CHAPITRE XIII
Culture de l’Oranger en serre sous le clmat de Paris.
ARTICLE PREMIER
Terre propre à la Culture de l Oranger.
Daus les pays chauds, l’oranger prospère mieux dans une terre plus substantielle
que dans une terre légère. Une terre substantielle convient mieux è l’oranger qu’une terre légère : c'est le contraire sous le climat de Paris; la température n'y est pas assez élevée pour échauffer convenablement la terre compacte, ni pour en absorber l'humidité surabondante qui est pernicieuse aux racines de l’oranger pendant l’hiver. On tiche donc, au moyen des mélanges, d’obtenir une terre très-nutritive qui se laisse aisément pénctrer par Vair, par les influences atmosphériques, qui permette la libre extension des racines, et dans laquelle les caux puissent aisément pénétrer.
On reconnait trois points de vue différens parmi les jardiniers, dans la composition de leur terre è oranger; les uns veulent imiter la terre dans laquelle les orangers prospèrent le mieux dans les pays chauds, ou ils veulent que leur terre aît une certaine consistance afin qu'elle retienne mieux les eaux; d’autres veulent une terre dans laquelle les orangers donnent beaucoup de fleurs, et ne s'embarrassent pas si leurs arbres sont d’ailleurs beaux et vigoureux; enfin il en est d’autres qui ne visent quà obtenir des arbres bien verts et d’une vigoureuse végétation : on obtient ce dernier résultat avec un tiers de bonne terre franche, deux tiers d’excellent terreau et beaucoup d'eau.
Dans la composition de la terre è oranger, on est assez d’accord sur la quantité de terre franche qui doit y entrer; mais on croit beaucoup sur la quantité et sur la nature des substances qui composent le terreau qui sert è diviser et donner plus d’activité è la fertilité de cette terre franche.
Les orangers végètent parfaitement bien dans une bonne terre de jardin
e en partie égale avec du bon terreau de couche de fumier; nous pensons
mélangé méme que quand les compositions plus compliquées donnent des résultats satisfaisans, c'est qu’en dernier les ingrédiens qui y sont entrés se sont convertis en terreau semblable è celui que produit le bon fumier.
Notre intention n’est pourtant pas de jeter de la faveur sur l’amalgame compliquée des terres à oranger, puisqu'il est notoire que les orangers de Versailles sont généralement plus beaux que dans aucune autre orangerie, et que cependant la terre dans laquelle ils vivent est une composition très-compliqude.
Voici la composition de cette terre :
On méle ensemble de la terre franche et du terreau de couche en parties égales; prenant ensuite cette masse pour unité, on y ajoute,
Un dixième de bon fumier de vache bien gras;
Un cinquième de gadoue consommeée;
Un vingtième de poudrette;
Un quarantième de fiente de pigeon ou de poule;
Un quarantième de mare de raisin;
Un vingtième de crottin de mouton;
Un cinquième de terre de gazon faite.
On amalgame bien le tout ensemble ; on en fait un tas conique que l’on recouvre d'une couche de terreau; au bout d’un an on le passe à la claie, et on peut s'en
servir avec la plus grande confiance.
ARTICLE II
Des Semis et de la Transplantation.
Quand les jardiniers de Paris veulent élever des orangers, ils vont en mars ou avril chez un distillateur ou un confiseur acheter un ou plusieurs mares de limons; chaque marc coùte de trois à cinq francs, et contient de trois à six mille pepins; ils jettent le tout dans un baquet d’eau pour en séparer plus aisément les graines qu'ils sèment en terrines ou en pots remplis de bonne terre; huit pouces suffisent pour ceux qui sìment le mieux; mettent une vingtaine de graines dans un pot de huit pouces, recouvrant les graines de six lignes de terre; les pots dans une couche chaude préparée à cet effet, et la recouvrant d’un chàssis vitré, ils entretiennent
toujours la terre humide par de légers et fréquens arrosemens : au bout de dix è
douze jours, la plupart des graines commencent è lever; il faut alors augmenter la mouillure, réchauffer la couche et donner peu d’air au chàssis, afin que le plant s'alonge, se durcisse peu et se développe le plus possible; quand le soleil est trèschaud, au lieu d'augmenter l’air, on couvre le chassis avec un paillasson è claire-voie.
A la fin de l’automne le plant doit avoir de dix à quinze pouces de hauteur; quelques jardiniers en greffent mème les plus forts pieds dès le mois d’aoùtt; mais lorsqu’on est pas très-pressé, il vaut mieux attendre l’année suivante quand le plant est séparé et bien repris.
On laisse ces jeunes limoniers sous chassis pendant tout l’hiver, en les entourant d’un bon réchaud de fumier, et en les couvrant convenablement quand la gelée augmente, ou bien on les porte sur les tablettes d’une bonne orangerie.
Il est inutile de rappeler que quand la fraicheur de l’automne se fait sentir on diminue peu à peu la mouillure, et que lorsque le froid a interrompu la végétation, il ne faut les mouiller que pour empécher qu'ils ne se dessèchent.
Au printemps suivant, quand la végétation commence è se ranimer, il faut séparer le plant, c'est-à-dire, mettre chaque pied dans un pot du diamètre de cinq ou six pouces de profondeur, placer le tout sur couche et sous chàssis comme l'année précédente, et donner très-peu d’air. Dans le courant de l’été, les plus forts pieds peuvent étre greffés à la pontoise, et ainsi de suite, à mesure que leur tige atteindra la grosseur d’une plume è écrire ou à mesure qu'on en aura besoin, ou enfin selon ce que le plant aura atteint la hauteur è laquelle on veut le greffer et établir sa téte.
Il faut chaque année, au printemps, donner un plus grand pot aux jeunes limoniers; è l’àge de trois ans on les mettra encore sous chàssis, mais en leur donnant beaucoup d’air, afin de les accoutumer è la température de l’atmosphère è laquelle on les exposera entièrement pendant l’été de leur quatrième année. Il est bon de se souvenir que les orangers végètent mieux dans une caisse que dans un poi, et qu'il serait avantageux de leur en donner une à la troisiéme année.
Quel que soit l’avantage qu'il y aità semer des graines d’oranger, de bigaradier et de pompoléon, pour faire des sujets propres à recevoir la greffe, on préfère la graine de limon, parce que les arbres qui en proviennent croissent plus rapide-
ment pendant leurs premières années,
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ARTICLE III
De la Greffe Huard ow è la Pontoise; ses avantages et ses inconvéniens,
On trouvera dans le chapitre suivant les diverses sortes de greffes employées dans la culture de P'oranger en pleine terre; mais ia greffe Huard ne se pratiquant qu’à Paris et dans ses environs, c'est ici le lieu d’en entretenir nos lecteurs.
Cette greffe, inventée ou mise premièrement en usage par M. Huard, jardinier de Pontoise, vers la fin du règne de Louis XV, est une légère modification de celle appelée greffe dà langlaise; ses résultats sont vraiment merveilleux ; M. Huard, que nous avons été voir è Pontoise en 1813, nous a dit qu’une fois il avait semé une graine de citronnier en mars, en avait greffé le sujet en aoùt, et Yavait porté en septembre à la Cour, chargé de fleurs et de fruits. Ce phénomène, inconnu jusqu’alors, se renouvelle maintenant tous les jours par les jardiniers de Paris.
Voici comme on exécute cette greffe : quand le sujet est bien en sève et gros
‘comme une plume è éerire, on le coupe net à la hauteur convenable au but qu’on
se propose, on enlève latéralement un coupeau triangulaire long de deux pouces, atténué en pointe et en biseau par le bas, mais dont l’épaisseur dans la partie soyeuse est au moins égale au demi-diamètre du sujet; on a dù avant se munir d’une branche d’oranger de l’espèce qu'on veut multiplier, de la grosseur du sujet sur lequel on veut l’adapter; on la taille en coin iriangulaire par en bas, de telle manière que ce coin remplisse exactement la place de celui qu'on a òté sur le sujet; en placant cette greffe, on a soin que son liber et celni du sujet coincident au moins d’un còté, si on ne peut les faire coincider des deux còtés en méme temps: on lie le tout assez fortement avec du gros fil de laine; on en place le pot sous un chassis bas très-bien fermé, le plus petit possible, et dans lequel l’air ne puisse circuler; un paillasson placé sur le verre doit garantir la greffe des rayons du soleil pendant une quinzaine de jours : après cette époque on sait si l’opération a réussi ou manqué. Dans le premier ‘cas, on rend peu è peu l’air et la lumiére à la plante; et, au bout d’un mois, on peut l’exposer au grand air. Nous avons greffé de cette manière, sur un sujet de quatre lignes de diamètre, une branche trèsrameuse formant un bouquet plus gros qu’une tète humaine, garni de boutons à fleurs qui se sont parfaitement développés, et des fruits déjà gros qui ont continué de grossir et sont parvenus è leur maturité.
On a avancé dans le Nouvean Cours complet d’ Agriculture, que les orangers greffés de cette manière ne vivent que trois ou quatre ans; cela peut étre vrai quand. le sujet est très-jeune et que la branche greffée est très-vicille; mais quand le sujet est vigoureux, gros comme le petit doigt, et qu'on met dessus une branche de deux ans, vigoureuse et bien saine, on en obtient un arbre dont l’existence est aussi longue que celle des autres orangers. Les MM. Huard de Pontoise et de Paris ont commencé leur orangerie avec des arbres greffés de cette maniére : beaucoup de ces orangers comptent aujourd'hui quarante et cinquante ans, et
vivront probablement des siècles.
ARTICLE IV
Rencaissage et Demi-Rencaissage.
On rencaisse un jeune arbre quand, par suite de son développement, ses racines ne trouvent plus ni assez d’espace ni assez de nourriture dans la caisse qui les contient; alors on lui en donne une plus grande. On rencaisse un vieil arbre quand sa caisse est usée ou pourrie par le fond, ou quand ses racines sont altérées ou viciées; dans les autres circonstances, on ne donne ordinairement que des demi-rencaissages : c'est è la sortie des orangers qu'il convient mieux de faire ces opérations. Pour peu qu’un oranger soit volumineux, on lui donne aujourd’hui une caisse à panneaux mobiles; ce qui facilite extròmement l’opération du rencaissage : on a depuis peu d’années imaginé pour cette opération diverses sortes de chèvres plus ou moins compliquées, mais dont le but unique est d’enlever l'arbre de sa caisse, usée ou trop petite, de le tenir suspendu en l’air tandis qu'on place une autre caisse au-dessous, et dans laquelle on le laisse descendre perpendiculairement, et debout, sur la terre placée d’avance dans le fond de la caisse ; il n'est pas dans notre plan de décrire ces sortes de chèvres qu'on peut examiner dans les orangeries de Versailles, du Luxembourg et des Tuileries è Parisceb ailleurs, et auxquelles on peut suppléer de plusieurs manitres, quand il n'est question que d’élever un oranger à trois ou quatre pieds de terre, sans le blesser, et de le faire descendre de la méme manitre.
Ainsi donc, pour rencaisser un oranger, 011 6te le panneau de sa caisse, après quoi, avec une béche bien tranchante on coupe, selon le besoin, de trois à six
pouces de terre tout autour de la motte de Parbre : cette épaisseur n'est (= DI
‘ordinairement pleine que de chevelus que l’on coupe sans préjudice; mais si on y reconnaissait une grande racine, il faudrait tourner autour et ne pas la couper. On examine autour de la motte, ainsi rapetissée, sil n'y a pas de racines moisies, sèches ou malades; si on en voit, on les dégage et on les supprime jusqu’au vif: avec une espèce de rateau, on gratte la terre tout autour de la motte, afin de mettre un ou deux pouces de racines à nu; on enlève ensuite l’arbre au moyen de la grue, et on fait au-dessous de la motte la méme operation que l'on vient de faire par les còtés.
Il est presque toujours nécessaire de faire tremper dans l’eau la motte d’un oranger ainsi habillée avant que de le rencaisser : c'est pourquoi, tandis que la chévre soutient l’arbre en l’air, on retire son ancienne caisse; on met è la place un baquet plein d’eau dans lequel on descend la motte de l’arbre, et on 1’y laisse jusqu'à ce que l'eau l’ait entièrement pénétré. Pendant ce temps, on approche la nouvelle caisse, on met un lit de platras épais de trois à six pouces dans le fond, et sur lequel on met une épaisseur convenable de terre préparée , que l’on affermit assez pour qu'elle ne fasse que la moindre retraite possible quand elle sera chargée de tout le poids de l’oranger. On élève l’oranger hors de l’eau, on retire le baquet et on met à sa place la caisse ainsi préparée, dans laquelle on descend la motte de l’oranger. Comme l’expérience a appris qu'il était avantageux que dans le rencaissage les plus hautes racines d’un oranger fussent de quatre à six pouces plus élevées que le bord de la caisse, on met de la terre sur la motte ou on en retire, afin d’obtenir cet avantage. Quand larbre est placé bien perpendiculairement au milieu de la caisse età la hauteur requise, on glisse du bord de la caisse de la terre dans tous les vides qui se trouvent au-dessous de la motte, afin de l’asseoir solidement; ensuite on emplit les còtés, et on en affaisse successivement la terre avec des morceaux de bois, les uns pointus, les autres obtus, afin de donner de la solidité à l’arbre, et que l’eau des arrosemens ne s'échappe pas trop vite.
Comme les racines supérieures se trouvent placées à quatre ou cinq pouces audessous du niveau de la caisse, il faut combler cette caisse avec de la terre, afin que les racines ne restent pas exposées à l’air, et on ajuste des hausses sur les bords de la caisse pour retenir la terre jusqu'à ce que, par l’effet de son propre affaissement, par le poids de l’arbre et par les arrosemens, l’arbre soit assez descendu, et pour que ses racines supérieures ne soient plus élevées au-dessus du niveau de la caisse.
Quand les hausses sont mises, on appuie la terre contre, on l’y bat méme
afin qu'elle ne laisse pas passer l’eau; on forme un bassin autour du pied de
l’arbre, et on mouille abondammeni, afin de lier la nouvelle terre avec celle de la motte.
Le demi-rencaissage se fait ordinairement tous les cinq ou six ans, à moins que quelque maladie n’exige qu'on avance ou qu'on retarde cette opération, qui ne différe du rencaissage qu’en ce qu'on n'òte pas l’oranger de sa caisse et qu'on n'en coupe pas les racines en dessous : le demi-rencaissage se fait quand on voit que l’arbre ne pousse plus parce qu'il a usé toute sa terre; mais quand un arbre est jaune ou qu'il languit, sans que sa terre soit usée, ou sans que ses racines soient altérces, il faut òter les panneaux de sa caisse; et au lieu de couper une couche de terre à l’extrémité des racines, comme dans le rencaissage et dans le demi-rencalssage, on gratte cette terre avec un rateau tout autour de la motte, jusqu'à ce qu'on ait mis è nu toutes les racines sur une longueur de six pouces : cette opération s'appelle peigner les racines : on remet ensuite les panneaux de la caisse, et on remplit l’intervalle d'excellent terreau de couche : on sent qu'il faut de l’intelligence pour faire glisser du terreau entre toutes les racines sans les casser ni les meurtrir, et sans laisser aucun vide. Une bonne mouillure est nécessaire pour parfaire l’opération et attacher les racines au terreau; c'est ainsi qu'on rétablit promptement de gros orangers quand leur faiblesse n'est pas occasionnée par quelques lésions.
Mais quand les arbres malades ne sont pas encore très-forts, et qu'on peut les transporter è bras, il vaut mieux les décaisser en mai, les mettre è nu sur une couche tièéde couverte de beaucoup de terreau, dans lequel les racines puissent sétendre; si l'année est chaude, les arbres seront parfaitement raccommodés au mois d’octobre; alors on les rencaisse en ne leur supprimant que très-peu de racine, et on leur fait passer l’hiver dans une orangerie.
ARTICLE V
PAR Du Rapprochement de la taille et de l Ebourgeonnement.
La taille de l’oranger ne ressemble nullement à celle des autres arbres fruitiers, et chaque jardinier la modifie è sa maniere en la confondant méme assez souvent avec l’ébourgeonnement : nous nous bornons è relater ici, en abrégé, la méthode suivie è l’orangerie de Versailles.
On sort les orangers du 10 au 15 mai; on met à part et è mi-ombre ceux qui
220 HISTOIRE NATURELLE ont besoin d’étre rapprochés, c'est-à-dire, ceux dont les pousses devenues trop faibles ne peuvent plus produire de belles fleurs et encore moins nourrir leurs fruits; cenx qui ont la téte mal faite et qu'il convient de rendre régulière; ceux qui paraissent épuisés pour avoir porté trop de fleurs, ou par une ou plusieurs plaies considé ‘rables sarvenues dans quelques-unes de leurs parties. On commence par supprimer une partie des dernières ramifications des branches, c’est-à-dire, que si une branche dans le dernier pied de sa longueur se divise en trois ou quatre rameaux, on en supprime un ou deux des plus faibles, ainsi que tous ceux de l’intérieur qui sont maigres, mal placés, ou qui font confusion; ensuite on taille sur le bois de deux ou ‘trois ans tous les rameaux ménagés, en ayant soin de conserver ou de donner è l'ensemble de la téte une forme régulière. Il faut couvrir d’onguent de Saint-Fiacre toutes les plaies faites dans cette operation, afin qu'elles se cicatrisent plus promptement, et que l’air et les pluies ne puissent désorganiser le bois resté è nu.
Presque tous les orangers repercent facilement de nouvelles pousses sur les bois de deux, de trois et méme de quatre ans; cependant il en est quelques-uns, tels que le pompoléon, la bergamotte, la riche dépouille qui repercent difficilement, et qu'on ne peut rapprocher sur le bois de trois ans sans s'exposer à les faire périr, ou du moins è leur faire perdre une partie de leurs branches.
Un oranger rapproché n’a presque plus de feuilles; c'est pourquoi on le met à mi-ombre, pour que le soleil n’en dessèche, n'en durcisse pas les rameaux, et ne soppose par-là è la sortie des nouveaux bourgeons.
Il ne faut jamais rencaisser et rapprocher dans la méme année. Un arbre ne pourrait, sans étre exposé à périr, souffrir en méme temps le retranchement de ses racines et de ses ad mais on fera bien de commencer par le rencaissement, et de faire le rapprochement l'année suivante.
La plupart des orangers ont la tète arrondie ou hémisphérique ; è l’orangerie de Versailles seulement les arbres ont la téte alongée en cylindre, convexe au sommet; cette dernière forme parait plus agréable ; elle a en outre l’avantage, en diminuant le diamètre de la téte, de permettre de placer un plus grand nombre de caisses dans l’orangerie.
L’oranger a besoin d’un demi-rencaissement tous les six ou sept ans, et d’ètre rapproché tous les huit ou dix ans, lorsque sa téte a un grand développement.
La taille et l'’ébourgeonnement se font après la fleuraison, c'est-à-dire, vers la
È D) E a) I; CON , . . sà fin d’aoùt; par la première opération on supprime entièrement, en les coupant,
les pousses maigres et mal placées; et par la seconde, on pince à la longueur requise les pousses de l’année qu'il convient de ménager pour obtenir des fleurs et donner à l’arbre la forme qu'on veut qu'il ait.
Ces trois opérations exigent du gotit et une connaissance étendue du mode de vie de l’oranger pour les faire avec succès.
ARTICLE VI
De la Movuillure, de la Propreté et de la Rentrée des Orangers.
C'est dans la mouillure, surtout, que le jardinier doit montrer une grande intelligence : la température de l’atmosphère et la vigueur ou la santé de l’arbre sont deux choses è consulter. Un arbre malade n’a besoin que de très-pcu d'eau, et è moins qu’un oranger ne montre par l’enroulement de ses feuilles qu'il a soif, on ne doit jamais lui en donner quand l’atmosphére est è une basse temperature. Mais au temps de la fleur et dans les ardeurs de l’été, les orangers vigoureux ne craignent plus la movuillure : il est nécessaire alors de les arroser tous les deux jours, et de faire en sorte que la terre soit pénétrée dans toute son épaisseur une ou deux fois par semaine; ce qu'on reconnaît en voyant l’eau sortir par le dessous de la caisse.
On diminue successivement la mouillure è mesure que la fleur se passe et que la température s’abaisse.
Les pucerons, les gale-insectes, et par suite les fourmis, salissent et fatiguent beaucoup les orangers sur lesquels ils s’établissent. De tous les moyens proposés pour tuer ou chasser ces hòtes incommodes, aucun n'a encore aussi bien réussi qu'une infusion de rue lancée avec une pompe sur toutes les parties de l’arbre.
Il serait dangereux de laisser les orangers dehors après le 15 octobre; outre qu’alors on a les gelées à craindre, la fraîcheur des nuits les ferait jaunir; il faut donc les rentrer dans l’orangerie.
Quand toutes les caisses seront placces, on donnera une assez bonne mowillure pour raffermir les terres ct les racines ébranlées; on laissera les portes et les fenétres onvertes tant que les gelées ne seront pas è craindre, et on ne mouillera pendant tout Vhiver que les arbres qui, par l’enroulement de leurs feuilles, feront connaître qu'ils ont besoin d'un peu d’eau.
Cest ordinairement pendant l’hiver que les orangers perdent leurs feuilles de
229 HISTOIRE NATURELLE trois ou quatre ans; il est avantageux de secouer les arbres pour hàter la chute de ces feuilles qu'on doit enlever è mesure qu'elles tombent, pour qu'elles ne produisent pas d’humidité.
Au mois d’avril, quand la température s’adoucit, la sève des orangers commence è entrer en mouvement; alors on peut donner une mouillure générale et laisser l’air circuler librement dans l’orangerie jusqu'à ce qu'enfin la douceur du mois de mai et l’assurance qu'il ne viendra plus de fortes gelées, déterminent è
mettre les orangers dchors.
ARTICLE VII
De la Cueillette des Fleurs et des Fruits.
Ce n'est guère que pour la fleur qu'on cultive l’oranger sous le climat de Paris; les oranges bonnes à manger y atteignent rarement la perfection dont elles sont susceptibles. C'est pourquoi on préfère de cultiver les bigaradiers qui donnent de belles et grandes fleurs. Les fleuristes de Paris ont un art merveilleux pour faire fleurir les orangers précisément è l’époque qu’ils le désirent; il y a mème quelques arbres qui fleurissent d’eux-mémes è contre saison; mais c'est en juin et juillet que la plupart des orangers fleurissent naturellement; alors on cueille chaque fleur l’une après l’autre en montant sur des échelles doubles pour obtenir celle des grands arbres : on la met dans des paniers; on la porte dans un endroit frais où on l’étend sur un drap; elle peut rester là pendant vingi-quatre heures sans s’altérer; mais nn plus long temps lui ferait perdre son parfum; il faut done se hàter de la mettre entre les mains des confiseurs et distillateurs qui savent en tirer parti.
Plus il fait chaud, plus la fleur s’épanouit vite, et plus il faut de surveillance pour ne pas la laisser tomber par terre.
Quant è la cueillette du fruit à Paris, elle n'est de nulle importance, parce qu'on en obtient si peu, que ce n'est pas la peine d’en parler.