ODYNERUS REAUMURIE
Léon Dur., Ann. des Sc.nat.,t. XI,janv.
4839. — Long. 4 à 5 lig. — Corps noir dans les deux sexes, ayant dans le mâle les parties de la bouche, la face, un point entre les antennes; la partie inférieure de celles-ci, une bande transversale sur le prothorax, dilatée de chaque côté, une ligue sur l’écusson , un point à l'insertion des ailes et les paraptères jaunes ; les pattes ayant la base des cuisses noire, leur extrémité jaune ainsi que les jambes, et les tarses roux; l’abdomen ayant cinq bandes transversales jaunes, dont la seconde légèremeni sinueuse ; les antennes sont enroulées à leur extrémité, le chaperon est fortement échancré, et les hanches intermédiaires sont terminées en pointe.
La femelle en diffère par les antennes, renflées à l’extrémité, n’ayant de jaune que la partie inférieure de son premier segment ; le chaperon n’ayant qu’une seule ligne jaune arquée ; et l’abdomen que quatre bandes légèrement sinueuses.
Cette espèce a été trouvée aux environs de Saint-Sever (Landes), par M. Léon Dufour, qui avait d’abord cru qu’elle appartenait à la guêpe solitaire, décrite par Réaumur ; mais M. Audouin, ayant établi que cette dernière était l’Odynerus Spinipes, les observations faites par M. Dufour, sur l’Odynerus Reaumurii, qui est certainement une espèce nouvelle, doivent être regardées comme propres à cette espèce, dont les habitudes ont une telle analogie avec celles de l’espèce signalée par Réaumur qu’elles l’ont conduit à penser qu’elle était identique avec elle.
M. Léon Dufour, à ce sujet, rapporte ce qui suit : »
« Depuis plusieurs années, j’avoïs remarqué aux environs de Saint-Sever, dans le département des Landes, des terrasses argileuses dont le revers méridional étoit tout criblé de trous d’Odynères. Chaque printemps, j’allois par un beau soleil payer un tribut d’admiration aux habiles ouvriers de ces habitations souterraines, et de ces tuyaux extérieurs de terre guillochée si parfaitement semblables à ceux décrits et figurés par Réaumur. Cette année, au mois de mai 4838, j'ai voulu poursuivre à fond mes recherches comparatives : j’ai isolé le domicile de l’Odynère ; j'ai soumis à l’examen le plus attentif, le plus scrupuleux, et la larve et ses provisions de bouche, et les manœuvres de la vigilante mére : j’ai surpris, saisi celle ci, tenant entre ses man-
ODYNERUS
dibules, sens la blesser, une petite cheuille verte ; j'ai trouvé dans chaque conduit ou dans chaque nid une larve approvisionnée d’une brochée de dix à douze de ces chenilles vivantes, en tout pareilles à celles dont parle notre célèbre observateur, disposées de la même manière, et vertes, avec un liseret longitudinal de chaque côte. À l'exemple de: Réaumur, j'ai été curieux d'élever moi-même des larves d'Odynères sous mes yeux. J’en ai placé de très jeunes isolément dans des tubes de verre; je leur ai donné à chacune une douzaine de chenilles prises dans les nids de la terrasse :
j’assistois quotidiennement à leur repas, je les voyois manger avec voracité , grandir à vue d’æœil, et après avoir acquis au bout de deux semaines leur dernier développement comme larves, elles demeuroient presque immobiles au dessus du tas des dépouilles de leurs victimes, occupées à revêtir de soie leur demeure. Enfin, je déclare que j'ai confirmé par mon observation directe l’exactitude de tous les détails que Réaumur nous a laissés sur l’histoire de sa guêpe solitaire. J’ajouterai seulement que l’œuf, dont il n’a pas parlé. et que j’ai trouvé dans les nids les plus récens, est obleng, cylindrique, obtus et d’un jaune assez vif. »
Ainsi, après cette observation, M. Léon Dufour ne doutoit pas qu’il n’eüt observé la même espèce que Réaumur, et tout le monde en auroit été convaincu si M. Audouin, de son côté, n’eüt observé la véritable espèce décrite par Réaumur, dont les habitudes sont en tout si semblables , quoique les différences spécifiques que présentent ces Insectes soient assez notables.