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CHAUVE-SOURIS À DIVERS AGES DE LA VIE EMBRYONNAIRE

Le squelette des Cheiroptères présente, de son côté, plusieurs dispositions dignes d'être signalées. Telles sont l’ossification et la réunion très-précoce des os du crâne ; l'état toujours incomplet du cercle orbitaire ; la saillie plus ou moins grande du sternum, qui simule une sorte de bréchet utilisé pour l’attache des muscles pectoraux , toujours très-puissants ; le grand développement des clavicules ; la gracilité du cubitus, où même sa disparition plus où moins complète à mesure que le développement s'opère ; la présence d'une petite rotule cubitale placée au-dessus de la saillie olécränienne; la grande mobilité de la symphyse pubienne chez les femelles, ete.

Les pieds de derrière ont des ongles crochus qui servent aux Chauve-Souris pour s’accrocher et se suspendre, Le pouce des membres antérieurs sert également au même usage; en général, c'est le seul doigt de leurs mains qui ait un ongle. Il faut cependant faire une exception pour les Roussettes, qui, sauf l2 Céphalote, ont encore un ongle au doigt indicateur, Les doigts allongés présentent quelques variations dans le nombre de leurs phalanges, suivant les genres chez lesquels on les étudie.

Dans les contrées froides ou tempérées, les Chauve-Souris tom- SrERxUM DE ROUSSRTTE, bent, en hiver, dans un état d'engourdissement qui se prolonge site autant que la mauvaise saison. Elles présentent alors les mêmes particularités que les autres Animaux hivernants.

Les nombreuses espèces de Cheiroptères que les naturalistes modernes ont décrites sont répandues sur tous les points du globe; on n’en connaît cependant que quelques-unes à la Nouvelle-Hollande, et elles sont encore plus rares dans les îles du grand Océan, La répartition géographique de ces Animaux est presque aussi régulière que celle des Primates. Ainsi, les Roussettes manquent à l'Amérique et se trouvent dans les diverses parties de l’ancien continent, la Nouvelle-Hollande comprise (il n’y en a pas en Europe); les Rhinolophes et les autres genres de la même famille qu'eux s'observent en Europe, ainsi que dans les pays où il y a des Roussettes ; les Phyllostomes et divers genres plus ou moins analogues sont uniquement Américains, et l’on a constaté l'ancienne existence de quelques espèces de la même famille dans les contrées où vivent ses représentants actuels. C'est ce qui résulte des observations faites par M, Lund au sujet des Mammifères fossiles du Brésil. Au con-

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des Molosses et des Vespertilions qui fournissent des espèces à l'Amérique aussi bien qu'à l'ancien continent. Le grand genre des Vespertilions est surtout remarquable par la dispersion des espèces qui lui appartiennent ; maïs il faut remarquer que ces espèces sont aussi les derniers des Cheiroptères, et que, dès lors, il est moins singulier de voir coïncider la localisation moins restreinte de leur habitat sur le globe avec l’incontestable infériorité de leur organisation.

’est également à la tribu de Vespertilions qu'appartiennent ies Cheiroptères connus dans les formations géologiques les plus anciennes. Quelques ossements indiquant des Animaux de cet ordre que l'on a recueillis dans les terrains miocènes de l’Europe, et particulièrement en France ainsi qu’en Allemagne , sont bien certainement des Ve:pertilions, et il en est de même du Cheiroptère que G. Guvier et de Blainville ont décrit d'après une portion notable de squelette découverte dans les plêtrières de Montmartre, près Paris, avec des os de Palcothériums et d’Anoplothériums.

Quoique les Cheiroptères aient tous une grande ressemblance apparente entre eux, on peut très-aisément les différencier les uns des autres, si l’on tient compte des caractères qu'ils présentent dans la disposition de leurs doigts et de leurs membranes, dans la forme de leurs organes des sens, dans la longueur et la disposition de leur queue, et surtout dans la manière dont leurs dents sont disposées. Ils présentent à cet égard des différences considérables, et c’est en les étudiant sous ces divers rapports que Daubenton avait pu en caractériser très-nettement seize espèces dès l’année 1769. Depuis lors ils ont été étudiés avec beaucoup de soin par les naturalistes; nous citerons, parmi Ceux qui ont fourni les meilleurs renseignements à leur égard, Pallas, E. Geoffroy, de Blainville, ainsi que MM. Temminck, Gray et Is. Geoffroy.

Nous partagerons les Cheiroptères en quatre groupes que l’on peut regarder comme autant de familles ; ce sont les Ptéropodés ou Roussettes, ies Phyllostornidés, les Rhinolophidés et les Vespc'tilionidés.

FAMILLE pes PTÉROPODÉS

Les premiers des Gheiroptères, c'est-à-dire les plus évés en organisation , et ceux qui se rapprochent davantage des Primates, sont incontestäblement les Roussettes. Ils jouissent , comme toutes les Chauve-Souris, de la possibilité de voler, mais ils peuvent être distingués, au moyen de plusieurs particularités importantes, de toutes les autres espèces du même ordre, Brisson en avait déjà fait un groupe à part sous le nom de Pteropus, et, lorsqu'on en a connu un plus grand nombre d'espèces, on à été conduit à les partager en différents genres, Le nom de Roussettes, celui de Ptéropodés et quelques autres ont été choisis pour désigner l'ensemble de ce groupe de Cheiroptères,

GENRE ROUSSETTE (Pteropus, Brisson). Ge genre et les divisions qu’on a établies à ses dépens comprennent un nombre assez considérable d'espèces de Gheiroptères qui sont, en général, beaucoup plus grandes que toutes les autres, ont un régime frugivore, et dont les dents molaires sont imégales entre elles et toujours simples ou simplement tuberculeuses à leur couronne, Le nombre de ces organes varie dans la série des espèces, et il n’est pas toujours le même à tous les âges dans ne même espèce, Il y à une paire de canines à chaque mâchoire, et les incisives sont le plus souvent au nombre de deux paires, supérieurement et inféricurement; elles sont verticales, petites et plus ou moins distantes entre elles,

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FAMILLE DES PTÉROPODÉS. 185

Le cercle osseux de l'orbite n’est complet chez aucun Ptéropien; mais il y a toujours une forte apophyse postorbitaire au frontal, et souvent une apophyse postorbitaire saillante à l'os zYgomatique,

Tous les Animaux de cette famille ont la partie interfémorale de la membrane aliforme rudimentaire, et souvent ils manquent de queue, Ceux que l’on connaît sont tous de l'Afrique, de l'Asie méridionale, des îles de l'Inde et de plusieurs archipels de grand Océan, soit au Japon, soit dans la Micronésie et la Polynésie; il y en a aussi à la Nouvelle-Hollande et à Van-Diemen, Les îles Mascaraignes, Madagascar et une grande partie de l'Afrique en nourrissent, L'Europe n’en possède pas, même à l'état fossile. C'est dans l'archipel indien que les Roussettes sont le plus nombreuses en individus et même en espèces, Ces Ghauve-Souris peuvent atteindre une grande taille; et certaines d'entre elles n’ont pas moins d’un mètre ou même d'un mêtré et demi d'envergure,

\ucune espèce de Ptéropodés n’est redoutable autrement que par les dégâts que ces Animaux occasionnent dans les plantations, dont ils enlévent les fruits pour s’en nourrir, Ils dorment le jour, et sortent principalement le soir, Cependant quelques-uns volent également bien à la clarté du soleil et dans une demi-obseurité, Quand les Roussettes veulent se reposer, elles rentrent dans les forêts, et s'acerochent aux arbres par leurs pattes de derrière; elles se retirent aussi pendant le jour dans les creux des rochers, dans des cavernes ou dans les monuments abandonnés,

Dans beaucoup de localités, on mange la chair de ces Animaux; mais il faut avoir soin de les dépouiller avec propreté, parce que leur urine a une forte odeur mu squée dont leurs poils sont habituellement imprégnés, Il est difficile de les conserver longtemps vivants en caplivité, On y à cependant réussi quelquefois, et l'on en à même amené en Europe, mais en recourant à de grandes précautions, Il faut avoir soin de leur donner des fruits, et ceux du bananier leur plaisent plus que tous les autres.

Un chirurgien français de l’île Maurice, alors île de France, M. Roch, avait autrefois essayé de ramener avec lui un de ces Animaux en Europe ; la navigation était alors bien loin d'être aussi rapide qu'elle l’est de nos jours. Après avoir épuisé les bananes et les autres fruits dont il avait fait provision pour nourrir sa Roussette, M. Roche eut recours à des gelées, à des confitures et à des crèmes de riz, puis il essaya des viandes crues et cuites ; l'Animal les mâchait, mais il les rejetait presque aussitôt, Plus tard il lui offrit, par amusement plutôt que dans l'espoir de lui fournir un aliment agréable, le corps d’une perruche fraîchement morte; la Roussette l’écorcha et ie mangea aussitôt avec avidité; aussi depuis celte époque lui donna-t-on toutes les nichées de Rats que l’on trouvait à bord, les restes de volailles, etc. Enfin, lorsque le bâtiment fut arrivé au port, on put lui donner de nouveau des fruits, Cette Roussette passait toutes les nuits éveillée: elle paraissait alors inquiète et tourmentée du désir de sortir de sa cage; le jour, au contraire, elle restait accrochée par ses pattes de derrière, comme le font les Chauve-Souris communes, et elle cachait sa tôte dans ses membranes, Elle avait de l'attachement pour la personne qui ja soignait, et l’on à constaté dans d’autres circonstances que les Animaux de cette famille ne sont pas dépourvus d'intelligence,

Les Roussettes les plus rapprochées de nos contrées vivent en Asie Mineure et en Égypte; elles ont sans doute été connues des anciens et elles ont trés-probablement donné lieu à la fable des Harpyes et de ces autres êtres sataniques auxquels on attribuait des ailes memraneuses, Toutefois, les renseignements que l’on a possédés à leur égard daits l'antiquité manquent d'exactitude, et il faut regarder comme un conte tout ce que Fon a rapporté au sujel des grandes Chauve-Souris, qui arrêtérent l’armée d'Alexandre lorsqu'elle s'avança vers l'Inde, Strabon est plus exact lorsqu'il dit qu'il y à dans les environs d’une ville de Babylone, Borsippa, qui est voisine de la Mésopotamie, des Chauve-Souris plus grandes que les nôtres et qu'elles peuvent servir à la nourriture des Hommes; on sait aussi que Moïse avait mis les

ie PARTIE, 24

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Chauve-Souris au nombre des Animaux impurs, et dont les Israélites ne devaient pas se nourrir, La Bible les nomme Ataleph,

Fioure De Cuauve-Sounris, copiée sur les monuments légyptiens,

On s’est servi du système dentaire, de la forme du crâne, de l'absence ou de la présence de la queue et de quelques autres caractères sujets à varier dans la série des Ptéropodés, pour diviser ces Animaux en différents genres,

1. Nous eu commencerons l'énumération par la Roussette édule et par celles qui s'en rapprochent le plus,

La Rousserre éDULE (Pleropus edulis, Péron et Lesueur) est remarquable par sa grande taille; c’est un Cheiroptère véritablement gigantesque, si on le compare à tous les autres, les individus adultes de cette espèce ayant jusqu'à 0,40 ou 0,45 pour le corps et la tête, et un mètre cinquante centimètres (1,50) d'envergure, Leur tête montre à la fois de l'analogie avec celle d'un Makis et d'un Chien; celle dont nous donnons ici la figure est de grandeur naturelle, Le pelage est noirâtre, avec du roux à la partie postérieure du cou, sur les épaules, au museau et sur la gorge,

ROUSSETTE ÉDULE MALE, grand, nut

Cette espèce est connue dans plusieurs Îles de l'archipel indien; mais on a quelquefois

confondu avec elle d'autres Roussettes à peu près de mêuie grandeur, Le Musée de Leyde en

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posséde des exemplaires authentiques expédiés de Java, de Sumatra et de Banca, Elle occasionne des dégâts considérables. Le nom d’édule lui vient de ce que l'on mange sa chair, comme aussi celle de plusieurs autres espèces de ce genre, À Java, on l'appelle Kalong. Vinné ne l'a connue que vaguement, mais elle est une des espèces auxqueiles il a fait allusion sous la dénomination de Vespertilio vampyrus. M. Temminck, qui a donné à son égard des documents fort exacts, en distingue les espèces suivantes, qui vivent dans le même archipel :

La Rousserre FUNÈBRE (Pteropus funereus, Temminck) est moins grande, à pelage trés-foncé, à membranes des ailes plus velues en dessous,

Cette Roussette est de Sumatra, de Bornéo, d'Amboine et de Timor,

La RousserTe À FAGE NoïRE (Pteropus phaiops) est de Macassar (île Célébes); son envergure dépasse un mètre; elle a le masque d'un noir profond, tandis que le reste de la tte, le cou et les épaules sont jaune paille; le corps est varié de brun et de jaune; les membranes sont noires.

La ROUSSETTE À GROUPION DORÉ (Pteropus chrysoproctus) est d'un roux marron, plus où moins jaune , avec le croupion de couleur dorée, On l’a observée à Amboine,

La Rousserre pe MackLor (Pleropus Mackloti) est particulière à Timor; son envergure ne dépasse pas un mêtre; son pelage est brun, avec le sommet de la tête et la nuque jaune paille, et quelques poils jaune doré sur la poitrine,

La Rousserre azecro (Pleropus alecto), de Gélèbes, est presque aussi grande que l'Édule, mais elle à des formes plus trapues; elle est noire, avec l'encadrement de la face de couleur marron,

La RousserTe PALE (Pteropus pallidus), commune aux îles de Banca et de Sumatra, ainsi qu'à la presqu'île de Malacca, a le pelage mélangé de brun, de gris et de blanchâtre ; elle n’atteint pas une aussi grande taille,

La ROUSSETTE MASQUÉE (Pteropus personalus) à du blanc pur et du brun sur la tôte, M, Temminek lui assigne pour pauie les Îles de Baviaan, de Boeton, de Béroe et de Ternate das l'archipel des Molüques.

La ROUSSETTE GRiSE (Pieropus grisous), recucillie à Timor et à Ambome, à la tôle et le cou roux clair, avec le reste du RoësseTtTE GnisE, 3/4 de grand, pelage gris roussâtre,

La ROUSSETTE A GRINIÈRE (Pteropus jubatus, Eschscholtz), dont \, Jourdan à fait un genre sous le nom d'Acerodon , à cinq molaires

supérieures et six inférieures , avec les tubercules de la plupart plus saillants que d'habitude, C'est une grande espèce, propre aux Îles Philippines, eten particulier à celle de Luçon, Quelques îles plus petites et situées plus à PEst nourrissent aussi des Roussetles voisines de FEdule, I v

en à, par exemple, aux Mariannes, Moussetre À CHINIÈRE, 4/5 de grand

ORDRE DES CHEIROPTÈRES.,

MM, Quoy et Gaimard, qui en ont découvert l'espèce dans ces archipels, l'ont appelée Rovs- SETTE DE KÉRAUDREN (Ploropus Keraudrenii), Les pauvres habitants de ces localités en sont tros. friands; l'Île Guam en est la plus fournie,

Une Roussett: peu différente a été rapportée des Carolines par MM. Hombrone et Jacquinot, C'est leur Pleropus insularis.

On rencontre, plus au Sud, dans la Polynésie, une espèce non moins remarquable sous le rapport géographique, c'est la RoussEerre DE ToxcA

LILI US 2 1 it À 1 (Pleropus tonganus) de l'archipel des Amis. Elle à un mètre d'envergure; sa couleur est brun roussâtre, plus claire en dessus qu’en dessous,

Une autre encore est de l'ile Vanikoro, au nord des Nouvelles-Hébrides ; c'est la RousserTre pr VanxiKkORO (Pleropus Vanikorensis), également due aux recherches de MM. Quoy et Gaimard, Elle a le crâne moins long que celui de presque toutes les Roussettes précédentes, et elle est pourvue, comme la Roussette à crinière, de cine paires de inolaires supérieures et de six inférieures,

Deux autres Roussettes sont particulières à l’archipel du Japon : lune qui est spéciale aux tles Bonin, a été nommée ROUSSETTE A PIEDS VELUS (Pleropus ursinus), par le naturaliste russe Kittlitz; sa taille est considérable,

L'autre, également assez grande, est la ROUSSETTE LAINEUSE (Pteropus dasymallus, Temminck) , à pelage très-laineux, généralement brun mélangé de jaune; elle est du Japon même, où elle reçoit le nom de Sabaosiki,

Les Poussettes du continent australasien appartiennent aussi à la catégorie des Roussettes proprement dites.

On n'a d'abord connu parmi elles que la ROUSSETTE A TÈTE CENDRÉE (Pteropus polyocephalus, Temm.) Elle est particulière à la Terre de Diémen.

M. Gould en ajoute une autre dans ses Mammnals of Australia, sous le nom de Pteropus conspicillatus.

Enfin, il y a des Roussettes sans queue, et plus ou moins analogues aux précédentes, à Madagascar et dans les Îles qui en dépendent, dans l'Inde continentale et même en Afrique, Celle de Madagascar vit aussi à Bourbon, mais il est probable qu’on la donne à tort comme retrouvant à Calcutta, à Pondichéry, à Bombay, ete,

Au contraire, c’est certainement de l’Inde que vient la RousserTe be Dussumten (Pteropus Dussumieri, is. Geoffroy).

La RoussertTe D'Enwanps (Pleropus Edwardsii, E, Geoffroy) est de l’Inde continentale,

La RoïsserTE A cou nouGe (Pteropus rubricollis, Brisson) est celle que Daubenton a décrite sous le nom de Aoussette, et que Brisson avait antérieurement nommée Aoussette à cou rouge. Elle est de moilié moins grande que la Roussette édule ; son pelage est brun avec un large collier roussâtre ou doré.

M. Temminck en distingue la RousseTTE vULGAIRE (Pteropus vulgaris) où la vraie Bousselle de Brisson et de Buffon. Elle est de l'ile de France et de Bourbon, peut -ûtre

aussi de Madagascar: elle a Ha taille de la précédente ,et vole souvent avec elle lorsqu'elle

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