‹ Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des épimaques; ouvrage orné de planches, dessinées et gravées par les meilleurs artistes;Chapitre 19 sur 63 · PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE

C'est là que la nature, et plus riche et plus belle, Signale avec orgueil sa vigueur éternelle ;

(SainT-LamBEnT. )

L'HOMME est constamment influencé par le sol qui l’a vu naître, et se trouve modifié dans ses habitudes par les besoins qu’il y éprouve ou par les ressources qu'il s’y procure; mais aucune race humaine ne présente d’une manière plus frappante peut-être que la nègre ces modifications profondes dues à l'action prolongée du climat et des besoins physiques. Les peuples à peau noire qui ont été répandus sur la plupart des îles de la Polynésie, et qui vivent encore sur un trèsgrand nombre d’entre elles, sont, on peut le dire, presque inconnus. Les notions publiées sur

DES PARADISIERS. 63 leur conformation, sur leurs habitudes, se réduisent à quelques renseignemens tronqués, presque toujours incomplets, vagues ou remplis d'erreurs. Nous entrerons donc à l'égard de ceux qui appartiennent à la race des Papous et qui vivent sur les plages de File de Vaigiou, dans quelques détails précédés de généralités sur les productions naturelles du sol qui les a vus naître.

L'île de Waigiou, placée au nord de la Nouvelle-Guinée, fait partie de l'ensemble des îles connues sous le nom de terre des Papous. Ses habitans sont un mélange de Malais purs et de métis provenant du croisement des Malais et des Alfourous. Les vrais indigènes sont, dit-on, relégués dans les montagnes, où ils vivent isolés et sans communication avec les riverains qui les nomment Alfourous. Le nom de Waigiou a été orthographié de bien des manières, et presque toujours on n'a tenu aucun compte de la prononciation des naturels : ce nom, d’ailleurs , n'est jamais donné à l'ile entière, mais seulement à sa partie boréale; car la portion méridionale est appelée Ouarido, et, pour rendre en français le son que les indigènes articulent , il faudrait écrire Ouarighio. Cette île avait déjà été visitée par plusieurs navigateurs européens. Forest s'y présenta le premier en 1775: plus

tard elle reçut les navires envoyés à la recherche de l'infortuné La Pérouse, sous le commandement du général d'Entrecasteaux ; enfin la corvette l'Uranie, montée par M. de Freycinet, et la Coquille. La latitude de la baie d'Offack, presque directement placée sous l'équateur, se trouve être par une minute 46 secondes S., et par 128 degrés 22 minutes 39 secondes de longitude orientale. Montueuse au centre, couverte de vastes marécages sur ses bords, l'ile de Waigiou, placée directement sous léquateur, éprouve des chaleurs énormes qui ne sont tempérées dans leurs effets que par des pluies abondantes condensées par les sommets des montagnes, sans cesse enveloppés de nuages.

Ces averses se renouvellent plusieurs fois dans le jour avec une force dont il est difhicile de se former une idée dans les régions tempérées, et cessent avec la même rapidité qu'elles sont venues. Il paraît que la plus grande partie de la population réside non loin de l’île Rawack : mais à peine existe-t-il trois ou quatre cabanes sur les bords de la baie d'Offack, baie qui se divise en plusieurs bras de mer considérables présentant eux-mêmes un grand nombre de petits hâvres.

Les vents qui règnent pendant le mois de septembre soufflent le plus ordinairement de l'ouest et plus spécialement du S.-0., du S.-S.-0., et

DES PARADISIERS. 65 de l'0.-S.-0. Le milieu de la journée est ordinairement marqué par des calmes parfaits: une seule fois nous ressentimes une forte brise du nord, qui ne dura que quelques instans; la surface de la baie fut toujours unie. Le baromètre se maintint ordinairement à 28 pouces 0,4, et monta une seule fois à 28 172 ; le thermomètre centigrade donna pour maximum 31 degrés, et ne descendit jamais plus bas que 27 à midi et à l'ombre. La température de l’eau ne variait dans la nuit de celle du jour à midi que d’un degré en moins, et était de 29 à 28 degrés; l'hygromètre à cheveux oscilla de 104 à 106, et ne donna 96 qu'une fois. Nous n'eùmes que quelques jours exempts de pluie : le plus ordinairement les grains, en passant sur diverses parties de l'île, tombaient avec violence l’espace de deux ou trois heures; puis le ciel paraissait de l’azur le plus pur. Toutefois , le sommet de la montagne nommée la Corne de Bufile était presque toujours enveloppé de masses épaisses de nuages, et les vapeurs qui s'élevaient des gorges de ce mont tourbillonnaient au-dessus des arbres comme de la fumée.

Les rivages du port d'Offack reçoivent un grand nombre de petites rivières qui sont alimentées par d'abondantes sources : quelquesunes de celles-ci descendent de la cime des mon-

tagnes ou des ravines en formant des cascades très-élevées. La mer remonte assez loin dans quelques-unes de ces rivières, dont les bords sont très-limoneux. Les Papous bâtissent les cabanes sur leur cours, sans redouter les crocodiles qui les habitent; ils se servent de leurs embranchemens pour communiquer entre eux à l’aide de leurs pirogues. Tout le littoral de Waigiou, malgré l’épaisse végétation qui le recouvre, n'est qu'un marécage fangeax où

croissent de hauts palétuviers : la profonde hu-

midité et les miasmes délétères qui règnent dans ces lieux y font éclore de nombreuses maladies qui ne manquent point de sévir contre

les Européens , et qui portent aussi leurs ravages.

sur les naturels.

La formation rocheuse de l'ile de Waigiou est remarquable; elle s'éloigne tout-à-fait du caractère de celle de la Nouvelle-lrlande, au moins sur ses rivages : car le terrain flanqué sur le pourtour du Port-Praslin est d’un calcaire madréporique dur avec des coquilles et parfois des grains spathiques, tandis qu'on n’en observe aucune trace à Waigiou, ou du moins sur la côte nord, et dans la baie d’Offack. Cette île, par sa position comme par les bouleversemens successifs dont elle offre des traces à chaque pas, a dû appartenir aux grandes masses de terres

DES PARADISIERS. 67 situées sous l'équateur, et qui composaient avec les Moluques et la Nouvelle-Guinée un tout continu jusqu'a la Nouvelle-Ilollande. Cette idée, du reste, n'est qu'une supposition : mais les faits les plus positifs prouvent que la surface entière de Waigiou a été torturée par des éruptions volcaniques dont les débris, bien que voilés aujourd'hui par une végétation pompeuse, se montrent en abondance. D'ailleurs on ne saurait méconnaître cette formation en observant les aiguilles basaltiques de Poulo-een et des nombreux îlots qui saillent çà et là du sein de la mer comme des colonnes prismatiques, et sur le sommet desquels croissent en abondance des bouquets verdoyans et touffus. Les roches à nu ne se montrent parfaitement bien que dans la passe haute et étroite qui sert d'entrée au port d'Offack. Là ces roches, déchiquetées par le temps, affectent des couleurs noirâtres mélangées de veines rouges; mais elles sont surtout à découvert dans une petite île placée au milieu de la baie, et que nous nommâmes / /le aux T'ombeaux. Partout la nature de ces roches est identique, et contient une grande quantité de serpentine. Sur ses rivages battus par les vagues on trouva des amas de puddings formés par l'émiettement et la brisure de ces roches, et réunis par un ciment calcaire assez tenace :

ces puddings n'ont guères qu'une trentaine de pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Sur les grèves enfin on ramassa en abondance les ponces que les flots y ont déposées. Le sol sous les vastes forêts de l'île (car la végétation sur toutes ces terres ne cesse point d'envahir même les rochers les moins convenables pour qu'elle puisse s'y développer), le sol est le plus ordinairement composé d'une argile très-rouge. Les pitons des montagnes présentent parfois des emplacemens décharnés que leur couleur noire porterait à penser de nature basaltique. La Corne de Buffle est la montagne la plus remarquable à Waigiou; elle tient à une chaîne qui se dirige de l'E.-S.-E. à l'O.-S.-0., et sa hauteur serait de 485 toises d’après les calculs des officiers de l'expédition de la Coguille.

Vue de la haute mer, Waigiou ne paraît être qu'un pâté de verdure; et cependant on remarque peu de variété dans ces arbres gigantesques qui se pressent et s'élèvent les uns sur les autres. Leur masse de feuillage interceptant le passage de l'air et des rayons lumineux, la surface de la terre ne présente point de ces herbes humiles si nombreuses dans les zones tempérées ou dans les forêts de certaines provinces du Brésil. La riche tribu des palmiers se: compose d'un grand

nombre d'espèces : parmi les plus communes se

font remarquer les lataniers, que leurs feuilles flabelliformes dessinent si bizarrement dans les paysages torridiens; les figuiers, les poivriers, les filaos indiens, les calophyllum, les mimeuses, les vaquois, les cerbera, les scævola, les ignames, les ananas, les arum, les bananiers, les cucurbitacées, les cycas, les mangliers, lessagouiers, etc. Les menues herbes consistaient en liserons piedde-chèvre, en graminées ou cypéracées, en acanthes à feuilles de houx, en amaranthes, en casse à corymbes, en népenthes, en amomum, en épidendrum reconvrant les troncs mousseux des gros arbres, et singuliers par la variété infinie de leurs formes et de leurs fleurs. En général la botanique de Waigiou diffère peu de celle de la Nouvelle-rlande, et a un grand nombre de traits de ressemblance avec celles d'O-Taïti et de Borabora. Parmi les végétaux usuels et alimentaires, le palmier sagou tient le premier rang. La moelle interne répandue dans le stipe fournit ces grains féculans avec lesquels les naturels composent des galettes plates et quadrilatères qui leur servent de pain, et qu'ils cuisent dans des sortes de petits fours en briques divisés en compartimens. Les noix des muscadiers sauvages seraient peut-être susceptibles de prendre par la culture quelque développement, et pourraient sans doute s'améliorer; les arts trouveraient aussi

dans cette île des bois propres à l'ébénisterie, et le teck (tectona grandis ) fournirait d'immenses ressources aux Constructions navales.

Pour obtenir des habitans les productions du pays, il suflirait d'y porter des toiles peintes, des étoffes à fleurs ou colorées en rouge : on en recevrait en échange des peaux d'oiseaux de Paradis, de la nacre, des perles, de l'écaille de tortue, des trépangs, de la muscade et de la résine. Cette dernière matière sert aux Papous à façonner des torches avec lesquelles ils vont à la pêche pendant la nuit, et s'obtient du dammara resinifera de Lambert, ou d’un canarium suivant Lamarck.

Le règne animal de Waigiou doit être riche en espèces : malheureusement nos courtes relàches et notre connaissance imparfaite des localités ne nous permettent d'en juger que par analogie. Parmi les mammifères nous croyons qu'on doit citer le babirussa : toutefois ce n’est encore qu'un doute assez fondé, que les voyageurs futurs éclairciront. Nous ne rencontrâmes qu'une fois, en nous rendant vers l'isthme étroit qui sépare le hâvre d'Offack de la baie Crouzol, un petit quadrupède à pelage gris, nommé kalubou par les Papous, que la mère venait d'égarer sans aucun doute, à en juger par son jeune âge; à la taille d’un rat il Joignait le museau pointu et

la poche marsupiale des sarigues. Ce kalubou était une espèce de péramèle qui devra être nommée perameles kalubu.

Les phalangers à queue prenante ou couscous ne sont pas rares dans les bois. Déjà nos collègues, dans la précédente expédition, s'en étaient procuré quelques individus, et les naturels nous apportèrent plusieurs fois à bord le couscous tacheté, qu’ilsnomment schamscham, et dont nous avons donné la description dans la zoologie du voyage de la Coquille.

L'ornithologie est une des branchesde l’histoire naturelle qu'une longue relâche dans l'ile de Waigiou enrichirait le plus : elle se compose de ces espèces rares et précieuses communes sur le système des terres des Papouas, telles que les oiseaux de Paradis, qui ne s'y présentent d’ailleurs que dans certaines saisons. Le paradisæa apoda ou l'émeraude, le manncode, le magnifique, le paradisier rouge, y sont les plus communs. Nous tuâmes la femelle de cette dernière espèce, qui était inconnue naguères.

La famille des perroquets nous offrit les loris papou, vert, tricolore ou à tête noire; la perruche d’amboine ou à face bleue, le microglosse goliath, le grand cacatoës à huppe jaune, et une espèce de lori noir inédit que nous avons nommé lori de Stavorinus (psittacus Stavorini),

Cds

parce que ce navigateur nous paraît l'avoir mentionné dans la relation de son voyage aux Indes orientales (1). Le lori de Stavorinus est de la taille du tricolore, auquel il ressemble aussi par les formes corporelles. Son plumage est en entier d'un noir lustré uniforme, excepté sur l'abdomen, où règne un rouge vif qui s'étend jusqu'à la poitrine. Le seul individu que nous achetâmes à un Papou a été perdu dans le naufrage de M. Garnot au Cap. Parmi les pigeons, nous citerons les belles colombes muscadivores, dont plusieurs étaient privées de la caroncule noire et arrondie que présentait le plus grand nombre des espèces. Cet organe entièrement graisseux ne doit s’élever sur la base de la mandibule supérieure qu’à l'époque des amours, et peut-être chez les femelles seulement; et la peau, quise distend pour recevoir ce fluide, résultat. d’une vie en excès, doit, après la fécondation, se dissiper, se raccornir, etne plus paraître au-dessus des narines que comme une légère fronçure cutanée. A Waigiou nous rencontrâmes aussi des individus de la columba puella de la Nouvelle-Irlande, le Ptilinopus kurukuru, et le goura ou pigeon couronné des Moluques (2) ( columba corona-

(1) Forest indique aussi un lori noir dans son voyage à la Nouvelle-Guinée, (2) Cet oiseau est figuré dans Temminck ; pl. Ire. La figure de

ta, L. ), oiseau stupide, mais dont la chair est exquise.

Le mégapode Freycinet (1) est singulièrement multiplié à Waigiou. Les Papous nous en apportaient Journellement à bord, qu’ils échangeaient pour des bagatelles; mais leur chair est loin d'étre délicate, car elle est sèche et coriace. Les accipitres ne nous donnèrent qu'une espèce, le matapour ( falco ponticerranus ) à tête blanche, à corps et ailes d’un marron foncé; les échassiers, l'édicnème à gros bec (æœdicnemus magnirostris , Geoff. ), figuré par M. Temminck, pl. 387, et qui se trouve sur les rivages des Moluques et des iles de la Sonde: dans les palmipèdes une seule sterne, nommée sapenne. Les passereaux nous présentèrent le philédon corbi-calao, une corneille dont le cri ne ressemble point à l'aboiement d'un chien, comme celui du même oiseau à la Nouvelle-Irlande, mais imite au contraire un ricanement moqueur ; le guêpier à gorge jaune, lecalao àcasquesillonné, plusieursgobe-mouches et souimangas, et le beau martin-chasseur Gaudichaud.

Les reptiles les plus communs sont les tortues

Buffon, enlumin., n°. 118, est très-mauvaise. Le dessin de Sonnerat , déposé au Muséum avec les manuscrits de Commerson, n'est pas meilleur.

(1) Megapodius Frey cinetii (Quoy et Gaimard, Zoologie de, l’Uranie, pl. 32 ; et Temminck , pl. 220).

franche et caret. La chair de la première est recherchée des naturels, qui préparent de longs saucissons desséchés avec ses œufs, et les conservent pour les échanger ; ils font des hameçons avec les écailles de la seconde. Un tupinambis de la grosseur de l'iguane d'Amérique, noir ponctué de jaune, est tellement multiplié dans les bois, qu'on le rencontre presque à chaque pas sur les branches, où il attrape les petits oiseaux : il vit encore de poissons, qu’il guette sous les racines de mangjliers, sur le bord de la mer, ou dans les lienx fangeux. On y trouve aussi le scinque à queue bleue, qui paraît répandu dans toute l'Océanie. Un de nos matelots nous assura avoir vu des serpens dont nous ne renconträmes aucun individu. Nous ne vimes parmi les Batraciens qu'une grande espèce de raine.

L'ichthyologie de la grande et vaste baie d'Offack doit être riche, à en juger par les espèces que nos filets, jetés au hasard, nous rapportaient chaque jour. Comme notre confrère le docteur Quoy nous avait communiqué ses descriptions alorsinédites, etqui ont paru depuis dans la partie zoologique du voyage de /'Uranie, nous retrouvâmes plusieurs des espèces figurées par ce naturaliste et par son coopérateur, M. Gaimard. Trois squales régnaient en nombreuses. tribus dans ces mers. L'un, le squale aux ailerons noirs,

avait été confondu avec le requin ordinaire par l'illustre Commerson, dont il diffère cependant par une taille plus petite (les plus grands que nous ayons vus n'avaient pastrois pieds), par lacouleur du corps qui est d’un gris légèrement rougeûtre, et par le noir intense qui marque l'extrémité des nageoires. Les femelles nous présentèrent constamment deux fœtus dans chaque côté de la matrice; et ces Jeunes squales, tirés du sein de leurs mères, s’agitaient avec tant de vigueur, qu'ils forçaient l'ouverture ombilicale, placée sous forme de trou arrondi entre les deux pectorales et en dessous du corps, à s'ouvrir, et le sang quis'en écoulait ne tardait point à les faire périr. Un rochier et un troisième chien de mer à barbillons se prenaient fréquemment dans nos filets. Les poissons les plus vulgaires, et qu'il nous suflira de citer pour le moment, se trouvaient donc être la pastenague blonde à points d'azur, la baliste bourignon du docteur Quoy, qui est identique avec la baliste praslin de Commerson; la baudroie géographique (acanthurus lineatus), le mason licornet, décrit primitivement par Forest; le dône ou ptéroïs à antennes, un trigle volant, le kalolo ou blennie sauteur, l'échénéis à raies blanches, un pimélode, des chœtodons, des labres, des serrans, des aiguilles, etc., etc.

Les coquilles marines sont assez généralement des nautiles (nautilus pompilius), des spirules (nautilus spirula), des voluies couronnes d'Éthiopie (cymbium æthiopicum, Montf.), dont les habitans se servent en guise d’escope pour vider l'eau qui s'introduit dans l'intérieur des pirogues; les bénitiers, qui atteignent une taille bien plus considérable que l'individu qui sert de bénitier à Saint-Sulpice, et que Forest a décrit sous le nom de kima ; l'huître selle polonaise, l'huître marteau, l'huître des mangJliers, l'éperon mollette, l'hypocrêne, la coronule des tortues, des pollicipes, des nérites, des patelles, des strombes, des grimaces, etc.

Les eoquilles terrestres nous présentèrent cette grande et belle variété de l’Lelix citrina, figurée pl. 67, fig. 2 et 3, de la Zoologie de l'Urane; plusieurs autres petites espèces, et le scarabe auricule, Parmi les coquilles fluviatiles on doit citer les néritines, qui y sont tellement communes, que les Papous nous en apportaient des tubes de bambou remplis; la melania setosa où spirella spinosa d'Humphrey, indiquée aux îles de l'Amirauté par M. Gray.

La langouste ornée, quelques portunes, le crabe honteux, sont tous les crustacés des environs d'Offack Les échinodermes étaient com-

DES PARADISIERS. ÿ7

posés du cydarite à baguettes, de plusieurs spatangues, de diverses scutèles; et parmi les êtres du dernier embranchement du règne animal, nous mentionnerons plusieurs belles espèces d'holothuries, figurées dans notre Centurie et remarquables par la singularité de leurs formes. Plusieurs méduses nouvelles enrichirent égalementnotre portefeuille. Les habitans recherchent avec un extrême empressement les holothuries ; ils les préparent à la manière des Malais, pour les donner en échange des toiles que leur apportent quelques jonques chinoises, ou ils s'en nourrissent. Dans toutes les cabanes nous rencontrâmes une quantité de cette substance desséchée, coriace , très-peu agréable au goût, et que ces peuples n’estiment que parce qu'ils la regardent comme la matière la plus convenable pour soutenir leurs forces épuisées et faire renaître chez eux les désirs éteints par le renouvellement abusif des plaisirs des sens.

Deux variétés de l'espèce humaine habitent évidemment l'ile de Waigiou : la première, malaise, s'est établie sur la côte par droit de conquête; l'autre, aborigène, conserve la plupart des traits du rameau dont elle est descendue, celui des Alfourous. De ce mélange sont nés des hommes hybrides nommés Papouas , sans vigueur, sans énergie morale , et docilement

78 HISTOIRE NATURELLE soumis à l'autorité des radjahs malais qui les gouvernent, et le plus souvent réduits en esclavage par les insulaires des terres voisines, entre autres par les Guébéens, dont la piraterie est la première branche d'industrie. Sur le pourtour de la baie d'Offack nous ne vimes que quelques familles de véritables Papouas ou Négro-Malais hybrides, ainsi que nous les avons décrits dans un travail général sur les races humaines, tandis que les Malais sont particulièrement réunis dans de petits villages épars sur plusieurs points de Waigiou, et surtout aux environs de Rawack, de Boni, et dans la partie méridionale de l'ile. Les Papouas d'Offack, au contraire, timides et craintifs, cachent leurs retraites dans les endroits les plus isolés des forêts, bâtissent leurs cabanes sur des rivières, afin de fuir avec plus de facilité à la moindre alerte; et, comme la pêche est leur principale ressource, ils se transportent sur les récifs ou sur les îlots isolés, afin d'y prendre du poisson et des tortues, et n'en partent que lorsque les vivres sont épuisés. Les Malais des villages de Boni et d'Emberbakène nous parurent généralement d’une taille médiocre, dépassant très-rarement cinq pieds deux pouces; leur peau est d'un olivâtre foncé jet leurs membres, généralement bien proportionnés, sont quelquefois grêles et peu musclés. Ils

portent leurs cheveux courts et recouverts d'un morceau de toile en forme de turban. Leur regard est mobile et perçant, ce qui tient à des yeux noirs pleins de feu ; la bouche est médiocre; mais le grand usage qu'ils font du bétel corrode les gencives et les dents, et teint les lèvres en rouge noir. La physionomie de quelques jeunes gens était douce et agréable; celle du plus grand nombre des hommes du peuple est stupide, ou plutôt est empreinte d’une certaine sauvagerie. Tous portent une petite touffe de barbe sous le menton, et deux courtes moustaches sur le rebord de la lèvre supérieure; leur caractère est flegmatique, taciturne, et cache sous une apparente froideur une violence de caractère qui fait explosion lorsque les circonstances leur paraissent favorables. Le radjah qui les gouverne vint nous faire visite; il était le seul de sa nation qui fût complétement vêtu; sur la tête il portait une calotte à Jour tissée avec des fibres d’un beau noir, et qu'il remplaça un jour par un bonnet à la chinoise, formé de plusieurscartels d'étoffes de la même couleur; un large sarong d'indienne verte à fleurs rouges enveloppait négligemment le corps sans le serrer; un demi-pantalon d'étoffe rayée complétait cet ajustement, car ce chef avait la poitrine et les jambes nues. Une étroite bandelette d’étoffe, nommée

maré, était le seul voile jeté négligemment par les autres habitans sur les organes sexuels. Nous remarquâmes que quelques jeunes gens, par des idées de coquetterie assez malentendues, s'étaient fait limer les dents de manière à former sur l'arcade dentaire une gouttière profonde en avant. Le tatouage leur est inconnu; seulement ils ont adopté des peuples nègres l'usage de se faire élever des tubercules dans la peau, sur la poitrine et sur le deltoïide, au nombre de douze. La plupart de ces Malais, aussi bien que les Papouas, avaient le corps rongé par la lèpre squammeuse qui a indifféremment étendu ses ravages sur les Nègres polynésiens comme sur les Mongols pélagiens et les Océaniens.

Leurs objets d'ornement :consistent principalement en bracelets poliset blancs dont l'usage leur est venu des Papouas. Ces objets, qu'ils nomment sanfar, sont travaillés avec le plus grand soin, et formés d’une seule pièce enlevée à la base des grands cônes, de manière à offrir le diamètre du bras. Ils portent aussi quelques-uns de ces anneaux plus petits aux doigts; et, lorsque la matière calcaire leur manque, ils la remplacent par des morceaux d’écaille de tortue, appelée ouahomisse, ou par des kapraiïs, sorte de cordonnets tissés en jonc peint de diverses cou: leurs. Plusieurs des habitans de Boni portaient

au bras des bracelets d'étain, de cuivre et même d'argent, qu'ils fabriquent eux-mêmes, ou qu'ils reçoivent des Chinois. Par une bizarrerie de goût, assez ordinaire aux hommes, ces bracelets sont fixés à demeure autour du membre qu'ils compriment ; car ils ont le soin de les passer sur le bras dans le jeune âge, de sorte que les muscles, en se développant , se trouvent étranglés à la place que cet ornement doit conserver pendant la vie entière de celui qui le porte.

Quelques autres objets de parure, d'un goût moins universel, consistent en colliers dont les grains sont faits avec des pailles vivement colorées, ou en idoles sculptées que l'on porte suspendues sur la nuque. Les Papous attribuent de grands pouvoirs à ces amulettes, qui sont leurs divinités protectrices. Souvent elles ne se composent que d'un morceau de bois entouré de quelques sales guenilles; quelquefois ce sont des figures ingénieusement travaillées avec des morceaux d'os et d'ivoire.

Tels nous parurent les habitans, d’ailleurs trèsmélangés, de l'île de Waigiou ; mais les Papouas des environs de la baie d'Offack, véritables métis des Alfourous et des Malais, ont retenu des traits assez nombreux de la physionomie des Papouas, et méritent d'autant plus d'attention

qu'ils ont été jusqu'à ce Jour pris comme le vrai type papou , ainsi qu'il est facile de s’en assurer en consultant les figures données dans: un grand nombre de voyages.

Les Papous métis d'Offack sont tous de petite taille, et, sur plus de vingt individus que nous mesurâmes à bord, la hauteur des deux plus grands allait à peine à cinq pieds deux pouces, et chez le plus grand nombre des autres elle n'était que de quatre pieds six à sept pouces. À cette petite taille il faut ajouter des membres décharnés et peu développés, un ventre trèsgros, la faceaplatie, dont les yeux sont noirs et

la bouche ‘très-fendue, et qui disparaît sous la

vaste chevelure ébouriffée qui donne à la tête, vue de loin, des proportions énormes et disparates avec le reste du corps. Leur physionomie est empreinte de cette douceur dans les : traits qui ressemble à de l’irrésolution , à de la crainte, ou peut-être à dessouffrances physiques. La teinte de leur peau est d'un olivâtre basané assez clair, et leur chevelure est d’un noïrfoncé. Ces hommes paraissent indolens; leurs mouvemens sont

d'une lenteur qui étonne, et la frayeur seule a

le pouxoir de/les faire se hâter. Leur corps ; assez habituellement recouvert de lèpre, est nu , car on ne peut guères donner le:nom de vête-

ment à l’étroite bandelette d'étoffe qui ceint les

DES PARADISIERS. 83 reins. Tous les Papous portent au milieu de leur chevelure un très-long peigne en bambou, dont le haut est allongé et habituellement garni d’ornemens de nacre ou de pendeloques de toutes sortes. Ces Papous métis ont communiqué aux Malais qui vivent parmi eux beaucoup de leurs coutumes, eten échange ils en ont adopté quelques-unes des leurs. C'est ainsi qu'ils portent quelquefois des moustaches et un bouquet de barbe sous le menton , et qu'ils ne saupoudrent pas leurs cheveux de ces poussières d’ocre ou de craie dont sont prodigues les Papous de la Nouvelle-Irlande, de la Louisiade, etc. Nous n'abordâmes jamais ces hommes sans que la frayeur la plus vive se manifestât sur leur visage, et ce ne fut qu'a la longue que nos bons procédés détruisirent les impressions pénibles qui les tourmentaient. Une fois rassurés, ils nous parurent gais et pleins de bonté; car il leur arriva fréquemment de nous offrir, sans en exiger de récompense, des cocos et des racines nutritives.

Les vieillards sont graves et sérieux, ils semblent impassibles à tout ce qui les environne ; tous portent de nombreuses amulettes autour du cou, et ne sortent point sans être armés de la machette , sorte de gros couteau qu'ils obtiennent des trafiquans malais pour de l’écaille de tortue.

84 HISTOIRE NATURELLE Les demeures des habitans de l’île de Waigiow

sont constamment établies au milieu des marais.

ou à l'embouchure des petites rivières; et bien qu'elles soient élevées sur des pieux, elles sont exposées aux influences des miasmes les plus délétères qui s'exhalent des eaux croupies et du limon. Les fièvres de mauvais caractère doivent donc régner en ce lieu. Tous les vieillards qui s'offrirent à notre vue étaient frêles et débiles et parmi les autres naturels plusieurs portaient d'énormes cicatrices de brûlures ; quelques-uns offraient des traces de petite vérole , tandis que d'autres étaient oppressés par des catarrhes, etc. Leur habitude de coucher sur lesable des grèves,

entourés de grands feux et pendant des nuits où

il pleut souvent à verse, ne doit pas peu contribuer à rendre dangereuse cette dernière affection. L'industrie de ces Papous se décèle par le travail ingénieux qui préside à tous leurs ouvrages en paille, et on ne saurait trop admirer la vivacité des couleurs avec lesquelles ils peignent les feuilles de pandanus qu'ils mettent en œuvre; leurs grandes nattes, surtout, sont remarquables par leur solidité et leur durée, aussi bien que par les desseins qui fréquemment les décorent. L'oreiller en bois sur lequel ils appuient la tête pour dormir est sculpté et poli avec une habileté d'exécution qu'on

ne serait pas tenté de leur supposer; et l'on sait que ce meuble n'est point chez eux le résultat du hasard, puisqu'on le trouve fréquemment, dans les tombeaux égyptiens , placé sous la tête des momies. Ils ne savent point tisser

’étoffes, et celles dont ils s’habillent, lorsqu'elles ne sont pas de fabrique indienne ou chinoise, se bornent à des toiles de palmiers ou à des écorces à peine dégrossies. Les armes dont ils se servent sont l'arc et la flèche, et leur adresse à frapper le but ne mérite pas d’être citée. Le radjahet quelques autres chefs possèdent

des fusils et de la poudre, qu'ils ont obtenus des

Européens en échange d'oiseaux de Paradis.

Tous les naturels que nous visitämes, soit dans leurs cabanes, soit dans leurs pirogues, possédaient d'énormes paquets de flèches qu'ils échangeaient volontiers. Ces flèches sont en roseau et armées à une extrémité d’une pointe en bois trèsdur , unie ou barbelée , et souvent d’un os aiguisé ou d'une épine de pastenague. L’arc est le plus ordinairement en bambou, et parfois en bois rouge solide et pliant; il est tendu par une corde de rotang. Par leurs communications fréquentes avec lescommerçans des Moluques, ils se procurent le fer dont ils arment leurs lances de combat et leurs harpons pour la pêche.

La plupart de nos cadeaux furent reçus avec

la plus parfaite indifférence : un seul combla tous leurs désirs; et, faut-il l'avouer? cene furent ni des: haches ni des: instrumens utiles , mais des objets d'un usage frivole, en un mot de-ces petits miroirs enveloppés de papier doré! Un'Papouobtenait-il ce:meuble précieux, onde voyait rester enrextase devant sa physionomie, se-complaire à en admirer:tous les traits, pousser des cris d’étonnement, et rien n'était plus plaisant sans doute comme de:suivre’les brusques changemens survenus sur ces figures, quelques minutes auparavant impassibles. Ainsi donc la beauté la plus séduisante, qui se repaît dans un miroir de la blancheur de son teint, de l'incarnat qui la colore, n'est pas la seule sur la terre qui goûte le délicieux plaisir d'admirer sonimage : elle est, sous ce:rapport, entrivalité avec le noir:et sale Papou.

Les habitans de Waigions bien: qu'adonnés presque ‘exclusivement à la pêche; sont cependant d'une grande adresse pour prendre le gibier. Ils’ chassent les oiseaux de Paradis avec de petites flèches formées du rachis des felioles.de latanier, ouprennenten vie, pour les élever en domesticité, des loris papous; des loris tricolores, des cacatoës à huppe jaune. Comme les Malais, ils choisissent de préférence la nuit pour'se livrer à la: pêche, et'se servent principalement

de torches ‘résineuses enflammées dans le but d'attirer le poisson par de vives clartés. Ces péches durent plusieurs jours,-et ont lieu: sur les bas-fonds ou sur les côtes renommées par l'abondance des tortues, des coquillages ou des poissons ; et les naturels y séjournent tant que les vivres y sont abondans. A cet effet ils établissent un ajoupa temporaire sous lequel ils placent leur foyer, afin de le garantir des averses pluviales. Leur cuisine: est élevée sur un treillage en bois, de manière que les chairs qu'ils y entassent cuisent lentement par l’action dela chaleur; et les quantités qu'ils en consomment, ainsi que les préparations qu'ils leur font subir, annoncent qu'ils joignent à la friandise des besoins copieux. Ils prennent la précaution de cuire les poissons dans des feuilles d'arbres, de fumer et sécher les viandes de tortue franche, et de former avec les œufs des sortes de saucissons de haut goût.

La nourriture première des Papous, empruntée au règne végétal, consiste en farine de sagou, retirée par le lavage à l'eau froide du centre médullaire des cycas et des sagouïers. Ils en fabriquent des pains de forme quadrilatère, cuits dans des sortes defours en brique, ou bien ilsmangent simplement crue la farine renfermée dans des tubes de bambous. Les heures de leurs repas

sont régléesavec une grande exactitude, et lorsqu'ils naviguent dans leurs pirogues, ils ont toujours la précaution de conserver du feu, qu'ils placent sur une pierre au milieu de la nacelle; par son moyen ils allument instantanément un brasier sur lequel ils grillent les aplysies, les holothuries qui leur tombent sous la main au moment où leur appétit se réveille. Ils y Joignent aussi la précaution d’avoir toujours en réserve des tubes de bambous remplis d'eau douce. Lorsqu'ils ont mangé, ils sont dans l'usage de fumer une petite cigarette faite avec une pincée de tabac haché et roulé dans une foliole sèche, à la manière des Espagnols.

La construction des pirogues est, chezces peuples maritimes, rendue facile par les instrumens de fer qu'ils possèdent. Toutes les embarcations que nous avons vues étaient cependant peu soignées sous le rapport de l'exécution. Elles peuvent toutefois contenir de sept à huit hommes, et leurs extrémités sont relevées. Elles ont deux balanciers, c'est-à-dire que de chaque côté partent des tiges terminées par un madrier oblique destiné à servir de flotteur. Sur ces balanciers sont enfoncées des fourches qui servent à recevoir les mâts, les voiles de l'embarcation. Au centre s'élève un toit renversé, sous lequel les gens de l'équipage mettent à couvert leurs plus

DES PARADISIERS. 89 précieux effets, leurs boîtes, leurs nattes en paille, ainsi que leurs vivres.

Les Papous de la baie d'Offack ont, à ce qu'il paraît, adopté les habitudes de polygamie des Malais : mais, ce qui est plus positif, ils en ont l'humeur jalouse et l'habitude de dérober leurs femmes à tous les yeux. Bien que nous soyons entrés dans leurs cabanes, nous n'avons jamais pu découvrir aucune personne du sexe féminin, et nous ne pouvons pas douter qu'ils ne les aient cachées soigneusement au milieu des bois: M. de Blosseville est le seul officier de l'expédition française de la corvette la Coqguille qui parvint à entrevoir les épouses du radjah de la baie Crouzol, et il nous a dit qu’elles étaient Jeunes, mais sérieuses et tristes, et qu'elles avaient pour tout vêtement un sarong de toile bleu des Indes. Plusieurs femmés papouas s'enfuirent précipitamment dans les forêts, emportant leurs enfans dans leurs bras, un jour que nous nous rendions en silence et inopinément vers leurs cabanes dans la rivière d'Offack.

Ces tribus sont adonnées au fétichisme pur, et ont élevé un temple à leurs dieux, qui paraissent être nombreux. Ce temple est une cabane beaucoup plus grande que celles qu'habitent les naturels, et dont l'intérieur est décoré avec soin de nattes peintes appendues aux murailles. Ces

idoles sont revêtues de morceaux d’étoffes, et plusieurs ont devant elles des assiettes de porcelaine de Chine. Mais au milieu de ces figures humaines grossières nous remarquâmes avec quelque surprise la représentation assez exacte d'un crocodile. Là aussi la crainte de ce vorace et dangereux saurien a donc inspiré des hommages que les hommes adressent toujours avec d'autant plus de ferveur qu’ils redoutent davantage la puissance malfaisante du génie ou du démon qu'ils encensent! À ces rites d’un culte dans l'enfance se joignent des idées inculquées par les Malais et des traces de mahométisme; car la polygamie, le soin qu'ils prennent de cacher leurs femmes, le respect qu'ils professent pour les tombeaux, dérivent évidemment des relations intimes qu’ils ont contractées avec les émigrans des îles Moluques. Les tombeaux des Papous sont généralement recouverts d’une sorte de mausolée fait avec des morceaux de bois plus ou moins sculptés : parfois on suspend au-dessus des guirlandes de hachettes en bois pour marquer l'usage que le possesseur a su en faire pendant sa vie.

I n'y a pas jusqu'à la manière de bâtir leurs cabanes qui ne soit caractéristique pour tous les Papous qui ont eu des communications avec les Malais ; ce n’est jamais que sur le bord dela mer,

à l'embouchure des rivières, au fond des baies, qu'elles sont établies sur des pieux. Rien n'est peut-être plus pittoresque que ces demeures en bambous et à claires-voies, où logent pêle-mèêle des familles entières, sous lesquelles flottent des embarcations, et que dérobent à la vue des arbres vigoureux qui croissent aux alentours. Nul meuble n'embellit leur intérieur, si on en excepte quelques nattes en feuilles de vaquois, une claie destinée à servir de lit à chaque membre de la famille, un âtre pour contenir le feu, et quelques paniers destinés à recevoir les trépangs desséchés dont il se fait une grande consommation.

La langue de ces Papous est un mélange de malais et d’alfourous, ainsi qu'il sera facile de sen convaincre par la petite série de mots que nous citons; cependant les noms des parties du corps sont presque entièrement alfourous.

Front, kaprani; oreilles, kalontouté; cheveux, pla; nez, souné; lèvres, ganganint ; dents, vuaéainé; menton, ganpapé; barbe, gangabouriné; cou, kakoné; poitrine, liomanpené ; mamelon, sou; ventre, zaéné; nombril, assevené; penis, siné; épaules, paponé ; reins, mahalé; fesses, sainé; anus, talané; bras, papéané ; avant-bras , kapéané ; main, kakoniané ; doigts, kakoutilé ; ongles, kabeui ; cuisse, koko-

92 HISTOIRE NATURELLE loné; genoux, kabukapouki; jambes, katonainé; pied, katoupapé; doigt de pied, ka:

toutilr.

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