GENRES OISEAU MOUCHE ET COLIBRI
TROCHILUS. Lirn,
Réunis dans la classification de Linnée par le nom commun de Trochilus , les Oiseaux-Mouches et les Colibris ont été divisés par Buffon et par les naturalistes modernes, sans qu’il ait été possible d’assigner à chacun des deux genres des caractères bien distincts. La taille des Colibris supérieure à celle des Oiseaux-Mouches, la courbure de leur bec , opposée à la forme droite de celui de ces der niers , ont long-temps paru établir entre eux des différences éviden tes et constantes ; mais la découverte successive de très petites espèces d’oiseaux-moucbes, àbec courbé, et d’autres, à bec parfaitement droit, d’une taille égale à celle des Colibris, et surtout celle d’une espèce plus grande encore, à laquelle cette circonstance a fait donner le nom d’oiseau-mouche Géant, est bientôt venue démontrer l’insuffisance et l’incertitude de ces caractères, et réduire à des distinctions plus arbitraires que réelles la division de ces genres , d’ailleurs confondus par une similitude presque complète d’organisation, de mode, d’existence et de mœurs.
L’Oiseau-Mouche et le Colibri habitent tous deux l’Amérique , et particulièrement le Brésil, la Guyane et les Antilles. Tous deux se distinguent également par l’élégance de leurs formes et la richesse de leur parure. Les naturalistes ont épuisé toutes les ressources du langage et emprunté les noms des plus brillantes pierreries, du rubis, de la topaze, du saphir, de l’émeraude, pour peindre cet éclat inexprimable que l’imagination poétique des peuples du nouveau continent a fait passer d'une manière plus vive encore dans les noms de rayons et de cheveux du soleil qu’ils ont donnés à ces oiseaux.
Toutes les nuances des couleurs, tous les reflets et tous les feux de la lumière, se rencontrent en effet sur le plumage des Oiseaux-Moucheset des Colibris; cependant, il est à remarquer que le fond de sa
coloration générale , à quelques rares exceptions près , est toujours un vert doré, varié en une infinité de nuances suivant les espèces ou plutôt le climat. Ces oiseaux ont généralement le corps court et arrondi, et la tête proportionnellement assez forte ; leur bec est mince, tantôt courbé, tantôt droit, par fois même recourbé en dessus. Leurs pâtes sont courtes et les doigts armés d’ongles très arqués et très aigus. Leurs ailes, composées de plumés résistantes, sont longues et dépassent souvent la queue. Celle-ci très variable dans sa forme , égale ou arrondie, bifurquée ou étagée, est souvent ornée de plumes prolongées en filets. Un autre genre d’ornement se rencontre fréquemment chez les Oiseaux-Mouches : ce sont des développemens assez étendus des plumes de la tête et du cou, prenant la forme de huppes, de colorettes et d’oreillons.
Les Oiseaux-Mouches et les Colibris n’ont pas moins excité l’étonnement et l’admiration par l’excessive vivacité de leurs mouvemens, que par l’éclat tant vanté de leur plumage. On les voit souvent sus pendus dans l’air, au-dessus d’une fleur dans le calice de laquelle leur langue prolongée en forme de trompe va chercher les insectes presqu’ imperceptibles dont ils font leur nourriture; puis tout à coup s’éloigner et revenir sur quelque autre fleur, par un mouvement brusque dont l'œil a peine àsuivre la rapidité, semblables àcesespècesde Sphynx et à ces mouches bourdonnantes auxquelles tant de rapports ont dû nécessairement les faire comparer. Ils vivent en troupes nombreuses, et ne se séparent en couples que dans la saison des amours. Ils construisent sur une branche d’arbrisseau, ou suspendent à un leger brin, un nid formé de coton ou de quelque autre bourre délicate, et recouvert de mousse et de lichen. La femelle y pond deux œufs qu'elle couve dix ou douze jours, et nourrit ses petits pendant trois semaines. Ces oiseaux si faibles, sont très courageux, et ne craignent pas, surtout pour défendre leurs petits, de combattre et de poursuivre des oiseaux beaucoup plus forts. Cependant, ils deviennent la proie d’un insecte. Une grosse araignée , que pour cette raison on a nommée Anculaire , vient dans leur nid dévorer leurs petits, et souvent eux-
mêmes, lorsqu’elle peut les y surprendre ou les embarasser dans sa toile qu’elle suspend aux alentours.
Quoique très farouches si quelque objet ou quelque bruit inaccoutumé les effraie , ils s’apprivoisent facilement et deviennent bientôt très familiers. On en a vu élever leurs petits dans des appartemens, et meme à bord des vaisseaux où l’on avait transporté leur nid. On a souvent essayé de les conserver en cage et de les apporter en Europe, en les nourrissant de sirop de sucre et de miel, mais on a rarement réussi et ils n’y ont guères vécu que quelques semaines.
COLIBRI HAÏTIEN , TROCHILUS GRAMINEÜS.
KUFF. PL Enl. G80. Fig. 2.
Le Colibri haïtien nommé par la plupart des auteurs hausse-col vert , et figuré sous ce nom par Buffon , est très anciennement connu à Cayenne et au Brésil où il est très abondant. Il se trouve aussi à Saint-Domingue , ce qui lui a fait donner son nouveau nom.
C'est un oiseau robuste, à bec assez fort et peu recourbé , à ailes longues et dont les rémiges ont la tige grosse et élargie , à queue large et arrondie.
La couleur générale de son plumage est un vert foncé peu brillant; mais sous la gorge cette couleur change avec la forme des plumes et devient vive et éclatante comme l'émeraude.
Le milieu de la poitrine est occupé par une longue tache noire qui se prolonge jusque sous le ventre ; les plumes latérales de cette dernière partie sont soyeuses et d'un blanc pur. Ce qui est le plus remarquable dans cet oiseau, c'est la belle couleur de la queue dont les rectrices sont d'un pourpre brillant dans une grande partie de leur largeur et qui est terminée par une large bande bleu-ardoisé à reflets d'acier bruni.
La femelle ressemble au mâle, nais ses couleurs sont moins vives.
Le jeune a le dessus du corps rayé longitudinalement de noir de blanc et de roux irrégulièrement jaspés de verdâtre ; il est vert en dessus.
Viellotquia beaucoup observé ce colibri, dit qu’il se plaît auprès des habitations , qu’il vit d’insectes qu’il saisit sur les fleurs, que dans la saison des amours il jette en volant un cri continuel et chasse les oiseaux qui viennent se percher dans son voisinage, en les fatiguant par ce cri et par la rapidité de ses mouvemens, et en menaçant constamment leurs yeux de la pointe de son bec.
Son nid est ordinairement construit sur une branche de cotonnier et recouvert de lichen pris sur le même arbre.
COLIBRI TOPAZE, trochilus pella. linn.
buff. PL Enl. 1 et 2.
Remarquable entre tous les oiseaux de ce genre par sa taille, par la richesse et l’éclat indescriptible de son plumage et par la proportion harmonieuse de sesformes , le colibri topaze s’en distingue encore par la disposition des deux plumes médianes de sa queue qui en se prolongeant en deux longs brins recourbés ajoutent encore à l’élégance de sa parure.
Un beau noir de velours couvre toute sa tête , et sous sa gorge brille une plaque de plumes écailleuses de la plus vive couleur d’or , offrant des reflets^de topaze et d’émeraude dont , lorsqu’elle est éclairée par les rayons du soleil , l’œil a peine à supporter l’éclat. Une bande étroite du plus beau noir entourre cette plaque. Le corps, en dessus comme en dessous, est coloré d’un rouge-feu doré qui prend à la partie supérieure du dos une teinte cuivrée. Les rémiges sont d’un brun violacé. La queue offre la réunion de plusieurs couleurs ; les pennes latérales sont d’un roux vif, les moyennes d’un vert doré , et les deux qui se prolongent en fdet d’un beau violet foncé. Les pattes sont ornées de manchettes blanches qui descendent le long du tarse.
Le plumage de la femelle diffère entièrement de celui du mâle. Il est d’un vert pale et peu brillant prenant sous la gorge une teinte dorée. La queue n’a point de filets.
Le jeune est semblable à la femelle.
Le Colibri Topaze se trouve à la Guyane , et se plaît sur le bord des fleuves. Souvent on le voit rasant la surface des eaux comme les hirondelles en poursuivant les légers insectes dont il se nourrit, quelque fois même se reposant sur les branches et les tiges brisées qu’entraîne le courant.
COLIBRI GRENAT , trochilus auratus. lin.
BUFF
Ce beau colibri ne se trouve pas à Cayenne comme l’indiquent presque tous les auteurs , mais bien dans les Antilles ; il est particulièrement très commun à la Guadeloupe et à la Martinique d’où on Ta rapporté depuis un grand nombre d’années.
C’est surtout par la belle couleur grenat qui couvre toute sa gorge et sa poitrine que ce colibri est remarquable. Cette couleur varie du carmin vif au violet , mais la teinte grenat se retrouve constamment à travers cette variation résultat de reflets divers.
Le corps et le dessus de la tête sont d’un noir de velours très soyeux légèrement teinté de rouge. Les ailes ainsi que la queue sont composées de plumes larges et fortes , d’un vert-bleu d’acier. Quelques plumes de la même couleur , légèrement teintées de vert, se retrouvent encore sur le front et sur les couvertures supérieures et inférieures de la queue.
Le Grenat a des formes moins sveltes que les autres colibris. Ses mouvemens sont rapides. Il vit dans le voisinage des habitations et passe toute l’année dans le même lieu.
Son nid , construit entre plusieurs petites branches , est composé d’une espèce de coton de couleur roussâtre et presque entièrement recouvert de lichen. Il contient ordinairement deux œufs assez gros que la femelle couve pendant douze ou treize jours. Les petits n’ont point de livrée et sont dès leur premier âge presque entièrement semblables aux adultes.