‹ Histoire naturelle des mammifères [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 96 · L FE PEU L FO · texte numérisé non relu

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différent du Lagos. Mais Polybe, qui à écrit peu de temps après Aristote, distingue trèsnettement le Lièvre et le Lapin l’un de l’autre; il emploie même pour désigner le premier un mot Guniclos (Kouvexdos) , emprunté du latin Cuniculus où Cunilus, et qui à pour origine le mot ibérien ou espagnol, qui signifie Lapin; c’est le même qui sert de racine au nom des Lapins dans presque toutes les langues modernes, En effet, le Lapin est appelé Coniglio par les Italiens, Conejo par les Espagnols, Coelho par les Portugais, Cony par les Anglais et Connin ou Connil dans l’ancienne langue française, Les Anglais l’appellent aussi Æabbit et les Allemands le nomment Xaninichen.

Athénée, Posidonius et Strabon ont parlé du Lapin comme Polybe, et Élien, qui en a traité

dans un chapitre différent de celui qu'il consacre au Lièvre, fait remarquer que le mot Cuniclus .

qu’il emploie pour le désigner est tiré de celui que les Ibériens donnent au même Animal,

C’est à Pline que Camus reproche d’avoir donné aux mots Lagos et Dasypus une signification différente de celle admise précédemment par Aristote, «11 a employé sans discernement, dit Camus dans ses notes sur Aristote, les trois noms Zepus, Cuniculus et Dasypus. 11 y a des endroits où il est évident qu'il a traduit le mot Dasypus d’Aristote par celui de Lepus, et d’autres où il a fait de ces deux noms deux Animaux différents qu’il compare l’un à l’autre; ailleurs il ne sépare pas moins le Cuniculus du Dasypus. 1 y a longtemps qu’on lui a reproché eette confusion, et ses annotateurs, ou ceux qui ont voulu prendre sa défense, n’ont pu rien dire de fort clair pour le justifier, Je crois donc qu'il faut tenir, avec Budée, Bochart et Klein, que le Dasypode et le Lièvre sont le même Animal, » Cependant on pouvait induire le contraire de ce qu’Aristote dit quelque part qu’il n’y a point de Dasypodes à Ithaque, et que lo Lagos est plus petit dans l'Égypte que dans la Grèce (Liv. VILLE, chap, xxvin); car si le Lagos et le Dasypus étaient de la même espèce, il n’est pas probable qu’Aristote aurait employé dans la même phrase et pour désigner la même espèce deux mots ayant pour lui le même sens, L'opinion de Camus est donc peu probable et elle a dû être abandonnée,

Les auteurs qui se sont occupés de commenter les textes anciens (et ils ont été nombreux à la fin du moyen âge, à la renaissance et au xvine siècle), avaient été plus embarrassés encore par quelques passages de la Bible, où il est question de deux Animaux, le Saphan et l'Arnebeth, que le texte hébreu classe parmi les Animaux qui ruminent, quoiqu’ils n'aient pas les pieds fourchus.

Voici comment il en est question dans le Lévitique, chap, x1, vers, 3 et 4 (je me sers de la traduction de Lemaistre de Sacy): «Le Lapin qui rumine mais qui n’a point de corne fendue est impur; le Lièvre aussi est impur, parce que, quoiqu'il rumine, il n’a pas la corne fendue, »

Camus, à son tour, a voulu interpréter ce passage : « Dans la joi de Moïse, le Lièvre est mis au nombre des Animaux qui ruminent, Bochard assure que personne n’a confirmé cette observation; cela peut être à l'égard des Lièvres de nos contrées, Cependant il y a trois singularités à observer, dont deux sont remarquées par Aristote el confirmées par les modernes; la troisième par plusieurs naturalistes et par Klein entre autres... c'est qu’on a wu des Lièvres cornus et qu’il n’est pas rare d’en trouver de tels en Norwége, Voilà bien des traits d’analogie avec les Animaux ruminants, et Mercurialis fait voir que, quoique le Lièvre n'ait pas quatre estomacs , il n’est nullement impossible qu’il rumine, » Mercurialis est un médecin italien du xvit siècle, P, Camper a repris son assertion, et, dans sa Leçon sur la Rumination des Animaux purs et impurs (t, TT, p, 57 de ses œuvres), en parlant des Lièvres et des Lapins, il dit : « Ges Animaux ruminent incontestablement, malgré le doute que Buffon a voulu faire naître à cet égard, » et il se fonde sur la position des molaires chez ces Animaux; quant aux Lièvres cornus, il n’en parle pas, et aujourd’hui on ne croit Plus à leur existence; mais que deviennent tous ces arguments relativement au Lapin, du moins depuis que l'on sait que le Saphan de la Bible est le Daman et point du tout notre Lapin, La grande érudition de Bochart ne l'avait pas trompé sur ce point, et il disait déjà, en 1653, dans son Hierozoicon: « Saphan non est CGuniculus, sed majoris muris genus », c'est-à-dire : Le Saphan n'est pas

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le Lapin, mais un genre de Rat plus gros. C’est, en effet, par erreur que les Septante ont traduit Saphan par le mot Dasypus, et les modernes par celui de Cuniculus ou Lapin, [l'est vrai que la difficulté n’est pas aussi aisée à éclaircir à propos du Lièvre, et qu’en traduisant le mot Arnebelh du texte hébreu par Lagos, qui veut dire Liévre, les Septante ont eu raison, puisque les Arabes et les habitants de la Syrie donnent encore, à l'espèce de Lièvre qui est dans leur pays, le nom d’Arnebeth, Les mouvements que le Lièvre fait constamment avec sa bouche lorsqu'il est au repos, et qu'on a pu prendre pour une sorte de rumination, seraient ils le seul motif de l'opinion des Hébreux, c’est ce que les observations des modernes n'ont pas encore complétement décidé.

GENRE LIÈVRE (Lepus, Linné). Oreilles plus ou moins grandes et en cornet; yeux latéraux ; face allongée; narines en fente, mobiles et sans muffle: corps plus ou moins allongé, plus fort en arrière qu'en avant, ayant les pattes postérieures plus longues que les anté: rieures et disposées pour le saut; cinq doigts aux pieds de devant; quatre à ceux de derrière ; queue courte, relevée, velue; de six à dix mamelles; dents incisives principales larges aux deux mâchoires , celles d’en haut marquées d’un fort sillon vertical sur leur face antérieure; six paires de molaires supérieures dont la dernière, petite, simple et à fût ovalaire; cinq paires inférieures, la cinquième étant beaucoup plus petite que les autres, plus simple et plus oblique,

Le genre qui comprend le Lièvre et le Lapin se partage en deux sous-genres, qu'on peut nettement distinguer l’un de l’autre si l’on ne considère, parmi les Animaux nommés ainsi, que ceux qui vivent dans nos contrées, mais qui semblent se confondre l’un avec l’autre lorsque l'attention se porte sur certaines espèces exotiques, On a établi plus récemment une troisième division pour le Lepus hispidus, sous le nom de Carpolagus,

Nous aurons donc à parler successivement 1° des Lièvres ou véritables Lepus; 2 des La-\ pins que M. Gerbe a nommés Cuniculus, quoique ce nom ait élé employé précédemment par Wagler dans un autre sens, et 3° des Carpolagus.

I. Les LIÈVRES. On les reconnaît aux particularités suivantes : Corps allongé; oreilles grandes; pieds longs, surtout ceux de derrière; queue toujours bien évidente, Ces Animaux ne se creusent pas de galeries comme le font les Lapins; leurs petits sont déjà velus en naissant et ils ont les yeux ouverts,

LIÈVRE TIMIDE (Lepus timidus), Cet Animal que Buffon et Daubenton ont décrit avec soin, a reçu de Linaé le nom sous lequel il est inscrit dans les ouvrages de zoologie méthodique; après le Castor c'est notre plus grande espèce de Rongeurs. Ses caractères sont connus de tout le monde, et il suffit pour le faire distinguer des espèces qui lui ressemblent le plus de rappeler qu'il a les oreilles, le corps et les jambes plus longs que le Lapin domestique; qu'il est aussi plus grand que la plupart des variétés de ce dernier et que son pelage est gris fauve, jaspé de brun, sur les parties supérieures; que ses oreilles sont grises et terminées de noir; que sa queue est en partie noire en dessus ; que le dessous de son corps est plus ou moins blanc et que ses pieds sont gris fauve avec la plante rousse, Les lièvres de cette espèce conservent les mêmes couleurs en hiver qu'en été, ils sont seulement plus fournis pendant la mauvaise saison; ils différent à cet égard des Lièvres dits changeants , qui deviennent alors presque entiérement blancs, Quelques Livres timides sont cependant blancs, mais par

Dents ou LIÈVRE ABULTE, grand, nat,

albinisme: ils le sont en toute saison; leurs yeux sont rouges comme ceux des Lapins blancs et la pointe de leurs oreilles n’est plus noire. Au contraire, les Livres changeants qui ont pris leur pelage blanc d'hiver conservent du noir au bout des oreilles et ils'n'ont pas les yeux colorés en rouge comme les Animaux entièrement albinos, parce que le pigmentum ou la matière colorante qui est dans l'intérieur de ces organes n'a pas cessé de se développer, Le Lièvre ordinaire est plus élancé que le Lièvre changeant et il ne se tient pas dans les mêmes lieux, Les jeunes Licvres ou Levrauts ont le pelage plus foncé que les adultes. Chez les vieux, il est au contraire plus pâle, En général, les mâles se distinguent des femelles par leur derrière plus blanc; ils ont aussi la tête plus arrondie, les oreilles plus courtes et la queue un peu plus longue.

Daubenton a longuement décrit les particularités que présente le pelage du Lièvre en prenant pour sujet de ses descriptions des exemplaires tués en Bourgogne, Cette province est une de celles qui fournissent au commerce le plus grand nombre de peaux de Lièvres. Il en vient aussi de l'étranger et principalement de l'Allemagne. Les peaux du Lièvre changeant en pelage d'été sont assez fréquemment mêlées à celles du Lièvre ordinaire. Buffon a parlé du Lièvre au point de vue général, et ce qu’il en dit s'applique autant à l’ensemble des espèces du sous-genre des Lièvres qu'à celle de nos contrées; mais les observations de mœurs qu'il a publiées ont surtout rapport au Lièvre ordinaire, Suivant lui, les Animaux de cette espèce ne vivent que sept à huit ans au plus, et il ajoute : « La durée de la vie est, comme dans les autres Animaux, proportionnelle au temps de l’entier développement du corps; ils prennent presque tout leur accroissement en un an et vivent environ sept fois un an; on prétend seulement que les mâles vivent plus longtemps que les femelles, mais je doute que cette observation soit fondée, »

Buffon fait aussi remarquer que les Lièvres passent leur vie dans la solitude et dans le silence, « On n'entend leur voix que lorsqu'on les saisit avec force, qu’on les tourmente ct qu'on les blesse : ce n’est point un criaigre, mais une voix assez forte dont le son est presque semblable à celui de la voix humaine, Ils ne sont pas aussi sauvages que leurs habitudes et leurs mœurs paraissent l'indiquer; ils sont doux et susceptibles d'une espèce d'éducation; on les apprivoise aisément; ils deviennent même caressants, mais ils ne s’attachent jamais assez pour pouvoir devenir Animaux domestiques; car ceux mème qui ont été pris tout pelits et élevés dans la maison, dès qu'ils en trouvent l’occasion, se mettent en liberté et s’enfuient à la campagne, Comme ils ont l’oreille bonne, qu'ils s’asseyent volontiers sur leurs pattes de derrière et qu’ils se servent de celles de devant comme de bras, on en à vu qu’on avait dressés à battre du tambour , à gesticuler en-cadence, etc. En général, le Lièvre ne manque pas d'instinct pour sa propre conservation ni de légèreté pour échapper à ses ennemis; il se forme un gîte; il choisit en hiver les lieux exposés au midi et en été il se loge au nord; il se cache pour n'être pas vu entre des mottes qui sont de la couleur de son poil, »

Le célèbre écrivain rapporte le passage suivant emprunté à Du Fouilloux, qui paraîtra bien exagéré sur certains points, « J'ai vu, dit l’auteur de /a Vénerie, un Lièvre si malicieux, que depuis qu’il oyait la trompe il se levait du gîte, et eût-il été à un quart de lieue de là, il s’en allait nager en un étang, se reloissant au milieu d’icelui sur des joncs sans être aucunement chassé des Chiens. J'ai vu courir un Lièvre bien deux heures devant les Chiens, qui, après avoir couru, venoit pousser un autre et se mettoit en son gite, J'en ai vu d’autres qui nageoient deux ou trois étangs, dont le moindre avoit quatre-vingts pas de large, J'en ai vu d'autres, qui, après avoir été bien couru l’espace de deux heures, entroient par dessous la porte d'un tect à Brebis et se reloissoient parmi le bétail, J'en ai vu, quand les Chiens les couroient, qui s’alloient se mettre parmi un troupeau de Brebis qui passoit par les champs, ne les voulant abandonner ne laisser, J'en ai vu d’autres qui, quand ils oyaient les Gkiens courans, se cachoient en terre, J'en ai vu d’autres qui alloient par un côté de haie et retournoient par l'autre, en sorte qu'il n'y avoit que l'épaisseur de la haie entre les Chiens et le Lièvre,

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FAMILLE DES LÉPORIDÉS. 281

J'en ai vu d’autres qui, quand ils avoient couru une demi-heure, s’en alloient monter sur une vieille muraille de six pieds de hant at s’alloient reloisser en un pertuis de chauffant couvert de lierre, J'en ai vu d'autres qui nagooient une rivière, qui pouvoit avoir huit pas de large et la passoient et repassoient en la longueur de deux cens pas plus de vingt fois devant moi, »

Buffon ajoute au récit de Du Fouilloux: « Mais ce sont Ià sans doute les plus grands efforts de leur instinct; car leurs ruses ordinaires sont moins fines et moins recherchées: ils se contentent, lorsqu'ils sont lancés et poursuivis, de courir rapidement et ensuite de tourner et retourner sur leur pas; ils ne dirigent pas leur course contre le vent, mais du côté opposé; les femelles ne s’éloignent pas tant que les mâles et tournoient davantage, En général, tous les Lièvres qui sont nés dans le lieu même où on les chasse ne s’en écartent guère, ils reviennent au gîte, et, si on les chasse deux jours de suite, ils font le lendemain les mêmes tours et détours qu'ils ont faits la veille, Lorsqu'un Liévre va droit ou s’éloigue beaucoup du lieu où il est lancé, c'est une preuve qu'il est étranger et qu'il n’était dans ce lieu que passant. Il vient, en effet, surtout dans le temps le plus marqué du rut, qui est aux mois de janvier, de février et de mars, des Lièvres mâles, qui, manquant de femelles en leur pays, font plusieurs lieues pour en trouver, s’arrêtent auprès d’elles; mais dès qu'ils sont lancés par les Chiens, ils regagnent leur pays natal et ne reviennent pas. »

Les Lièvres ladres ou ceux qui ont la chair mauvaise et pâle vivent dans les lieux bas et humides; ceux des plaines élevées et des collines où abondent les herbes aromatiques sont meilleurs et leur chair est plus colorée, Ainsi que le dit Buffon, la chasse du Lièvre est l’amusement et souvent la seule occupation des gens oisifs de la campagne : comme elle se fait sans appareil et sans dépense, et qu’elle est à la fois utile et lucrative, elle convient à tout le monde,

« On va le matin et le soir, äu coin du bois, dit l’habile écrivain, attendre le Lièvre à sa rentrée ou à sa sortie; on le cherche pendant le jour dans les endroits où il se gîte; lors« qu'il y à de la fraîcheur dans l’air par un soleil brillant et que le Lièvre vient de se gîter après avoir couru, la vapeur de son corps forme une petite fumée que les chasseurs aperçoivent de fort loin, surtout si leurs yeux sont exercés à cette espèce d'observation, J'en ai vu qui, conduits par cet indice, partaient d’une demi-lieue pour aller tuer le lièvre au gîte. II se laisse ordinairement approcher de tout près, surtout si l’on ne fait pas semblant de le regerder, et si, au lieu d’aller directement à lui, on tourne obliquement pour l’approcher. Il craint les Chiens plus que les Hommes, et lorsqu'il sent ou qu'il entend un Chien, il part de plus loin: quoiqu'il coure plus vite que les Chiens, comme il ne fait pas une route droite, qu’il tourne et retourne autour de l'endroit où il a été lancé, les Lévriers qui le chassent à vue plutôt qu’à l'odorat , lui coupent le chemin, le saisissent et le tuent. Il se tient volontiers en été dans les champs, en automne dans les vignes et en hiver dans les buissons ou dans les bois, et l’on peut en tout temps, sans le tirer, le forcer à la course avec des Chiens courants; on peut aussi le faire prendre par des Oiseaux de proie : les Ducs, les Buses, les Aigles, les Renards, les Loups, les Hommes lui font également la guerre: il a tant d’ennemis qu’il ne leur échappe que par hasard et il est bien rare qu’ils le laissent jouir du petit nombre de jours que la nature lui a comptés, »

Les Lièvres portent environ trente jours et le nombre de leurs petits est de deux, trois, quelquefois quatre et plus rarement cinq à chaque portée, Les femelles sont sujettes à la superfétation; leurs petits ne tettent guère que quinze ou vingt jours après lesquels ils se séparent, La nourriture de ces Animaux consiste en jeunes pousses, en herbes diverses et principalement en herbes aromatiques; pendant l'hiver ils mangent aussi des racines.

La chair du Lièvre fait partie des viandes noires; elle est savoureuse et excitante : celle des Licvres d'Arabie et d'Afrique est suceulente, Cependant la loi de Moïse en avait interdit l'usage aux Hébreux et le Coran la défond pareillement aux Mahométans,

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Le Lièvro timide n'existe pas ailleurs qu'en Europe, et dans ce continent même, il y a des Animaux qui, tout en étant bien du même sous-genre, n’appartiennent pas à la même espèce,

Ceux qu'on en distingue le plus aisément sont les Lièvres changeants qui vivent dans les grandes chaînes de montagnes et dans plusieurs régions du Nord, Brisson en avait fait son Lepus albus ; Pallas les a nommés Lepus variabilis, mais de nouveaux renseignements semblent établir que sous ces noms de Lepus timidus et Lepus variabilis, tels que Pallas lui-même les avait définis, on a encore confondu diverses sortes de Lièvres. Plusieurs zoologistes récents les considérent non-seulement comme des races, mais comme de véritables espèces à cause de la valeur qu'ils attribuent aux caractères par lesquels elles se dislinguont les unes des autres,

M. Schimper, de Strasbourg, a réuni, dans le musée de cette ville, un grand nombre de Lièvres et de Lapins pris dans des localités très-différentes. Il nous a écrit qu’il avait reconnu que, sous le nom de Lepus timidus, on confondait, en effet, plusieurs espèces, dont deux se rencontrent en France, L'une vit surtout dans les départements du Centre et dans ceux du Nord ; l’autre est du Midi, M, Schimper a réuni celle-ci à l’espèce d'Italie et d'Espagne (Lepus moeridionalis de Géné): c’est celle du Languedoc et de la Provence, qui diffère. de l’autre par ses proportions et par quelques traits de sa coloration, Malgré les renseignements que M. Schimper a bien voulu me fournir à cet égard, je ne peux encore établir tous les caractres qui séparent le Lepus meridionalis de Gené du Lepus mediterraneus de M. Wagner, que je signalerai plus bas, à propos des Lièvres africains,

Les parties de l'Europe qui confinent l'Asie possèdent aussi un Lièvre qui, mieux étudié, a paru différent de l'espèce ordinaire, c'est le LIÈVRE caAsP1eN (Lepus caspicus), Il fréquente les bords de la mer Caspienne, ce qui lui a valu son nom spécifique. Pallas l'avait rapporté au Lepus timidus,

Enfin il paraît en être de même pour le Lièvre de la Suède, M. Nilsson établit que c'est aussi une espèce à part et il lui donne lé nom de LIÈVRE BLANCHATRE (Lepus canescens). Celui-ci est gris blanchâtre en dessus et blanc en dessous; il a les oreilles noires à leu: pointe ainsi que sur une partie de leur bord postérieur : c’est le Lièvre de la Suède méridionale, où il remplace l'espèce ordinaire, celui-ci ne s'étendant pas au nord au delà du Danemark.

Le Lièvre GHANGEANT (Lepus variabilis, Pallas), qui répond au Lièvre blanc (Lepus albus de Brisson), est remarquable par ses changements de couleurs; gris fauve ou simplement fauve en été, avec le bout des oreilles noires et la queue grisâtre, il devient d’un beau blanc de neige en hiver, mais en conservant encore la pointe de ses oreilles noire. C’est un Animal à peu près gros comme le Lièvre ordinaire, mais moins haut sur pattes et à oreilles un peu plus courtes. Les Lièvres variables vivent principalement dans la Russie et sur quelques montagnes des autres parties de l’Europe centrale, ainsi que dans une partie du nord de l'Asie, On les trouve également en Écosse; le Lièvre d'Irlande leur appartient peut-être aussi, etils se retrouvent dans les Pyrénées,

Cette espèce aime les lieux froids et la couleur blanche, qu’elle prend en hiver, ainsi que l'abondance de ses poils lui permettent de vivre au milieu des neiges sans en souffrir. Sa blancheur l'aide aussi à échapper plus facilement à ses ennemis, et sans le bout noir de ses oreilles elle serait entièrement de la couleur du sol neigeux qu’elle affectionne, Les peaux de ces. Animaux et des races ou espèces qui s’en rapprochent le plus sont très-estimées des fourreurs. Lorsqu'’elles sont blanches, elles imitent bien l’hermine et on les emploie souvent à la place de celle-ci, Beaucoup de palatines blanches et les épitoges des gens de robe sont généralement faites avec du lièvre variable. Cette fourrure n’est pas moins recherchée en Chine qu'en Europe, La chair du Lièvre changeant est moins bonne que celle du Lièvre timide, mais elle n'est pas mauvaise, et, dans beaucoup de lieux, les Lièvres que l’on vend sur les marchés appartiennent à cette espèce ou à celles qu’on en a tout récemment distinguées, On en vend dans plusieurs de nos départements pyrénéens,

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FAMILLE DES LÉPORIDÉS, 283

Auprès du Lièvre changeant se placent plusieurs espèces européennes assez peu différentes par leurs caractères pour qu'on les ait confondues avec lui jusque dans ces derniers temps; d'après les auteurs les plus récents, elles seraient au nombre de quatre, savoir :

Le Lepus aquilonius de M, Blasius, qui répond au Lepus variabilis hybridus de Pallas, au Lepus medius de M, Nilsson, et au Lepus allaïcus distingué par M. Gruy, d'après Eversmann, Il est de l’Europe boréale.et du nord de l'Asie,

Le ZLepus borealis de M, Nilsson, qui est do la Suëde, II est bien constaté que celui-ci devient blanc en hiver, sauf à la pointe des oreilles qui reste noire,

Le Lepus hibernicus de M, Yarrel, C’est le Lièvre d'Irlande; des observations plus récentes ont fait penser qu'il ne devait pas êtro séparé du véritable Lièvre variable,

Le Lepus alpinus. M, Schimper a aussi constaté des différences entre les Lièvres variables des Alpes et ceux de la Russie, et il a proposé de désigner les premiers par le nom de Zepus alpinus ; d'après ses observations, les Lièvres variables des Pyrénées seraient plus semblables à l'espèce de Russie, et il ne lui paraît pas possible de les en séparer,

Le LiËvnre ToLAï (Lepus tolaï, Pallas) tient à la fois du Lièvre ordinaire et du Livre changeant, mais sa tête est plus longue, plus comprimée et plus étroite; son pelage peu différent de celui du premier ne change pas non plus en hiver.

Le Tolaï habite la Sibérie, la Mongolie, la Tartarie et même le Thibet, Quand on le chasse, il fuit droit devant lui au lieu de chercher , comme les deux autres espèces, à dépister son ennemi par des détours et il gagne les fentes des rochers ou quelque autre cavité pour s'y réfugier. On le nomme indifféremment Lièvre ou Lapin de Sibérie, parce qu'il a aussi quelques rapports avec les Lapins,

Un Lepus plus rapproché du vrai Lièvre existe dans le petit Thibet ; c'est le Lepus tibetanus de M, Waterhouse, peut-être identique avec le ZLepus oiostolus de M, Hodgson, que nous citerons plus bas,

Le Népaul et les contrées voisines ont aussi fourni à M. Hodgson deux autres Lièvres qu'il nommo Lepus pallipes et Lepus æmodius : leur authenticité n’est pas encore prouvée,

Ces diverses espèces ne sont pas les mêmes que celles de l'Inde, où l’on en connaît maintenant deux, savoir :

Lièvre Mossez (Lepus nigricollis do F, Guvier), dont la patrie est essentiellement l'ile de Java, Lo dessus de son corps est roux tiqueté et les parties latérales passent au gris; sa queue est gris brun en dessus; les membres antérieurs sont roux en dehors; la gorge et les parties inférieures du corps sont roussâtre clair; l'oreille, blanche à sa base, a son extrémité noire et le reste roux; le dessus du cou et la nuque sont brun noirâtre, La même espèce se retrouve à l'île Maurice, où elle a sans doute été introduite par l'Homme. On dit qu’elle existe aussi dans l'Inde, à Madras, au Bengale et dans le Deccan; c’est alors le Lepus kurgosa de Buchanan, Le Mossel est de la taille d’un gros Lapin,

Le LiÈvRE À QUEUE Rousse (Lepus ruficaudatus, Is, Geoffroy) ressemble plus au Lièvre ordinaire, mais on peut néanmoins l'en distinguer à sa queue plus longue, rousse en dessus au lieu d’être noire, à sa tàche oculaire qui est moins prononcée et à ses joues, qui sont d’un roux très-mélangé de noir; son poil est plus rude que celui de notre Lièvre et sa taille un peu moindre, Il habite le Bengale, dans les plaines qui bordent le Gange. On l’a retrouvé au Népaul, dans les monts sous Himalaya. Faute d’avoir reconnu que c’était bien le Lièvre ruficaude, M. Hodgson le déert comme nouveau sous le nom de Zepus macrotus.

ll y à aussi une espèce de Lièvre dans la Chine, et M. Gray en a donné la figure dans ses Illustrations of indian zoology, sous le nom de Lepus sinensis.

L'Afrique et l'Arabie paraissent plus riches en Rongeurs de ce groupe qu'aucun des autres continents, Ces Animaux trouvent dans les grandes plaines qui en constituent le sol beaucoup d’endroits très-propices à leur multiplication. Aux différents Licvres africains dont nous allons donner la liste , il faut ajouter le LiÈVRE MÉDITERRANÉEN (Lepus medilerraneus)

qui forme aussi une espèce à part, Il est plus petit que notre Lièvro commun d'Europe, soit du centre, soit du midi; sa chair est aussi très-inférieure : c'est le Lièvre de l'Algérie et de la Sicile,

Le Lièvre De Syrie (Lepus syriacus) habite le mont Liban, où il est connu sous le nom arabe d'£rneb ou Aerneb, qui correspond si bien au mot hébreu Arnebet employé par la Bible, Ainsi que le précédent, il est décrit dans l’ouvrage publié par M, Ehrenberg sous le titre de Symbolæ physicæ.

Le Lièvre D'Anasie (Lepus arabicus, Ehrenb.) est de l'Arabie déserte, particulièrement auprès de Gonfodah et de l'Arabie heureuse par Loheia, Il n’a point de tache noire aux oreilles et sa queue est brun noir en dessous, Il en est question dans le livre que nous venons de citer,

Lièvre D'ÉcyerTe (Lepus ægyplius, E.

Geoffroy). Il est en grande partie fauve tiqueté par endroits, surtout à la tête, et blanc en dessous; sa queue est noire à la face supérieure et blanche à l’inférieure; ses oreilles sont d’un roux brunâtre avec l'extrémité noire, Cette espèce vit en Égypte, comme l'indique son nom; sa taille est celle du Lapin, mais ses oreilles sont proportionnellement plus grandes que celles du Lièvre commun,

Le Lièvre d'ABYSSYNIE (Lepus habessinicus, Hemprich et Ehrenberg) a les oreilles moins grandes et la face plus semblable à celle des Lapins, Il a été observé en Abyssinie, auprès de la plage d'Arkiko.

Le LiÈvRE ISABEL LE (Lepus isabellinus), décrit par le D, Cretzschmar dans l'Atlas z00logique de M. Ruppel , est de Nubie; c’est le même que le Lepus æthiopicus de MM. Hemprich et Ehrenberg : c’est une espèce assez petite, On le rencontre dans la Nubie et dans le Dongola,

Les Lièvres sont aussi représentés dans l'Afrique australe et l’on reconnaît très-nettement deux espèces parmi les Animaux de ce genre, qu’on a rapportés de cette partie du globe. Elles ont les proportions du Lièvre ordinaire, mais elles s’en distinguent par plusieurs caractères évidents, Une troisième moins bien connue a reçu le nom de Lepus arenarius, que nous nous bornerons à signaler,

Le Lièvre pes Rocers (Lepus saatilis, F. Guvier), aussi nommé Zepus rufinucha, longicaudatus et fumigatus, est le Berg Haas ou Lièvre de montagne des Colons. Il est grand comme le Lièvre ordinaire d'Europe, a les oreilles très-longues; a le col roux, la gorge noire ét les membres gris brun ainsi que les côtés du corps; le bout de ses oreilles est noir, Il vit dans les montagnes.

Le Lièvre pu Gap (Lepus Capensis, Linné) est gris un peu roussâtre, avec la gorge et les membres roux; le bout des oreilles noir; le bout du museau roussâtre et la queue noire en dessus. Ses oreilles sont fort grandes et ses pieds très-allongés. Les Hollandais le désignent par le nom de Vlakte haas, qui veut dire Lièvre de plaine, M. Waterhouse lui réunit le Lepus ochropus de M. Wagner, et il pense que le Lepus arenarius de M. Is. Geoffroy n’en est peut-être que le jeune. Linné et Thunberg ont parlé du Lièvre du Cap, mais c’est par

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F, Cuvier, par M, Is, Geoffroy et par M, Waterhouse, que ses caractères ont été définitivement établis,

On compte six ou sept sortes de Lièvres dans l'Amérique septentrionale, non comprises quelques-unes de celles que M. Bachmann a proposé de distinguer, mais sans leur assigner des caractères réellement suffisants, et il y en a une également distincte de celle de l’ancien continent dans l'Amérique méridionale,

Le Lièvre ARGTIQUE (Lepus articus, Leach), qui est décrit dans l’appendice au Voyage du capitaine Ross, a été d'abord considéré comme le véritable Lièvre timide ; erreur à laquelle les Lièvres changeants d'Europe ont d’ailleurs également donné lieu : c'est le Æawchoch dos Indiens Copper et l'Oukalik des Esquimaux. Il est gris en été et devient blanc en hiver, sauf sur le bout des oreilles, On le rencontre dans le Labrador, du côté de la baie de Baffin et au Groënland, C’est aussi le Lepus glacialis de Leach; sa taille est un peu supérieure à celle du Lièvre changeant d'Europe, qu'il représente sur le continent américair.

Le Lièvre D'AMÉRIQUE (Lepus americanus, Erxleben) est gris fauve varié de brun en &té, avec le dessous du cou et le ventre blancs; ses oreilles n’ont pas de noir au bout et sa queue est grisâtre en dessus ; en hiver, il devient blanc, sauf sur la queue et les oreilles, qui conservent leur couleur d'été, Il habite une grande partie de l'Amérique septentrionale, ne fait pas de terrier, mais se cache dans des trous qu’il trouve tout faits, principalement au pied des arbres; il ne craint pas de se réfugier dans les marais lorsqu'il est poursuivi, et, à ce que l’on assure, il grimpe même sur les arbres pour y trouver un abri, Sa femelle fait deux ou trois portées par an, chacune de deux petits. On le voit depuis la côte nord-ouest de la baie d'Hudson jusque dans les Florides et en Caroline,

Le LiÈvRE DE ViRGINIE (Lèpus virginianus, Harlan) est aussi de la catégorie des Lièvres changeants, Son pelage est brun grisâtre en été et blanc en hiver, avec le tour des yeux de couleur fauve roussâtre à toutes les époques de l'année, C’est une espèce des États du Centre et du Midi, habitant les marais et les prairies qui sont au pied des montagnes,

Le Lepus Douglasii de M. Gray ou Zepus palustris, Bachmann, paraît originaire de la Californie et du Texas, Le Lepus Bennettii de M, Gray vit en Californie, et le Lepus callotis de Waglor habite le Mexique,

Je terminerai cette énumération par ce qui est relatif au Lepus de l'Amérique méridionale.

C'est le Lièvre Tapéri (Lepus brasiliensis, Linné), Il a la queue bien plus courte que la plupart des autres espèces du genre, et quoiqu'il ait les teintes vives de plusieurs Lièvres, on peut dire avec Azara qu’il n’est réellement ni Lièvre ni Lapin, C’est une espèce fort distincte des autres, plus petite que notre Lapin de Garenne, à pelage varié de brun et de jaunâtre en dessus, ayant un demi-collier blanc sous le cou ct les oreilles beaucoup plus courtes que la tête,

Le Tapéti ne se creuse point de terriers et il vit à la manitre des Lièvres, établissant son gite dans les bois; sa femelle n’a qu’une portée par an et met bas deux petits, quelquefois trois, plus rarement quatre; sa chair ressemble à celle du Lapin, mais elle est moins savoureuse, Au Paraguay on ne la mange pas.

Cette espèce est connue au Pérou, au Brésil et au Paraguay. On a dit que c'était le Gitli de Fernandez, ce qui a fait supposer qu’elle est aussi de la Nouvelle-Espagne,

Il, Les LAPINS (Cuniculus, Gerbe) ont les caractères principaux des Lièvres, mais leurs oreilles, ainsi que leurs pattes, sont moins longues; leurs petits naissent nus et avec les yeux fermés ; enfin ils font des terriers et vivent en société, Ils sont moins nombreux en espèces, mais c’est parmi eux que se classe le Lapin domestique, dont l'utilité pour l'Homme est incontestable, et qui est d’autant plus précieux que, en même temps qu’on mange sa chair, on sait aussi tirer de sa peau et de ses poils un parti fort avantageux.

Nous avons déjà vu, en traitant des Animaux que les anciens ont appelés Lagos, Dasypus et Cuniculus, qu'il n’était point question d'une manière certaine du Lapin domestique dans

los ouvrages des Grecs, Si des Lapins d'Espagno s'y trouvent signalés, ce sont dos Lapins sauvages de ce pays et non les Lapins clapiers, et il n'est guère doutoux que le Dasypus d'Aristote soit aussi le Lapin des bois ou des rochers et non le Lapin domestique, Cependant il n'est pas impossible que l'on démontre quelque jour que Pline a voulu désigner ces trois sortes d'Animaux rongeurs par les noms do Lepus, Dasypus et Cuniculus, mais cela est encore loin d'être certain , et il est même impossible de ne pas regarder, jusqu'à preuve du contraire, les deux mots Dasypus et Cuniculus comme étant synonymes lun de l'autre et comme s'appliquant lous les deux à notre Lapin sauvage ou Lapin de garenne, I! faut donc les réserver également pour cette espèce et cesser d'étendre le second au Lapin domestique, car très-probablement encore ce dernier ne descend pas du Lapin sauvage de nos pays, De nouvelles recherches faites avec attention dans les textes anciens et en vue do résoudre le petit problème de l’origine réelle des Lapins que nous élevons on captivité offriraient un intérêt incontestablo,

Le LAPIN DOMESTIQUE (Lepus domesticus) est facile à distinguer des Lièvres par les caractères que nous avons déjà signalés et par quelques autres encore, tels que ceux do son squelette, Son crâne est plus étroit à la région faciale et proportionnellement plus long; les expansions de ses os frontaux, qui s'étendent au-dessus des orbites, sont moins larges et ont de moindres échancrures antérieure et postérieure, Tous ses os sont moins forts, et coux des membres ont une longueur proportionnellement moins considérable, D'aileurs, les mêmes dispositions générales président à la conformation de ces deux Animaux, et, à part quelques différences de valeur sous-générique, ils sont organisés de même, D'autres espèces du même genro se distinguent aussi de l’un et de l’autre par quelques particularités légères de la forme du corps ou de celle du squelette; tels sont le Lepus nigricollis et le Lepus hispidus.

Un des traits distinctifs de la tête osseuse des Lapins et des Lièvres consiste dans la structure celluleuse ct réticulée de la branche montante de l'os maxillaire, au-dessus et en avant du trou sous-orbitaire, Les traces d’une semblable structure se retrouvent sur plusieurs points de la boîte crânienne , principalement chez les sujets avancés en âge, La communicution du cercle orbitaire avec la fosse temporale y est étroite, et cette dernière ne se distingue que très-imparfaitement, à cause de la forme irrégulièrement sphéroïdale de la boîte cérébrale et de la position toute particulière des crètes destinées aux insertions musculaires, Les orbites sont considérables et communiquent l'une avec l’autre auprès du trou du nerf optique; les os du nez et la branche montante des incisifs sont fort allongés, ce qui est en rapport avec la forme de la face ct de la barre; les trous incisifs sont très-grands, et ils ne sont séparés de l'échancrure des arrière-narines que par une sorte de pont osseux que fournissent le maxillaire et les os palatins dans leur partie réellement palatine; le méat auditif est ossifié et remonte en forme d'entonnoir au dessus de la caisse auditive, qui, sans être aussi renflée que celle des Gerboises , des Chinchillas ou d'autres Rongeurs, acquiert cependant un développement assez grand et particulièrement en rapport avec la finesse de l’ouïe chez ces Animaux, On ne saurait se dissimuler que, dans sa disposition générale, le crâne des Lièvres et des Lapins ne s’éloigne de celui des Rongeurs pour ressembler à celui de certains Pachydermes, tels que les Chevaux. Toutefois, c'est là une ressemblance de physionomie plutôt que l'expression d’une affinité réelle, La mâchoire inférieure montre aussi une tendance analogue; cependant le condyle y est plus élevé que l'apophyse coronoïde qui se confond presque entièrement avec lui, La hauteur de la mâchoire à l’aplomb de sa saillie articulaire est plus grande que dans les autres Rongeurs; la surface massétérienne y est considérable, et l’apophyse angulaire a son contour curviligne et marginé au bord inférieur interne, Le Lièvre et le Lapin ont douze vertèbres dorsales, et, par conséquent, douze paires de côtes chacun, Ils ont tous deux sept lombaires, qui sont remarquables par leurs apophyses transverses, croissant de la première à la sixième et dirigées obliquement d’arrière en avant; leurs apophyses articulaires et épineuses sont également saillantes, et elles donnent aussi aux museles

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puissants du dos et des lombes de fortes insertions; c'est ce qui permet à ces Animaux de sauter avec tant de facilité, G, Cuviér compte quatre vertèbres au sacrum du Lièvre et deux seulement à celui du Lapin; mais cette différence tient seulement à ce que la troisième et surtout la quatrième des vertèbres, qui sont placées après la région lombaire, ne se soudent qu'à un âge plus avancé chez le Lapin que chez le Lièvre; car toutes les quatre ont assez exactement la même forme, Suivant le même auteur, il n'y aurait on arrivre de ces quatre vertèbres que seize caudales chez le Lapin, tandis qu'il y en a vingt au squelette du Lièvre, Mais ce n’est pas là non plus un caractère absolu, car j'en compte dix-huit sur un squelette de Lapin domestique, Les Lièvres et les Lapins n'ont qu'un rudiment de clavicule; leur iumérus a une forme assez caractéristique ; il montre inférieurement un grand trou percé dans la fosse olécränienne, mais il n’en a pas au-dessus du condyle interne, et sa poulie inférieure présente une gorgo médiane ayant, de chaque côté, une autre gorge moins large et plus raccourcie,

Sovtierre bu Lapin, 1/4 de grand,

Le radius et le cubitus teslent distincts dans toute leut étendue, quoique trés-fortement appliqués l'un contre l’autre; la saillie du coude est considérable; le pouce, quoique très: évident et fortement onguiculé, est plus court que les autres doigts. Aux pieds de derrière, on remarque la fusion du péroné avec le tibia dans une étendue qui excède leur moitié inférieure ; l’astragale ne diffère pas par sa forme de celui des Animaux que nous avons précés demment étudiés, et il n’y a que quatre doigts à chaque pied de derrière, même au squelette, La plupart des pièces qui entrent dans la composition du squelette des Lapins sont faciles à distinguer, et même, en prenant d’autres Animaux que ceux de nos contrées, on peut aisé ment reconnaître si les os que l’on observe ont été fournis par des Lièvres ou des Lapins, ou bien par des Animaux de même taille, mais qui appartiennent, comme par exemple le Chat, la Fouine, la Marmotte, etc., à des genres plus ou moins différents,

Les Lapins domestiques varient notablement dans leurs couleurs; indépendamment de ceux qui sont gris, et que l’on peut regarder comme plus semblables que les autres au type primitif, il y en a de noirs, de roux et de blancs, et d’autres qui présentent un mélange de

l'une ou même de plusieurs de ces dernièrés couleurs avec le gris primitif, Ce sont là des

différences très-apparentes sans doute, mais sur lesquelles on ne peut établir aucune distinetion de race, car elles peuvent se montrer fréquemment dans une même lignée, et la couleur des parents est loin d'être un gage certain de celle qui caractérisera les petits, Le plus hahituellement, cependant, des Lapins noirs, blancs ou roux en produisent qui leur ressemblent, et les Lapins gris donnent le plus ordinairement des Lapereaux qui sont également gris, L'érythrisme, l’albinisme et le mélanisme plus ou moins complets se reproduisent dans les | diverses races de ces Animaux, et ne sauraient caractériser par eux-mêmes des races véritables, | On peut en dire autant de l'absence des oreilles qui pourtant se perpétue aussi par voie de | génération et ne mérite guère d'être considérée que comme une production tératologique. Ces Lapins sans oreilles sont disgracieux; ceux que j'ai vus appartenaient à une des plus fortes | races que l’on distingue dans cette espèce, Buffon et Daubenton distinguaient trois races parmi les Lapins, savoir :

1. Le GLaprier (Lepus domesticus vulgaris) ou ordinaire, dont une sous-race, celle des Lapins-Lièvres du Midi, acquiert des dimensions supérieures à celle de la sous-race ordinaire et fournit des individus pesant jusqu’à six et même près de sept kilogrammes. Il a été obtenu aux environs de Liége (Belgique).

2, Le Ricue (Lepus domesticus argenteus), en partie gris argenté, en partie de couleur d'ardoise plus ou moins foncée, Sa tête et ses oreilles sont presque entièrement noirâtres, et ses pattes sont brunes avec le dessous blanc ; les poils sont longs et fermes, C'est le Silver Rabbit des Anglais. Brisson le nommait Lepus cinereus,

3. L'ANGoraA (Lepus domesticus angorensis), dont le pelage, beaucoup plus long que celui des autres, a deux ou trois pouces, est ondoyant et en partie frisé comme de la laine, Dans le temps de la mue, les poils se pelotonnent, et ces pelotons, qui pendent quelquefois jusqu’à terre, sont comme feutrés,

Desmarest rappelle que Pennant a signalé une quatrième race sous le nom de Russe (Russian Rabbit). La peau de celle-ci est très-lâche sur le dos et forme une sorte de capuchon qui recouvre la tête ; la poitrine présente un autre plissement analogue : c’est plutôt une variété tératologique qu’une race, M, Waterhouse réunit ce Æussian Rabbit au Lapin d’Angora.

L'origine des Lapins domestiques n’esi pas plus connue que celle de la plupart des autres Animaux dont l'Homme dispose, et tout ce que l’on peut affirmer à leur égard, c’est qu'ils sont, comme la presque totalité de ceux-ci, originaires de l’ancien continent, Aucune des espèces du genre Lapin qui vivent en Amérique n’a été réduite en domesticité, et, parmi les espèces sauvages de l’ancien continent, il n’en est qu’une que l’on ait considérée comme la souche de ces Animaux: c’est le Lapin ordinaire dont nous parlerons plus bas, Gependant, en comparant avec attention les Lapins domestiques avec les Lapins sauvages, on constate entre les uns et les autres des différences qui doivent faire considérer comme très-douteuse la filiation qu'on leur a supposée, Le vrai Lapin sauvage est plus petit que le Lapin domestique; ses proportions ne sont pas absolument les mêmes; sa queue est plus petite; ses oreilles sont plus courtes et plus velues, et ces caractères, sans parler de ceux fournis par la couleur, sont autant d'indications contraires à l'opinion qui réunit ces Animaux sous la même dénomination spécifique,

On a souvent répété que le Lapin était originaire des pays chauds, et qu'il en avait été amené dans les régions tempérées de l'Europe et dans le nord de ce continent, et comme on a toujours fait du Lapin domestique et du Lapin sauvage d'Europe une seule et même espèce, on à aussi atfribué à ce dernier comme au premier une origine étrangère, Il y a dans cette mauière de voir une seconde confusion, et nous la retrouvons dans Buffon; elle consiste à assimiler notre Lapin sauvage avec ceux du nord de l'Afrique et de quelques autres pays,

Buffon ne distinguoit même pas les Lapins d'Europe d'avec ceux du golfe Persique, de la baie de Saldana, de la Lybie, du Sénégal et de la Guinée; aussi a-t-il accepté l'opinion que nous combattons ici, et il a ajouté, à propos du Lapin : « Les Grecs le connais-

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saient, et il paraît que les seuis endroits de l’Europe où il y en eut anciennement étaient la Grèce et l'Espagne ; Ue là on les a transportés dans les climats plus tempérés, comme en Italie, en France, en Allemagne, où ils se sont naturalisés; mais dans les pays plus froids, comme en Suède et dans le reste du Nord, on ne peut les élever que dans les maisons, et ils périssent lorsqu'on les abandonne à la campagne, »

On ignore si les Grecs et les Romains avaient des Lapins clapiers, rien dans leurs écrits ne se rapportant à ce point, qui est pourtant un de ceux qu'il importerait d’abord d'éclaircir, Quoi qu’il en soit , il n’est pas permis de douter que les Lapins sauvages n'aient été anciennement aussi répandus en Italie, en France et dans d’autres parties de l’Europe temptrée qu’ils le sont aujourd’hui, On en a la preuve dans les débris osseux, depuis longtemps enfouis dans le sol, que ces Animaux ont laissés dans plusieurs parties de l’Europe. Beaucoup de cavernes et divers atterrissements dont le dépôt remonte à une époque peu éloignée de celle dite diluvienne, ont fourni nor-seulement des ossements de Lièvres, mais aussi des ossements de Lapins, et ceux-ci paraissent indiquer plusieurs espèces fort semblables , d’ailleurs, au Lepus cuniculus. On en signale jusque dans la Belgique, en Allemagne et en Angleterre, Ainsi nos Lapins sauvages re proviennent pas de Lapins airicains qui auraient été répandus sur notre sol par les anciens, et d’ailleurs les Lapins du nord de l’Afrique constituent, comme les Lièvres de la mème région, des espèces différentes de nos Lapins et de nos Lièvres de l’Europe. Est-ce leur séjour dans les habitations et l’action directe de l'Homme qui ont transformé les Lapins de garenne en Lapins claniers? Rien ne nous autorise à l’admettre, et la véritable origine de ces derniers ne nous est pas connue, si ce n’est peut-être celle des Lapins dits d’Angora, qui sont donnés comme originaires de la ville d’Anatolie dont ils portent le nom, On attribue la mème origine aux Ghèvres et aux Chats à longs poils.

Ce qui est plus certain, c’est que le Lapin domestique était autrefois beaucoup moins répandu qu’il ne l’est aujourd’hui.

Les voyageurs enropéens l'ont porté dans la plupart des pays où ils se sont établis, et dans quelques endroits , les Animaux de cette espèce ayant été abandonnés à eux-mûêmes, se sont considérablement multipliés et sont devenus sauvages, sans prendre toutefois les caractères de notre Lapin de garenne, Ceux que l’on retrouve maintenant aux îles Falkland ont été décrits à tort par MM. Lesson ct Garnot comme formant une espèce à part, sous le nom de ZLepus magellanicus. Ils sont d’un noir violacé, marqués ça et là de taches blanches; leurs orcilles sont d’un beau roux. MM. Lesson et Garnot ont pensé que ces Lapins étaient indigènes des îles où on les trouve maintenant; mais l’observation qu’ils supposent en avoir été faite par Magellan dès l'année 1520 doit être regardée, suivant M. Darwin, comme se rapportant au Cavia australis ou Kerodon Kingii et non à un véritable Lapin, quoique le célèbre navigateur portugais se soit servi du mot Conejos, qui veut bien dire Lapin, On a souvent appliqué ce nom à des Rongeurs plus ou moins semblables en apparence aux Lapins véritables.

Les Lapins domestiques ou clapiers, que tant de personnes élèvent en Europe et dans d’autres parties du monde, donnent lieu, par leur grande multiplicité, à des transactions commerciales qui ne sont pas sans importance et qui touchent même à plusieurs des branches de l’industrie, Indépendamment de leur chair, ces Animaux fournissent en effet leur peau que l’on emploie de diverses manières, soit en laissant le poil attaché au derme, ce qui donne alors une assez bonne fourrure, soit en utilisant séparément le poil ei le derme, Le derme du Lapin, débarrassé de son pelage, sert suriout à la fabrication de la colle, et son poil est principalement employé dans la chapellerie, quoiqu’il ait moins de valeur que celui du Lièvre et que depuis quelque temps on lui ait substitué la soie,

Autrefois le Lapin servait encore à un autre usage; sa graisse ainsi que celle du Lièvre étaient employées en pharmacie, l’une sous le nom d’Axungia cuniculi et l'autre sous celui d'Axungia leporis.

Dans beaucoup de fermes et autres établissements analogues, on élève des Lapins; il s’en

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fait souvent de grandes éducations, Les bénéfices qu’on en tire peuvent être considérables si l’on a soin d’approprier convenablement les locaux dans lesquels on les tient, et si l’on use de certaines précautions sans lesquelles la mortalité ne tarde pas à dépeupler la lapiniére et à transformer en pertes tous les bénéfices qu'on espérait obtenir, C’est là la grande culture du Lapin domestique, et il est facile d'améliorer la chair et le pelage de cet animal par le choix d’une bonne nourriture, par le bon entretien et par la propreté. La petite culture du même Animal est plus fréquente encore : beaucoup de familles, soit dans les villages, soit même dans les villes, espèrent faire un emploi avantageux des restes de leurs repas de chaque jour et en même temps de quelques herbes potagères dont le prix est peu élevé, en nourrissant des Lapins dans leur cour, quelquefois dans leur cuisine, et, à l’occasion, jusque dans l'unique chambre qui sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. Le Lapin des cours ou des garennes forcées est le Lapin clapier, et il partage souvent le nom de Lapin de choux avec les Animaux de même espèce qu’on élève dans les circonstances tout à fait défavorables que nous venons de rappeler, C’est sur ces Animaux, dont les feuilles du choux sont, en effet, la principale nourriture, que les maladies sévissent avec le plus d'intensité; les paralysies , le rachitisme, l’hydropisie ou les hydatides abdominales en enlévent la plus grande partie, et ceux qui survivent assez longtemps pour devenir mangeables ont la chair tout à fait décolorée et d’une saveur fade ou désagréable que l’on aurait fait disparaître en donnant à ces Animaux des locaux plus aérés et plus propres, et une nourriture plus accommodée à leurs besoins, Dans les pays de rochers, là où abondent les plantes aromatiques de la famille des labiées, on peut procurer aux Lapins domestiques un fumet qui différe peu de celui des meilleurs Lapins sauvages,

L'exploitation du Lapin clapier a attiré l'attention de quelques agriculteurs sérieux, mais elle a aussi suscité, surtout dans ces dernières années, diverses publications qu’on ne saurait prendre à la lettre, quoique les bénéfices exagérés qu’elles promettaient leur aient donné un certain crédit, surtout auprès des gens des villes, dont quelques-uns se sont aisément laissé persuader qu’on pouvait se créer un très-bon revenu en élevant des Lapins. C'est ainsi que M. Despouys n’a pas craint de garantir vingt mille francs par an à ceux qui consacreraient à l'éducation des Lapins, et conformément à ses préceptes, un capital de cing cents francs. — (Voir Le Lapin domestique, brochure in-8°, Paris, 1838),

Au contraire, queïques propriétaires ont traité la question sérieusement, Mon collègue à lu Société d'agriculture de l'Hérault, M. Bouscaren, a écrit sur ce sujet une petite notice qui est le fruit de ses observations personnelles, et dont nous croyons utile de reproduire ici les principales données,

« Une des principales causes de réussite, dit cet habile praticien, est de tenir les Lapins sur des litières fraîches et abondantes , renouvelées tous les quinze jours, dans des locaux secs et aérés, L’on est ainsi à l'abri de ces mortalités dues, la plupart, à des maladies occasionnées par leur voracité pour les plantes aqueuses, ou par la malpropreté et l'humidité, Il faut séparer les jeunes des adultes; les grands nuisent toujours aux petits, qui ont besoin d’une nourriture plus substantielle dont les plus âgés s'empareraient aux dépens des plus jeunes s’ils étaient ensemble, tout en les foulant dans leurs brusques mouvements, surtout lorsqu'ils ont peur, et tout le moude connaît leur poltronnerie,

« Il faut donc les séparer au moins en deux catégories ; l’une d’un mois à deux, l’autre de deux à trois et quatre mois, Alors ils peuvent être vendus, Un Lapin, communément, pèse trois kilogrammes; les femelles peuvent commencer à devenir mères à six mois, À cet âge, séparez-les dans des loges d'au moins deux mètres carrés. Un seul mâle peut servir huit femelles, Vous lui faites parcourir les huit compartiments de huit en huit jours, de sorte qu’au hout de deux mois, il est à présumer que toutes vos huit femelles seront pleines , un mois suffisant pour la portée d’une Lapine, La femelle de votre loge n° 1 ou la première visitée par le mâle vous aura déjà donné une nichée dont les petits auront un mois lorsque

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vous enléverez votre mâle de la loge n° 8, Vous reporterez donc celui-ci dans la loge n° t, et, successivement, il passera en revue, de huit jours en huit jours, toutes les femelles,

« Par la méthode de l'isolement, la femelle, tout occupée de recevoir le mâle, sans être distraite par la jalousie ni les soins de la maternité, conçoit promptement, Dès la seconde quinzaine, elle s’occupe à préparer son nid que rien ne vient déranger, Enfin, une fois qu’elle a mis bas, tout en se maintenant dans un bon état de santé, sa sollicitude maternelle lui fait soigner sans trouble sa jeune famille, Lorsqu’on la lui enlève, la joie de retrouver le mâle la lui fait bientôt oublier. Elle est donc constamment et utilement occupée, et ménagée de maniére à ne pas avoir à nourrir des petits dans son sein, tout en étant épuisée par d’autres qui tèteraient encore, tracassée par les mâles et chagrinée par l’indiscrétion, la méchanceté et la jalousie des autres femelles, conséquences inévitables de la communauté.

« Les loges, exposées, autant que possible, au midi, auront, comme nous l'avons dit, deux mètres carrés de surface ; les séparations ou cloisons, d’un mètre au moins de hauteur, seront en planches, à joints ouverts de deux ou trois centimètres, afin que les Lapins puissent se voir, Le sol, en planche ou en béton, pour les empêcher de gratter, aura une petite pente vers l'extérieur pour que l'urine n’y reste pas, Une petite planche d’environ quarante ou cinquante centimètres de long sur vingt-cinq à trente de haut, adossée contre l’un des côtés et retenue par deux charnières en cuir clouées contre l’un des côtés de la loge, pour l'empêcher de tomber ou de s’écarter, formera un abri sous lequel la femelle fera volontiers son nid, =

« Un petite sébile ou le fonds d’une boîte en bois pour y déposer la nourriture sèche, composera, avec la planche, l’ameublement de chaque loge, Un petit râtelier serait du luxe pour une femelle seule, mais il est très-utile pour le commun, où sont réunis en grand nombre les Lapereaux. Pour ces derniers, l’espace est nécessaire ; le plus n’est que le mieux. Leur mobilier consiste : 1° en planches derrière lesquelles ils aiment à se Cacher; 20 en une mangcoire longue et étroite pour les grains et farines; et 3° en un ratelier, autant que possibie en gros fil de fer, car ils rongent le bois,

« Il convient de donner deux fois seulement à manger aux Lapins, le matin et le soir, Dans le milieu du jour, surtout en été, ils se reposent. il faut veiller à ce que les herbes ne soient jamais humides ni mouillées, Lorsqu'on ne leur donne que des aliments secs, il est nécessaire de leur tenir à boire, ce qui est inutile et même nuisible lorsqu'ils mangent de l'herbe fraîche.

« Vingt-quatre femelles peuvent fournir, à cinq portées par an de six petits chacune, menées à bien, pour parler au positif et sans exagération, sept cent vingt Lapins, à SE En nonrun duuounroonunc uno nono 900 fr,

« Loyer du local et entretien des loges. .,..,,,,,...,......,..., 100 fr. \

« Soins, dont partie sont déduits pour la valeur considérable des | URLS éréeneetinnevnmecevcenirerciiernmuors AU

Loyer d’un terrain de vingt ares, que l’on cultive en orge, vesces,

POUONAN OS OT -rennrecesuse esuusraneniieseceersucresrcsies 00 400 « Cinq cents kilogr, tourteaux de lin ou sésame, à 10 cent......,.,. 650 « Pépins de raisin, semences diverses... ose 50 CE A tt on or oo ol, / Reste donc, quitte-bénéfice, ..,.,,.,,,,.,... 500 fr.

« Encore faut-il que les gros Rats, les Chiens, les Chats et autres Animaux carnivores ne S’introduisent pas dans l'établissement pour déranger ces calculs. Croire que l’on peut obtenir par Lapine une portée par mois et une moyenne de huits petits par portée, c'est ne jamais avoir eu de Lapins sous les yeux; c’est de la théorie souvent fort éloignée de la pratique, La femelle peut, il est vrai, devenir mére plusieurs mois de suite, mais ses petits sont chétifs, et le plus souvent, faute de lait, elle les abandonne ou les détruit elle-même, en

pouvant les nourrir, Un bénéfice de cinq cents francs que l’on peut doubler si le local le permet, n'est-il pas un assez beau résultat, surtout si l’on songe qu'il est obtenu sans risquer un capital, ainsi que l’on en court la chance dans l'éducation des bêtes à laine ? »

Olivier de Serres, le célèbre agronome du commencement du xvue siècle, s'était déjà étendu sur les mérites du Lapin domestique, et, parmi les auteurs contemporains, on peut citer, comme fournissant de très-bons conseils relativement à la culture du même Animal, M. Cadet de Vaux (Bibliothèque des propriétaires ruraux, n° 97, neuvième année), ainsi que le P. Espanet, de la Trappe (département de l'Orne), dont M. Germain Le Duc a reproduit les observations dans les Cent traités pour l'instruction populaire, J’ajouterai seulement que, suivant les pays, l'alimentation des Lapins et l’aménagement de leurs locaux doivent être modifiés pour arriver aux résultats les plus avantageux sans augmentation de la dépense,

Le Lapin DE GARENNE (Lepus cuniculus) est le Lapin sauvage de l’Europe, On le rencontre non-seulement dans les régions méditerranéennes, mais aussi dans une grande partie de l’Europe centrale et dans les régions qui avoisinent l'Atlantique, Il est plus petit et assez différent par sa couleur, qui est généralement gris tiqueté avec un peu de roux en arrière de la tête, et le dessous du corps blanchâtre; sa queue est plus petite; ses oreilles sont plus courtes, noires à leur pointe ; ses pieds sont plus velus,

Il préfére les lieux élevés et rocailleux, tels que les sols calcaires, les landes, les garrigues , etc. ; il vit par petites sociétés et point isolément comme le Lièvre, dont il diffère encore par l'habitude qu’il a de se creuser une garenne ou terrier, et par l’état de débilité dans lequel naïssent ses petits.

Existe-t-il en Europe différentes espèces de Lapins sauvages ? Quoiqu’on n’en ait reconnu qu’une et qu’on l’ait donnée comme originaire d'Espagne et même d'Afrique, il est possible que de nouvelles observations fassent reconnaître qu'il en est des Lapins comme des Lièvres, et que ceux de la Grèce ou de l'Espagne ne sont pas les mêmes que ceux de l'Allemagne ou de l'Irlande, et depuis plus de quinze ans déjà M. Gray a séparé de l’espèce ordinaire le Lapin sauvage de l'Irlande auquel il a imposé le nom de Lepus vermicula,

Les Lapins d'Arabie et d'Afrique constituent plus certainement encore des espèces différentes de la nôtre,

Le Lapin pu Sinaï (Lepus Sinaicus), dénommé par MM. Hemprich et Ehrenberg, ct décrit par le second de ces naturalistes, a les oreilles d’un cinquième plus longues que la tête, et les tarses à peu près aussi longs qu’elle, Les parties supéricures de son corps sont fauve brun, variées de noir; le bout des oreilles est noir, et la queue, noire en dessus, est blanche en dessous, Cette espèce vit dans les vallées de l'Arabie pétrée qui avoisinent le mont Sinaï.

Le Lapin DE L'ALGÉRIE a été décrit par M. Lereboullet comme ayant aussi dos caractères particuliers. :

Le LAPIN A GROSSE QUEUE (Lepus crassicaudatus, Is. Geoffroy) est à. peu près égal en grosseur au Lapin de Garenne; il est roux brun avec la queue de même couleur, sauf à la pointe, où elle est un peu plus foncée. C’est le Lapin du cap de Bonnce-Espérance; les colons hollandais l’appellent Rood Haas ou Lapin rouge.

Le LaPiN BRAGHYURE (Lepus brachyurus, Temminck) s'éloigne, à quelques égards, de la forme habituelle, et n’est réellement ni un Lièvre ni un véritable Lapin, Quelques-unes des particularités qui le distinguent semblent le rapprocher des Carpolagues, et des Lagomys, quoiqu'il ait la taille des Lapins. Ses orcilles sont peu allongées; son crâne a les apophyses supra-orbitaires peu étendues et le palais élargi; sa queue est très-courte, Ce Lapin est entitrement d’un roux brun avec le dessus du corps plus foncé; sa gorge est blanchâtre et son abdomen roussâtre.

C’est un Animal du Japon; il en à paru une description et une figure dans la Faune de ce pays, qui est due aux naturalistes hollandais,

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FAMILLE DES LÉPORIDÉS. 293

HE, Les CARPOLAGEUS (Carpolagus, Blyth), Ce sous-genre ne comprend encore qu'uno seule espèce que la forme de son crâne et la nature de son pelage éloignent notablement des autres Lepus,

Lièvre RUDE (Lepus hispidus, Pearson), Le pelage est rude au toucher au lieu d'être doux comme celui des Lièvres et des Lapins; il est moucheté de noir sur un fond brun en dessus et plus pâle inférieurement, où il passe au blanc; les pattos sont de couleur fauve blanchâtre ; la queue est rousse, sauf à la base inférieure,

Le Lapin rude n’est encore connu que dans le royaume d’Assam; il y cit plus commun dans les montagnes que dans les plaines, et il se terre comme le font les Lapins d'Europe, !

M, Blyth a fait les remarques suivantes sur le crâne de cet Animal : il est beaucoup plus solide et plus fort que celui des autres Lepus, et toutes les modifications qu'il présente concourent à co but, mais sans le soustraire aux conditions réellement caractéristiques du genre; la dentition est la même, mais les molaires sont plus larges et plus fortes; les incisives ont aussi une plus grande largeur proportionnelle, Les perforations palatines, qui sont grandes et allongées chez les Lapins et les Lièvres, sont plus réduites ici, et la surface osseuse du palais, au lieu d'être courte comme chez ces Animaux, est longue et large; les perforations réticulées de la branche montante du maxillaire, qui s'étend au devant des orbites, sont presque fermées ; les os du nez sont larges, et ils se prolongent moins en arrière que chez les Lièvres ; les maxillaires et les incisifs ont aussi plus de solidité; l’os zygomatique est deux fois aussi long que chez les Lièvres; la saillie supra-orbitaire n’est pas interrompue en avant; l'échancrure qu’elle présente chez les autres Animaux de ce genre n’existant pas, l’échancrure postérieure de la même saillie est aussi beaucoup moins considérable.

GENRE LAGOMYS (Zagomys, G. Cuvier). Les Lagomys sont des Léporidés plus petits que les Lièvres et même que les Lapins, qui s’éloignent en outre les uns des autres par la brièveté ct la forme arrondie de leurs orcilles, par leurs membres courts et par l’absence de queue, Ils-n'ont, d'ailleurs, que cinq molaires à chaque mâchoire par suite de l'absence de la dernière molaire que nous avons signalée à la mâchoire supérieure des Lepus. Leur crâne est plus prolongé et plus arqué que celui des Lièvres ou des Lapins; l’espace inter-orbitaire y est étroit, et les orbites sont comme dirigées en dessus ; enfin la branche montante du maxillaire n’a pas l'apparence réticulée que l'on remarque chez les mêmes Animaux.

Ces petits Rongeurs ont quelque similitude avec le Cochon d'Inde dans leur apparence extérieure ; mais ils appartiennent, par leur dentition et par l'ensemble de leurs caractères, à la même famille que les Lièvres ; ils sont fouisseurs, vivent de substances végétales et font des provisions pou’ l'hiver, On ne les trouve que dans l'hémisphère boréal, et ils se tiennent principalement sur les montagnes élevées ou dans les régions du nord; leur voix est forte; elle a été com, ‘2 au cri d'appel de la CGaille, Dans son ouvrage sur les Glires, Pallas a donné d'excellents aëtails sur ces Animaux, et il a caractérisé plusieurs des espèces qu’on en connaît, Elles vivent dans les parties orientales de l'Europe, en

Dents DE LaGomys ALPIiN, 2/1 de grand

Asie et dans l'Amérique septentrionale, M, Waterhouse a reproduit dans son Histoire naturelle des Mammifères la plupart des documents que l’on possède à leur égard,

Nous n'avons pas de Lagomys en France, et il n’y en à pas non plus en Angleterre, en Espagne, ni en Italie; mais il en a certainement vécu en France et en Angleterre à une époque qui n’est pas antérieure à l'apparition de la Faune actuelle, Les brèches osseuses de la région méditerranéenne ont fourni non-seulement des débris fossiles de Lièvres et de Lapins, mais encore des restes de Lagomys. On en trouve aussi en Auvergne et même aux environs de Paris, Dans cette dernière localité, ils sont associés aux ossements des Spermophiles et des Hamsters dont la race y à également été détruite ; leur ancienne existence en Angleterre n’est pas moins certaine,

D'autres Lagomys ou Animaux voisins des Lagomys ont vécu pendant les époques tertiaires moyenne et supérieure que les géologues désignent par les noms de miocène ou de pliocène, Les Titanomys, de Weïsenau, près Mayence, que j'ai également signalés à Saint- Gérand-le-Puy d'après des pièces recueillies par M, Feignoux, appartenaient à l'époque miocène,

LAGOMYS SULGAN (Lagomys pusillus, Pallas), Est varié de brun et de gris; ses oreilles sont bordées de blanc; elles n’ont pas un centimètre et demi de long ; le corps en a dix-neuf, C’est le seul Animal de ce genre que l’on connaisse en Europe; encore est-il commun aux parties les plus orientales de ce continent ct à l’ouest de l'Asie, On le rencontre depuis les districts situés au sud du Volga et sur les pentes méridionales des monts Ourals, jusqu'en Sibérie, dans le bassin de l’Obi,

Le LaAGoMYs ALPIN (Lagomys alpinus, Pallas), Observé dans les monts Altaï et au Kamtscnatka; il est roussâtre, avec les oreilles et la plante des pieds brunes,

LAGOoMYs ALPIN, 1/3 de grand.

Le LaAcouys oGOTONE (Lagomys ogotona, Pallas), que les Tartares Mongoux nomment Ogolone, est gris pâle avec les oreilles de la couleur du corps; sa taille diffère à peine de celle du précédent, 1 habite la Tartarie mongole, et principalement le désert de Gobe, les

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FAMILLE DES SCIURIDÉS. 295

contrées montueuses situées au delà du lac Baïkal et les sables ou les îles du Salenga, en Asie,

Le LAGOMYS HYPERBORÉEN (Lagomys hyperboreus, Pallas) n’a que treize centimètres de long; sa fourrure est épaisse, gris brun, un peu lavé de roussâtre; ses oreilles sont bordées de blane, Il a été décrit d’après des exemplaires du Tehuktchi, qui est à l'extrémité nord-est de l'Asie, au nord du Kamtschatka et auprès du détroit de Bebring,

Le LAGOMYs ROUSSATRE (Lagomys rufescens, Gray) se tient dans les collines rocailleuses du Caboul,

Le Lacomys D'Honason (Lagomys Hodgsonü, Blyth) est des pentes sud-ouest des monts Himalaya,

On donne comme une troisième espèce propre au centre de l'Asie le Lacomys pu Ne- PAUL (Lagomys Nepalensis, Hodgson) du Nepaul et du Thibet,

Une quatrième habiterait les vallées du Penjaub; c’est le LAcomys DE RoYLE (Lagomys Boylii, O'Gilby), découvert par le naturaliste de ce nom dans la montagne de Choor, à une élévation de onze mille cinq cents pieds (mesure anglaise), La partie zoologique du Voyage aux Indes de Victor Jacquemont rapporte que ce voyageur a vu le même Lagomÿs à Kanawer, dans la vallée d'Yurpo et dans le Penjaub, au Cachemyr, dans la haute vallée où le Sind et le Gombour se séparent. Le Lagomys de Royle se tient parmi les pierres et dans les anciens éboulements,

Le Lacouys Prixceps (Lagomys Princeps, Richardson) est propre à la chaîne des montagnes Rocheuses qui parcourent et traversent presque complétement l'Amérique septentrionale dans sa longueur, On l’a observé depuis le 42° jusqu'au 60e degré de latitude. Les Animaux de cette espèce vivent dans les endroits pierreux, et ils établissent leur demeure entre les pierres, On les voit souvent, après le coucher du soleil, grimper sur quelque fragment de rocher pour s'appeler entre eux ; leur cri est une sorte de sifflement aigu,

NOUS-ORDRE vrs RONGEURS ORDINAIRES

Les Rongeurs de ce second sous-ordre n’ont jamais qu’une seule paire de dents incisives, en haut comme en bas ; ils se partagent en plusieurs familles, dont nous parlerons successiment sous les noms de Sciuridés, Castoridés, Hystricidés, Clénomydés, Pseudostomidés, Dipodidés, Myoxidés et Muridés, Teur ensemble répond exactement aux Aodentes de Vicq-d’Azyr,

FAMILLE »es SCIURIDÉS

En plaçant à la tête des Rongeurs la famille des Léporidés, nous avons cherché à éliminer un certain nombre d'espèces, et rendre, par cela seulement, plus facile l'exposition des nombreux genres dont il nous reste à parler; mais nous n'avons pas prétendu établir que les Lapins soient supérieurs aux autres Mammifères du même ordre; ils sont, au contraire, inférieurs à la plupart d’entre eux par la conformation de leur cerveau, Une seconde famille de Rongeurs comprend les Écureuils, les Marmottes et les espèces volantes auxquelles les zoologistes donnent les noms de Sciuroptères et de Ptéromys, et que l’on appelle aussi Po/atouches, L'ensemble de leurs espèces a été divisé en plusieurs genres qui, tous, ont pour

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caractères communs une certaine forme de crâne ; des dents molaires radiculées, au nombre de quatre paires à chaque mâchoire, et souvent de cinq à la supérieure ; le corps plus ou moins élancé ; la queue assez longue et souvent floconneuse, toujours veluo, et portant quelquefois ses poils sous la forme d'un panache élégant, Ge sont des Animaux essentiellement granivores , dont les uns vivent sur les arbres et les autres, au contraire, à la surface du sol où ils se creusent des terricrs,

ll est facile de distinguer les Sciuridés de toutes les autres espèces du même ordre, Toutefois, nous croyons qu'il faut en rapprocher le Castor, qui forme une famille à part, trèsvoisine de la leur, ou peut-être même une simple tribu dans leur propre famille, Le Castor, qui est un Animal aquatique, présente plusieurs particularités qui sont en rapport avec ce genre de vie, Les deux principales semblent d’abord l’éloigner considérablement des Marmottes et des Écureuils ; je veux parler de la palmature de ses pattes postérieures et de la forme en disque aplati et écailleux de sa queue, On peut y ajouter encore ses molaires, soutenues par des replis profonds de l'émail et dépourvues de véritables racines; mais le crâne du Castor est établi sur le même modèle que celui des Sciuridés, et, quoiqu'il manque d’apophyses postorbitaires au frontal, son trou sous-orbitaire a la même forme que celui des espèces dont nous allons parler, et comme on l’a démontré, la forme du crâne a chez les Rongeurs une importance incontestable,

Les genres de Sciuridés véritables sont les suivants : Pleromys, Marmotte, Spermophile, Sciuroptère et Écureuil. On pourrait les partager en plusieurs tribus.

Les Ptéromys et les Sciuroptères ou les Sciuridés, qui sont pourvus de membranes aliformes, doivent être éloignés l’un de l’autre; ils sont faciles à distinguer entre eux par quelques caractères, principalement par la forme de leur crâne qui rappelle tantôt celui des Marmottes, tantôt celui des Écureuils. Les Ptéromys sont dans le premier cas et les Sciuroptères dans le second.

GENRE PTÉROMYS (Pteromys, G. Guvier). Tête de même forme que celle des Marmottes, surtout dans les parties osseuses; orcilles un peu plus grandes; corps moins trapu ; queue plus longue et en panache; une membrane s'étend sur les flancs entre Îles membres antérieurs et les postérieurs ; elle se prolonge en pointe saillante près du poignet ; dents molaires flexueuses à la couronne et :

faiblement rubanées, au nombre de +, avec la première supérieure presque gemmiforme.

Cnaxe De Prénouys PÉTAURISTE, grand, nat. Denrs be PTÉROMYS PÉTAURISTE, 3/1 dc grand.

Les Ptéromys sont des Animaux de l'Asie méridionale ct des îles de l'Inde, On en connaît plusieurs espèces, toutes plus ou moins remarquables par la vivacité de leurs teintes. Gcs Rongeurs ne sont pas moins curieux par leur agilité, qui égale celle des Écureuils, et ils

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LIÉROMES ÉCLAT INT 20 DE JAWA

PAMILLE DES SCIURIDÉS, 297

doivent à leurs membranes, la possibilité de s'élancer à de grandes distances et comme en volant, Lour genre de vie est nocturne; leur taille est en général égale à celle des Marmottes ou des plus grands Écureuils, Le nom de Murmottes volantes leur conviendrait mieux que celui d'Écureuils volants, L'espèce la plus connue est la suivante :

Prénomys ÉcLATANT (Pleromys nilidus), Son pelage est marron foncé en dessus et roux brillant en dessous; su queue est brun foncé; le corps a 0,45

Prénomys fecarant, 13 de grand, et la queue 0,55, On le trouve à Java ainsi qu'à Bornéo,

La première de ces fles nourrit aussi les Pteromys elegans, sagilla et genilabris. (PL XXV,)

Le Ploromys petaurista est de l'île de Ceylan et, assure-t-0n, des îles Moluques et des Philippines, mais il est probable qu'on a confondu plusieurs especes avec lui, Quelques autres, bien certainement différentes, se rencontrent dans l'Inde continentale, De ce nombre est le PréRoMYs SIMPLE (Pteromys inornalus, 1s, Geoffroy), que Jacquemont a pris dans le royaume de Cachemyr, 1 se nourrit de fruits sauvages, dort le jour dans des trous d'arbres et sort le soir, En hiver, il s'engourdit, On fait des fourrures avec sa peau,

GENRE MARMOTTE (Arclomys, Schreber). Les espèces du genre Marmotte ont le corps lourd et bas sur jambes, les oreilles médiocrement longues, la queue plus courie que le corps et velue ; leur taille différe peu de celle de la Marmotte des Alpes, et elles ont de même les dents tuberculeuses ; leurs molaires supérieures sont au nombre de cinq de chaque côté; les tubercules forment sur les quatre principales deux collines disposées angulairement; inférieurement, il y a quatre molaires dont le tubercule antérieur interne s'élève sous la forme d'une pointe émoussée, Le É crâne des Marmottes a des apophyses postorbitaires qui GI gs manquent, au contraire, à celui du Castor et se retrouvent

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in rieurs est tout à fait rudimentaire, ‘

Ces Animaux vivent en général dans les régions montagneuses; on les trouve en Europe, en Asie et dans l'Amérique septentrionale; leur régime à l’état de liberté est essentiellement herbivore et granivore; mais, en captivité, on peut les nourrir avec des substances trèsvariées, Tous sont fouisseurs, et ils se creusent, sur les terrains inclinés, des cavités qui leur servent d'habitation; ils sont peu actifs et tombent, pendant l'hiver, dans un sommeil léthargique très-profond,

La MAnRMOTTE DES ALPEs (Arclomys Marmolla), que Linné et Pallas ne séparaient pas génériquement des Rats, vit dans plusieurs parties des Alpes; dans celles de la Savoie, elle n'est pas rare, et c’est là que la prennent ces industrieux enfants qui savent gagner leur vie en montrant, dans les grandes villes, des Marmottes auxquelles ils font exécuter, bon gré mal gré, divers petits exercices. Les tours qu'ils leur apprennent sont peu variés ; mais, grâce à la chansonnette bien connue dont l'enfant les accompagne, ils obtiennent toujours un égal succès, La Marmotte est, d’ailleurs, un objet de curiosité pour les citadins, lé PARTIE, 38

Prénomvys simrie, 2/3 de grand,

même pour ceux qui sont peu éloignés des montagnes qu'elle habite, Sa taille est à peu près celle d'un Lapin, mais sa forme est sensiblement différente, et son poil est aussi d’une autre nature: il est gris fauve plus ou moins lavé de roux ou de brun par endroits, noiïrâtre au bout de la queue, et presque blanc sur les pattes,

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ManmortTe pes ALPes, 1/3 de grand

Jette esptce établit sa demeure dans les lieux inclinés et creuse dans la terre une galerie en forme d’Y dont la double branche se termine en un cul-de-sac dilaté, C’est dans cel élargissement que se tiennent les Marmottes, et elles ont bien soin de le tapisser d'herbes sèches lorsque le moment de leur engourdissement approche. Lorsque le froid commence, elles bouchent l'ouverture unique de ce terrier, Ghaque galerie réunit plusieurs individus, et quand le froid les y a engourdis, on les trouve serrés les uns contre les autres, mais séparés entre eux par une couche de fourrage, C’est à la fin de septembre, ou au plus tard vers le commencement d'octobre que ces Animaux se calfeutrent ainsi, Quelques auteurs disent qu'en captivité les Marmottes ne s’engourdissent pas. Les habitants des Alpes mangent la chair de ces Rongeurs et leur peau est employée pour faire des bonnets ou pour garnir les colliers des chevaux.

Les Marmottes sont connues depuis longtemps; leur espèce est le Mus alpinus de Pline, Gesner, célèbre naturaliste suisse du xvie siècle, a donné à leur égard de trés-bons détails dont Buffon s'est servi dans la rédaction de son article sur les Marmottes, Toutefois, il reste bien quelques observations à faire pour connaître exactement leurs mœurs, et leur histoire est encore embarrassée de plusieurs assertions qui n’ont certainement aucun fondement, Telle est, entre autres, celle qui a trait à la manière dont elles transportent dans leur demeure les herbes qui leur servent de litière. «On assure, dit Buffon, que cela se fait à frais et travaux communs ; que les unes coupent les herbes les plus fines, que d’autres les ramassent, et et tour à tour elles servent de voiture pour les transporter au gite : l’une, dit-on, se couche sur le dos, se laisse charger de foin, étend ses pattes en haut pour servir de ridelles, et ensuite se laisse traîner par les autres, qui la tirent par la queue et prennent garde en même temps que la voiture ne verse, »

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