ES
darde le poisson, n'oublie jamais ce moyen de protection. Toutes les embarcations qui venaient commercer le long de la corvette en avaient des provisions considérables, dont elles ne vendaient que le superflu. I est étonnant que quelques Papous n'aient pas cherché à se procurer des armes à feu et des munitions, bien plus efficaces que le genre d'armes dont ils se servent; mas 09 voit au contraire qu'elles leur font peur, et il en est peu qui osent tirer un fusil. 11 n’est pas probable, au reste, que cette habitude de se faire suivre par un attrail de guerre ne soit qu'un vain simulacre; il faut nécessairement que la crainte et le besoin. de s'en servir leur en fassent une loi,
Les Papous sont entièrement nus, ils couvrent seulement les parties naturelles par une étroite feuille de bananier. Le maro des femmes est un peu plus large, et se compose d'un morceau de toile bleue de surate, sur laquelle elles ajoutent une ceinture rouge de même étoffe. Quelques Mahométans entourent leur tête avec des mouchoirs qu'ils obtiennent en échange de leurs marchandises, et qu'ils disposent en forme de turban. Ceux qui portent des chemises et des caleçons sont des trafiquans habitués à naviguer dans les Moluques ou sur les côtes, et qui sintitulent du nom de capitans. Les Papous ne se
DES PARADISIERS. 47 servent guères, pour s'abriter de la pluie, que de nattes de vaquois et de chapeaux faits à la chinoise avec ces mêmes feuilles. Quelques-uns de ces chapeaux sont artistement travaillés et ornés de couleurs très-vives senuançanten dessins réguliers embellis par des morceaux de talc. Les Papous, du reste, font peu de cas des étoffes, à moins qu'elles ne soient légères et surchargées de peintures dans le goût chinois. Ils préfèrent à tout les piastres et même une seule à plusieurs brasses de toile, Les Malais leur ont sans doute donné ce désir effréné qu'ils manifestent pour l'argent , car ils estiment presque à son égal le fer-blanc, qui lui ressemble. Ces deux métaux servent à leur parure; ils en font des anneaux, dont ils sentourent les bras et les avant-bras. Certains naturels portent au poignet des bracelets d'argent massif, dont la valeur est de plusieurs piastres : ils sont arrondis, cannelés, chargés de: quelques dessins , et ne forment que deux tiers d'un cercle afin de pouvoir être placés et ôtés à volonté. Les Papous recherchent en général les objets qui peuvent servir aux décorations; ils portent, comme les naturels de la Nouvelle- Irlande, des bracelets en: ivoire (1), qu'ils nom-
(1) Ges bracelets sont absolument identiques, par la forme, à ceux qu'on trouve passés dans les bras des momies égyptiennes.
ment sanfar. Comme eux encore ceux des districts plus sud se percent la cloison du nez, et y placent un petit bâtonnet. Le meuble d'une indispensable nécessité pour tous est un grand peigne en bambou ou en bois qui s'enfonce dans la chevelure et qu'on enjolive avec des dessins, des morceaux de nacre, ou de longues plumes qui flottent sur la tête. Quelques habitans avaient l'extrémité de ce peigne terminée par une tête très-bien exécutée en petit, et recouverte aussi d'une chevelure hérissée; ils portent communément suspendus au cou des morceaux de bois enveloppés de guenilles, qu'ils regardent comme sacrés : ils les nomment aa, et croient fermement, lorsqu'ils ont marmotté quelques paroles et fait un simulacre qui approche du signe de la croix des catholiques, que ces idoles (car ils leur donnent parfois la physionomie humaine) , jouissent de la propriété de les garantir des coups de leurs ennemis, ou de les guérir promptement. Ces amulettes paraissent être l'objet d'une sorte de vœu lorsqu'ils se trouvent dans quelque position périlleuse, et ils ne les abandonnent jamais par la suite. È Les Papous emploient aussi le tatouage, qu'ils nomment panaya ; il ne se compose que de traits légers, peu apparens sur leur peau noire. Ce sont généralement quelques lignes sur le front
et sur la poitrine. Les femmes sont beaucoup plus tatouées que les hommes, et se couvrent le visage, les seins et les épaules de marques légères et délicates. L'usage de mâcher le bétel est peu répandu, et n’est familier qu'aux descendans des Malais; mais ce qui est généralement suivi par tous les Papous indistinctement, et ce qui est propre à la race nègre océanique, c'est l'usage de faire naître des cicatrices en relief sur la poitrine etsur les bras. Les petits garçons et les filles qui n'ont pas atteint l'âge de puberté vont dans un complet état de nudité, :
Ces naturels ne savent préparer aucune étoffe : celles qu'ils ont leur viennent des trafiquans indiens. Ils achètent leurs maros aux Arfackis, et leurs toiles aux Malais et aux Chinois. Leur seule manufacture ne consiste qu'en nattes de feuilles de pandanus, qu'ils découpentle plussouvent avec beaucoup d'adresse (1); d’ailleurs, indolens et paresseux, sans industrie perfectionnée, les Papous vivent dans une profonde apathie, et n'ont conservé que les procédés dévolus aux femmes de fabriquer de la poterie. Ces pots de terre sont aussi bien faits que ceux des potiers d'Europe, et
(1) Ces nattes sont remarquables par la vivacité descouleurs qu'ils emploient pour les tendre: Le rouge et le jaune ont de l'éclat ; le noir est fourni par un petit fruit arrondi et aggloméré de leurs forêts.
on emploie à leur confection une argile grise très-ductile qui est pétrieavec soin et débarrassée de toute impureté. A l’aide d’un caillou arrondi l'intérieur est façonné, puis l'extérieur, qu'on recouvre de quelques légers dessins. Ces vases sont ensuite exposés au soleil où ils durcissent suffisamment, et leur cuisson est quelquefois obtenue à l’aide d’un feu clair de bûchettes taillées exprès. Cette poterie se nomme ourène.
Les Papous ont un goût particulier pour tailler le bois, le façonner en idoles, qu'ils placent sur leurs tombeaux ou dans leurs maisons. Le devant de leurs pirogues est même ordinairement chargé de sculptures d'un goût singulier et grotesque; leurs oreillers (1), comme ceux des Papous de l’île d'Ouarido, sont en bois dur travaillé avec soin.
Les meubles d’un usage journalier sont peu nombreux et attirent l'attention plutôt par l’enfance de l'art qui a présidé à leur confection que par leur élégance. Ils consistent en poterie de terre pour cuire les alimens, en vases de bois pour les servir, en bambous dont les cloisons noueuses sont perforées pour contenir une certaine quantité d’eau, en nautiles qui servent de
(1) Ces oreillers, sur lesquels sont souvent sculptées des têtes grossières de sphynx, sont trouvés tous les jours sous les têtes des momies d'Egypte ; cette analogie ne peut être due au hasard.
verres pour boire, en paniers ou en sacs en paille coloriés et tressés pour contenir les vivres secs, surtout les légumes. Des parures bizarres et grossières occupent les endroits apparens de la cabane et servent sans doute à des époques intéressantes, soit pour quelques cérémonies religieuses, soit dans des danses ou pour des jeux. L'ornement qui nous a le plus frappés est une calotte surchargée de rosaces et de fleurs artificielles de diverses couleurs imitant des fleurs de lys, et analogues aux couronnes des cérémonies religieuses de la Fête-Dieu chez les catholiques romains. La même forme, la même disposition, le même goût, ont présidé à leur confection; et si lon joint à cela un véritable signe de croix que les naturels pratiquent avec les amulettes qu'ils suspendent au cou, la connaissance d'un Dieu bon et celle d’un mauvais esprit, un grand respect pour les morts et pour leurs tombeaux , on sera tenté de reconnaître dans ces coutumes quelques-unes des pratiques des Abyssins qui professent le christianisme. Quant aux vrais Papous, ils paraissent être idolâtres dans toute l'acception du mot, quoique pendant notre séjour nous n’ayons pu pénétrer aucune de leurs pensées sur la religion ou sur quelques-unes de leurs coutumes aux époques marquantes de la vie.
Le seul instrument de musique que nous ayons
vu est le tamtam, sorte de tambour très-répandu parmi les peuples de race nègre. Sa forme est analogue au tamtam des habitans de la Nouvelle- Irlande. C'est un cylindre creux d’une seule pièce, s'amincissant à une extrémité, et chargé de quelques petits enjolivemens. Une peau de lézard est tendue sur la plus large ouverture, tandis que celle opposée en est privée. Ils frappent sur cette peau vibrante avec la main, et s'accompagnent de la voix. Mais, comme le caractère de ce peuple est mélancolique, sérieux, livré à la défiance, un seul naturel voulut bien nous donner un léger échantillon d’un talent qui n'avait rien de bien séducteur. Rarement les Papous ont le sourire sur les lèvres ou se livrent à la Joie : leur physionomie conserve toujours quelque chose de la crainte et de la barbarie qui resserrent leur âme en la flétrissant. Les femmes sont chargées des plus rudes travaux; plusieurs fois, lorsque nous visitâmes le village, nous les avons vues occupées à fabriquer des vases, porter des fardeaux , aller chercher de l'eau, faire la cuisine. Elles accompagnent leurs maris à la pêche; elles nagent dans les pirogues, quelques-unes vinrent le long de la corvette; mais leurs époux, lorsqu'ils y étaient montés, les renvoyaient , et forçaient ces malheureuses à pagayer pendant une demi-journée à deux encâ-
DES PARADISIERS. 55 blures du navire, afin d'éviter tout contact avec nos matelots.
Les femmes ne sont considérées que comme des créatures d'un ordre inférieur, et, lorsqu'elles meurent, elles sont enterrées simplement aux pieds de leurs époux, n'ayant sur leur sépulture qu'une petite idole et quelques poteries ébréchées, tandis que le tombeau des hommes est fait avec beaucoup plus de soin, et se compose d'une charpente recouverte d’un toit de vaquois, bordée de rampes en bois travaillées à jour. Plusieurs idoles recouvrent le sol, qui est gratté avec soin, et divers morceaux d'étoffe, flottant au bout d’un bâton, servent d’étendards. Nous ne vimes toutefois cette dernière décoration que sur une sépulture de la petite île de Masmapy.
La polygamie est autorisée par les mœurs des Papous, et quelques-uns ont puisé avec les Malais des idées très-grossières de mahométisme. Leur religion semble être un mélange de fétichisme et d'idolâtrie, accompagné de rites superstitieux et aveugles unis à des idées assez nettes sur la résurrection des âmes, sur une vie éternelle et heureuse. Le grand respect qu'ils portent aux mânes de leurs parens et de leurs amis, le soin qu'ils ont de leur sépulture, ne peuvent découler que de la consolante pensée d’une vie
future. Les idoles qu'ils conservent avec soin. et dans leurs maisons, sont l’objet de leurs invocations et de leurs prières, et peut-être en ont-ils qui représentent le génie du mal et le dieu éminemment bon et bienfaisant. Il nous serait difficile de pouvoir pénétrer dans quel but ils ont élevé l'idole que nous avons apportée, et qu'on voit aujourd'hui au Muséum. Cette idole était conservée avec soin dans une petite loge secrète d'une grande cabane, et représente un homme assis, haut de deux pieds. La tête est un plateau de bois sur lequel on a posé un crâne humain entier et bien conservé, ayant, pour remplacer les yeux, des morceaux de nacre taillés en rond et des couches de mastic pour simuler les chairs de la face. Cette pièce singulière doit rappeler quelques idées mystiques dont rien ne peut nous déceler le sens. Cette sculpture était entourée d'idoles plus petites, et toutes étaient revêtues de morceaux de linge enfumés.Il reste à savoir si c'est le crâne d'un aïeul ou d'un père que la famille vénérait et dont elle chérit la mémoire, ou si c'est un holocauste offert à Moloch dans la possession du crâne d'un ennemi mis à mort! Les Papous, en effet, croient-1ls priver leurs adversaires d'une vie heureuse lorsqu'ils exposent leurs têtes sur les perches de leurs maisons? où n’en font-ils qu'un trophée qui
DES PARADISIERS, 55 doit menacer d'un pareil sort quiconque tenterait de les attaquer? Quelques-unes de ces hideuses coutumes se retrouvent dans les grandes îles de la Sonde et des Moluques.
L'abondance des vivres rend la vie des Papous de Doréy aisée et facile; leur aliment principal est le sagou, qu'ils cuisent sous forme de pains aplatis et carrés, ou bien encore dans des feuilles. C'est aussi de cette dernière manière qu'ils préparent les poissons, dont la chair acquiert par ce procédé une grande délicatesse; ils sont encore dans l'usage de boucaner et sécher les chairs des animaux , celles des squales et des holothuries. Ils ont la même méthode que les habitans de Waigiou de ne cuire les alimens principaux que par la chaleur qui se dégage d'un foyer au-dessus duquel ils les placent. Ils soumettent à l'ébullition les pois, les haricots, qu'ils cultivent pour leur provision de réserve, ainsi que le maïs et le millet. Ils font rôtir sous les cendres d'excellentes patates, les ignames et les taros. Les Papous allument le feu avec beaucoup de prestesse par le frottement d’un morceau de bois sur un bambou. Ils ont de longues torches de résine de dammara pour éclairer; et lorsqu'ils naviguent dans leurs pirogues, ils ont toujours un tison bien enflammé pour allumer leurs cigarettes roulées dans une feuille de vaquois, dont ils font une
grande consommation, car ils fument presque constamment. Ces peuples font trois repas; ils dorment après celui du milieu du jour. Chaque repas est très-long et se termine par des sortes d'ablutions, ces naturels ayant soin de se laver la bouche et les mains. Ils ne boivent que de l'eau pure. Plusieurs de ceux qui ont eu des relations avec les Européens demandaient des liqueurs alcooliques, dont ils avalaient de grands verres d'un seul trait; mais la plus grande partie ne voulait point en goûter, et redoutait surtout l'ivresse qui en est la suite.
C'est le seul peuple auquel nous vimes manger, non pas la chair des cocos, mais bien le brou qui enveloppe la noix. Lorsque les cocos sont jeunes, ce brou a en effet le goût de la tige d’un chou d'Europe.
De cette vie animale et naturelle les Papous, comme tous les hommes stationnaires dans leurs idées, ont acquis une ‘#très-grande adresse , des sens très-perfectionnés, un instinct animal très-étendu, tandis que la civilisation a fait perdre ces avantages à l'homme social en lui faisant acquérir un plus grand développement de l'entendement et du savoir. Leur vue est perçante, et leur main, suivant le mouvement de l'œil, lance des javelines à trois pointes qui, décrivant une légère parabole, frappent le poisson à une
DES PARADISIERS. d7
notable distance. Des Papous nous firent trèssouvent juger de leur adresse autour du navire en se livrant à ce genre de pêche. Ils se servent aussi de diverses sortes de filets et de nattes : mais ils emploient pour les poulpes le même genre d’instrumens en cloches et avec des branches épineuses que nous avons vus très-communs dans les mains des naturels de la Nouvelle-Bretagne. Ils nagent très-bien et long-temps, et plongent pour chercher des coquilles. Ils ont l'habitude de rester ainsi sous l'eau, et y demeurent plus que ne le pourrait faire un nageur européen. Nous avons vu un Papou s'enfoncer à plus de soixante pieds et détacher les filets de nos pècheurs pris dans les coraux.
Leurs armes sont des flèches et des javelines en bois très-dur, dont l'extrémité est armée d’un bambou aiguisé et taillé en fer de lance, au-dessus duquel pend un gros flocon de plumes de casoar; mais l'arme sur laquelle les Papous comptent le plus est la flèche, qu'ils portent toujours avec eux par paquets qui en contiennent des centaines. Les unes, ce sont les ordinaires, n'ont qu'une pointe de bois aiguë; les autres ont aussi des morceaux de bois dur qui sont très-soigneusement barbelés et aiguisés, dont la blessure est dangereuse. Les plus grandes sont garnies de lames en os ou de pointes d'os diversement taillées
ou aiguisées. Leurs tiges sont ornées: de divers dessins exécutés par le moyen du feu; ils enveloppent les extrémités pointues avec: une résine rouge, Quoiqu'il faille beaucoup de temps pour fabriquer ces flèches, ils les vendent pour peude chose ; et paraissent avoir des esclaves occupés à ce seul travail. Leurs aressont en bambous, et la corde en. rotang. Quelques arcs plus soignés sont en bois dur etsimple, et cerclés de distance en:distance. Les Papous ont un coup d'œil juste, etleurs flèches frappent le but à une grande distance, ou, lorsqu'il est petit, elles en passent très-près. Quelques arcs plus minces et des flèches faites avec des rachis de folioles de latanier sont employés à la chasse des oiseaux précieux. Ils vont: alors les attendre la nuit sur les arbres qu'ils fréquentent et ils les tirent de très-près.
Les Papous des bords de la mer aiment la navigation , ils s'y livrent d'autant plus volontiers qu'ils peuvent se procurer par elle un accroissement en vivres, et qu'elle assure: en même temps leur indépendance contre les attaques des habitans de l'intérieur. Leurs pirogues longent les côtes que baigne une mer ordinairement calme et paisible; ils vont de point en pomt trafiquer avec les tribus amies. La grandeur de leurs pirogues varie : il en est de très-petites , destinées à un seul homme. Celles qui servent
aux voyages lointains peuvent recevoir dix voyageurs avec un approvisionnement considérable en vivres, en eau et en objets de commerce. Ces pirogues à légère plate-forme au centre ont deux balanciers, sur lesquels sont des traverses où reposent les mâts avec leurs voiles et leurs agrès. Un seul tronc d'arbre creusé sert à leur construction , et ils en font de très-grandes avec les arbres gigantesques qui peuplent les forêts. Une
de celles qui vinrent le long du bord avait plus
de soixante pieds de longueur, et nous admiràmes la taille du géant végétal dont elle était extraite. Chaque village possède quelques corocores plus grands, recouverts d'un toit de feuillage et formés par des bordages assemblés et enduits de résine; les voiles sont le résultat de lisières de vaquois grossièrement assemblées, Les pagaies ne diffèrent point de celles-de Waigiou. Les Papous renferment, lorsqu'ils sont en voyage, leur provision d'eau douce dans des bambous, et relâchent au premier endroit venu della côte pour faire leur repas et l'y préparer:
Le goût des Papous de Doréyÿ les porte vivement au commerce ; 1ls savent adroitement tirer
parti du désir qu'on manifeste de l'objet qu'ils
possèdent. Leur patience est à toute épreuve ; leur ténacité pour obtenir ‘un prix qu'ils icon-
6o HISTOIRE NATURELLE
voitent ne cède devant aucune considération.
Leur indécision est rebutante, et souvent ils n'ont aucune idée de la valeur de ce qu'ils possèdent; pour un oiseau de Paradis comme pour un panier de pois ils demandent indifféremment une piastre.
Ils aiment l'argent avec une sorte de fureur, et donnent le second rang au fer-blanc coupé par lanières, ou aux rasoirs. Les grands couteaux dont ilsseservent, qu'ils estiment beaucoup, viennent des Moluques, surtout de Ternate, et sont des sortes de hachettes qu'ils emploient utilement dans leurs constructions et même comme moyen de défense. 1ls reçoivent avec plaisir du linge et des toiles de coton rouges et bleues à larges carreaux, des petits miroirs, des vases en verre, des mouchoirs rouges; mais ils ne font aucun cas de nos haches, des outils de fer , des scies, etc., dont ils ne savent point se servir.
La langue des Papous riverains, dont il est question dans cet article, est depuis long-temps corrompue par l'introduction de mots malais; car plusieurs naturels parlent très-bien cette langue qui s'est répandue dans toute la Polynésie, et qui est indispensable pour naviguer et voyager au milieu des îles de cette partie du monde. Ce motif nous a empèchés de chercher à former
DES PARADISIERS. 61 un vocabulaire. Ce qui nous a paru remarquable est cette variation continuelle de mots entre les habitans des districts voisins, variations dont on pourrait difficilement se faire une idée.