‹ Histoire naturelle des insectes (volume 4)Chapitre 32 sur 90 · FAMILLE X · texte numérisé non relu

FAMILLE X

SILPHALES.

Menton entier ou faiblement échancré. — Languette membrareuse ou coriace, en général bilobée, sans paraglosses distinctes, — Mâchoires terminées par deux lobes ; l'interne souvent muni d'un crochet corné. — Palpes filiformes : les maxillaires de quatre, les labiaux de trois articles. — Antennes de onze très-rarement de dix articles, les derniers formant ordinairement une massue. — Hanches antérieures coniques, très=saillantes, les postérieures transversales ; articles des larses en nombre variable. — Abdomen composé de six segments, tous libres.

Ce groupe, primilivement établi par Latreille (1), a pris dans ces derniers temps une extension assez considérable, par l’adjonction de la famille des Anisotomides de Stephens et d’Erichson, et d’un genre remarquable (Lepronenus) découvert depuis quelques années, et qui fait le passage entre ces insectes et les Scydménides. Cette double mesure proposée par M. Schiædte (2) me paraissant suffisamment justifiée, je

(1) Gener. Crust. et Ins. Il, p. 4, et Règne anim, éd. 2, IV, p. 494. Latreille n’a jamais compris dans ce groupe tous les éléments qui doivent y rentrer. Daus le premier des ouvrages ci-dessus, où il forme la première race des Necrophaga, les Necrornonus et les Siexa seuls le composent; dans le second, où il constitue la troisième tribu des Clavicornes, Latreille en exclut les CnoLeva qu’il reporte parmi les Scaphidiles.

(2) Specim. Faun. subterran. p. 13 sq. Avant que M. Schiædte opérât cette réunion, Erichson, en adoptant la famille des Anisotomides de Stephens (Deutschl. Ins. IE, p. 43), avait déjà signalé les rapports intimes que ces insectes ont, à l’état parfait, avec les Silphales. Un peu plus tard (Arch.1847, I, p. 285), en décrivant la larve de la Ziodes humeralis, il en fit de mème pour ceux qu'ils ont dans leur premier état; enfin, l’année suivante (ibid. 1848, II, p. 68), il convint que les différences signalées antérieurement par lui entre les deux familles étaient à peine suffisantes pour justifier leur séparation. M. J. L. Le Conte a récemment adopté leur réunion en une seule dans son intéressant travail intitulé : « Synopsis of the Silphales of America, North of Mexico, » Proceed, of the Acad, of Philad. 1853, p. 274.

SILPITALES; 193

l'adopte; maïs ‘elle rend la famille un peu moins homogène, et, par suite, plus difficile d'en rien dire de général. Toutefois cette difficulté disparaît en grande partie si l’on fait momentanément abstraction du genre Lerronerus.

Sous le rapport de la grandeur et de là forme générale, ces insectes diffèrent notablement entre eux. La plupart sont petits, les plus grands de taille moyenne ou un peu au-dessus. Leur corps est tantôt presque carré et robuste (Necrornonrus), tantôt scutiforme (certains Sicrma), elliptique (Cnoreva, Cozon), brièvement ovalaire et convexe (Axis0- TomA, Lropss), ou enfin, presque globuleux (Acarmimium), avec des passages d’une de ces formes aux autres. s

Les plus grands ont la tête dégagée du prothorax, penchée et trèsmobile, et dans ce cas souvent (Necrornonus, plusieurs SirmA) munie en arrière d'un col bien distinct, mais toujours gros. Chez ceux de pelite taille, elle est courte et enchâssée dans le prothorax, au point de ne pouvoir plus exécuter que des mouvements très-restreints. Les yeux sont en général assez grands, mais peu saillants. Säuf chez les . Lerrnus où un rebord latéral de la tête les recouvre à leur base, les antennes sont insérées à découvert, immédiatement en avant des yeux, et comptent partout onze articles, à la seule exception des Nxcropnonus qui n’en ont que dix. Rien de plus varié que les modifications qu'é= prouvent ces organes, surtout pour.ce qui concerne la massue qui les termine dans le plus grand nombre des cas.

Aux détails sur la bouche, contenus dans la formule caractéristique de la famille, il faut ajouter les particularités suivantes. Entre le menton et la languette proprement dite on aperçoit très-distinctement, surtout chez les grandes espèces, au moins une des deux pièces intermédiaires dont il a été questiou dans la famille des Staphyliniens. Les mandibules sont tantôt assez saillantes (Sizrma), tantôt courtes, plus où moins robustes, simples ou fendues à leur extrémité, rarement (PrenoLoma) pluridentées au côté interñe. Leur différence la plus essentielle consiste dans la présence ou l'absence d’une dent molaire à leur base interne. Elle existe constamment chez les Anisotomides, tandis que les Silphides en sont dépourvus, sauf chez les Cnoceva et genres voisins.

Le prothorax est généralement grand et de la largeur des élytres en arrière. Il recouvre toujours plus ou moins la base des élytres, et ses bords latéraux sont foliacés, ou ce qui est plus général, forment de chaque côté une voûte profonde, sous laquelle les pattes antérieures peuvent se cacher complètement ou en partie. L'écusson est toujours bien développé. Les élytres des Necropnonus, de quelques Srrewa et des Avarerica, sont tronquées en arrière et laissent une plus ou moins grande partie de l'abdomen à découvertg partout ailleurs elles sont entières. Les ailes inférieures ne manquent que chez les Lerrinus. Les six segments abdominaux sont peu différents sous le rapport de la longueur, sauf le dernier qui est très-petit chez les Anisotomides.

Coléoptères. Tome II. 13

192 SILPHALES:

C'est dans cette dernière partie du corps, combinée avec la formé des hariches antérieures et postérieures, que réside le caractère essentiel qui sépare la famille des autres Coléoptères clavicornes. Ges hanches sont toujours contiguës, el les postérieures font à leur côté interne une saillie plus où moins prononcée. Quant aux intermédiaires, elles sont ovalaires, obliques, séparées ou contiguës, et plus enfoncées dans leurs. cavités cotyloïdes chez les Anisotomides que chez les Silphides, Ces derniers ont généralement des cuisses et des jamhes moins robustes que les premières. Les jambes sont fréquemment épineuses ou ciliées, Les trochanters postérieurs présentent une différence importante dans les deux groupes qui viennent d'être nommés ; ceux des Silphides sont placés au côté interne des cuisses poslérieunes el parfois (NecropHonus) très-développés , tandis que chez les Anisotomides ils sont situés dans l'axe de ces organes. Pour ce.qui concerne les tarses, la famille va presque autant à l'encontre du système tarsal que les Staphyliniens euxmêmes, surtout chez les Anisolomides, où le nombre de leurs articlés varie même, souvent selon les sexes ; quant aux Silphides, ils sont tous pentamères, saufles AneLops. is

Comme dans tous les Coléoptères dont les hanches antérieures sont contiguës, le prostennum est Lrès-coùrt et presque dépourvu de saillie en arrière. Le mésothorax est réduit à une simple lame appliquée contre le métathorax, et qui reçoil de lui ou envoie à sa rencontre une saillie de longueur et de largeur très-variables. Ce dernier est grand; ses parapleures sont toujours appendiculées à leur extrémité postérieure, mais sujettes chez les Anisotomides à être en totalité ou en partie cachées par les bords latéraux des élytres.

Les habitudes des Silphales, sous leur dernier état, sont les mêmes que celles des Staphyliniens, avec cette seule différence que les grandes espèces, notamment les Necropnoñus et les Srcpma, montrent encore un goût plus prononcé pour les substances animales en décomposition; dont elles font pour la plupart exclusivement leur nourriture.

Les larves de ces insectes ont également les plus intimes rapports avec celles des Staphyliniens. Comme ces dernières, elles ont des antennes de quatre articles, tous les segments du corps couverts en dessus d'écussons cornés (Acarminiom excepté), deux appendices styliformes bi-articulés sur le dernier segment abdominal, et un prolongement anal servant à la progression. La différence la plus essentielle entre les deux familles semble étre la présence, chez les larves des Silphales, du labre qui manque dans celles des Staphyliniens. Le nombre des ocelles ne Yarie ici que de six (Silphides) à deux (Anisotomides). Ces larves vivent dans les mêmes lieux que les inséctes parfaits ; on trouvera plus loin sous leurs genres respectifs, togles celles qui sont actuellement connues. Dans quelques espèces les nymphes sont actives, du moins quand on les inquiète.

La famille se compose en ce moment d’envirou 220 espèces, dont les

épais PORN UN eo Let Se CRE. à Re D jen à FT PET

= LEPTODÉRIDES. 195

neuf dixièmes sont propres aux parties froides et tempérées de l’hémix ñ r. : , x “ ñ sphère boréal, dans les deux continents, Elle est très-faiblement représentée dans les régions nes. ce qui s'explique assez nalurellement poûr les Nechorionvs et les SizxA en particulier, par la raison que la présence de ces insectes était peu nécessaire dans des pays où les substances animales en Psion dapéigiesent en, quelques heures, sous l'action combinée du soleil et de l umidité de l'atmo-

Sphère.

L Hanches postérieures dislantes. LEPTODÉRIDES, 3 L.— contiguës. ;

LUE. 2 fs 22816, tn 5 J :

Trochanters postérieurs saillants. SILPHIDES,

: placés dans l'axe des cuiéses. AMSOTOMIDES, * TRIBU I.

| LEPTODÉRIDES.

Hanches postérieures distantes. — Palpes maxillaires beaucoup plus longs queJes labiaux, — Prothorax très-long, très-gréle et cylindrique. — Elytres oviformes, soudées. — Tarses variables selon les sexes.

M: Schiœdte (1) est le fondateur de cette tribu qui ne comprend que le seul genre Lerronenus, l'une des plus intéressantes découvertes qui se soient faites en Entomologie dans ces dernières années; jusque-là, on l'avait classé parmi les Scydménides. Il est en effet placé sur l'extrême limite de cette famille et de celle-ci, et, soit qu'on le mette dans l'une ou dans l’autre, on ne peut se dissimuler qu'il y forme une exceplion remarquable. Cependant, je crois avec M. Schiædte que la

L forme de os postérieures, la structure de ses organes buccaux,

Ja forme de Sês antennes, la variabilité même du nombre des articles des tarses, font pencher un peu la balance de ses analogies en faveur de la famille actuelle. Je l'y place donc, nôn sans reconnäître qu'il ÿ a là matière à controverse. Si Je genre Brarminos de J. L. Le Conte, qui termine les Scydménides, a les hanches postérieures transversales, il devra également prendre place ici.

GENRES : Lepoderus.

(1) Spécim. Faun. subtérran. p. 14. M. Schiœdte ayant imposé io nom dé STAGOBLUS aux Lerropenus, appelle cette tribu SracobuNE.

FPPRUT ru one di … 2 ET. CEE G … RG. L.

196 SILPRALES: :

LEPTODERUS.

(F. 3. Scuwpr) F. Srurm, Deulschl. Ins. XX, p. 93 (1):

Menton transversal, un peu rétréci en avant. — Languette membraneuse, un peu évasée, largement et triangulairement échancrée; ses paraglosses soudées avec elle et ne la dépassant pas. — Palpes labiaux courts, à articles 4-2 un peu plus longs et plus gros que le 3°, celui-ci cylindrique ; les maxillaires assez longs, à articles 4 très-petit, 2 long, gréle et un peu arqué, 3 de même grandeur, en cône renversé, 4 beaucoup plus court, conique et acuminé.— Lobes des mâchoires coriaces; l'externe plus long, cilié au bout, l'interne cilié en dedans, terminé par un crochet corné. — Mandibules médiocres, munies d'une membrane frangée en dedans, bidentées à leur sommet. — Labre transversal, largement échancré et muni en avant d’une bordure membraneuse bilobée. — Tête oblongue, allongée, graduellement rétrécie en arrière. — Yeux nuls. — Antennes insérées sur les bords latéraux et au milieu de la longueur de la tête, très-longues, grêles; ciliées; leurs articles en massue au bout, les trois derniers un peu plus gros queles autres. — Prothorax très-long, très-gréle, cylindrique, rétréci dans sa moitié postérieure. — Point d'écusson. — Elytres soudées, oviformes, convexes.æ— Paltes très-longues et très-grêles ; tarses de cinq articles chez les mâles, dont les quatre 1ers des antérieurs un peu dilatés et fendus au bout; les mêmes de quatre articles seulement chez les femelles; le 4er de tous un peu allongé dans les deux sexes, le dernier très-grand; ses crochets longs ettrès-arqués.

Les habitudes de ces insectes sont aussi singulières que leurs formes, dont-on peut se faire une idée exacte, en se représentant des Masneus dont le prothorax serait extrémement allongé et grêle, et les élytres se seraient renflées, au point de devenir oviformes. Ils vivent exclusivement dans les parties les plus reculées de quelques cavernes de la Carinthie, où ne pénètre jamais un rayon de lumière. On les trouve dans les fissures des stalagmites qui recouvrent le sol, ou à une certaine distance de ce dernier, accrochés aux stalactites qui pendent aux parois de ces grottes. Ils marchent avec lenteur en élevant leur corps sur leurs longues pattes, comme sur des échasses; quand un bruit se fait entendre, ils s'arrêtent, appliquent leur corps contre le sol, en étalant leurs pattes, redressent leurs antennes, et restent immobiles dans cette position jusqu'à ce qu'on les touche. On en connait déjà trois espèces, trouvées dans autant de cavernes différentes de la Carinthie (2). Leur

(1) Le nom du genre à été écrit primitivement Leproninus par les deux auteurs cités; celui de Lepronerus, adopté maintenant, est manifestement plus rationnel. — Syn. Sracomus, Schiædte, Specim. Faun. sübterran. p. * 1H}

(2) La plus anciennement connue (L, Hohemwartii Schm.) a été découverta

SILPHIDES, 197

taille varie de deux à trois lignes de long, et leur couleur, toujours uniforme, du brun-clair au ferrugineux. Ë

Ges insectes semblent avéir pour ennemis, une Arachnide du genre Owsium, aveugle comme eux, qui vit dans Jes mêmes endroits, et qui parait en faire une grande destruction,

TRIBU II

SILPHIDES.

Hanches postérieures contiguës. — Palpes maxillaires pas beaucoup plus longs que les labiaux. — Prothorax non cylindrique ; ses bords latéraux foliacés ou formant une voûte de chaque côté. — Trochanters postérieurs saillants au bord interne des cuisses ; tarses presque toujours de cinq articles dans les deux sexes, — Parapleures métathoraciques non recouvertes par les élytres.

Cette tribu correspond exactement aux Silphales de Latreille, plus les CnoLeva qu'il avait placées, comme on l’a vu plus haut, parmi les Scaphidiles. Elle est restée à peu près telle qu'il l'avait laissée, car on n'y a ajouté que trois genres (Ararerica, Apecors, Caropsimorpnus), depuis ses derniers travaux.

Ces insectes ne diffèrent rigoureusement des Anisotomides, que par la saillie que font leurs trochanters postérieurs. Tous les autres caractères distinctifs sont d'importance secondaire et la plupart sujets à exception. Leurs larves également ne se distinguent essentiellement de celles de la tribu en question, que par la présence de six ocelles au lieu de deux. ü

Ce groupe n'a été jusqu'ici l'objet d'aucun travail général. Il se compose des douze genres suivants, qui tous, sauf un seul (Aparer1ca), ont des représentants en Europe.

en 1831, au fond de la célèbre grotte d’Adelsberg, par M. de Hohenwart, qui ven prit qu'un exemplaire, et ce n’est qu'en 1847 qu’elle a été retrouvée par M. F. Schmidt de Laybach. M. F. Sturm (loc. cit. pl. 376) est le premier qui ait donné les caractères du genre accompagnés d'excellentes figures ; seulement il $'est trompé en regardant comme des mâles les exemplaires qui n'ont que quatre articles aux tarses antérieurs, et comme des femelles ceux qui en ont cinq, erreur qu'il a corrigée lui-même plus tard. Pour des détails sur cette espèce et les autres Articulés qui vivent avec elle dans la caverne en question, voyez en outre Schiædte, loc. cit., et surtout Khevenhüller-Metsch, Verhandl. d. Zool.-Botan. Ver. in Wien, I, p. 405, et IE, p. 42. — Les deux autres espèces ont été découvertes par M. F. Schmidt, l’une (angustatus) dans la grotte de Voleja Jama, l’autre (sericeus) dans celle de Cuba Dol, et décrites par lui dans

la Gazette ent. de Stettin, 1852, p. 381, M. F. Sturm les a figurées toutes deux, Loc, cit. XXIL, pl, 306 et 307.

198 SILPHALES, 1. Antennes de dix articles: Necrophorus.

IL — deonze — -

A Le premier de longueur normale.

a Tête dégagée du prothorax, mobile:

Antennesen massue : Sipha, Necrophilus.

— fliformes: P{eroloma, Apatetica.

aa Tête courte, engagée dans le prothorax, peu mobile. d Point d’yeux : Leptinus, Adelops.

bb Des yeux.

Jambes inermes : Choleva, Catopsimorphus, Colon. — épineuses sur leur bord externe : Agurtes.

B Premier article des antennes très-grand : Sphærites.

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