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CAMPAGNOL DES cHAups, 1/2 de grand.
Ce Campagnol est un Animal commun dans presque toute l’Europe , et, malgré sa petite taille, il peut être un fléau pour les moissons, lorsque, sous l'influence de certaines circonstances, il est devenu abondant, Il établit sa demeure dans les plaines cultivées, particulièrement dans les champs de blé, En été, il coupe les tiges des céréales pour en faire tomber l'épi, qu’il dévore, et, lorsque les gerbes ont été enlevées, il s'en prend aux ro ines des jeunes trèfles, et il se jette ensuite sur les champs de carottes ou des autres plantes potagères ; lorsque l'hiver arrive, il attaque les semailles, Quand le froid a gelé le sol, il vient se réfugier sous les meules, et il y fait de nouveaux dégâts. Quelques individus sont variés dans leurs couleurs; les uns étant noirs, d’autres entièrement blancs ou simplement blanc jaunâtre, et quelques-uns pies ou tapirés de blanc sur la couleur ordinaire. Cette espèce s'étend non-seulement en Europe, mais encore en Sibérie, jusqu’auprès de l'Obi. On assure que l'Italie est la seule partie du coutinent européen où on ne voit pas le vrai Campagnol des champs. Dans quelques lieux, il s'élève à une grande hauteur, et M, Schinz en a observé des ‘individus auprès de l'hospice du Saint-Gothard, à plus de six mille pieds au-dessus du niveau de la mer; il a constaté qu’il y forme aussi des magasins qu'il remplit avec les racines du saule des Alpes.
Pendant certaines années, les Campagnols sont extrêmement nombreux dans les champs, et l’on ne peut expliquer leur présence en quantité si considérables qu’en supposant l’arrivée de nouvelles colonies de ces Animaux; d’autres fois, ils sont plus rares. Suivant M. de Selys, ce n’est guère qu’une fois ou deux en dix ans que leur nombre est extrême. Les petits Garnassiers leur donnent la chasse, aussi bien que les Oiseaux de proie et les Hérons, On en trouve quelquefois une dizaine et plus dans le jabot de la Buse, et leurs crânes, ainsi que les autres parties plus ou moins fracturées de leur squelette, se retrouvent dans les pelottes vomies par les Oiseaux de proie nocturnes, après que ceux-ci en ont extrait , par la digestion stomacale, les chairs et les sucs nutritifs. Les débris des Campagnols y sont souvent môlés à des os de Musaraignes que ces Oiseaux ont également capturés dans les mêmes lieux.
Les grandes pluies qui inondent les terriers de ces petits Rongeurs ou dont les eaux torrentielles les emportent en les noyant en détruisent aussi beaucoup. On peut arriver artificiellement au même résultat en creusant dans les champs de simples trous dans lesquels les Campagnols ne manquent pas de se laisser tomber, et où l’on vient les tuer une ou deux fois par jour.
Aristote en signalant le tort que certaines espèces de Rats font aux moissons, avait certainement voulu désigner le Campagnol ou quelque espèce voisine et le Mulot, qui sont l’un et l’autre les ennemis de nos champs cultivés. En effet, les pertes qu'ils occasionnent sont quelquefois énormes, et personne n’a encore trouvé un bon moyen pour y mettre obstacle, On estime qu’en 1816 et 1817 celles qu’ils occasionnèrent dans le seul département de la Vendée furent évaluées à près de trois millions, et les prairies furent ravagées aussi bien que les champs.
Indépendamment de ce Campagnol, nos plaines et nos prairies en nourrissent plusieurs autres, Le soin minutieux que M. de Selys Longchamps, et, après lui, M. Gerbe ont apportés dans l’observation de ces petits Mammifères, nous permettra de donner à leur égard des détails très-précis.
LE CAMPAGNOL FAUVE (Arwicola it: Desm.) est de la taille du Campagnol des champs; il a les oreilles externes nues et presque nulles; son pelage est d’un fauve jaunâtre clair en dessus et blanchâtre en dessous ; sa queue égale la longueur du tiers du corps, et elle est jaunâtre ; ses pieds sont jaunâtre clair, C’est un Animal encore peu connu et qui est même assez rare, On l’a observé en Belgique, auprès de Liége , et en France, dans les environs de Strasbourg. M. de Selys en a pris un avec des Campagnols ordinaires.
Le CAMPAGNOL INGERTAIN (Arvicola incertus) est signalé en Provence, dans le département du Var, et en Languedoc, aux environs de Montpellier, M. Gerbe y rapporte le Campagnol à douze paires de côtes ; les Gampagnol$ agreste et roussâtre en sont voisins.
Le CaAMPAGNOL DE SELYS (Arvicola Selysü, Gerbe). Celui-ci est brun ferrugineux en dessus , fauve cendré pâle en dessous ; a les pieds fauve cendré, les oreilles brunes et velues ; sa queue est brune en dessus et fauve en dessous, et elle est terminée par un petit pinceau blanc; sa taille est à peu près égale à celle du Campagnol des champs, Cette espèce est du département des Basses-Alpes.
M. Gerbe cite aussi dans les Basses-Alpes les Arvicola glareolus et Nageri de M. Schinz,
Le CaAMPAGNOL DE SAvi (Arvicola Savii de Sélys) est encore de la taille de celui des champs; il a les oreilles externes un peu velues, mais beaucoup plus courtes que les poils
qui les entourent; son pelage est gris brun en dessus et cendré en dessous; sa queue est un peu plus courte que le tiers du corps, bicolore, brunâtre en dessus, blanchâtre en dessous ; ses pieds sont d’un cendré clair; enfin il a quatorze paires de côtes. C’est une éspèce répandue en Italie; elle est quelquefois très-abondante, et le prince Ch. Bonaparte dit qu'en une seule saison il en fut tué onze mille individus dans une seule ferme des États-Romains. Elle aime les lieux secs, se creuse deux ou trois courtes galeries, plaçant séparément son nid et son magasin qu’elle remplit de céréales ou de fèves,
Le CAMPAGNOL SOUTERRAIN (Arvicola sublerraneus, Sélys), 11 a été premicrement distingué par M. Baillon, d’Abbeville, sous le nom d’Arvicola pratensis; maïs cette dénomination n’a pu être conservée parce qu'elle avait déjà été employée pour une espèce différente vivant dans l'Amérique septentrionale, Voici le résumé de ses caractères :
Taille un peu moins forte que celle du Campagnol des champs; oreilles un peu plus courtes que la longueur des poils, presque nues; yeux très-petits; pelage d’un gris noirâtre en dessus , cendré ou blanchâtre sur l'abdomen seulement ; queue de la longueur du tiers du corps, bicolore, noirâtre en dessus, blanche en dessous; pieds cendré foncé; treize paires de côtes.
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FAMILLE DES MURIDÉS. 389
champs. Sa nourriture consiste principalement en céleri, en carottes, en artichauts, et il cause de grands ravages. dans les jardins maraichers. Il est plus souterrain quo les espèces voisines, et il ne multiplie pas autant que les Arvicola arvalis et Savii, 11 mange’aussi les racines du grand liseron. M, Gerbe a constaté sa présence dans les environs de Paris, à Meudon.
Le CAMPAGNOL soc1AL (Arvicola socialis), nommé aussi Compagnon par Vicq-d’Azyr, est le même Animal que le Mus socialis de Pallas. Sa taille égale celle des précédents; ses oreilles sont larges et presque nues; son pelage est très-doux, d’un cendré pâle en dessus, blanc en dessous et sur les pieds; sa queue, un peu plus courte que le quart du corps, est blanchâtre; il a douze paires de côtes et cinq vertèbres lombaires. Ù
Il habite les déserts situés entre le Volga et le Jaik, préfère les lieux couverts d’herbes, se nourrit de racines des diverses plantes et de bulbes, principalement de ceux des tulipes dont il remplit ses magasins.
LE CAMPAGNOL AGRESTE (Arvicola agrestis), répondant au Mus agrestis de Linné. Il est plus fort que l’Arvicola arvalis ; ses oreilles sont cachées par les poils; son pelage est brun foncé en dessus et rappelle celui du Rat d’eau; ses pieds sont cendrés et velus ; enfin sa queue, moins longue que celle de l'A. rubidus, est semblable, pour la couleur, à celle de ce dernier. On le connaissait en Suède, M. de Sélys l’a retrouvé en Belgique et en Picardie. Ceux de cette province ont servi à l'établissement de son Arvicola Baillonii, qui doit être supprimé. L'Arvicola neglecta, signalé en Écosse par M. Thompson, et l'A. arenicola de la Hollande qui a été décrit par M. de Sélys, sont aussi, d’après les nouvelles recherches de ce dernier naturaliste, des Arvicola agrestis.
Le CAMPAGNOL ÉGONOME (Arvicola æconomus), ou le Mus æconomus de Pallas et le Fégoule de Vicq-d’Azyr. Il est un peu plus fort que l’Arvicola arvalis: ses oreilles sont nues et beaucoup plus courtes que les poils de la tête; son pelage est gris foncé en dessus, un peu : jaunâtre sur les côtés, blanchâtre en dessous; sa queue égale à peine le quart du corps; elle est poilue et bicolore, noire en dessus, blanche en dessovs; les pieds sont gris, et il a quatorze paire de côtes.
On a quelquefois attribué à cette espèce certains Campagnols de l’Europe occidentale; mais elle ne paraît exister que dans les contrées voisines de l'Oural, et c’est surtout en Sibérie. qu’elle est abondante, Son nom d’Économe lui vient de ce qu’eile amasse de grandes provisions dans ses terriers; elle est également voyageuse, et dans ses migrations elle marche par grandes troupes, en se dirigeant toujours suivant une ligne droite, M. de Sélys a montré que les prétendus Économes de l’Europe occidentale devaient être rapportés aux espèces dont nous avons déjà parlé et non à l’Économe véritable,
Le CAMPAGNOL À DOUZE cÔTes (Arvicola duodecim costatus, Sélys) n’est connu que par son squelette qui montre douze paires de côtes et six vertèbres lombaires; sa taille est celle de l’Arvicola arvalis, et sa queue est un peu plus longue que le tiers du corps. Des deux individus observés par M. de Sélys, l’un avait 6 pris-aux environs de Montpellier, par Olivier, et l’autre auprès de Genève, M, Gerbe considère que cette espèce ne diffère pas de l’Arvicola incertus.
CAMPAGNOL ROUSSATRE (Arvicola rubidus, Baillon), Également grand comme l’Arvicola arvalis ; oreilles plus grandes que les poils, velues; yeux gros, proéminents; pelage d'un roux rubigineux en dessus, cendré sur les côtés, blanchâtre en dessous; queue un peu plus longue que la moitié du corps, bicolore, noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous; pieds blanchâtres ; treize paires de côtes.
Ge Campagnol habite les bois humides et il creuse sa retraite sur le bord des petits ruis- “eaux, On a constaté sa présence en Angleterre et sur une grande partie de l'Europe centrale. M. de Sélys fait remarquer que sorr aire d'habitation paraît bornée au nord par le Danemark, au sud par Ha Loire, les environs de Lyon, et ie midi de l'Allemagne, à l’est par l'Oural, Cette espèce à aussi reçu ie nom d'Aypudœus hercynicus (Mehilis)
CAMPAGNOL À QUEUE BLANCHE (Arvicola leucurus, Gerbe), Taille plus forte que celle de l’Arvicola arvalis ; orcilles plus grandes que les poils, velues au sommet; pelage cendré fauve en dessus, blanc en dessous ; queue blanche plus longue que la moitié du corps; pieds blancs ou blanchâtres ; treize vertèbres dorsales,
De Barcelonnette (Basses-Alpes), où il est connu sous le nom de Rat de montagne, M, Gcibe distingue cette espèce de l’Arvicola nivalis, dont elle paraît, dans tous les cas, très-voisine; il nous apprend qu'on la rencontre je plus ordinairement à quinze cents mètres environ au-dessus du niveau de la mer; elle s'élève même jusqu’à la hauteur de deux mille mètres. Toutefois, elle est loin d’être confinée dans des zones aussi froides : on la trouve aussi dans des vallées dont l'altitude n’est que de douze cents mètres. Elle paraît s'établir de préférence dans des trous de murs ou de rochers et dans des tas de pierres, Dans les montagnes, les granges et les châlets sont sa demeure habituelle, et pendant l'hiver elle y trouve un abri dans le foin qu’on y entasse, $
CAMPAGNOL DES NEIGES (Arvicola nivalis, Martins). Un peu plus grand que l’Arvicola arvalis ; oreilles arrondies plus longues que les poils de la tête: yeux médiocres; pelage gris noirâtre devenant bientôt gris cendré lorsque l'animal est empaillé, un peu lavé de fauve sur les flancs, gris cendré clair sur le ventre avec des macules noires et blanches; queue plus longue que la moitié du Corps, à poils blancs; treize vertèbres dorsales.
MM, Bravais et Martins ont découvert ce Campagnol sur le Faulhorn, montagne de la Suisse, qui s'élève à 2,683 mètres. IL mange les pousses et les pétales du Geum replans el du Geum montanum : quelques individus se sont établis dans l’intérieur de l’auberge qui est sur le Fauihorn,
3, D’autres Campagnols ont la queue encore plus longue et au moins égale à la moitié du corps; leurs pieds sont plus ou moins écailleux, et ils n’ont qu’un rudiment de pouce aux membres antérieurs. Ce sont des animaux plus ou moins aquatiques,
CAMPAGNOL SCHERMAUS (4rvicola lerrestris). 11 a été décrit par Hermann, de Strasbourg, d’après des sujets recueillis dans les environs de cette ville, On le signale en France, en Suisse et en Allemagne dans les vallées du Rhin; il habite les prairies situées au bord des Caux, mais n’est pas aussi aquatique que le Campagnol amphibie, ce qui lui a fait donner par opposition le nom spécifique de Zerrestre, Voici com- ass ment M, de Sélys le caractérise :
Taille d'un quart moindre que celle de l’Amphibie; pelage d’un brun plus ou moins jaunâtre en dessus, jaunâtre sur les côtés et cendré glacé de jaunâtre sur l'abdomen ; queue brune en dessus, plus pâle en dessous, un peu plus longue que le liers du corps.
Le CAMPAGNOL AMPHIBIE (Arvicola amphibius) est le Rat d'eau de Buffon et le Mus amphibius ou aqualicus des nomenclateurs du dernier siècle, Il à la taille du Rat noir, mais il est facile à en distinguer, même extérieurement, par sa tête plus large, son pelage brun roux et sa queur seulement un peu plus longue que la moitié du corps, Sa longueur est de 0,15 environ pour la tête et le tronc et de 0,07 ou 0,08 pour la queue, Son pelage est doux, assez épais, d’un brun terreux ou ferrugineux en dessus, un peu roussâtre sur les côtés et cendré foncé en dessous; les pattes ont un épiderme écailleux et il en est de même de la queue; mais les écailles qu'on y voit sont petites et en partie recouvertes par des poils courts; ceux de la queue qui sont roux noirâtre sont un peu roides, Il aime l'eau et nage trés-bien, mais il n'a pas les pieds palmés, On le rencontre auprès des grands cours d’eau, ainsi que sur le bord des petites rivières et des lacs; il y en à aussi dans les étangs salés qui avoisinent la mer. Le Gampaguol amphibie ou Rat d'eau fait deux portées par an, chacune de six où huit pelits,
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FAMILLE DES MURIDÉS, 391
Le CaAMPAGNOL Desraucreun (Arvicola destructor, Savi) est grand comme le Rat d’eau et il eu diffère assez peu, On lui donne cependant pour Caractère d’avoir le dessous du corps et des picds d’un cendré bianchâtre presque uniforme, M. de Sélys considère que c’est bien une espèce distincte, Ce Campagnol vit en Italie, et aussi, d’après M. Gerbe, dans le département des Basses-Alpes; c’est le même que l’Arvicola Musignani de M. de Sélys. Son nom d'espèce rappelle les dommages qu'il occasionne et les obstacles qu’il a opposés aux travaux entrepris en Toscane pour le desséchement des Marennes, On lui reproche surtout de manger les racines des plantes que l’on cherche à propager sur les digues pour les raffermir et encore de percer celles-ci de part en part lorsqu'il construit ses galeries; ce qui laisse échapper les eaux qu’on cherchait À retenir, En Toscane, pendant les années 1837 et 1838, les Campagnols destructeurs ayant été chassés de leurs retraites par des inondations, se répandirent dans les plaines voisines qu’ils ravagèrent, M. Savi assure qu'ils firent alors périr les quatre cinquièmes de la récolte,
CAMPAGNOL MONTAGNARD (Arvicola monticola, Sélys) de la même grandeur que l’Arvicola amphibius, a le pelage d'un gris jaunâtre mélangé de jaune pâle sur les côtés, cendré blan-‘ châtre en dessous et sur les pieds ; queue cendré clair, un peu plus courte que la moitié qu Corps, :
Get Animal, qu’on a souvent confondu avec le Shermaus, et qui a aussi uné grande ressemblance avec l'Amphibie, habite les Pyrénées, On le trouve, en particulier, dans le département des Hautes-Pyrénéos,
Nous rappellerons ici qu'il ÿ à également des Campagnols dans l'Amérique septentrionale, mais sans donner la descri Ption des espèces que l’on distingue parmi eux, Tels sont les Arvicola riparius, Pensylvanicus, æanthognathus, Noveboracensis, borealis, lrimucronatus, Hudsonius, etc.
GENRE ONDATRA (Ondatra, Lacépède). L'espèce type de ce genre habite l'Amérique
septentrionale, comme les derniers Campagnols qui viennent d’être nommés, et; uoiqu’on ; » Et, q
l'ait souvent éloignée de ces Animaux dans la classification, c’est dans la même division et auprès d'eux qu’elle doit prendre rang. Cependant Linné en faisait une espèce de Castor; Brisson était moins loin de la vérité lorsqu'il l’attribuait au genre Rat, sous le nom de Rat Musqué; mais, quoique sa manière de voir fût préférable à celle des naturalistes modernes, qui ont encore associé l’Ondatra au Castor, et même au Myopotame et à l’'Hydromys, elle doit
être modifiée si l’on veut se faire une idée exacte des affinités Zoologiques de l’Animal qui en
est l’objet, Celui-ci n’est point un Castor, quoiqu'il vive dans l’eau, à la raanière des Rongeurs de ce nom, car son crâne, son système dentaire, sa queue même l’en éloignent notablement. Ce
. West pas non plus un Rat véritable, puisqu'il n’a point les dents iaolaires conformées comme
celles des espèces auxquelles ce nom convient, et il n’a pas davantage de véritables affinités avec le Myopotame, qui approche au contraire notablement des Capromys et des Plagiodontes. Ses dents molaires sont en même nombre que celles des Campagnols: elles ont la même forme caractéristique que chez ces derniers, et, si on les avait connues avant les parties extérieures de l’Animal, on n'aurait certainement pas manqué de conclure qu'elles proviennent de quelque espèce de Campagnol plus grosse que les autres,
L'Ondatra est aquatique et, comme il l’est plus complétement que les Campagnols amphi= bies, dont nous avons parlé plus haut, il présente aussi dans ses caractères extérieurs cer taines modifications qu’on n’observe pas chez ceux-ci, C’est ainsi que ses pattes de derricre sont palmées et qu’elles ont leurs doigts liés au moyen de soies rigides dirigées en dehors, C’est aussi pour le même motif que Sa queue est longue, écailleuse et comprimée comme une rame dans toute sa longueur, Sous le double rapport de la conformation de ses pieds et de sa queue, l'Ondatra répète donc parmi les Campagnols la même forme générique que les Desmans parmi les insectivores les plus voisins des Musaraignes; son museau a cependant une apparence somhlable à celui des Campagnois ordinaires, Sarrasin a donné, en 1725, dans les
Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, un bon travail sur cette curieuse espèce, qu'il appelle Rat musqué, comme l’a fait depuis Brisson. C’est Buffon qui a fait prévaloir le mot Ondatra: L'Ondatra a été inscrit dans le catalogue méthodique sous les noms de Castor zibethièus (Linné) ou de Mus zibethicus (Gmelin).
ONDATRA MUSQUÉ (Ondatra zibethica). Telle est la dénomination par laquelle on doit indiquer l’Ondatra dans les ouvrages actuels. Cet Animal est un peu plus gros que le Surmulot; son apparence extérieure rappelle davantage celle du Campagnol amphibie, quoiqu'il ait la queue et les pattes différémment conformées. Son pelage est brun teinté de roux en dessus et cendré en dessous; les poils qui le composent sont de deux sortes, comme chez le Castor, la Loutre et la plupart des autres Mammifères fluviatiles; les uns plus longs sont soyeux et ils donnent au pelage son apparence générale; les autres plus courts, plus doux, constituent à la base des premiers un duvet moelleux qui fait des peaux d'Ondatra une fourrure très-chaude ; malheureusement cette fourrure conserve toujours plus ou moins l'odeur du muse qu'elle doit à une sécrétion particulière versée auprès des organes génératenrs des Ondatras, aussi bien dans le sexe femelle que dans le sexe mâle. Cette sécrétion acquiert même à l'époque des amours une intensité toute particulière,
OxnaTRa musQué, 1/5 de grand,
Les Canadiens disent que l'Ondatra est le frère cadet du Gastor, expression qui ren bien compte des analogies que ces deux Animaux ont entre eux dans leur manière de vivre, en même temps qu’elle rappelle l’infériorité du premier par rapport au second. Comme le Castor, l'Ondatra vit dans les lacs de l'Amérique septentrionale ou dans les cours d’eau de cette partie du monde; comme lui, il forme des sociétés et construit des huttes; mais il est toujours plus faible que le Castor, et ses demeures sont aussi moins étendues : ce sont des espèces de dômes dont l'intérieur a environ deux pieds de diamètre. Les Ondatras n’élèvent pas de digues pour maintenir à une élévation constante les eaux auprès desquelles ils ont établi leurs domicites, mais ils ménagent sous leurs dômes des espèces de gradins qui leur permettent
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de s'élever eux-mêmes ou de descendre à mesure que le niveau change. Plusieurs Ondatras vivent sous chacune de ces petites huttes, principalement en automne et pendant l'hiver; car au printemps ils s'en éloignent el vont, comme certains Castors, dans les terres dont la végétation leur procure alors une nourriture abondante, Les femelles pleines reviennent les premières aux constructions : elles ont six petits à chaque portée; leurs mamelles sont également au nombre de six,
Les matériaux que les Ondatras emploient pour élever leurs demeures consistent principalement en joncs; ils les enfoncent en terre comme des pilotis, les tressent ensuite avec régularité et les enduisent de terre glaise; ils en font ainsi une espèce de muraille de quatre à six pouces d'épaisseur qu'ils protégent en outre par un revêtement de joncs enlacés, ayant jusqu’à huit pouces ; la grandeur des cabanes n’est pas toujours la même, Dans certains lieux on les voit en grand nombre et on les a comparées à des villages ‘en miniature qui auraient des Ondatras pour habitants, Elles sont établies sur le bord d’un lac ou près d’une rivicre sans escarpement et communiquent avec l’eau par des galeries qui ne peuvent servir qu'aux Ondatras, Car les Animaux de cette espèce peuvent seuls y passer, Les Carnassiers ordinaires tels que les Visons, les Martes, etc. , craignent trop l’eau pour s’y introduire, et les Loutres qui vivent dans l’eau à la manière des Ondatras et qui leur donnent la chasse sont trop grosses pour y entrer,
2° Muriens qui se rapprochent des véritables Rats.
GENRE CRICET (Gricetus, G. Cuvier). Le Hamster et quelques espèces qui lui ressemblent sont au nombre des Muriens que l'on a séparés génériquement des Rats proprement dits, L’apparence extérieure de ces Animaux , la faible longueur de leur queue, une forme de crâne un peu différente de celle de la Souris ou du Mulot, enfin la dispo-sition particulière des dents molaires , dont la première paire a six tubercules régulièrement disposés sur trois rangs, sont les principaux caractères que : l’on puisse assigner aux Cricets. DREAM +. AL qram
Le Cricer HAMSTER (Cricetus frumentarius, Pal
sion, est un Animal de l’Europe tempérée, On le trouve depuis l'Alsace et 1 monts Ourals, mais il ne se
as) , qui sert de type à cette petite divi-
a Belgique jusqu'aux
rencontre ni en Italie, ni en Espagne, et en France on ne le voit qu'aux environs de Strasbourg. En Belgique, il habite surtout la province de Liége, Cependant il était autrefois plus répandu, et certains terrains peu anciens, soit des environs de Paris, soit de la Limagne, en renferment des débris fossiles,
Le Hamster est à peu près gros comme le Rat noir, mais il est plus trapu, et sa queue, qui est bien plus courte, est garnie de petits poils; ses couleurs sont un mélañge de gris roussâtre en dessus, de noir en dessous et sur les parties inférieures des flancs avec trois grandes taches jaunâtres irrégulicres et latérales, une tache blanche sous la gorge et une autre en arrière et en avant de chaque épaule,
Ces Animaux ont quelquefois reçu le nom de Marmottes d'Allemagne ou de Strasbourg, de Cochon de seigle, ete, Ils vivent de racines, d'herbes, de fruits ; et plus particulière ment de grains qu'ils récoltent dans les champs cultivés et qu'ils ontassent en quantités plus où moins considérables
Hauat£n, 9/1 de grand.
Ie PARTIE,
dans leurs terriers ; ils ne dédaignent pas non plus les matières animales et leurs molaires indiquent en effet des appétits omnivores, Chacun a son terrier dont la forme est différente pour les mâles et pour les femelles : il y a sept ou huit issues à celui des femelles, et le plus souvent deux seulement à celui des mâles, Les chambres y sont multiples, et c’est dans l’une d'elles que les Hamsters amassent leurs provisions, principalement du froment, du seigle, | des fèves, des pois, de la vesce, des graines de lin, ete, I n’est pas rare d’en trouver
jusqu’à cent kilos dans le même trou, Pour y arriver il faut creuser à deux ou trois pieds | au-dessous de la surface du sol; leur communication avec l'extérieur a lieu par deux galeries, dont une oblique-et l’autre perpendiculaire, La première de ces galeries est le chemin que suivent habituellement les Hamsters, la seconde leur sert dans les cas d'alerte,
Hamster d'Alsace, 1/3 de grand.
Pendant l'hiver le Hamster s’enferme dans sa demeure, il y vit aux dépens des provisions qu’il a ramassées ; il devient fort gras, Si le froid est rigoureux, il s'endort à la manière des Animaux hibernants, Les femelles font plusieurs portées par an, et à chaque fois elles mettent bas de six à douze pelits; après un assez court allaitement ceux-ci les quittent et s’en vont ailleurs vivre de leurs propres ressources.
Les Hamsters sont fort nuisibles; aussi dans les lieux où ils abondent leur fait-on une chasse active, autant pour les détruire que pour reprendre les céréales qu'ils ont accumulées dans leurs souterrains, On rapporte que, dans les environs de Gotha, ils sont si multipliés qu’on en tua dans une seule année près de quatre-vingt mille, La terre massée auprès de l'entrée oblique de leurs habitations sert à les faire découvrir.
On rapproche du Hamster quelques autres espèces de Muriens propres à l’Europe, à l'Asie et même à l'Amérique septentrionale, Celles que l’on rencontre dans le premier de ces continents en habitent les parties centrales et orientales : la France n’en possède aucune. Ce sont les Cricetus arenarius, Phœus et Accedula, dont Pallas a donné la description, et le Cricetus nigricans publié par M. Brandt,
Quelques espèces fossiles observées en France dans des terrains d'époque miocène, ressemblent aux Hamsters par la forme de leurs dents; j'en ai figuré qui proviennent des départements du Gers, de l’Allier et du Puy-de-Dôme (Zoo!. et Pol. franç). M. Lartet avait donné à celles des terrains du Gers le nom générique de GricETOoDoN.
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FAMILLE DES MURIDÉS, 395
GENRE GERBILLE (Gerbillus, Desmarest). On en cite plus de vingt espèces , toutes de l'ancien continent et qui se font remarquer par l'élégance de leurs formes, par l'allongement de lours pattes postérieures et de leur queue, par la légèreté de leurs allures, et enfin par la forme de leurs dents, Elles n'ont que douze
geurs appartenant à la tribu des Muriens, mais ces dents n’ont qu’une seule ellipse transversale à chaque colline et les incisives supérieures sont marquées en avant d'un sillon longitudinal, Quoi qu’il en soit, les Gerbilles sont bien des Muriens véritables, et elles n'ont de commun avec les Gerboises qu’une certaine conformité dans les habitudes et une aptitude presque égale pour le saut,
f Les Gerbilles vivent en Afrique, en Asie et
DeNTs ve GEnbizce, 4/4 de grand,
ans les parties orientales de l’Europe; il n’y a en Amérique aucun Animal appartenant réellement à cette division, Plusieurs de leurs espèces recherchent les lieux où l’on cultive les céréales, Toutes se retirent dans des terriers où elles placent quelques provisions; elles ne sortent guère pendant le jour, néanmoins leur pelage est toujours plus ou moins fauve en dessus, Leur taille varie depuis celle du Rat noir ou même du Surmulot jusqu’à celle du Mulot et du Rat nain.
La GEnBizLe DU TAMARIS (Gerbillus tamariscinus) , dont on doit la première description à Pallas, a le pelage gris jaunâtre en dessus et blanc en dessous; son corps a dix-huit centimètres, sa queue est un peu moindre, Elle habite les côtes méridionales de la mer Caspienne, dans les endroits déserts et dont le sol ainsi que les végétaux sont plus ou moins imprégnés de sel; ce sont ces végétaux qui constituent sa principale nourriture,
La GERBILLE DU Mip1 (Gerbillus meridianus) répond aux Mus meridianus et longipes de Pallas, Elle est aussi de la Russie méridionale,
La GERBILLE OPIME (Gerbillus opimus) a été distinguée plus récemment par M, Lichtenstein : c’est encore une espèce européenne, On la trouve vers l'embouchure de l’Oural, et par conséquent dans la région de l’Europe la plus voisine de la mer Caspienne; ce qui est aussi le cas des deux espèces précédentes. Gomme elles elle s'étend sans doute en Asie, et ce continent fournit en outre plusieurs autres Rongeurs du même genre,
La GERBILLE OTARIE (Gerbillus olarius, F. Cuv.) a été découverte dans l’Inde par M. E, Vorreaux, Elle est facile à reconnaître à sa taille analogue à celle du Mulot, à la moindre longueur de sa queue et à la grandeur de ses oreilles; ses couleurs sont analogues à celles des autres espèces,
La GERBILLE HÉRINE (Gerbillus indicus, F, Cuvier) est particulière à l'Inde, Son pelage est gris fauve , irréguliérement mêlé de noir sur les parties supérieures ; sa tête est d’une teinte plus pâle que le corps, et le pinceau qui termine sa queue est presque noir; toutes les parties inférieures sont blanches.
L'Hérine approche des champs cultivés et elle se creuse, auprés des champs d’orge et de blé, des terriers où elle établit de vastes magasins; elle y entasse des épis de blé qu’elle a soin de ne couper qu’au moment où ils sont assez mûrs pour être facilement
GERRILLE HÉRINE, grand. nat.
conservés, et elle ferme soigneusement ces Magasins pour y avoir recours lorsque la campagne sera presque nue et que les ressources du canton qu'elle habite seront épuisées, Comme plusieurs de ses congénères, cet Animal répand une odeur désagréable,