ABRÉVIATIONS
Le signe G' désigne le sexe masculin; le signe 9 désigne le féminin.
Lux. F.s.: Linné, Fauna suecica.
Far. S. antl.: Fabricius, Systema antliatorum.
Lar. Gen. : Latreille, Genera.
Lar. Fam. nat.: Latreille, Familles naturelles.
Lar. Reg. an. : Latreille, Fègne animal.
Mic. , Meigen.
Fazr., Fallen.
Wien. Auss. Zweif.; Wiedemann, Æusser europäische Zweiflugelige Insekten.
Horr., Hoffmanseso.
Sr.-Farc.et Serv., Saint-Fargeau et Serville.
Ros.-D., Robineau-Desvoidy.
DES
DIPTÉÈRES.
DIPTERA, Aristote, Linné, Latreille, Meigen, Fallen, Wiedemann. — ANTLIAT'A, Fabricius.
Caractères. Corps à tégumens lécèrement coriaces ; une trompe formant ordinairement une gaine univalve, ouverte en dessous, renfermant un sucoir composé de deux, quatre ou six soies cornées. Deux palpes. Antennes composées ordinairement de trois articles. Yeux grands. Ordinairement trois ocelles. Thorax occupé en grande partie par le mésothorax. Abdomen de quatre à sept segmens distincts. Tarses de cinq articles. Deux balanciers. Deux ailes ; nervures formant ordinairement une cellule discoïdale, deux basilaires, une costale, une médiastine, une stigmatique, une ou deux marginales, une à trois sous-marginales , trois à cinq postérieures, une anale, une axillaire et une fausse. ( Spuria, Latr.)
Les êtres vivans forment incontestablement une série dans jaquelie lorganisation passe à tous les degrés de composition, depuis l'homme jusqu'à Ja monade. Getle série est composée de groupes qui se lient assez souvent entre eux par des transitions distinctes ; ce qui a fait dire à Linné que la nature ne procède pas en sautant. Natura saltus non fücit. — C'est ainsi que les Mammifères s'unissent aux poissons par l'intermédiaire des Cétacés ; les Crustacés aux Insectes par celui des Arachnides. Cependant ces transitions , si elles entrent dans le plan de la nature, se dérobent bien souvent aussi à nos recherches; et, pour soutenir cette opinion, nous sommes fréquemment réduits à supposer qu’elles existent dans des êtres que nous ne connaissons pas encore , hypothèse qui est devenue peu admissible, ou à faire des rapprochemens, souvent plus ingénieux que fondés sur l’observation.
Dans les insectes, comme dans les animaux en général , il existe plusieurs types principaux dans lesquels l’organisation se montre relativement plus ou moins composée ; mais nous n'apercevons pas des passages plus marqués de l’un à l’autre, qu'il n’y en a par exemple des animaux vertébrés aux Mollusques ou aux articulés. Chaque ordre d'insectes possède donc une manière d'être qui lui est propre et qui ne se confond jamais avec celle des autres. Parmi ces modifications principales, celle que présente les Diptères est la plussimple; les organesles plusessentiels, c’est-à-dire la bouche, les ailes, les antennes, sont généralement composées de moins de parties que dans les autres ordres.
Les caractères qui les distinguent essentiellement des autres insectes, consistent dans leurs deux ailes
DES DIPTÈRES. 9 auxquelles ils doivent leur nom, et dans les deux orranes également mobiles nommés balanciers, qui sont situés au-dessous d'elles, et qu'il faut bien se garder de considérer comme des rudimens de seconiles ailes, l'insertion en étant très-diflérente (1). Les autres organes ont plus ou moins d’aflinité avec ceux des autres ordres; mais ils en sont toujours distincts. L'appareil de Ja nutrition se présente sous la forme d’une trompe, comme dans tous les insectes qui prennent des alimens liquides. Cette trompe est composée d'une gaine représentant la lèvre inférieure de ceux qui se nourrissent de substances solides, d’un sucoir formé tantôt, et le plus souvent, de deux pièces analogues au labre, ou lèvre supérieure, et à la langue ; tantôt de deux de plus, représentant les mâchoires, et rarement de deux autres encore qui tiennent lieu des mandibules ; enfin, de deux palpes. Elle se distingue donc nettement de la trompe des Hémiptères, qui ne présente jamais de palpes , et dont le sucoir est toujours composé de six pièces ; elle diffère encore plus de celle des Lépidoptères, qui est formée d’un sucoir roulé en spirale, représentant les mâchoires , mais dont la lèvre inférieure peu distincte n’est nullement faconnée en gaine, et qui ont le labre, la langue et les mandibules à l’état rudimentaire, et quatre palpes dont les labiaux recouvrent le suçoir.
Les antennes n'’oflrent communément que trois ar-
(1) Dans les Hyménoptères les secondes ailes sont insérées sur le métathorax, tandis que les balanciers des Diptères le sont sur le segment médiaire, dépendant de l'abdomen et contigu au thorax. Comme ils sont chacun très-rapprochés d'un stigmate, Latreille présume qu'ils peuvent recevoir plus ou moins d'air, et que dans l'acte du vol ils servent de contre-poids ou de balanciers.
ticles ; mais le troisième est souvent accompagné d’un style ou soie allongée, composé lui-même de plusieurs sections , et que l’on considère comme un appendice des antennes, quoique l’on puisse aussi l’assimiler avec quelque raison aux articles eux-mêmes.
Les yeux ordinairement grands, le sont surtout dans les mâles, et envahissent quelquefois la presque totalité de la tête, ne laissent d'espace que pour louverture buccale , l'insertion des antennes et des ocelles; ces derniers, semblables à ceux qui existent dans les autres ordres d'insectes , à l'exception des Coléoptères , sont insérés sur le vertex.
Le tronc,recouvert de tézumens plus ténus que dans Ja plupart des autres insectes, est composé, comme dans les Hyménoptères, d’un prothorax très-court , dont on n'apercoit souvent que les côtés, d’un grand mésothorax , plus ou moins convexe, et d’un métathorax fort étroit qui s’unit à l'abdomen. Celui-ci, encore moins solide que le tronc , a ses derniers segmens le plus souvent rentrés dans les précédens , de sorte quil n'en paraît au dehors que quatre à sept. Les organes de la génération sont généralement saillans.
Des deux organes du mouvement, les pieds ont généralement la forme ordinaire; les ailes membraneuses, comme celles des Névroptères et des Hyménoptères, en différent non-seulement parleur nombre, mais encore par la disposition des cellules. Veinées comme dans le dernier de ces ordres, elles offrent ordinairement moins de nervures transversales. Si nous comparons l'aile supérieure d’un Hyménoptère à celle d’un Diptère, nous ne voyons, entre leurs réticulations respectives, aucune ressemblance particulière ; mais si nous considérons l'aile supérieure et
l'inférieure d’une abeille, par exemple, comme n’en faisant qu'une, et si nous les comparons à celle de quelques Diptères, tels que les Syrphies, et particulièrement les Aphrites, nous reconnaissons alors de l’analogie entre elles, nous distinguons assez bien, dans les deux ailes réunies de l'Hyménoptère, les deux cellules basilaires, la discoïdale, les marginales, l’anale du Diptère. Il semble donc que les deux ailes du premier de ces insectes n’en soient qu’une, divisée longitudinairement en deux, ou que celle du dernier soit l'équivalent des deux. Sous le rapport physiologique , comme sous celui de la destination , cette considération vient encore appuyer notre opinion à l'égard de la nature des balanciers , et produire une nouvelle preuve qu'ils ne sont nullement de secondes ailes rudimentaires.
Si de l’organisation extérieure des Diptères nous passons à l’intérieure, nous voyons, par les savans travaux de M. L. Dufour , qu'ils présentent un caractère qui leur est commun avec les autres insectes suceurs seulement , et qui consiste dans les glandes salivaires. Les divers systèmes des fonctions animales sont analogues à ceux des autres ordres. L’organe qui remplace celui de la circulation, le vaisseau dorsal, est étroit et à pulsations fréquentes ; celui de la respiration est composé de trachées vésiculaires, liées entre elles par des trachées tubulaires ; l'organe de la sensibilité consiste en un ganglion cérébriforme à lobes rapprochés, et en deux cordons médullaires formant neuf autres ganghons ; celui de la nutrition , ou canal intestinal, est composé d’un œsophage allongé, d’un estomac assez étroit qui a peu d’ampleur et qui est muni de vaisseaux hépatiques , d’un duodénum
cylindrique, et d’un rectum musculeux. Enfin, lorsance de la reproduclion présente dans les mâles le même appareil de vaisseaux spermaliques , de canaux déférens , de vésicules séminales , que dans les autres insectes. Dans les femelles, deux ovaires communiquent par deux canaux à un oviducte commun.
Les Diptères ont, à l’état de larve comme à l'état adulte, des caractères qui leur sont propres. Dans un grand nombre de ces larves la tête est de substance molle et charnue , sans forme déterminée, tandis que dans les autres ordres d'insectes elle est cornée et de forme constante. Les stigmates ont aussi une disposition particulière ; au lieu d’être répartis par paires sur le premier segment du corps, sur le quatrième et les sept suivans, comme ils le sont généralement, les premiers sont situés sur le deuxième segment , et les autres, au nombre de deux à huit, sont accumulés sur le dernier. Ces larves, toujours apodes, ou quelquefois munies de fausses pates, ont la bouche armée de deux pointes écailleuses propres à dépecer les substances nutritives. Pour passer à l’état denymphes, elles subissent toutes une transformation complète.
Après cet exposé de l’organisation des Diptères, comparée à celle des autres ordres entomoloziques, si nous les considérons sous le rapport des tmodifications qui affectent leurs organes , nous trouvons qu'ils nele cèdent qu'aux innombrables Coléoptères dans la variété prodisieuse de leurs races, tandis qu'ils les surpassent sans doute dans le nombre des individus, que l’on ne peut comparer qu'à celui des feuilles des forêts ou des étoiles du firmament. Voyez ces nuages vivans de Tipulaires, qui s'élèvent du sein de nos prairies comme l'encens de nos temples, et qui ren-
dent également hommage à la Divinité, en nous montrant sa puissance créatrice. Voyez ces myriades de Muscides répandues sur toutes les parties du globe, tourbillonnant autour de tous les végétaux, de tous les êtres animés, et même particulièrement de tout ce qui a céssé de vivre. La profusion avec laquelle ils sont jetés sur la terre leur fait remplir deux destinations importantes dans l’économie générale : ils servent de subsistance à un grand nombre d'animaux supérieurs; chargés d’une mission divine, « aux pelits des oiseaux ils donnent la pâture; » l'Hirondelle les happe en rasant l’eau ; l’harmonieux choriphée de nos bois les saisit de son bec efhlé pour les porter à ses nourrissons ; ils sont pour tous une manne toujours renaissante. D'autre part, ils travaillent puissamment à consommer et à faire disparaître tous les débris de la vie, toutes les substances en décomposition, tout ce qui corrompt la pureté de Fair : ils semblent chargés de la salubrité publique. Telle est leur activité, leur fécondité et la succession rapide de leurs générations, que Linné à pu dire, sans trop d'hyperhole, que trois mouches consument le cadavre d’un cheval aussi vite que le fait un lion. Pourquoi faut-il que l’éclat de ce tableau soit obscurci par quelques torts que nous avous à leur reprocher ? Les Cousins, les Moustiques, les Maringouins nous font une guerre cruelle, et rendent presque inhabitables plusieurs contrées de la terre. Les Taons, les Asiles , les OËstres s’attaquent à nos bestiaux, les harcèlent , les tourmentent , les mettent en fureur, et leur causent quelquefois la mort. Nos moissons, et particulièrement nos céréales, sont exposées à leurs dévastations.
14 HISTOIRE NATURELLE L'immensité de cet ordre d'insectes ne se manifeste guères moins dans la diversité deleurs modifications organiques que dans le nombre des individus qui leur assigne un rôle si important dans la nature. Chaque partie du corps, chaque organe prend une multitude de formes, sans cependant altérer l'essence du Diptère , et il résulte de la combinaison de toutes ces modifications entre elles une suite de types secondaires, qui, analogues à la orande chaine des êtres, passent par divers degrés de composition. Les antennes, cet organe encore plein de mystère , que se disputent pour siége le toucher, l’ouïe et lodorat , prennent du développement dans les Némocères, première division dans l’ordre descendant ; elles y sont composées au moins de six articles, souvent d’un nombre supérieur, et affectent tour à tour les formes très-diversifiées de panaches , de iongs cylindres, de soies eflilées. Dans les autres, que nous nommons Brachocères , à cause de la brièveté relative de cet organe, et qui comprennent la srande majorité des Diptères, elles ne sont généralement composées que de trois articles, dont les deux premiers sont le plus souvent courts, et même quelquefois peu distincts; mais le troisième se modifie d’une manière très-remarquable. Dans les premières familles, par exemple celle des Tabaniens, il est divisé en plusieurs sections annulaires, qui paraissent être autant d'articles sous la forme d'un seul , et ces familles se rapprochent ainsi des Némocères. Dans les autres, cet article est simple , mais très-souvent accompagné d’un style. Cenouvel organe, également très-diversifié, est terminal dans quelquesunes des tribus suivantes, et dorsal dans la plupart des inférieures, Enfin, il s’oblitère entièrement dars
la famille des Coriacés, et les antennes elles-mêmes ne présentent plus alors qu'un tubercule inarticulé. La trompe éprouve des modifications analogues. Dans la première famille des Némocères, et des Brachocères, c’est-à-dire dans les Culicides et les T'abaniens, le suçoir est composé de six soies; il est de quatre dans les familles intermédiaires que pour cette raison nous réunissons sous le nom de Tétrachætes ; il n’en présente que deux dans les Dichætes, qui comprennent toutes les familles inférieures. Outre ces différences dans le degré de composition, la trompe se modifie également dans la forme. Elle est , dans le plus grand nombre, membraneuse, courte, épaisse, terminée par deux grandes lèvres; dans d’autres, elle est cornée, longue , menue, à lèvres terminales nulles ou peu distinctes. Les palpes, trèsdéveloppés et composés de quatre à cinq articles dans les Némocères, n'en présentent qu'un ou deux dans les autres ; ils varient encore dans leur insertion. Lorsque le suçoir est composé de quatre ou six soies , les palpes sont insérés sur le support de la trompe, et il semble alors qu'ils représentent les labiaux ; cependant Latreille les regarde également comme maxillaires, en considérant que la portion inférieure des mâchoires se réunit ou s incorpore avec ce support de la trompe. Les ailes, considérées sous le rapport de leur réticulation, sont généralement assujetties à cette loi de progression. Les nervures présentent dans les familles supérieures le plus haut degré de composition qu'illeur est donné d’atteindre,et forment un assez grand nombre de cellules ; elles décroissent ensuile successivement ; les longitudinales deviennent moins nombreuses, et les cellules disparaissent enfin par l’absence des trans-
versales. Dans les autres parties du corps, ces divers degrés d'organisation sont moins distincts; mais les modifications ne sont guëres moins nombreuses, et il s'en présente de bien anomales. La tête, le plus souvent déprimée, s’arrondit dans une partie des Némocères et dans les Empides; elle s’allonge dans quelques Muscides, elle se dilate excessivement dans Îles Achias et dans les Diopsis par les expansions latérales du front ; elle se réduit, dans les vésiculeux, à des proportions si exigués, et elle y est située si bas, qu’elle disparaît pour ainsi dire, et qu'on a pu donner sans trop d'exagération, à l’une des espèces, le nom d'Acéphale, si étrange pour un insecte. L'ouverture buccale, plus ou moins ouverte en longueur ou en largeur , se ferme dans les OEstrides, ne laissant aucun passage à la trompe, et présente le bizarre phénomène d'un animal adulte, privé naturellement de tout moyen de prendre de la nourriture, quoique muni d'un canal intestinal et de tous les organes dela nutrition. Les yeux sont le plus souvent contigus dans les mâles, séparés parle front dans les femelles ; ronds, ovales ou réniformes, généralement grands, excepté dans la famille des Coriacés ; ils sont quelquefois velus et abrités ainsi contre les chocs ; d’autres fois, la partie supérieure en est formée de facettes plus grandes, que l'inférieure. Les ocelles se modifient, mais rarement par leur nombre et leur position. Le thorax s'élève dans les uns, s’allonge dans d'autres; il présente quelquefois des proéminences dans ses parties latérales et intérieures. L’écusson varie de forme et de grandeur ; il est armé de pointes dans la famille des Notacanthes ; il se dilate étrangement dans les Célyphes, genre de Muscides, en re-
DES DIPTÈRES. 17 couvrant tout l'abdomen et les «iles, comme celui des Tetyra parmi les Hémiptères. L'abdomen affecte toutes les formes ; il est tour à tour cylindrique, conique, ovale, orbiculaire, discoïdal, transversal ; il se termine en massue, il s’aiguise en fer de lance, il se hérisse d’une épaisse fourrure, il brille du poli le plus pur. Les organes sexuels, également très-diversifiés dans les mâles, ne montrent de leurs amours que les emportemens et les violences : ils présentent de toutes les manières les moyens de vaincre la résistance ; des crochets, des pinces, des tenailles , des mains armées d'ongles crochus. Les femelles ne laissent apercevoir au dehors que l’oviductus plus ou moins développé, qui leur permet de choisir le berceau de leur progéniture au gré de leur sollicitude maternelle. Enfin, les pieds n’abondent pas moins en modifications ; ils passent d’une brièveté remarquable à la longueur la plus démesurée; ils sont nus, velus, ciliés, pennés ; la hanche, généralement courte, s’allonge dans une partie des Tipulaires et des Empides; le fémur s’épaissit dans plusieurs Asiliques et Syrphies; le tibia est droit ou arqué, cylindrique ou renflé ; le tarse, composé d'articles diversement courts où allongés; les pelotes terminales, ordinairement au nombre de deux, disparaissent quelquefois : dans plusieurs tribus supérieures , on en compte trois ; elles s’allongent , ainsi que les crochets qui les accompagnent, dans les mâles d’une partie des Muscides. Indépendamment de la locomotion , les pieds servent assez souvent à saisir la proie. Dans une partie des Némocères, les jambes antérieures sont souvent dirigées horizontalement en avant, et suppléent à la brièveté des antennes pour protéger la tête : ils sont assez fréquemment dans les DIPTÈRES, TOME !. 2
mâles les auxiliaires des organes sexuels, en présentant des appendices propres a retenir les femelles.
Dans les transformations que subissent les Diptères, pour arriver à l'état :duite, 11 se manifeste moins de diversité que dans les organes. Généralement ovipares, ces insectes présentent deux exceptions a ce mode de génération. Les Sarcophagiens, tribu des Muscides , sortent du corps de leur mère dans létat de larves, et les Pupipares , dernière famille de l’ordre entier, viennent au jour dans celui de nymphes. Les larves offrent généralement une simplicité d’organisation qui en détermine l’uniformité. Cependant, outre la diversité que présente la tête, tantôt charnue, tantôt cornée , que nous avons mentionnée plus haut, on en trouve encore, surtout dans la conformation des larves qui habitent les eaux, comme celles des Cousins et des Tipulaires culiciformes ; elles sont pourvues d'organes de nutrition et de respiration très-différens de ceux des larves terrestres, et elles ont même des moyens de locomotion étrangers à ces dernières. La bouche est munie de mâchoires et de palpes plus ou moins développés. La respiration s’opère souvent , au moyen de longs tubes , à l’extrémité desquels s’ouvrent les stigmates et que la larve tient appliqués à la surface de l'eau. Les organes du mouvement consistent dans des appendices en forme de nageoires. Parmi les filières et senveloppent de soie; celles des CEstrides, qui vivent dans l'intérieur des animaux, ont la bouche souvent accompagnée de plusieurs mamelons, et les segmens du corps sont quelquefois bordés de pointes dirigées soit en avant, soit en arrière; celles des Pu-
larves terresires, quelques-unes sont pourvues de
DES DIPTÈRES. À 19 pipares, vivant dansle sein de leur mère, sont oviformes, sans aucun organe distinct.
Pour passer à l’état de nymphes, ces larves emploient deux modes principaux. Dans le plus crand nombre, il n’y a pas de mue; la peau se durcit, se contracte et devient une coque ovale dans laquelle ja nymphe se dégage, paraît d'abord sous la forme d’une masse gélatineuse sans organes apparens , et présente ensuite l’ébauche des diverses parties de l’insecte adulte. Dans les autres, la transformation en nymphe a lieu par un changement de peau de la larve. Parmi ces dernières, celles de plusieurs Némocères aquatiques conservent la facuité de se mouvoir à l’aide de nageoires ; les autres restent immobiles. Les unes ont pour organe de la respiration des toufles de longs filamens ; d’autres des cornets aérifères, communiquant aux stigmates antérieurs.
Tant de modifications organiques révèlent toutes celles qui se manifestent dans les habitudes; elles mettent les Diptères en rapport avec toute la rature. La terre, les airs, les eaux, s’animent de ieur présence : nous trouvons leurs diverses races dans tous les sites, dans tous les climats. Les uns habitent les bois; d'autres les prairies, les champs, les rivages , nos habitations. Plusieurs vivent jusque sur l’écume des flots de la mer (1), et même surles neiges des régions polaires (2); ils se partagent les végétaux , en adoptant , soit les fleurs , soit le feuillage ou le tronc, et leur existence y paraît attachée, comme l'était celle des Nymphes bocagères des fables gracieuses des
(1) Les Actores, genre de Muscides.
(2) Les Chionées, genre de Tipulaires.
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Grecs. Leurs alimens sont aussi variés que ja conformation de la trompe. Ceux dans lesquels cet organe est le plus développé é, Lels que les Cousins ,les Taons, les Asiles, s'abreuvet " de sang: un ou nombre de Muscides se jettent aussi sur les animaux pour humer la sueur, la sanie des pla es et autres sécrétions. Plusieurs , comme les Empides, font la chasse aux petits insectes et en sucent toute la substance fluide ; mais le fond principal de leur nourriture, c'est le suc des fleurs: c’est sur les corolles de ces aimables filles du printemps que les Diptères abondent, et qu'ils rivalisent quelquefois d'éclat avec elles ; le plus souvent ils butinent sur toutes indifféremment ; parfois ils ont des préférences marquées. C’est ainsi que les élégantes Milésies recherchent l’aubépine; que d’autres Syrphies aiment la mélisse, la renoncule, que les on es aflectionnent les daucus et les hLeraclæum. Pendant l'été et l'automne, la pulpe des fruits sucrés attire des essaims de Muscides ; d’autres enlévent la miellée des Pucerons, répandue sur le feuil-
lage, ou l'humeur qui découle ré ulcères des arbres. Enfin, toutes nos substances alimentaires attirent dans nos habitations la Mouche domestique , le type des para sites.
Les amours, quoique sénéralen nent my stérieuses chez les Diptères, laissent quelquefois percer le voile qui les enveloppe ; c’est dans les airs qu’elles ont le plus souvent leur siége ; elles provoquent tantôt ces réunions innombrables de Tipuiaires, d'Anthomyes, dont les danses aériennes sont de doux préludes, tantôt les évolutions solitaires du Faon impétueux qui vole en un instant à l'extrémité de la longue avenue d'une forêt, regarde immobile autour de lui, se pré-
DES DIPTÈRES. AI cipite à l’autre extrémité, regarde encore, et recommence cent fois ce manége, jusqu'à ce que, découvrant une femelle, il s’élance à sa poursuite. Chez les Empides, les amours sont toujours précédées “une chasse aux petits insectes; et, dans l'union des sexes, la femelle se voit en même temps occupée à sucer sa proie.
Lorsque les soins de la maternité commencent, c’est alors surtout que les Diptères déploient l'instinct que la providence leur a donné. Cette faculté, que la physique est aussi impuissante à expliquer que la vie, que la génération, suggère à ces faibles insectes les pré-
cautions les plus dierineee pour assurer la subsistance de ieur progéniture, et quelquefois les ruses les plus raflinées pour parvenir au but de leur extrême sollicitude. Les uns, comme tant d’autres insectes, se bornent à confier mie œufs à la terre; d’autres les déposent sur les corps en décomposition, qui servent de pâture à leurs larves. Une partie des Némoctres et des Notacanthes les répandent sur les eaux, en les réunissant quelquefois avec beaucoup d'industrie en légers radeaux. Il y en à, tels que les Cécidomyies et les Téphrites, qui fixent leurs œufs sur les bourgeons des plantes, et occasionent Ia formation de galles dans lesquelles les larves se développent, comme celles des Cynips et des Diplolèpes. Plusieurs races destinent à leur postérité une nourriture animale. Les Syrphies placent leurs œufs au milieu des groupes de Pucerons, et leurs larves, quoique aveugles, y trouvent la plus ample pâture; les Volucelies leur donnent pour berceau les nids des Bourdons, où elles exercent de grands ravages. Les Tachines se montrent encore plus redoutables aux autres insectes, et particulièrement aux
Lépidoptères : elles insèrent leurs œufs sur les Chenilles, comme les Ichneumons ; les larves y vivent de la substance adipeuse qui y abonde, et les font périr en se développant. Quelques - unes d’entre elles déploient un instinct bien plus compliqué : elles desiinent pour alimens à leurs petits les cadavres des insectes que les Hyménoptères fossoyeurs ont portés dans leurs souterrains pour leur propre famille. Afin d'effectuer ce hardi dessein , elles épient le moment où le Philanthe, le Crabron, sort de sa retraite après avoir placé ses œufs sur cette proie, et elles y déposent également les leurs. La larve de la Tachine, plus hâtive que celles de l'Hyménoptère, dévore avant elles la victuaille qui leur était préparée, et ne leur en laisse que la peau desséchée. Enfin, un instinct non moins admirable se manifeste dans les OEstrides. Ces Diptères déposent leurs œufs sur différentes parties du corps des mammifères, d’où les larves parviennent de diverses manières à l’intérieur : l’un d’entre eux pond sur les épaules ou sur les jambes du Cheval; celui-ci, en se léchant , transporte les jeunes larves à la bouche, et de là elles passent dans l'estomac, oùelles vivent et se développent. ;
Outre l'instinct qui est propre aux Diptères adultes, nous devons mentionner celui qui appartient aux larves. Telle est l’industrie que nous offrent celles d'une tribu de Tipulaires qui, vivant dans les champignons, se filent des galeries, des pavillons de soie; celles des Chironomes, autre genre de Némocères, vivent en société dans les eaux, et se construisent des habitations particulières dont les agglomérations forment souvent des masses fort singulières; la larve d’une Leptide, nommée Ver-Lion, excite notre éton-
nement par un instinct semblable à celui du Fourmi- Lion :elle se creuse avec la même adresse, dans le sable, une espèce d’entonnoir au fond duquel elle se cache, attendant qu'il y tombe quelque ver ou insecte dont elle fait sa proie.
Tel est le précis de nos connaissances actuelles sur l'organisation et les mœurs des Diptères. Depuis Aristote, qui leur a donné leur nom, et Linné, qui a posé les bases de leur classification, un grand nombre de naturalistes ont contribué à élever l'édifice à la hauteur où il est arrivé; mais nous devons particulièrement à Réaumur et à Deueer ce que nous savons sur leurs transformations. Fabricius, Latreille, Meigen, Wiedemann, Fallen et M. Robineau-Desvoidy ont successivement fondé les familles, les tribus, les genres, et décrit les espèces dont cet ordre se compose. Meigen surtout les a tirés de l'obscurité dans laquelle ils étaient long-temps restés plongés, et les a vengés de l’injuste dédain qui les flétrissait. Il les a classés avec tant de méthode et de clarté, et les a décrits avec tant d’exactitude, qu’il en a rendu l'étude pleine d'attrait. En un mot, il à fait pour les Diptères ce qu'a fait pour l’'Entomolosie entière notre immortel Latreille, qui a élevé cette aimable science au rang des objets les plus dignes de nos veilles, en nous dévoilant dans la création de ces petits êtres les divers attributs du Créateur.
A. Antennes de six articles au moins; palpes de quatre à cinq articles.
1°. DEVISION. NÉMOCÈRES.
A EE LE : 2 AA. Antennes de trois articles; palpes d'un où deux articies.
2°. pivision. BRACHOCÈRES.