droit de partage avec elles, et se dédommager de cette modération eu multipliant le nombre des niches qu'on exploiterait avec discrétion, parce qu'cm nuit beaucoup A la multiplication des abeilles

DBS ABBILLKS* %ag

quand on leur enlève plusieurs gâteaux dans une saison peu faTorable à la récolte de la cire , parce que le temps qu'elles emploient à les ramplacer est pris sur celui qu'elles doivent consacrer au soin des œufs et des vers , et que le couvain en souffre. D'ailleurs, il faut toujours leur laisser une provision de miel suffisante pour Thirer; car quoiqu'elles consomment moins dans cette saison, elles consomment cependant : elles ne sont point engourdies, comme quelques auteurs l'ont prétendu.

Nous avons cru devoir extraire de l'ouvrage de M. Huber cet article si intéressant sur le perfectionnement de la science économique des abeilles.

D'autres abeilles , connues sons le nom de bourdons (bombus, Lat&.), ont des poils longs et très pressés qui couvrent :presqne toutes leurs parties extérieures, et les font paraître plus grosses qu'elles ne sont réellement. Ces abeilles vivent en société comme l'abeille à miel; leurs aooîéléi sont également composées de trois sortes d'indv- "vidus; mais elles sont peu nombreuses : on vTii. 20

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