SAN US SD LH SAT
me
URANG-OUTAN
C'est là, à vingt-cinq pieds environ au-dessus du sol que les Orimes en paltront Heads ir! : LL itt M, QUC ICS UEQDXS SC FOUFONT, HS G0TM
couchés sur le dos ou sur le côté, les membres repliés vers le corps, et l’un des bras étendus sur la tête qui repose dans la main, Quelquefois aussi ils se croisent les bras sur la poitrine, Pendant les nuits froides ou pluvieuses, ils se protégent le corps en le recouvrant de feuilles, et ils ne sortent de leur retraite que lorsque le soleil a dissipé les brouillards dont la forêt était couverte, ce qui a lieu vers neuf heures du matin, La manière dont ils grimpent aux arbres et se promènent sur les branches leur donne une apparence de flegnis et de circonspection réfléchie que l’on ne trouve pas ordinairement chez les Quadrumanes; et, sous ce rapport, leurs mouvements ressemblent plus à ceux de l'Homme, C’est avec la même prudence qu’ils passent d’un arbre à un autre, ayant soin de choisir les endroits où les rameaux s’entre-croisent; ils les réunissent, s'étendent de toute leur longueur sur ces ponts improvisés, en essaient la solidité avant d'en risquer le passage, Ils usent des mêmes précautions lorsque la crainte les oblige à fuir.
Comme la nourriture des Orangs-Outans consiste essentiellement en fruits, il s'ensuit que les lieux que ces Animaux choisissent pour demeure sont ceux où ils trouvent une subsistance plus abondante et plûs facile, Il en résulte aussi pour eux des habitudes plus ou snoins nomades, suivant les saisons, C’est ainsi qu’ils se montrent dans les parties méridionales de limérieur de Bornéo, et qu’ils font leur apparition sur la rive droite du Dousson pendant les mois d'avril et de mai, époque de la maturité des fruits du Ficus infectoria, dont eux et quelques autres Singes sont très-friands, Passé cette époque, on ne les voit plus dans ces localités, Indépendamment des fruits dont il vient d’être question et de ceux de quelques autres espèces de figuiers, les Orangs mangent aussi les bourgeons, les feuilles et les fleurs de certains arbres ou arbustes, Un vieux mâle, tué à l'embouchure du Sampiet, avait dans l'estomac des bandes d’écorces d'arbres d’un et deux pieds de longueur, et des semences non digérées provenant des fruits du Sandoricum indicum. Les Daiaks assurent que l’Orang ne fait point usage de nourriture animale, et M. Salomon Muller, qui à beaucoup étudié cette curieuse espèce, et au travail duquel tous ces détails sont empruntés, rapporte qu’un Orang mâle, haut de quatre pieds, que l’on avait réussi à prendre vivant, après l’avoir blessé, n’a jamais voulu toucher à aucune espèce de viande, soit crue, soit cuite. Lorsqu'un être vivant, un poulet, par exemple, l’approchait de trop près et venait ainsi le déranger, il le saisissait et le lançait loin de lui avec mécontentement,
Cet Orang était extrêmement sauvage, et, bien que souffrant des blessures que lui avaient faites les flèches empoisonnées des chasseurs, il était resté intraitable, Son œil perçant, son regard farouche et son extrême force musculaire, le rendaient redoutable, Il était faux et méchant. Presque toujours aecroupi, il se levait lentement, et, saisissant le moment opportun, il se lançait avec impétuosité sur l’objet qui lui portait ombrage, dirigeant le plus souvent une de ses mains vers la figure des personnes les plus rapprochées des barreaux de sa cage. Tant que cet Animal a vécu, on n’a pu lui faire prendre pour nourriture que du riz cuit, préparé en boulettes et froid, Il buvait beaucoup d’eau; il ne tâchait point de mordre, mais il paraissait user de ses bras vigoureux comme unique moyen de défense, et se fie. particulièrement à l'extrême force de ses mains,
Les Malais chassent habituellement les Orangs-Outans avec des flèches empoisonnées. Ils les poursuivent ainsi jusqu’à ce que ces Animaux, saisis de convulsions par la force du poison, se laissent tomber à terre, Alors on les achève avec de longues piques. Plusieurs peuplades de Bornéo sant très-friandes de leur chair, et leur font, pour s’en procurer, une guerre assidue, C’est :e qui explique comment on à pu réunir depuis quelque temps un nombre aussi cor derable de crânes de ces Animaux. On en posséde aujourd’hui de trèsbelles suites en Angleterre, en Hollande, en Belgique et même en France, ct leurs squelettes sont ivin d’être aussi rares dans les collections qu'ils Pont été pendant longtemps,
Lorsqu'un Orang a été abattu au moyen de flèches empoisonnées, les gens de Bornéo enièvent immédiatement une partie des chairs situées autour des blessures, puis its découpent
bras étendus r la poitrine, t de feuilles, la forèt était aux arbres et pection réfléapport, leurs e qu'ils pastre-croisent ; n essaient la la crainte les
s'ensuit que t une subsislus ou :noins méridionales sson pendant a, dont eux plus dans ces de quelques et les fleurs t, avait dans semences non e l’Orang ne p étudié cette qu'un Orang ir blessé, n’a 1 être vivant, | le saisissait
1e lui avaient œil perçant, Il était faux ment opporle plus souarreaux de sa e du riz cuit, dre, mais il e. particulié-
mpoisonnées.
r la force du es. Plusieurs ocurer , UNE ue temps un ’hui de trèsrs squelettes ps.
S de Bornéo ils découpeni
FAMILLE DES SINGES. 37 l'animal, le partagent en morceaux, et mettent soigneusement de côté la graisse qu'ils emploient pour préparer leurs aliments, Ils font rôtir la chair sur des brasiers, ou la coupent par tranches qu’ils font sécher au soloil et qu'ils désignent alors sous le nom de ding-ding. La peau leur sert à faire des jaquettes ou des bonnets de forme grotesque, dont ils s’affublent les jours de fête ou pour se donner, à l'occasion, un air redoutable. Lorsque l’Orang se sent blessé grièvement , il monte incontinent sur la cime de l'arbre sur lequel il se trouvait, ou, lorsque cet arbre n’est pas assez élevé, il passe sur un autre qui puisse mieux le mettre à l'abri des armes, Pendant ce temps, il fait entendre sa voix mugissante, qui ressemble à celle de la Panthère, Ne pouvant assouvir sa rage contre son ennemi, il s’en prend aux branches de l'arbre sur lequel il se trouve, casse des bâches de la grosseur du bras et les lance à terre, de façon que toute la cime est souvent dévastée pendant cette ascension tumultueuse. fl est probable que cette manière de fuir a pu fournir matière à tous ces contes exagérés relatifs aux projectiles que les Orangs lanceraient contre ceux qui les attaquent; ce qni est complétement faux , les grosses branches qu’ils cassent dans leur furie échappant aussitôt de leurs mains et tombant à terre, Cela est bien connu des chasseurs de Daïiaks, et ceux que M. Muller avait sous ses ordres (l’un avait Lué sept de ces Animaux et l’autre trois) assuraient que l'Homme ne court aucun danger dans cette attaque, L'Orang-Outan ne montre pas les dents à son adversaire comme le font quelques autres espèces de Singes, et il ne fait aucun usage de ces armes puissantes pour mordre; sa véritable force réside uniquement dans ses muscles. Malheur à qui serait enlacé par ses bras vigoureux; la prudence et la ruse viennent d’ailleurs au secours dé l’Orang pour l'aider à se soustraire à l'Homme, son plus redoutable ennemi, à Bornéo du moins, car à Sumatra , il est aussi attaqué par le Tigre royal, qui le surprend facilement à terre, mais qui ne peut cependant le poursuivre sur les grands arbres, dont le tronc est perpendiculaire,
L'Orang-Outan a le sens de l'ouïe très-délicat, et, au moindre bruit qu’il entend, sa défiance le met en éveil, La voix ou les pas d’un ennemi qui se dirige vers son gîte, le frottement des feuilles ou des fougères que l’on traverse l’avertissent et lui commandent la retraite. Alors il se glisse furtivement dans les touffes les plus épaisses du feuillage, et il s’y tient immobile jusqu'à ce que le danger soit passé, Aussi les Daiaks, habitués à cette chasse, observent-ils le plus profond silence pour tâcher d'atteindre l’'Orang par ruse ou par surprise.
Quoique les yeux de ce Singe, qui sont d’un brun clair, aient beaucoup de vivacité et montrent de l'expression , il semble néanmoins avoir la vue basse. Lorsque, en captivité, on lui montre des fruits cultivés, son avidité pour les posséder est extrême; aussitôt qu’il les tient, il les regarde de près, les tâte, les soumet à l’odorat, et les rejette souvent ensuite avec indifférence, Tout ce qui lui tombe sous la main est aussitôt porté par lui à peu de distance de ses yeux et bientôt après devant l'ouverture de ses narines , Ce qui a fait soupçonner qu’il à ce sens aussi peu développé que celui de la vue, On croit aussi qu’il a peu de finesse dans l’organe du toucher, qui est moins développé dans ses doigts que dans ceux de certains autres Quadrumanes, Les lèvres remplissent chez lui les principales fonctions tactiles, surtout la lèvre inférieure, qu'il a la facilité d'allonger et d'étendre d'une manière remarquable, Pour boire, il se sert de la main et laisse couler l’eau qu’elle peut con‘enir dans cette même lèvre inférieure, qui s’allonge alors en goutticre.
Get animal est morne et sédentaire, même à l’état de liberté ; Le besoin de nourriture semble seul le faire sortir de sa paresse ordinaire et l’engager à prendre du mouvement, Aussitôt repu, il reprend sa pose favorite : l'attitude accroupie, le dos courbé, la tête penchée sur la poitrine, le regard fixement dirigé en dessous, quelquefois retenu à une branche par l’un de ses bras étendu, le plus souvent les deux bras pendant le long du corps ; il reste ainsi des heures entières , faisant entendre par intervalles un son morne et bourdonnant, Après l’époque de l’accouplement les vieux mâles vivent complétement isolés; ceux qui ne sont pas adultes et les vieilles formelles se réunissent rarement en hoimbre au-dessus de trois où quatre; les
femelles pleines et celles qui allaitent s'isolent également, Le jeune reste longtemps auprès de sa mère, dout les soins lui sont nécessaires, vu la lenteur de son accroissement, Il accompagne celle-ci dans tous ses mouvements, constamment soutenu contre sa poitrine et se cramponnant à son pelage, On ne sait pas encore à quel Âge ies Orangs-Outans entrent en puberté, combien dure leur gestation, ni quelle peut être la longueur moyenne de leur vie, En prenant pour base la croissance très-lente des individus captifs, MM, Temminek et Schlegel sont portés à croire que ce n’est guère avant dix ou quinze ans que ces Animaux ont leur développement complet; dans cette supposition le terme moyen de leur vie scrail de quarante à cinquante ans.
Ce n’est qu’accidentellement que les Orangs-Outans s’éloignent des forêts humides que nous avons signalées comme étant leur séjour de prédilection, Un de ces Animaux errants fut pris, il y a plus de vingt ans, par MM, Craygimann père et fils, du brick anglais la Marie- Anne-Sophie, alors en relâche à Banboom, sur la côte nord-est de Sumatra, Ayant été avertis qu'un Animal de grande dimension se trouvait sur un arbre du voisinage, ils résolurent de s'en emparer, et plusieurs chasseurs du pays partirent avec eux, C'était un vieil Orang. A leur approche, celui-ci descendit de l'arbre sur lequel il était monté; mais, quand il vit qu’on s'app'ôtait à l’attaquer, il se réfugia sur un autre arbre, et rappela dans sa fuite l'aspect d'un Homme de la pius grande taille, dont la démarche eût été chancelante, et qui, pour ne pas trébucher, appuicrait de temps à autre ses mains sur le sol ou se servirait d’un bâton. Il cheminait alors assez doucement, Bientôt on jugea de son agilité et de sa force lorsqu'il fut parvenu sur une cime, Ce n’est qu'après avoir abattu plusieurs arbres et en agissant de ruse qu'on réussit à l'isoler, Il fut alors frappé successivement de cinq balles, dont une parut lui avoir traversé le ventre, Ses forces s'épuisèrent avec rapidité et semblèrent complétement éteintes , à la suite d’un vomissement copieux de sang noir, Néanmoins il se tenait toujours dans le feuillage, La surprise des chasseurs fut rande, lorsque, après avoir forcé son dernier asile, ils le virent se relever avec vigueur et s élancer aussitôt sur d’autres arbres; mais bientôt une faiblesse le fit retomber presque mourant, et tout annonçait qu'il allait rendre le dernier soupir. Les marins, se croyant assurés de leur proie, voulurent s’en emparer, mais la malheureux Animal recueillit ce qui lui restait de forces et se mit en posture de se défendre jusqu’à la dernière extrémité, Assailli à coups de piques, sa vigueur et l'énergie de ses membres robustes ne se démentirent point; il brisa comme un faible roseau la tige d’une pique qu’il avait saisie dans ses mains. Cet effort épuisa ce qui lui restait de forces, et renonçant à une défense devenue inutile, il prit, assure-t-on, l'expression de la douleur suppliante, La manière piteuse avec laquelle il regardait les larges blessures dont il était couvert, toucha tellement les chasseurs, qu’ils commencèrent à se reprocher l'acte de barbarie qu'ils avaient commis sur une créature qui leur semblait presque humaine, par la manière dont elle exprimait ses douieurs autant que par ses formes corporelles,
Lorsque cet Orang-Outan fut mort, les naturels qui arrivèrent autour des Européens, contemplérent sa figure avec un égal étonnement, Get Orang-Outan était dépaysé, et il devait avoir voyagé pendant un certain temps avant d'être parvenu au lieu où on l'avait tué, car il aveit de la boue jusqu'aux genoux, et les habitants de cette partie de Sumatra n’avaient aucun souvenir d'avoir jamais vu un semblable Animal. L’examen de la dépouille de ce Singe a permis à M. Clark-Abel d'en résumer ainsi les caractères; le visage était ridé et complétement nu, si ce n’est au menton et au bas des joues, où se développait la barbe; quelques cheveux d’un noir plombé tombaient sur les tempes et sur les côtés de la tête; des cils touffus garnissaient les paupicres, Les oreilles étaient petites, collées le long de la tête et hautes à peine de dix-huit lignes; elles ressembleraient parfaitement à celles de l'Homme si elles avaient un lobule, La bouche, grande et projetée en avant, avait ses lèvres minces et étroites ; la lèvre supérieure était recouverte par des espèces de moustaches. La paume des mains était très-longue et de la couleur de la face. Les ongles à tous les doigts étaient robustes, con-
mps auement, El oitrine et
ntrent en ir vie, En Schlegel out leur quarante
ides que rrants fut a Marie- 6 avertis lurent de Orang, A vit qu’on pect d'un ur ne pas bâton, Il rsqu'il fut it de ruse tlui avoir éteintes , rs dans le ier asile , entôt une er soupir.
alheureux usqu’à la s robustes vait saisie le défense re piteuse les chass sur une douieurs
ens, Cont il devait tué, car n'avaient > ce Singe t compléquelques ils touffus t hautes à e si elles t étroites ; lains était stes, Con-
vexes el très-noirs; le pouce ne dépassait pas la première articulation du doigt indicateur, Le pelage était généralement d'un brun rouge, passant au brun foncé en quelques endroits, et au rouge vif en d'autres, Partout le poit était très-long en dessus, surtout sur le formuit une ligne plus épaisse et plus fournie.
La note rédigée par M, Clark sur l'Orang-Outan, tué à Sumatra par MM, Craygimann, a paru dans 16 &, XV des fecherches asiatiques, Quoique les d4
dos, où il
tails qu’elle expose se rapportent plutôt aux caractères génériques de l'Animal qui a fait le sujet de son observation qu'à ses véritables particularités spécifiques, et que l'Animal fût dépouillé avant qu'il ne le vit, quelques auteurs y ont vu l'indication d’une espèce distincte de l'espèce ordinaire, à laquelle ils ont donné le nom de Simia Abeli, Nous rappellerons plus loin que diverses autres espèces ont encore été signalées dans ce genre, mais sans qu'il ait été possible d'en établir jusqu’à ce jour une définition réellement satisfaisante,
Le trajet que l'on doit faire exécuter aux Orangs pour les amener en Europe est plus long de beaucoup que celui que doivent faire ces Chimpanzés, et le voyage est aussi plus pénible, C’est là sans contredit une des causes de leur extrême rareté dans nos ménageries, et, jusqu'à ce jour, on n'a encore réussi à rapporter vivants qu’un assez petit nombre de ces Animaux, et tous étaient plus où moins jeunes; aussi n’en avons-nous une idée un peu exacte que pour une époque où leur caractère est encore fort doux, plein de confiance, trés-susceptible d'éducation, et, par conséquent, fort différent de ce qu'il deviendra dans un âge plus avancé, Plusieurs observateurs ont recueilli avec soin les particularités affortes par ces mêmes Orangs, qui se sont tous montrés familiers, et dont l'intelligence, sans égaler celle de l'Homme, a cependant paru supérieure à celle de tous les autres Animaux.
F, Guvier à essayé d'appliquer les règles de l'analyse psychologique à plusieurs des acte de l'un de ces jeunes Singes, qu'il a eu quelque temps sous les yeux, C’est par l'exposé de ses remarques que nous Continuerons l'histoire de cette intéressante espèce,
« Cet Orang-Outan, dit notre auteur, arriva à Paris dans le commencement du mois de mars 1808, M. Decaen, officier de marine et frère de M. Decaen, capitaine général des tles de France et de Bourbon, l'avait ramené de l’île de France, et en avait fait hommage À madame Bonaparte, dont le goût éclairé pour l’histoire naturelle fut si favorable aux progrès de cette science, Lorsqu'il arriva de Bornéo à l’île de F rance, On assura qu'il n'avait que trois mois ; son séjour dans ceite île fut de trois mois ; le vaisseau qui l’apporta en Europe mit trois mois à la traversée; il fut débarqué en Espagne, et son vo
yage jusqu'à Paris dura deux mois :
d’où il résulte qu'à
à la fin de l'hiver de 1808, il était âgé de dix à onze mois. Les fatigues d’un si long voyage de mer, mais surtout le froid que cet Animal éprouva en traversant les Pyrénées dans la saison des neiges, mirent sa vie à toute extrémité , et, en arrivant à Paris, il avait plusieurs doigts gelés, et il était atteint d’une fièvre hectique très-prononcée, Malgré les soins les plus constants, on ne put le rétablir, et il mourut aprés avoir langui pendant cinq mois, Pendant les premiers jours de son embarquement, cet Orang-Outan montrait beaucoup de défiance en ses propres moyens, ou plutôt, ne pouvant apprécier la cause du roulis, il s'en exagérait les dangers, Il ne marchait jamais sans tenir fortement en ses mains plusieurs cordes où quelque autre chose attachée au vaisseau. Il refusa constamment de monter aux mâts, quelque encouragement qu'il reçût des personnes de l'équipage; et il ne fut poussé à le faire sue par la force d'un sentiment ou d’un besoin que la nature semble avoir porté dans cette espèce à un très-haut degré de développement, celui de l'affection. «Il n'eut le Courage de monter aux mâts que lorsqu'il eut vu M. Decaen, son m monter lui-même; il le suivit, e éprouva le désir; l'expérience he
aître, y t, dès ce moment, il y monta seul chaque fois qu’il en ureuse qu’il avait faite lui donna assez de confiance en ses propres forces pour qu'il osât la répéler, Les moyens employés par les Orangs pour se défendre sont, en général, ceux qui sont communs à tous les Animaux timides : la ruse et la prudence; mais tout annonce que les premiers ont une force de jugement que n'ont point ja
REC PAS © ., Ÿ Ze 1 NA M 4, \ ee LN Ÿ, ‘et Ÿ 6 << PA \ ee TE 2:
0 rise a: | ' hi:
uu < LS. si . ci:
ce 2 =} :y 2<5 à zu ÊE à | É%S fl 29 RS - AN Ld AN Î SP, À VS NP TR JÈ à 4 ON TQ
plupart des autres, et qu'ils l’emploient dans l’occasion pour éloigner les ennemis plus forts qu'eux. Notre Animal avait coutume, dans les beaux jours, de se transporter dans un jardin où il trouvait un air pur et le moyen de se donner quelques mouvements, Alors il grimpait aux arbres et se plaisait à rester assis entre les branches, Un jour qu’il était ainsi perché, on parut vouloir monter après lui pour le prendre; mais aussitôt il saisit les branches auxquelles on s’accrochait et les secoua de toutes ses forces, comme si son idée eût été d’effrayer la personne qui faisait semblant de monter. Dès qu’on se retirait, il cessait de secouer les branches; mais il recommençait dès qu’on paraissait vouloir monter de nouveau, et il accompagnait ce geste de tant d’autres signes d’impatience ou de crainte, que son intention d’éloigner par le danger d’une chute ou par une chute même celui qui menaçait de le prendre fut évidente pour toutes les personnes qui se trouvaient en ce moment-là près de lui, Cette expérience, qui a été tentée plusieurs fois, a toujours eu les mêmes résultats, Souvent il se trouvait fatigué par les nombreuses visites qu’il recevait; alors il se cachait entièrement dans sa couverture, et n’en sortait que lorsque les curieux s'étaient retirés. Jamais il n’agissait ainsi quand il n’était entouré que des personnes qu’il connaissait, C’est à ces seuls faits que se bornent nos observations sur les moyens des Orangs pour se défendre ; maïs ils suffisent, je pense, pour convaincre que ces Animaux peuvent suppléer, par les ressources de leur intelligence, à celles qu’une faible organisation physique leur refuse, Les besoins naturels de ces Quadrumanes sont si faciles à satisfaire, qu’ils doivent trouver dans leur organisation assez de moyens pour ne pas être obligés d'exercer fortement, sous ce rapport, leurs autres facultés. Les fruits sont les aliments principaux dont ils se nourrissent ; et, comme nous l'avons dit, leurs membres sont essentiellement conformés pour grimper aux arbres, Il est donc vraisemblable que, dans leur état de nature, ces Animaux emploient beaucoup plus leur intelligence à écarter les dangers qu’à chercher les objets de leurs besoins, Mais tous les rapports doivent nécessairement changer dès qu’ils se trouvent dans la société et sous la protection des Hommes ; leurs dangers diminuent et leurs besoins s’accroissent, C’est ce que nous montrent tous les Animaux domestiques , et ce que devait, à plus forte raison, nous montrer notre Orang-Outan. En effet, son intelligence a eu beaucoup plus d'occasion de s'exercer pour satisfaire ses désirs que pour se soustraire aux dangers, Je dois placer dans cette premire division un phénomène qui pourrait tenir à l’instinct, le seul à peu près de ce genre que cet Animal m'ait offert. Tant que la saison ne permit pas de le laisser sortir, il avait une coutume singulière et dont il aurait été difficile de deviner la cause; c'était de monter sur un vieux bureau pour y déposer ses excréments; mais, dès que le printemps eut ramené la chaleur et qu’il fut libre de sortir de l'appartement, on trouva la raison de cette action bizarre : il ne manqua jamais de monter sur un arbre pour satisfaire aux nécessités de cette nature. Nous avons déjà vu qu’un des principaux besoins de notre Orang-Outan était de vivre en société et de s’attacher aux personnes qui le traitaient avec bienveillance, Il avait pour M. Decaen une affection presque exclusive, et il lui en donna plusieurs fois des témoignages remarquables. Un jour, il entra chez son maître pendant qu’il était encore au lit, et, dans sa joie, il se jeta sur lui, l’embrassa avec force, et, lui appliquant ses lèvres sur la poitrine, il se mit à lui têter la peau, comme il faisait souvent du doigt des personnes qui lui plaisaient, Dans une autre occasion, cet Animal donna à M. Decaen une preuve plus forte de son attachement, Il avait l’habitude de venir, à l’heure des repas qu’il connaissait fort bien , demander à son maître quelques friandises. Pour cet effet, il grimpait, par derrière, à la chaise sur laquelle M. Decaen était assis, de sorte qu’il ne pouvait le voir, de maniére à le reconnaître, qu'après être arrivé à la partie la plus élevée du dossier de la chaise; là perché, il recevait ce qu’on voulait bien lui donner, À son arrivée sur les côtes d’Espagne, M. Decaen fut obligé d'aller à terre, et un autre officier du vaisseau le remplagça à table; l’'Orang-Outan, comme à son ordinaire, entra dans la chambre et vint se placer sur le dos de la chaise sur laquelle ii croyait que son maître était assis; mais aussitôt qu'il s’aperçut de
plus forts un jardin 1 grimpait erché, on auxquelles ffrayer la 2couer les au, et il \ intention le prendre lui, Cette uvent il se ment dans n’agissait s faits que suffisent, es de leur aturels de œanisation urs autres mme nous bres, Il est D plus leur as les rapla protec- > que nous 1s montrer > s'exercer cette pregenre que avait une ter sur un ramené la on bizarre :
tte nature.
t de vivre avait pour des témoiau lit, et, yres sur la nes qui lui > plus forte aissait fort derrière, à maniére à chaise; Jà d'Espagne, sa à lable; sur le dos ’aperqut de
as
sa méprise et de l'absence de M. Decaen, il refusa toute nourriture , $e jeta à terre et poussa des cris de douleur én se frappant la tête, Je l’ai vu trés-souvent témoigner ainsi son impatience dès qu’on lui refusait quelque chose qu’il désirait vivement et qu’il avait sollicité, Cet Orang-Outan aurait-il été conduit à agir ainsi par une sorte de calcul? On serait tenté de le croire; car, dans sa colère, il relevait la tête de temps en temps, et suspendait ses cris pour regarder les personnes qui étaient près de lui, et voir s’il avait produit quelque effet sur elles et si elles se disposaient à lui céder, Lorsqu'il croyait ne rien apercevoir de favorable dans les regards ou dans les gestes, il recommençait à crier, Ge besoin d'affection portait ordinairement notre Orang-Outan à rechercher les personnes qu’il connaissait, et à fuir la solitude, qui paraissait beaucoup lui déplaire, et il le poussa un jour à employer encore son intelligence d’une manière très-remarquable, On le tenait dans une pièce voisine du salon où l’on se rassemblait habituellement; plusieurs fois il avait monté sur une chaise pour ouvrir la porte du salon; la place ordinaire de la chaise était près de cette porte, et la serrure se fermait avec un pène, Une fois, pour l'empêcher d'entrer, on avait ôté la chaise du voisinage de la porte; mais, à peine celle-ci fut-elle fermée, qu’on la vit s'ouvrir, et l’Orang-Outan descendre de cette même chaise qu’il avait apportée pour s'élever au niveau de la serrure.
«Les Hommes, au reste, ne sont pas les seuls êtres différents des Orangs-Outans auxquels ceux-ci peuvent s'attacher, Notre Animal avait pris pour deux petits Chats une affection qui ne lui était pas toujours agréable ; il tenait ordinairement l'un ou l’autre sous son bras, et, d’autres fois, il se plaisait à les placer sur sa tête; mais comme dans ces divers mouvements les Chats éprouvaient souvent la crainte de tomber, ils s’accrochaient avec leurs griffes à la peau de l’Orang-Outan, qui souffrait avec beaucoup de patience la douleur qu’il en ressentait. Deux ou trois fois, à la vérité, il examina attentivement les pattes de ces petits Animaux, et, après avoir découvert leurs ongles, il chercha à les arracher, mais avec ses doigts seulement ; n'ayant pu le faire, il se résigna à souffrir plutôt que de sacrifier le plaisir qu’il trouvait à jouer avec eux....., Pour manger, il prenait ses aliments avec ses mains ou avec ses lèvres ; il n’était pas fort habile à manier nos instruments de table, et, à cet égard, il était dans le cas des sauvages, que l’on a voulu faire manger avec nos fourchettes et avec nos Coutcaux; mais il suppléait par son intelligence à sa maladresse. Lorsque les aliments qui étaient sur son assiette ne se plaçaient pas aisément sur sa cuiller, il la donnait à son voisin pour la faire remplir; il buvait très-bien dans un verre en le plaçant entre ses deux mains. Un jour, après avoir reposé son verre sur la table , il vit qu’il n’était pas d’aplomb et qu'il allait tomber; il plaça sa main du côté où ce verre penchait pour le soutenir. ..... Presque tous les Animaux ont besoin de se garantir du froid , €t il est vraisemblable que les Orangs- Outans sont dans ce cas, surtout dans la saison des pluies, J'ignore quels sont les moyens que ces Animaux emploient, dans leur état de nature, pour se préserver de l’intempérie des saisons, Notre Animal avait été habitué à s’envelopper dans ses couvertures, et il en avait presque un besoin continuel, Dans le vaisseau, il prenait, pour se coucher, tout ce qui lui paraissait convenable ; aussi, lorsqu'un matelot avait perdu quelques hardes, il était presque toujours sûr de les retrouver dans le lit de l’Orang-Outan, Le soin que cet Animal prenait à se couvrir le mit dans le cas de nous donner encore une très-belle preuve de son intelligence, On mettait tous les jours sa couverture sur un gazon devant la salle à manger, et, après son repas, qu’il faisait ordinairement à table, il allait droit à sa couverture, qu’il plaçait sur ses épaules, et revenait dans les bras d’un petit domestique pour qu’il le portât dans son lit, Un jour qu’on avait retiré la couverture de dessus le gazon et qu’on l’avait suspendue au bord d'une croisée pour la faire sécher, notre Orang-Qutan fut, comme à l'ordinaire, pour la prendre; mais, de la porte, ayant aperçu qu’elle n’était pas à sa place ordinaire, il la chercha des yeux et la découvrit sur la fenêtre; alors il s’achemina près d'elle, la prit et revint, comme à l'ordinaire, pour se coucher, »
Un autre Orang, que l’on a conservé quelque temps à Londres, a fourni au D. Clark-Abel IC PARTIE, 6
le sujet d'intéressantes observations que nous reproduirons aussi presque textuellement,. Il était de Bornéo, et on l’envoya d’abord à Batavia, Son arrivée en Europe eut lieu en août 1817, et il y vécut jusqu’au 1°7 avril 1819, Lorsqu'on le prit à Bornéo, il resta paisible tant que le petit bâtiment qui le portait fut en pleine mer, et il ne se livra à la violence de son caractère que lorsqu'il se vit renfermer dans une cage de bambou destinée à le transporter à terre, Il essaya de mettre en pièces les barreaux de sa cage en les secouant violemment entre ses mains; mais, en voyant qu’il ne pouvait en venir à bout en les prenant en masse, il tâcha de les briser isolément, Il en reconnut un plus faible que les autres auquel il s’acharna tant qu’il tint bon. Étant parvenu à le rompre, il s’échappa. Lorsqu'on l’eut conduit à bord du vaisseau le César, qui devait le transporter en Angleterre, on essaya de le retenir au moyen d’une chaîne fixée contre les parois du navire par un crampon de fer; il eut bientôt brisé ce lien, et se sauva en entraînant après lui cette chaîne dont la longueur, gênant ses mouvements, lui inspira la réflexion d’en rouler l'extrémité ‘et de la jeter sur ses épaules. Après avoir plusieurs fois répété ce manége, et ennuyé de ce que cette chaîne ne restait point sur son dos, il finit par la prendre dans sa bouche afin de fuir plus à son aise, Après plusieurs essais tout aussi infructueux que le précédent, on renonça à tenir cet Orang-Outan à l’attache, et il lui fut alors permis de parcourir le vaisseau au gré de ses caprices. !i ne tarda point à se familiariser avec les matelots, qu’il surpassait en agilité, C’est en vain qu'ils essayaient fréquemment de l’atteindre en le poursuivant sur les agrès; ces jeux ne servaient qu'à montrer toute l'étendue de son adresse et la sagacité avec laquelle il savait éviter les piéges, Lorsqu'il était surpris, il cherchait à devancer ceux qui le poursuivaient; mais, lorsqu'il se trouvait trop vivement pressé, il saisissait la première corde venue en se balançant hors de leur portée, D’autres fois, négligemment couché dans les haubans ou sur la tête du mât, il attendait que les matelots, qui croyaient le surprendre, fussent arrivés à le toucher; alors, par un mouvement aussi rapide que la pensée, il se jetait sur quelque manœuvre courante, et se laissait glisser comme -un trait sur le tillac, ou, s’élançant sur le grand étai, il passait d’un mât à l’autre, en se balançant sur les mains, de même qu'un habile funambule, En vain secouait-on avec force les cordages mêmes auxquels il s'accrochait, ces secousses ne l’agitaient aucunement, tant ses muscles avaient de force et de puissance pour maintenir ses extrémités sur les corps qu’elles embrassaient, Parfois, lorsqu'il était de bonne humeur et en disposition de jouer, il s’élançait dans les bras du matelot courant à sa poursuite, et, après l'avoir touché de la main, il fuyait d’un bond hors de sa portée comme pour le défier de l’atteindre. Pendant son séjour à Java, le même Orang- Outan avait établi son gîte dans un grand Tamarinier, situé auprès de la maison de M. Abel, Il y avait formé un lit en entrelaçant les petites branches et en les couvrant de feuilles. Dans le jour, il s’y étendait nonchalamment , en ayant soin de placer sa tête hors de cette espèce de nid, afin de voir si les Hommes qui passaient au-dessous ne portaient pas des fruits; car, aussitôt qu’il en apercevait, il ne manquait pas de descendre pour en obtenir sa part. Il avait pour habitude de se coucher avec le soleil, ou plutôt lorsqu'il avait fait un copieux repas. Il était réveillé avec le jour, et sa première action était de visiter ceux dont il recevait habituellement sa nourriture,
Pendant la traversée il paraissait faire très-peu attention à plusieurs petits Singes de Java, ses compagnons de voyage, Une fois, cependant , il essaya de jeter à la mer une cage qui renfermait trois de ces Animaux, On suppose qu’il fut guidé dans cette action par le désir de se venger de ce qu’ils avaient reçu devant lui des aliments dont il n'avait pas eu sa part. Cependant, quoiqu'il ne s’en occupât guère, dans la plupart des cas, M. Abel pense qu’il était moins indifférent à leur société lorsqu'il n’était pas observé, et il fut un jour surpris sur l'ayant du mât de misaine jouant avec un jeune Semnopithèque, Couché sur son dos, et en partie couvert d'une voile, il contempla quelque temps avec une grande gravité les gambades . du Singe qui était au-dessus de lui; mais, à la fin, il l’atlrapa par la queue et essaya de le
US on est jet
textuellement.
e eut lieu en resta paisible iolence de son transporter à emment entre en masse, il 1 il s'acharna onduit à bord le retenir au il eut bientôt ur, gênant ses r ses épaules.
e restait point près plusieurs -Outan à l’ataprices. |! ne en vain qu'ils k ne servaient vait éviter les t; mais, lors- | se balançant ns ou sur la nt arrivés à le * quelque malançant sur le même qu’un els il s'accrorce et de puisfois, lorsqu'il as du matelot ad hors de sa même Crangn de M. Abel, feuilles, Dans e cette espèce les fruits; car, ir sa part. Il it un copieux ont il recevait
nges de Java, une cage qui n par le désir as eu sa part.
ense qu’il était ur surpris sur son dos, et en les gambades t essaya de le
rouler dans sa couverture, Cependant l’action ne paraissait pas se passer entre égaux, car l'Orang-Outan ne daigna pas folâtrer avec le Singe comme il le faisait avec les mousses, Au contraire les Singes avaient évidemment une grande prédilection pour sa société, et lorsqu’ils étaient détachés , ils allaient le trouver.
Quoique ordinairement très-doux et très-disposé à jouer, le même Orang se mettait parfois en colère, et il exprimait alors sa rage en ouvrant la bouche, en montrant ses dents, en saisissant et en mordant ceux qui étaient près de lui, Quelquefois il parut presque désespéré, et, en deux ou trois occasions, il se livra à des actes qui, dans un être raisonnable, auraient été regardés comme la menace d’un suicide, Si on lui refusait obstinément une orange lorsqu'il essayait de s’en saisir, il poussait de grands cris et il s’élançait avec fureur sur les cordages; ensuite il revenait et essayait derechef de l'obtenir. S’il était encore joué, il se roulait comme un enfant sur le pont, en jetant les cris les plus perçants, Une fois, se levant soudain, il s’élança avec dépit sur le côté du navire et disparut. Témoins de cette action, les matelots crurent d’abord qu'il s’était jeté à la mer; mais, après l'avoir cherché, on letrouva caché sous les chaînes des haubans. À bord, il dormait habituellement sur la tête du mât (le chouc), en s’enveloppant d’une voile, Il se donnait beaucoup de mal pour faire son lit, et ne manquait pas de le débarrasser des objets qui auraient pu rendre inégale la surface sur laquelle il voulait reposer; content de cet ‘arrangement, il tirait sur lui la voile et s'étendait sur le dos. Quelqueïois M. Abel s’emparait de son lit et aiguillonnait son humeur en refusant de le lui rendre. Alors il s’efforçait de tirer à lui la voile et ne voulait se reposer que lorsqu'il était resté maître du terrain. Si le lit était assez large pour deux, il se couchait tranquillement auprès de la personne qui était venue l’occuper avec lui, et s’il arrivait que toutes les voiles fussent dépliées, il cherchait un autre objet, prenant soit une veste, soit une chemise de matelot, ou bien il tâchait de se procurer la couverture de laine de quelque hamac.
Lorsqu'on doubla le cap de Bonne-Espérance, cet Orang souffrit beaucoup du froid, surtout dans les premières heures de la matinée; aussi lorsqu'il descendait du mât, tout transi, il courait vers un matelot de ses amis, se jetail dans ses bras et le serrait fortement pour se réchauffer. Il poussait des cris violents si on essayait de l’éloigner,
Sa boisson, à Java, avait été de l’eau, pendant la longue traversée qu'il eût à supporter, elle fut aussi variée que les mets qui formaient sa nourriture; toutefois, il affectionnait le thé et le café, mais il acceptait le vin, et il prouva un goût très-vif pour les liqueurs fortes en dérobant une bouteille d’eau-de-vie au capitaine. À Londres, il préféra le beurre et Lo lait à toute autre substance, sans perdre toutefois ses dispositions pour le vin et les liqueurs.
Deux fois seulement cet Animal manifesta une grande frayeur. Ce fut à la vue de huit grandes Tortues qui furent apportées à bord, tandis que le César était en face de l’Ascension. Alors il grimpa en toute hâte sur la partie du vaisseau la plus élevée, et, de là, regardant au-dessous de lui, il allongea ses longues lèvres et fit entendre en même temps un son qui, d’après M. Clark, tenait le milieu entre le coassement d’une Grenouille et le grognement d’un Cochon. Au bout de quelque temps, il s’aventura à descendre, mais avec beaucoup de précaution et en regardant continuellement les Tortues. On ne put jamais l’en faire approcher qu’à plusieurs toises de distances, Dans une autre occasion, il monta à la même hauteur et fit le même grognement, Ce fut en présence de plusieurs Hommes qui se baignaient et qui plongeaient dans la mer.
Les Orangs adultes ne sauraient supporter aussi facilement la captivité que les jeunes Animaux de leur espèce, et ils diffèrent beaucoup des Singes ordinaires sous ce rapport; ils seraient d’ailleurs très-dangereux à cause de leur grande force et de leur méchanceté, Comme il est en même temps très-difficile de les prendre en vie, on n’en a possédé qu’un très-petit nombre ayañt dépassé le premier âge, Il n’en est peut-être sorti aucun des Îles de la Sonde, et ceux qu'on y a possédés captifs n'ont vécu que fort peu de temps, Lorsque les chasseurs de
AT ER RE Sa en
SRE
ne
moire très-intéressant,
L'Orang qui a vécu à Paris en 1836, et dont la présence attira pendant plusieurs mois un si grand concours de visiteurs, était un de ces jeunes individus que les Malais se procurent en tuant les femelles mères. Il était originaire de Sumatra, M, de Blainville ayant eu connaissance, par un de ses anciens élèves, M. 1e D. Marion de Procé, de l’arrivée de ce curieux Singe à Nantes, le fit aussitôt acheter pour le Muséum de Paris. Voici quelques renseignements qui furent alors publiés sur cet Animal : Le capitaine Vanisghen, qui avait luimême amené son Orang au Muséum, s'était adressé, pour l'avoir, à quelques chasseurs de l’île de Sumatra. Ceux-ci s'étant mis aussitôt en recherche rencontrèrent une femelle portant son petit encore fort jeune, Cette femelle, poursuivie avec ardeur, se réfugia sur un arbre dont toutes les branches furent successivement abattues, Une seule branche restait encore, celle qui supportait l’Animal. Celui-ci, se voyant cerné de toutes parts, allait s’élancer sur un arbre voisin, lorsqu'un Homme de la troupe lui coupa d’un coup de hache une des mains de devant, La mère saisit alors son petit de l’autre main; mais comme il lui devint impossible de se soutenir, elle ne tarda pas à tomber au pouvoir de ses agresseurs. Elle fut aussitôt emmenée, ainsi que son petit; mais les fatigues du voyage et la chaleur extrême augmentérent la gravité de sa blessure, et une dégénérescence gangreneuse la fit bientôt périr.
Le petit survécut. Son âge fut approximativoment évalué à six semaines ; il était entièrement nu, et ce ne fut que plus tard que des poils recouvrirent son corps. Ceux du dos parurent les premiers , puis ceux du ventre et des parties inférieures. Néanmoins ce jeune Orang avait déjà fait ses dents incisives. Les quatre canines et les molaires, au nombre de huit lorsqu’il vint à Paris, se montrèrent plus tard, mais sans occasionner aucun malaise appréciable. Il fut en partie nourri avec de la bouillie, qu’on était obligé de lui donne comme on la donne à un enfant, Il était très-faible et encore peu intelligent; depuis, il est devenu très-actif, doux de caractère et sensible aux caresses, Il affectionnait surtout son maître, mais il était familier avec tout le monde, prenait la main des visiteurs et s’accrochait à leurs jambes ou leur montait sur les épaules. C'était en lui donnant des soufflets et même des coups de corde que M, Vanisghen le corrigeait quand il était trop turbulent, L’Animal s’asseyait alors dans un coin, se cachait la figure dans les bras, et, dit-on, se mettait parfois à pleurer, Dans ce dernier cas, il portait ses mains sur ses yeux comme pour les essuyer, Cet Orang a vécu six mois à Paris. Son intelligence, autant que sa ressemblance extérieure avec l'espèce humaine, lui firent bientôt une immense réputation et la foule accourait chaque jour
pour le voir.
On a conservé le souvenir de quelques-unes de ses actions les plus remarquables. Le trait suivant m'a été communiqué par M. de Blainville, Après être passé des mains de son maître dans celles du gardien auquel l'avait confié M, Geoffroy - Saint-Hilaire, directeur de la Ménagerie du Muséum, le jeune Animal semblait avoir oublié celui qui l'avait ramené de si loin et avec qui il avait passé un temps assez lon plusieurs mois de séparation, il le regarda d’abord avec attention, s'élança bientôt dans ses
Sumatra ou de Bornéo découvrent dans les forêts une femelle avec son nourrisson, ils tàchent de tuer la mère afin de se rendre maîtres du jeune Animal, qu’ils conservent assez facilement en vie au moyen du riz bouilli, des bananes, etc. Les petits Orangs sont très-friands de canne à sucre; ils boivent avec avidité de l’eau sucrée, et ils mangent le sucre des palmiers et du tébou. Plus tard, on les accoutume à se nourrir d’autres fruits, et même de viande bouillie ou rôtie, etc. Les navires qui touchent à Bornéo et à Sumatra peuvent assez souvent se procurer ces jeunes Animaux, et l’on en envoie très-fréquemment à Batavia, C’est ce qui a fait croire qu’ils habitaient naturellement l’île de Java. Toutefois il n’en est rien. On n’a plus de doute à cet égard depuis les recherches des naturalistes hollandais que le gouvernement a envoyés pour explorer les Îles de la Sonde, et, en particulier, depuis celles de M. Salomon Muller, recherches dont MM. Temminck et Schlegel ont fait le sujet d’un Mé-
mais, ayant pu le revoir après
, ils tâchent z facilement ds de canne Imiers et du mde bouillie vent se prost ce qui a ien, On n’a : le gouveris celles de et d’un Mé-
sieurs mois s Malais se nville ayant rrivée de ce ici quelques jui avait luiss chasseurs une femelle ugià Sur un nche restait ait S’élancer che une des il lui devint sseurs. Elle eur extrême ientôt périr. tait entièredu dos pa- IS ce jeune | nombre de Cun malaise nneï comme l est devenu son maître, chait à leurs t même des inimal s’asait parfois à :ssuyer, Cet érieure avec chaque jour
quables, Le ains de son >, directeur vait ramené evoir après Ôt dans ses
bras, ot lui témoigna par mille caresses la joie qu’il éprouvait à le retrouver, Il aimait beaucoup la société, et pourvu qu’on voulôt bien jouer avec lui, le rouler à terre, le balancer le laisser grimper quelque part, il s’inquiétait assez peu si les personnes au milien desquelles il se trouvait lui étaient connues ou non; et pendant tout le temps qu'on a pu l’étudier, soit à bord du bâtiment qui l'a conduit en France, soit à Paris, il a toujours montré les mêmes dispositions, À la Ménagerie, il vivait familiérement avec les enfants de son gardien, qui formaient sa société la plus habituelle, Il avait pour eux tous les égards que leur faiblesse aurait pu attendre d'une personne raisonnable, et il montrait les mêmes dispositions bienveillantes dans ses rapports avec tous les autres enfants; il n'avait pas toujours les mêmes ménagements pour les grandes personnes, Peu difficile sur le choix de la nourriture, cet Orang était devenu le commensal de son gardien, et il mangeait de tout comme lui et sa famille. Il aimait assez les choses sucrées, et lorsque certains mets avaient besoin d'être mangés avec précaution, il savait parfaitement s’en tirer, Il prenait les uns après les autres les grains des grappes de raisin qu’on lui donnait, buvait avec un verre, se servait assez adroitement d’une cuiller, ete, Si c'était du pain avec des confitures qui lui avait été remis, il imitait les enfants, qui commencent par les confitures et font ensuite fi du pain, Un jour qu'on lui avait donné de la salade trop vinaigrée, nous l'avons vu éponger entre deux plis de la couverture sur laquelle il reposait les feuilles trop acidulées, et les reporter ensuite à sa bouche; il les mangeait alors après les avoir goûtées de nouveau. Cet Orang ne tarda pas à tomber malade. Malgré les soins qu’on lui prodigua, et qui furent dirigés par plusieurs savants médecins de l'hôpital qui avoisine le Jardin des Plantes, malgré les médicaments qu’on lui fit prendre de plusieurs manicres et quelquefois bien malgré lui, il ne tarda pas à succomber, M. de Blainville en fit une dissection minutieuse, attachant une importance particulière à connaître la myologie de ses mains et la conformation de son cerveau, que d'autres auteurs ont également étudié avec tout le soin qu'il mérite, (Figure au 1/10).
Ainsi qu’on peut le supposer d’après tout ce que nous avons déjà dit, la constitution physique des Orangs change considérablement avec l’âge, et il en est de même de leurs
caractères moraux, Ces modifications, dont presque toutes les parties du squelette subissent l'influence, se font surtout sentir sur la
forme du crâne, et celle-ci est si différente dans les jeunes de ce qu’elle devient chez les adultes, que des naturalistes éminents, tels que Geoffroy-Saint-Hilaire, Lacépède et Cuvier, ont, pendant quelque temps, classé dans deux genres distincts les jeunes et les vieux sujets de cette espèce qu'ils ont pu observer. Le Hollandais Wurmb avait pourtant décrit, en 1780, dans les Mémoires de la société de Batavia, un vieil Orang de Bornéo sous le nom de Pongo, parce qu'il avait cru y reconnaître le Pongo de Buffon, qui est un Animal d'Afrique. Ces observations, qui furent traduites en français, n’empêchèrent pas que l’on gonsidérât ce Pongo comme étant un Animal tout différent de l'Orang et qui devait constituer un autre genre. Dans leur classification, les principaux zoologistes français le séparèrent même par plusieurs autres genres de celui des Orangs, qui ne comprenait plus en réalité que le jeune âge de l’Animal dont le Pongo de Wurmpb était l'adulte, Cette erreur out crédit pendant plu-
CERVEAU DE L'ORANG, 23 de grand.
sieurs années, et on la trouve reproduite dans tous les ouvrages zoologiques de l'époque,
Le squelette de l’exemplaire même qu'avait observé Wurmb ayant été apporté à Paris et déposé dans les galeries d'anatomie comparée du Muséum , où on le conserve encore, fut regardé comme une nouvelle preuve que ces deux prétendus genres avaient été justement distingués l’un de l’autre. La grandeur de l’Animal dont provenait ce squelette, comparée à celle des Orangs décrits par Camper ; l'énorme proéminence de la partie faciale du crâne; la petitesse comparative de la cavité cérébrale; le développement exagéré des crêtes osseuses qui servent à l'insertion des muscles des tempes et de l’occiput, tout semblait confirmer cette distinction et s’accorder parfaitement avec l'importance que l’on attribuait alors «ans la classification des Singes aux caractères tirés de l’angle facial. Toutefois, des doutes ne tardèrent pas à s'élever au sujet du genre Pongo, lorsqu'on put observer l'un des âges intermédiaires entre lui et le jeune Orang. En 1817, G. Cuvier pensa qu'il y avait lieu à un nouvel examen, lorsqu'il eut l’occasion d'étudier un crâne, sans doute de Bornéo, que le directeur du Jardin botanique de Calcutta, M. Wallich, lui avait adressé, En effet, ce crâne n'avait pas précisément la même forme que celui de l’Orang mort à la Malmaison, et, quoiqu'il fût encore loin de ressembler à celui du Pongo de Wurmb, il indiquait évidemment un état | intermédiaire entre l’un et l’autre, Il était, d’ailleurs, facile de reconnaître, à sa dentition, qu’il était plus jeune que le second, mais aussi plus âgé que le premier. On était donc naturellement conduit à l'opinion que l’Animal auquel il appartenait avait d’abord ressemblé » davantage au véritable Orang, et que, s’il eût vécu plus longtemps , il serait devenu plus ou moins semblable au Pongo. Tilésius et Rudolphi, cités par Guvier, eurent, de leur côté, la même opinion, E. Geoffroy accepta aussi que le Pongo n'était qu’une deuxième espèce du même genre que l’Orang.
Voici comment M. de Blainville rapporte, dans le tome LXXXVI du Journal de Physique (année 1818), dont il était directeur, la communication faite à l’Académie des sciences par Cuvier, au sujet du crâne envoyé par M. Wallich : «M. G, Cuvier, dans la séance du 9 février de l’Académie des sciences, a annoncé que, comme nous ne connaissions encore l'Orang- Outan roux que dans son très-jeune âge , il se pourrait qu’à l’état adulte, son crâne, que l'on regarde comme exempt de toute crête sourcillière et occipitale, en acquit peut-être d'aussi fortes que dans le Pongo; ce qui l’a porté à penser ainsi, c’est la connaissance d’un crâne d’Orang , envoyé de l’Inde par M. Wallich, mais dont on ignore au juste la patrie, et qui offre un museau et des crètes occipitales et sourcillières assez prononcées, pour pouvoir être regardé comme intermédiaire à ceux de l’Orang roux et du Pongo, Ne se pourrait-il pas aussi qu’il y eût plusieurs espèces d’Orangs-Outans; c’est ce que paraît penser M. Cuvier. M. le D, Leach avait, en effet, cru qu’il y a un Orang-Outan qui a constamment un ongle aux pouces des pieds et un autre qui n’en a pas, C’est à Gamper que nous devons le caractère donné comme spécifique de l’Orang roux de Bornéo , et qui consiste dans l’absence de l’ongle aux pouces de derrière; et, en effet, sur huit individus qu’il eut l’occasion d'observer avec soin, sept (tous femelles), n’en avaient aucun, et un seul (mâle) en offrait un petit à un 1 4 seul pied. D’après ce que m'en a dit M. Leach, un ina:vidu , actuellement vivant à Londres, à n’en à pas, non plus qu’un autre conservé dans la collection du collége royal des chirurgiens ; d’autre part, l'individu femelle que M. F, Cuvier a décrit dans les Annales du Muséum , et dont la peau bourrée existe dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle, a un ongle parfait à tous les pouces.. Il en est de même de celui dont M. Tilésius nous à donné la description dans ses produits d'histoire naturelle recueillis dans l'expédition autour du monde de l'amiral Krusenstern, et il est certain que Wurmb, qui a décrit l’Orang roux et le Pongo sous le même nom générique d'Orang-Outan, en les distinguant seulement par les épithèdes de petit pour le premier et de grand pour le second, dit positivement que tous les doigts sont } pourvus d'ongles noirs, presque semblables à ceux de l'Homme... Mais ce crâne intermé- ; diaire à celui du Pongo ne prouvorait-il pas aussi le ranprochement que nous avons constam-
e l'époque.
rté à Paris encore, fut 5 justement comparée à » du crâne; cs osseuses t confirmer lors «ans la utes ne tares intermé- \ un nouvel le directeur ‘ne n'avait quoiqu'il fût ent un état à dentition, donc natu- | ressemblé enu plus ou sur côté, la > espèce du
de Physique ciences par du 9 février re l'Orangcrâne, que it peut-être ssance d’un a patrie, et our pouvoir urrait-il pas M. Cuvier.
nt un ongle le caractère e de l'ongle server avec à petit à un à Londres, des chirurdu Muséum , à un ongle )nné la deslu monde de Pongo sous épithèdes de ; doigts sont ne interméps constam-
ment fait de ces deux Animaux, et peut-être même l'opinion de M. Tilésius, qui pense que celui-là n'est qu’une variété d'âge ou de sexe de celui-ci? C'est ce qui nous sanble fort probable, »
CRANE DE L'ORANG JEUNE, 1/3 de grand, CRAN&S DE L'ORANG ADULTE MALE, 2/7 de grand,
Ainsi, dès l'année 1818, la question de l'identité, au moins générique sinon spécifique, de l'Orang-Outan et du Pongo put être considérée comme résolue dans le sens affirmatif, et il ne resta plus qu’à décider si l’on devait distinguer plusieurs espèces ou seulement une seule dans le genre de ces Singes Anthropomorphes. Quelques compilateurs n'en ont pas moins continué à parler séparément de ces déux prétendus genres, et on les trouve encore signalés comme distincts l’un de l’autre dans quelques publications récentes; quoique tout ce qu'on a pu observer ait démontré que l'opinion contraire était seule convenable,
Wurmb, comme on l’a rappelé, distinguait un grand et un petit Orang, et il réservait au premier le nom de Pongo imaginé par Buffon, ne pouvant regarder ni l’un ni l’autre de ces Singes comme le Jocko du célèbre naturaliste français, qui est Africain et répond au Chimpanzé des auteurs actuels,
La manière dont Buffon a exposé l’histoire de ces deux genres de Singes n'avait pas peu contribué à introduire de l'incertitude à leur égard dans l'esprit de ses lecteurs. Il intitule son travail sur ce point : Les Orangs-Outans ou le Pongo et le Jocko; et il dit en commençant : « Nous présentons ces deux Animaux ensemble, parce qu'il se peut qu'ils ne fassent tous deux qu’une seule et même espèce, 11 était peut-être difficile de mieux faire à cette époque, Les Animaux de l’Inde n'avaient encore été comparés que fort incomplétement avec ceux de l'Afrique, et on avait tellement exagéré les rapports des Singes Anthropomorphes avec l'Homme, qu’il semblait, comme le dit Buffon, que rien ne leur manquât que la parole, « M. Linnœus, ajoute-t-il, dit, d’après Kjoep et quelques autres voyageurs, que cette faculté même ne manque pas à l’Orang-Outan, qu'il pense, qu'il parle et s'exprime en sifflant; il l'appelle Homme nocturne, et en donne en même temps une description par laquelle il ne serait guère possible de décider si c’est un Animal ou un Homme (1). » Ce que Buffon dit particulièrement de son Jocko, qu'il a vu vivant, se rapporte au Chimpanzé; mais quant aux détails qu'il reproduit d’après les auteurs qu’il a consultés, il faut y faire quatre parts distinctes : la première, pour ce qui a trait aux véritables Orangs de Sumatra et de Bornéo ; la seconde, relative aux Chimpanzés; la troisième, propre aux Gorilles; et la quatrième, se rapportant à d’autres Singes encore différents, et dont les uns sont des Gibbons et les
(1) M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire fait remarquer avec raison que cet Homme nocturne ou ce Troglodyte de Linné, n'est qu'une espèce nominale à retrancher de Ja synonymie, comme formée à l'aide de traits empruntés aux sources les plus diverses, « L'Homo troglodyte, ajoutetil, se rapporte plutôt aux grands Singes anthropomorphes d'Asie qu'à ceux d'Afrique, mais bien plus encore à divers Æbinos humains. »
autres des Mandrills, Ce n’est qu’à la suite des travaux des naturalistes hollandais de la fin
du dernier siècle, Vosmær, Camper, Wurmb, etc,, que l'histoire des véritables Orangs a com- ( mencé à s'éclaireir, Ses progrès récents sont également dus pour la plapart aux naturalistes sl de la même nation qui ont été chargés d'explorer les îles de la Sonde. n M. Salomon Muller, que nous avons déjà eu l'occasion de citer, assure qu'il n'existe pas e moins de trois espèces de ces Animaux; mais il n'a pas été possible, jusqu'à ce jour, de les (f définir avec exactitude, et encore moins d'établir pour chacune d'elles la série complète de v ses divers âges, D'ailleurs, les caractères soit ostéologiques, soit physionomiques ou de couleur, que l’on a indiqués à l'appui de ces distinctions, n'ont peut-être pas encore reçu la n sanction d’un examen suffisamment comparatif, et l’on est encore en droit de demander s'ils a ont la valeur de ceux qui distinguent entre elles les véritables espèces, et s'ils justifient p autre chose que la distinction de plusieurs races toutes appartenant à une seule et même ( espèce, Dans son Cours de l'histoire des Mammifères, Geoffroy-Saint-Hilaire admet, avec d Wurmb , deux espèces d'Orangs. La première, ou l'Orang roux, serait le Simia satyrus des " auteurs, et, en particuiier, de Linné; ce serait aussi l’'Homo sylvestris de l'iconographe st anglais Edwards, le Simia agrias de Schreber, et le Jocko d’Audebert, La même espèce aurait s été étudiée par Tulpius, Camper, Vosmeær, Allamand, F, Cuvier et Bory-Saint-Vincent, — La a deuxième espèce serait celle décrite par Wurmb, et dont le squelette a été successive- (à ment figuré par E, Geoffroy-Saint-Hilaire, par Audebert, et par M, de Blainville dans son ce Osléographie, Geoffroy-Saint- Hilaire l’appello Orang brun ou de Wurmb. C'est le Pongo el Wurmbii de Desmarest, Son pelage est brun et ses joues ont une large excroissance charnue. n. — Une troisième espèce, ajoutée par quelques auteurs, aurait pour type le vieil Orang décrit pi par Clark-Abel, en 1825 (Pongo Abelii, Lesson), dont la taille serait presque gigantesque, q car, tandis que les autres Orangs connus ne dépasseraient pas un mètre et demi en hauteur, celui-ci alteindrait plus de deux mètres (sept pieds anglais). — Une quatrième espèce, s( - soupçonnée par M. de Blainville, serait indiquée par le crâne dû aux soins de M. Wallich, d M. de Blainville l’a provisoirement inscrite sous le nom d'Orang de Wallich. —Une cinquième sl est annoncée par M. R. Owen; elle repose sur un crâne envoyé de Bornéo, que ce savant Ë ce anatomiste a décrit sous le nom de Simia morio (dans le tome IT des Transactions de la sociélé zoologique de Londres), —De son côté, M. Is. Geoffroy a également vu dans le jeune Orang de Sumatra , qui vivait à Paris en 1836, et dont il a fait placer la peau montée dans les galeries du Muséum, un Animal différent de l'espèce ordinaire, ainsi que de celle de à 4 Bornéo, et il lui a donné le nom de Simia bicolor. Dans son premier Mémoire sur la famille : d des Singes, inséré dans les Archives du Muséum d'histoire naturelle, il le définit ainsi : Pelage s roux supérieurement et au milieu du ventre, fauve, blanchâtre sur le bas du ventre, les mn flancs, les aisselles, la portion interne des cuisses et le tour de la bouche, » à :
Aucun naturaliste ne s’est encore trouvé en mesure d'établir une synonymie rigoureuse de =]
ces différentes espèces d'Orangs, et nous devons nous borner, pour le moment, à appeler ë sur elles l'attention des observateurs qui pourront les faire connaître dans tous les détails de à: leurs caractéres, ‘ GENRE GIBBON (Æylobates d'Illiger). Les trois genres remarquables dont nous venons de terminer l’histoire ont bien plus d’analogie avec l'Homme, dans leur organisation et même dans leur intelligence, que celui-ci, et cependant il n’est plus possible, même aujourd’hui, de le considérer comme appartenant à un autre groupe. Toutefois il ne faut pas, comme le voulait Linné, réunir dans un même genre l’homme, les Gibbons et les trois espèces dont nous avons déjà parlé, Des différences dont la valeur est incontestablement égale à celle des caractères appelés génériques par tous les naturalistes actuels séparent ces dernières les unes des autres et en même temps elles les éloignent du genre humain, . À plus forte raison, les Gibbons sont-ils dans le même cas. Inférieurs sous presque tous les rapports aux genres précédents, ils doivent être placés encore plus loin de l'Homme
th 4h ne Ë :