‹ Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des épimaques; ouvrage orné de planches, dessinées et gravées par les meilleurs artistes;Chapitre 36 sur 63 · AA AA LA AA AAA A ELU AR AAA LE VA EL LUE LA EE LR ELU LUE LAN · texte numérisé non relu

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LES MANUCODES.

(CICINNURUS.)

Uxe seule espèce encore appartient à cette petite tribu, dont le mâle est si remarquable par ses brillantes parures; il est en effet distingué par des formes trapues, assez épaisses, deux éventails de plumes élargies sur les flancs, des ailes concaves, aussi longues que la queue qui est courte, carrée, et débordée par deux longs brins grèles, recoquillés sur eux-mêmes à leur extrémité, et garnis de barbes formant une palette colorée en or vert luisant. Le bec est médiocre, finement entaillé à la pointe de la mandibule supérieure, et abondamment recouvert sur les fosses nasales d’un duvet soyeux, court et très-serre.

Les manucodes que nous observâmes aux alentours du havre de Doréy à la Nouvelle-Guinée, y portaient le nom de saya dans la langue des Papous. Nous ne les renconträmes que par couplessolitaires, se tenant sur les branches moyennes des tecks et des figuiers d'amihou, dont ils recherchaient les fruits.

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LE MANUCODE SPINTURNIX.

(CICINNURUS SPINTURNIX.)

(LE MALE ADULTE, vu EN Dessus, PI. XVI; LE MÈME, vu. En

pessous, PI. XVII; La Femere, PL. XVIII, au À G. N.)

Cer admirable et rare paradisier mérite bien le nom de spinturnix ou d'incendiaire, que Pline, dans son Histoire naturelle, applique à un oiseau d'espèce inconnue, car le rouge éclatant de son plumage le fait ressembler, lorsqu'il vole, à un charbon étincelant. Le spinturnix a été regardé par les commentateurs comme devant être un faucon : on le disait de mauvais augure, mais Pline avoue qu'il n'avait trouvé personne qui eût pu se vanter de savoir quel oiseau ce pouvait être (1).

Le manucode a joué de tout temps un rôle

dans les croyances superstitieuses des peuples F |

(à) Le spinturnix est un oiseau dont les Romains auront eu de vagues notions par les Indiens. « Æthiopes atque Indi, discolores maximè et admirabiles ferunt aves. »

DES PARADISIERS. 183 d'origine malaie. Ses dépouilles, portées en panache ou placées sur les armes des guerriers indiens, devaient les empêcher de faillir un jour de combat. De là le nom de manou deouata , ou oiseau divin, qu'ils leurs conservèrent et qu'ils reçurent des langues tidoriennes. Les premiers voyageurs hollandais firent connaître en Europe, sous le nom corrompu de manucode, les paradisiers émeraudes, et ce nom, traduit en latin barbare par Cardanus, a été exclusivement transporté par les auteurs modernes à l'espèce qui nous occupe. Les récits exagérés, consignés dans Ausius, ne peuvent plus intéresser que ceux qui aiment les recherches historiques. Certes, le manucode ne mérite point le titre pompeux de roë des oiseaux de Paradis, que lui conservent les naturalistes sans y attacher de l'importance, et que lui donnaient, au dire des vieux auteurs, les insulaires qui en vendaient les dépouilles. Suivant eux, le manucode volait toujours en tête des troupes formées par les émeraudes lorsqu'ils émigrent d'une île dans une autre, et c'était lui qui, chargé de la conservation de la bande, allait goûter l'eau des fontaines placées sur la route, et que les Papous empoisonnent pour obtenir par cette chasse facile un grand nombre de paradisiers dont ils convoitent les plumes avec tant d'avidité. Mais ces récits, propagés dans

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des temps d’ignorance , tombent d'eux-mêmes, et certes les manucodes, s'ils émigrent, ce qui est incertain, émigrent seuls, ne recherchent point la compagnie des émeraudes, et il est plus que douteux que les insulaires empoisonnent les eaux où ils vont boire pour se les procurer.

On dit, et ceci est plus probable, que les Papous chassent les manucodes en les prenant aux lacets à l’aide de la glu faite avec le suc laiteux des jacquiers.

Le mâle adulte ( PI. XVI et PL. XVI) a six pouces et demi de longueur totale, les brins de la queue non compris. La tête est forte et son bec médiocre et jaunâtre; sa langue est ciliée, l'iris est brun, et les tarses sont bleu azur clair. Une tache noire se dessine à l'angle interne de l'œil, et les narines sont entièrement recouvertes par les plumes veloutées et serrées qui s'avancent jusqu'à la moitié de la mandibule supérieure. Les ailes sont amples et dépassent dans l’état de repos ( quatre pouces et demi) la queue. Celleci est très-courte (dix-huit lignes), formée de dix rectrices égales et de deux brins; ces derniers tiennent donc la place des deux rectrices médianes, et apparaissent sous forme de deux tiges grêles ou criniformes, entièrement nues, se prolongeant au delà de la queue, se recourbant

DES PARADISIERS. 185 en dehors en s'évasant avec grâce (elles ne s’entrecroisent Jamais dans l’état de vie), de manière à s'épanouir à leur terminaison, ou en d’autres termes, à se garnir en dehors seulement de barbes assez longues qui, contournées, forment un disque vide au centre, ou un demi-cercle enroulé ayant l'éclat et le jeu de l'émeraude. On compte aussi une vingtaine de plumes subalaires dont les premières, fort courtes, ont de larges barbes.

Les plumes qui revêtent les narines et le front sont d'un orangé qui passe au rouge, mais qui devient d'un pourpre éclatant et des plus fulgides sur le cou, les parties supérieures, les rémiges et même les rectrices. Le devant du cou est de ce même rouge, teinté de mordoré et parfois de brunâtresur les côtés. Les nuances de ces diverses parties ont aussi bien l'aspect du velours que son toucher moelleux et doux. Une large écharpe d'un vert métallique traverse la poitrine, et tranche sur le blanc neigeux de tout le dessous du corps. Sur chaque flanc, au-dessous de l'aile, naissent des plumes longuettes, droites, coupées carrément à leur sommet, et grises dans leur plus grande étendue, et que rendent remarquables deux bandelettes étroites, l’une blanche, l’autre roux vif, puis une plus large occupant toute l'extrémité et d’un vert émeraude des plus écla-

1 86 HISTOIRE NATURELLE taus. Les rémiges sont jaunes en dedans; et les rectrices brunâtres en dessus.

Le Jeune âge doit tenir de la femelle dans ses deux premières années, du mâle dans la troisième: Levaillant a regardé comme un jeune âge un individu ayant son écharpe thoracique jaune, le ventre mélangé de grisâtre et de brun.

Si le manucode mâle est sans contredit un des plus brillans oiseaux de Paradis, sa femelle, jusqu’à ces derniers temps ignorée, découverte par noûs dans les vastes forêts de la Nouvelle- Guinée, est venue fournir un nouvel exemple de l'identité de création qui a présidé: chez tous les divers membres de la famille à la répartition de leurs attributs corporels. La femelle du manucode est donc, comme celle des paradisiers émeraude, rouge, sifilet ou des épimaques, à livrée terne , bariolée de roux, de brunet de bistre. Cette femelle (PI. XVII) a six pouces et demi de longueur totale. Son bec, de couleur roussâtre, est légèrement comprimé sur les côtés, et élargi à la base. Les plumes du front s'avancent sur les fosses nasales et dérobent les narines. Les ailes s'étendent Jusque vers le milieu de la queue: elles sent concaves et composées de rémiges assez larges. Les rectrices;, au nombre de douze, sont égales, arrondies à leur extrémité, et peu consistantes. Les tarses: sont

longs d’un pouce, garnis de scutelles très-minces, peu apparentes Les doigts antérieurs, gradués, sont plus faibles que le pouce, dont l'ongle est robuste. Les pieds sont en entier colorés en bleu de ciel tendre dans l’état de vie. Tout le plumage de cet oiseau est un marron brun: sale et jaunâtre, disposé de la manière qui suit :. la tête, le dos, les couvertures des aïles et le croupion sont d'un brun roux foncé uniforme.

Les moyennes couvertures des ailes et les rémiges sont d’un roux ocreux vif, se changeant en brun sur les barbes internes de ces dernières. La queue en dessous est d’un roux brun à teinte égale, et d'un brun jaune clair en dessous. Les joues et les côtés du cou sont roux-brun tacheté de jaune roux. L'iris est brun, tout le dessus du corps, depuis la gorge jusqu'aux couvertures inférieures de la queue , est d’un jaune roux finement rayé de brunâtre par raies rapprochées et régulières.

Cette femelle n'a point d'éclat, n’a point de parures ; sa queue est régulière; en un mot, elle ressemble à un oiseau obscur, sil ne s'attachait pas à sa connaissance le haut intérêt que la beauté et la rareté de son époux inspirent aux ornithologistes.

M. Roland, le maître canonnier de la corvette la Coquille, dans son voyage autour du monde, qui nous a rendu tant de services par

son adresse à la chasse, tua le mâle et la femelle des manucodes qui enrichissent en ce moment ‘les galeries du Muséum d'histoire naturelle de Paris. M. Valenciennes, dans son catalogue de nos collections présenté à l'Institut, avait pris cette femelle pour un oiseau du genre merle,

turdus.

"Ris À 0

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