CHAPITRE XIV
Culture et Multiplication des Orangers en pleine terre dans le midi de la France.
L n’est pas étonnant que lindustrie humaine soit parvenue à propager l’oranger avec tant de profusion, mème au-delà des régions où il cesse de eroitre, puisque cet arbre a été de tous les temps, et avec raison, regardé comme le plus beau, le plus agréable et le plus utile de tous ceux de notre continent.
Les méthodes mises en usage pour le multiplier sont le semis, les boutures et les marcottes; elles réussissent toutes les trois également bien, et n’exigent ni trop de soin ni trop de peine,
Sur les bords septentrionaux de la Mediterranée, le long des Alpes Maritimes et des Apennins Liguriens, on se procure des beaux plants par le moyen du semis. Un des procédés que l'on suit, et le plus général, consiste è faire choix des beaux fruits mùrs qu'on met en tas dans un coin exposés au soleil pour les laisser fermenter pendant l'espace de huiît è dix jours; ensuite on les jette dans un réservoir d’eau; après quelques heures de macération, on sépare les graines en choisissant les plus belles et les mieux nourries : on doit toujours supprimer celles qui surnagent. Les graines ainsi choisies sont semées dans des pots, des caisses, toujours en pleine terre, dans un terrein uni, bien labouté, nouvellement fumé, et on le recouvre d’un peu de terre friable et sablonneuse qu'il faut humecter de temps en temps sil règne trop de sécheresse. Pour l’ordinaire, une température de dix è quinze degrés du thermomtire de Réaumur, et une atmosphére tant soit peu humide, suffisent pour faire germer les semences en moins de quinze jours.
Au-delà du quarante- quatrième degré de latitude septentrionale, le semis en terrine ou en caisse mérite la préférence, en ce qu'on a la facilité de les rentrer sil survient quelque vent froid inattendu qui exposerait les jeunes plants è ses
ravages; ils sont alors si sensibles, que le moindre vent glacial suffirait pour les
224 HISTOIRE NATURELLE détruire. ou désorganiser tellement le système tissulaire, quil leur serait impossible de végéter heureusement par la suite.
Les pépinicristes doivent porter un ceil attentif sur le choix des graines. Celles de l’oranger proprement dit, ne sont pas préférées, quoique les plants qui en proviennent jouissent de plusieurs avantages qu'on cherche en vain dans les autres de ses congénères. L’oranger sauvage se développe lentement, il est vrai, mais son pied est plus robuste et résiste micux è l’intensité du froid, Cet arbre parvient au degré de la fructification, charge considérablement toutes les années, et ses fruits ont l’avantage de mùrir vite, d’avoir une écorce mince, contiennent beauconp de suc d’un goùt très-sucré et mieux parfumé que dans toutes les autres varictés.
Un autre motif qui doit engager è semer les graines d’oranger, c'est que ces méèmes arbres sauvages, greffés ensuite avec quelconque des autres variétés de cette espece , se mettent assez prompiement en plein rapport, donnent de bonnes récoltes, et les fruits sont plus exquis que ceux greffés sur le bigaradier. L’oranger sauvage est l’arbre que l’on peut, avec le moins d’inconvénient, propager hors des limites où ces végétaux cessent d’étre cultivés en pleine terre : il est susceptible, comme un de nous l’a dit ailleurs, d’étre acclimaté par gradation à une température inférieure è celle du midi de la France.
En général, les graines du bigaradier sont préférées pour les grandes plantations, attendu qu'elles germent et se développent avec la plus grande facilité : celles du bigaradier franc ou sauvage doivent étre choisies de préférence, attendu que les arbres qui en proviennent sont plus forts, plus vigoureux et plus durables, mème quand ils ont été greffés avec les autres variétés.
Tanara conscille de faire les pépinières avec les graines du pompoléon et autres pompelmousses. Il assure que les plants qu'on obtient sont greffés avec plus de succès, et que les fruits deviennent aussi beaucoup plus gros.
Dans le midi de l'Europe on multiplie rarement le cédratier par le moyen des semences : quelques jardiniers m’ont assuré que les arbres obtenus par ce moyen chargent beaucoup, sont moins sujets aux maladies provenant du changement de température, et qu'ils vivent beaucoup plus long-iemps. Dans un fragment du comique Antifano, rapporté par Athénée, on trouve qu’un roi de Perse envoya des semences du cédratier aux Athéniens, pour pouvoir propager cette belle espèce.
Quelques cultivateurs se louent également de la méthode de maltiplier le
limonier par semences, malgré le désavantage qu'ils éprouvent par leurs épines dans la cueillette des fruits.
Tl ne nous paraît pas inutile d’indiquer ici aux citriographes qui désirent semer chez eux des graines d’oranger, ce qu'ils doivent exiger des personnes auxquelles ils adresseront leur demande. Si la distance n’est pas considérable, on doit demander des fruits bien nourris, mùrs, pesans, provenant des arbres sauvages; si au contraire on est trop éloigné, on doit faire la demande des graines choisies bien saines, convenablement séchées, mises dans un flacon bien bouché, pour les garantir de toute espèce d’altération et d’humidité. La saison la plus propice au semis des différentes espèces d’oranger, est le printemps.
La multiplication par boutures est aussi beaucoup employée pour se procurer les plants d’orangers; il y a mème des espèces, telles que le poncire, le cédratier, et qu’on ne multiplie que par cette méthode pour les avoir en quantité d'une manière prompte et avantageuse. Pour faire ces plantations, on choisit une portion de bonne terre, bien fumée, labourée profondément; on ouvre autant de sillons qu'il est nécessaire pour y placer la quantité des boutures que l’on veut planter; on les coupe en biseau de quatre décimètres de longueur pour ètre placées è la distance de deux è trois décimètres , bien profondément en terre pour mieux les garantir de la sécheresse et faciliter en mème temps la sortie d'un plus grand nombre de racines, en laissant seulement en dehors deux ou trois germes nécessaires au développement des branches.
C'est depuis le mois de décembre jusqu'à la fin de février, que dans plusieurs endroits on pratique ces pépinières, principalement pour les poncires et cédratiers. Il faut soigner pendant quelque temps ces boutures, les couvrir méme de paille, tant pour les garantir de l’ardeur du soleil que de la fraîcheur des nuits.
Quoique les éclats des racines et les petites branches soient propres à cet usage, on préfère avec raison les longs bourgeons nommés plumets que les orangers poussent en été, et qu'on doit nécessairement retrancher en automne , attendu qu’ils ne sont d’aucune utilité , attirent une quantité de sève, épuisent Y’arbre en pure perte, et sont le plus souvent brùlés par les premiers froids rigoureux. En les employant avec utilité è faire les pépinières, on perpétue les races avec facilité et éeonomie. Cette méthode de propager ces végétaux est non-seulement usitée en France , mais en Sicile, en Sardaigne et divers autres endroits de l’Europe méridionale, où la famille des orangers, cultivée en pleine terre, tient un des premiers rangs dans V'échelle des richesses territoriales de ces e:
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Le moyen de propager quelques espèces d'orangers par marcotte est quelquefois mis en usage par des jardiniers, mais les sujets poussent faiblement, et Pon n'obtient ordinairement que des plants chétifs, malingres, d’une constitution faible, qui exigent beaucoup de soin dans leur culture. L’immense quantité des plants de toute espèce qu'on se procure par semence et par boutures, ne permet pas, dans les pays où l’oranger est cultivé en grand, de recourir è un usage réservé aux serres et aux orangeries : néanmoins on l’emploie quelquefois pour avoir des variétés rares et précieuses qu’on ne peut obtenir que par ce moyen. Ce procédé est aussi très-utile pour retirer des vieux arbres les beaux rejetons qu'ils poussent quelquefois dans leur caducité, Ces motifs sont suffisans pour ne pas exclure l’usage des marcottes dans la culture des orangers.
Quelques pépiniéristes, pour augmenter le nombre des plants par le moyen des marcottes, disposent des sujets propres è cette operation. Pour y parvenir, on greffe près du collet de la racine. La tige étant bien formée et l’arbre ayant acquis toute la force et vigueur nécessaires, on coupe le tronc à deux décimètres environ au-dessus de la greffe, et on laisse pousser les jets qui naissent autour : un ou deux ans après toutes ces jeunes pousses ayant assez de consistance, on fait une ligature è chacune d’elles, on leur forme un encaissement de deux décimètres en bonne terre d’oranger au-dessus du tronc qu'on a laissé. La ligature, en arrètant la sève descendante, forme un bourrelet d’où sortent les racines; et lorsque ce jet a pris, on le coupe entre deux terres, et aussi profondément que possible ; il est ensuite susceptible d’étre transplanté en pépinière.
De toutes les méthodes mises en usage pour multiplier les orangers, la plus singulière est celle dont le continuateur de Volcamerius fait mention ; il assure qu'en.1710 un jardinier d’Augsbourg mit en terre différentes feuilles d’orangers ; il les placa droites du còté du petiole dans des pots, en les enfongant dans une couche de chaleur telle que l’oranger l’exige, et fut fort étonné de voir, cinq mois après, que les feuilles avaient poussé des racines et une petite tige qui avait autant de solidité que celle d’un jeune oranger provenu des graines ; il ajoute que trois années après on greffa ce singulier plant, lequel porta des fruits è la sixiéme année. Plusicurs personnes dignes de foi assurent avoir obtenu le méme résultat, ce qui a engagé quelques auteurs è faire consigner dans leurs ouvrages les figures de ces feuilles munies de leur tige et racines. Nous ne pensons pas que cette pratique puisse jamais s'appliquer pour se procurer en grande abondance de
beaux plants.
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Nous avons dit qu'àè une température de dix à quinze degrés du thermomètre de Réaumur, les semences d’orangers mises en terre, toute chose égale d’ailleurs, germent et poussent assez bien, quoique avec lenteur ; il n’en est pas de méme des boutures et des marcottes; il faut un plus long espace de temps pour qu'elles senracinent, se développent, et acquièrent la consistance nécessaire pour étre transplantées dans une plus grande pépinière. Les soins qu’exigent ces jeunes plants, sont de les visiter souveni pour deétruire les insectes et limaces, les monder des mauvaises herbes, les biner légèrement è chaque saison, et les arroser souvent pendant les grandes chaleurs de l'éié.
ARTICLE PREMIER
” Terrains et Expositions.
Dans l'Europe méridionale , où l’oranger est cultivé en pleine terre, tous les terreins qui ne sont ni trop froids ni trop humides, ni trop légers ni trop compacts, sont propres au développement de ces végétaux : dans les endroits au contraire où l’art force la nature , on se croit obligé de préparer un terreau composé moitié terre franche, un sixiéme fumier de cheval, autant de celui de mouton et de vache, et un vingtiéme de colombine; on remue ce mélange è plusieurs reprises pour s'en servir à la seconde année (1), ou bien on méle è une terre franche composée d’un tiers d’argile, autant de sable et d’humus, une quantità égale de fumier de vache à moitié consommé; l'année suivante on remue deux fois le mélange; l'année d’après on ajoute environ moitié du fumier de cheval, et l'hiver suivant on y méle un douzième de crottin de mouton , un vingtième de colombine et le double de poudrette ; l'on remue de nouveau à deux reprises, et dans l’automne on peut employer le mélange (2). Toutes ces compositions sont plus ou moins variées par les personnes qui les emploient ; chacun ajoute ou diminue les proportions de ces ingrédiens et fait un secret de
sa recette. Nous croyons que toutes les fois qu'on fera un mélange de terre
franche avec des engrais des végétaux et animaux à de justes proporilons, on
parviendra % former une très-bonne terre è oranger qui pourra etre employée avec
(1) Bon Jardinier.
(2) Nouveau Cours complet d’agriculture.
es serres. Dans la culture en grand, tous les terreins, quoique cest ce qui a fait dire è Ferrari:
succès dans l médiocres, paraissent convenir à ces arbres; Parvum terra multum situs , totum ferax acris temperies.
Toutes les recherches que nous avons pu faire dans tous les endroits où les plantations d’oranger sont propagées en abondance et tiennent le premier rang dans la culture; nous ont-donné lieu de croire que l’oranger proprement dit, le bigaradier et le pompelmouse , prospèrent avec plus de succès dans un terrein plutòt argileux et compacte, tandis que le limetier, le cédratier et le limonier se développent avec plus de force dans un terrein friable et sablonneux.
Il paraît que jusqu'au quarante-troisième degré de latitude, toutes les expositions tant soit peu abritées des courans des vents du nord, sont également favorables è ces plantes.; celle des pépinières doit cependant ètre toujours choisie au midi.
Si le terrein et l’exposition n’ont que peu d’influence sur les orangers , il n’en est pas de méme de l’élévation au-dessus du niveau de la mer et de la température atmosphérique. En général, il parait qu'on ne peut étendre cette branche de culture dans l’'intérieur des terres au-delà de huit myriamètres ; elle cesse également d’ètre productive è quatre cents métres environ au-dessus du niveau de la mer. On croit assez généralement qu’une température de quatorze à dixhuit degrés du thermomètre de Réaumur est nécessaire è la végétation de toutes les espèces et variétés d'orangers cultivées en Europe. De nombreuses observations nous ont assuré qu’une moindre température suffit pour le développement de ces arbres : on ne peut point cependant établir è cet égard une règle fixe et applicable à toutes les espèces en général, puisque chacune d’elles exige un degré de température analogue è son tempérament. Le cédratier et le limonier sont, de tous les arbres de la famille des Hespérides, ceux qui exigent un plus haut degré de calorique ; le limetier et le pompelmouse peuvent prospérer à une moindre température, qui doit cependant surpasser celle nécessaire è la végetation du
bigaradier et de l’oranger proprement dit.
ARTIGLE II.
Semis et Transplantation.
Nous avons vu qu'on obtient de trois maniéres les plants d’orangers, et que
leur développement s'opère d’abord avec lenteur; mais un an après ils ont assez
de consistance pour pouvoir étre transplantés dans une plus grande pépiniére; il est nécessaire alors de séparer les arbres à la distance de deux décimétres les uns des autres; ce n'est qu’après l'année révolue que les petits plants doivent ètre coupés en enlevant les épines, feuilles, petits rameaux inférieurs, pour que le pied puisse s’élever droit, lisse, égal, sans aucun neud, pour pouvoir ètre greflé dans son temps avec succès.
Ce n'est que la troisibme ou quatrième année après leur germination , que les orangers étant bien développés , ont pris assez de force pour étre transplantés, soit dans une pépinière plus spacieuse , soit à demeure; c'est au printemps qu'on fait cette opération. A cet effet, on choisit les plants les plus beaux et les plus robustes, qu'on arrache avec leur motte pour ne pas découvrir les racines; on les plante, si c'est en pépinière, à la distance de quatre décimètres les uns des autres, pour que chaque individu puisse s’étendre, et que l’on ne soit pas obligé de couper les racines quand on les arrache, pour ètre transplanté de nouveau. Si c'est à demeure, on leur donne la distance de deux métres si l’on veut former des espaliers; celle de trois mètres pour avoir des conîre-espaliers; enfin è une distance de six metres pour avoir des arbres à plein vent. En opérant cette transplantation, on doit étre attentif de couper toutes les branches qui ne croissent pas dans une direction perpendiculaire; un an après, ou à la cinquième année, à compter de l’époque où ils ont été semés, on les greffe.
Dans les pays septentrionaux où l’on regoit les pieds d’orangers des pépinières du midi de l'Europe, on doit choisir les arbres, et préférer toujours ceux qui ont un double écusson pour avoir plus vite une téte régulière. Il faut que les tiges soient droites, unies, les branches fraiches, l’écorce vive; si la feuille plie, l’arbre est épuisé ; si elle casse, Il est encore dans toute sa vigueur : il est nécessaire de faire tremper ces plants jusqu'è mi-tige pendant deux ou trois jours dans une eau saturée de crotin de mouton et de colombine ; l'on nettoyera ensuite bien les racines en coupant les plus meurtries , et après avoir retranché le chevelu sec, on les plantera dans une bonne terre bien fumée , dont les pots ou caisses soient capables de contenir plus que toutes les racines.
L’époque la plus favorable pour les plantations est le mois de février et de mars; les orangers entrent alors en sève, et commencent une nouvelle végétation, surtout dans les bons terreins; cependant dans les endroits secs et graveleux, on doit choisir de préférence l’automne.
Nous avons dit ci-dessus que dans les jardins d'Europe on plante les orangers
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en espalier, en contre-espalier et à plein vent. La plantation en espalier est pour avoir des murs verdoyans è l’entour des jardins, ou pour pratiquer de grandes allées. La distance que nous avons fixée pour chacun de ces arbres n'est pas exactement suivie; on en voit beaucoup qui sont plus rapprochés, et dans ce cas les arbres se nuisent mutuellement, et ne viennent jamais à une belle hauteur. On trouve également nombre de jardins où les arbres sont trop écartés ;*ils paraissent alors isolés, et les allées n’ont point cette régularité qui en fait l’ornement. Si au contraire on les espace convenablement, on voit alors l’espalier devenir vigoureux, les arbres se rapprochent comme par enchantement les uns des autres, les branches se joignent avec régularité, et forment un ensemble des plus agréables qui ne parait qu'un méme tout.
Une méthode que nous avons mise en usage nous-mémes, c'est de planter entre deux orangers ou bigaradiers, à la distance de deux mètres et demi, un chinois; par ce moyen, on parvient à masquer le vide entre les deux orangers, et former ainsi une masse imposante de verdure.
On appelle contre-espalier une ligne d’arbres que l’on plante derrière ceux qui forment l’espalier, à la distance de trois métres environ : cette plantation doit ètre faite en quinconce, de facon que chacun des arbres dont il est question figure au milieu des deux arbres d’espaliers.
La distance qu'on donne en général aux orangers à plein vent plantés à demeure, soit qu'il ait été greffé avant ou après sa transplantation, n’est pas la méme pour toutes les espèces : le bigaradier et l’oranger proprement dits, demandent plus d’espace que le limonier et le cédratier, lesquels croissent avec beaucoup d’éclat, méme quand on les place sous les oliviers ou tout autres arbres de haute futaie.
Plusieurs pépiniéristes conseillent de planter les arbres à demeure avant qu'ils soient greffés; ils sont persuadés par l’expérience que dans cet état de silvestricité les sujets prennent avec la plus grande facilité, craignent dans la suite moins le froid, deviennent plus robustes que quand on les transplante tout greffés. Dans ce dernier cas, il est rare qu'il ne soit nécessaire de remplacer quelques pieds ou que la greffe ne périsse par la transplantation , et l’on retarde ainsi la jouissance. Nous ne regarderons par conséquent les arbres greffés que comme propres à remplacer dans un jardin tout formé ceux péri par vieillesse ou par accident; mais lorsqu’un terrein est entièrement libre , il est préférable de faire planter les sujets à demeure , et les greffer un ou deux ans après, lorsqu’un chapeau vert et
vigoureux annonce toute la force du jeune arbre; de cette manière on a le plaisir
DES ORANGERS. ati
de voir en peu d’années des arbres faits à-peu-près semblables, et le propriétaire jouit en méme-temps de la satisfaction de faire greffer lui-méme les espèces et variétés les plus belles qui produisent les plus beaux fruits et donnent les récoltes les plus abondantes.
Les amateurs d’orangers font quelquefois planter en buisson ou en bosquet les mella-rose, les pompelmouses et les bergamottes; on y admet aussi parfois diverses variétés de bigaradiers , les chinois et les orangers à feuilles panachées et crépues : placés par intervalle, les uns arrondis en hémisphère , les autres projetant leurs branches de tous les còtés en mille manières; en donnant è chacun une coupe proportionnée à leur port, on parvient à former de beaux contrastes et è rompre la monotonie des jardins.
En général, dans le midi de la France, le terme moyen des orangers est au-delà d’un siècle ; la possibilité de les transplanter, mème dans un dge très-avancé, est un phénomène vraiment digne d’ètre remarqué , puisqu'il est de fait que, méme à leur cinquantièéme année , on peut les déplacer avec succès. Dans ce cas, on doit enlever l’arbre avec une grosse motte après avoir déraciné la racine maitre , pour que les autres puissent s'étendre avec plus de force ; on le place dans un creux qu'on a eu soin de préparer d’avance , et qui doit étre d'une grande dimension, pour que les racines puissent trouver tout autour un terrein fraichement labouré; on met une quantité convenable de fumier au fond de ce creux, que l'on recouvre avec une terre qui ait été exposce au soleil; on jette ensuite une autre couche de famier et la quantité suffisante de terre : l’arbre ainsi transplanté, doit étre coupé sur les premières branches, en y laissant un nombre de tètes proportionnel è sa grosseur. Il faut avoir soin de couvrir les plaies avec de la cire d’Espagne grossière; Pon verra bientòt paraître de nouveaux rejetons qui, en peu de temps, donneront à l’arbre uue nouvelle existence.
La profondeur è laquelle on doit planter les orangers est de cinq décimétres dans les terreins gras et compactes; on les place un peu plus profondément dans
ceux qui sont arides et sablonneux.
ARTICLE III
Multiplication par Greffes, Boutures et Marcottes.
La greffe est le moyen qu'on emploie communément pour se procurer toutes les espèces et variétés d’orangers, soit pour avoir celles qui portent le plus de
fleurs et de fruits, soit pour accélérer le produit des arbres.
renne
L’oranger est parmi le nombre d’arbres fruitiers acclimatés en Europe, celui qui est le plus susceptible de recevoir toute sorte de greffes; celle è écusson è ceil poussant , è ceil dormant, è la génoise, à mélange, par rapproche, en fente et en rapport, peuvent également lui étre appliquée avec succès.
La greffe è écusson est la plus usitde ; elle a lieu lorsque la sève ascendante du printemps jouit de toute son activité. Les mois d’avril, de mai et de juin sont généralement adoptés dans le midi de l'Europe pour cette opération. A cet effet, on vérifie les arbres sur lesquels on veut prendre les écussons; on choisit les rameaux les plus sains , les plus vigoureux en bourgeons de l’année précédente, qu'on préfère de couper au commencement de la nouvelle lune, après lui avoir enlevé les feuilles, en'y laissant un cinquièéme environ du pétiole ; on a le soin de lui conserver la fraicheur jusqu'au moment où l’on en fait usage.
Le sujet sur lequel on doit placer la greffe étant en sève, on choisit l’endroit le plus lisse et le plus uni de la tige ; on y fait une incision longitudinale, une autre transversale,, de manière è former un L renversé : cette méthode est préférable à celle du T droit, en ce que la sève descendante ne se trouve pas arrètée par la première incision transversale; elle pénètre d’ailleurs plus facilement dans le bouton et dans l’écorce qui l’entoure. L’écusson, qu'on coupe ordinairement en còne, et qu'on doit prendre au milieu des rameaux pour qu'ils poussent plus rapidement, étant placé, on obtient le rapprochement des bords de l’écorce du sujet en les liant avec un fil de laine; aussitòt que l'on s'apergoit que la grefle a bien pris, on lache un peu le noeud de la ligature que l’on a faite pour fixer l’écusson, et l’on coupe le sujet sauvage è un décimétre et demi au-dessus de la greffe. Si un mois après la jeune pousse a pris assez d’accroissement, on coupe de nouveau le sauvageon è cinquante millimètres au-dessus de la greffe, et l’on a soin de détruire exactement tous les petits bourgeons qui poussent de tous les còtés de la tige, soit en dessus, soit en dessous de la greffe : sans cette précaution, toutes les pousses qui sortiraient de ces bourgeons absorberaient la sève, et celle de la greffe resterait languissante et finirait mème par sécher.
Quand on veut greffer è ceil dormant, celle è écusson en T droit est ordinairement préférée : c'est depuis le mois d’aoùt jusqu’en octobre qu'on peut, sans inconvénient, pratiquer de cette manièére. On doit faire attention de relàcher la ligature è mesure que la pousse greffée augmente; on l’enlève totalement è l’entrée du printemps, en mème temps que l’on coupe le chapeau du sujet à la méme
distance de l’écusson greffé, tel que nous l’avons dit ci-dessus.
Les jardiniers de Nice, et une grande partie de ceux de la còote Méditerranée boréale, appellent greffer è la génoise, une méthode assez particulière qui deur réussit fort bien. Elle consiste è placer l’écusson sans dessus dessous, c’est-à-dire, Peeil en bas, de manière que la nouvelle pousse, en se développant; est forcée de se tourner sur elle-mème pour prendre une direction verticale, et laisser ainsi contre le sujet de la pousse un espace que l’on croit nécessaire pour avoir des arbres d’un plus beai port, mieux arrondis et d’un aspect plus agréable.
Une quatriéme manière de greffer è écusson est pratiquée par plusieurs personnes. Quand on veut se procurer des arbres dont les fruits participent à-la-fois de diverses espèces ou variétés, sans appartenir proprement à aucune, ce procédé consiste è couper avec une lame très-mince en deux parties, par le milieu de l'oeil, deux écussons tirés de deux arbres différens que l’on désire amalgamer; on joint avec soin cet écusson composé comme è l’ordinaire. Cette opération exige beaucoup d’adresse et d’attention : elle réussit assez rarement; mais des pépiniéristes qui l'ont mise en pratique nous en ont assuré le succès.
Olivier de Serre décrit une maniére de greffer qu'il appelle è écusson carré. Cette méthode consiste è couper carrément l’écusson aussi large que possible ; on fend transversalement la partie supérieure en descendant de chaque còté : l'écorce séparée du bois est repliée dans le bas. De l’autre coté on fait un écusson aussi long et aussi large que l’écorce abaissée, et on l’applique sur cette partie. Alors on relève l'écorce, on la remonte sur l'écusson de manière è ne pas couvrir l’eeil, et on la fixe avec de la laine ou avec de l’argile, sans trop la comprimer. Alors dit ce célèbre agronome : « L'écusson est emplàtré de telle sorte, qu'il joigne » l'écorce de l’arbre de trois divers endroits s’entre-baisant parfaitement, les » gcorces du franc et du sauvage du dessus et des còtés, faisant Pécorce du » quatrième en bas, pour d’icelle la renversant en haut couvrir l’écusson jusqu'à » Peeillet, sans toutefois le presser, pour librement pousser sans empéchement. »
La greffe par approche est quelquefois employée pour quelques variétés d’oranger. Quand on met en usage cette greffe, il faut avoir soin, dit le Bon Jardinier, 1° De faire aux parties que l’on veut greffer des plaies bien nettes, d'une longueur proportionnée à leur grosseur, depuis l’épiderme jusqu'à l’aubier, souvent dans l’épaisseur du bois, et quelquefois jusque dans Pétui médullaire , suivant l’exigeance des cas; 2° Joindre ces plaies de manière que le point de réunion de l’écorce et de l’aubier coincident parfaitement; 3° Fixer ces parties
aux moyens des ligatures solides suivant leur grosseur, en leur donnant au besoin
des tuteurs; 4° Abriter ces plaies du contact de la lumière, de l’air et de l'eau, au smoyen d’une couche d'un mélange de bouse de vache, de glaise ou d’argile, ou d’une composition de poix, de résine, de suif et de cire, qu'on chauffe modérément au moment de l’appliquer; 5° Surveiller le grossissement des parties pour prévenir les nodesités et empécher que les branches ne soient coupées par les ligatures qu'on relàche au bescin; 6° Ne sevrer les greffes de leurs pieds naturels que lorsque la soudure ou l’union des parties est complétement effectuée.
Nous avons dit que la greffe en fente peut étre appliquée indistinctement sur toutes les espèces et variétés d’oranger. On ne doit cependant la mettre en pratique. que pour se procurer les petits orangers nains éphémères, de la hauteur «de trois è quatre décimètres, qui portent des fleurs et des fruits la méme année quiils ont été greffés. Le procédé que l’on suit consiste è choisir un sauvageon vigoureux «de la :grosseur à-peu-près d’une plume, que l'on met dans un vase préparé pour cet objet. Au mouvement de la sève, on le fume sans excès avec des substances animales; on prend sur l’arbre que l’on désire greffer une branche è fleurs età fruits de la méme grosseur, on la taille en coin et on l’inserre dans ame fente que l'on a pratiquée sur le sauvageon, de manière que les écorces de la greffe et du sujet coincident exactement; on serre fortement le sujet avec du fil de laine pour fixer la greffe, et.on la couvre d’argile ou toute autre composition. Si on opère au-delà du quarante-quatrième degré de latitude septentrionale, on place de suite le pot dans une couche de chaleur suffisante pour exciter la végétation la plus prompte. Si l’opération est bien faite, si la greffe et le sujet ont été bien choisis, la reprise ayant lieu, on jouit bientòt du plaisir de voir ce frèle arbuste chargé de fleurs et de fruits. Mais cette fécondité précoce est elleméme la cause de l’épuisement total de l’arbre qui se dessèche et meurt quelque temps après.
La greffe en rapport et toutes les autres méthodes décrites par M. Thouin dans la description de PEcole d’Agriculture pratique du Museum d’Histoire Naturelle, ne sont jamais mises en usage dans le midi de l'Europe pour obtenir les diverses races d’orangers.
On place la greffe è écusson è différentes hauteurs sur les sujets, suivant les variétés que l’on greffe et la plantation è laquelle ils sont destinés. Celle des chinois est placé è un déciméètre au-dessus du collet de la racine ; celle de toutes les variétés du cédratier à deux décimètres environ; à trois pour l’oranger pro-
prement dit et les bigaradiers; è quatre pour les limetiers et limoniers qu'on
destine également è étre plantés en espalier. Les arbres qui doivent ètre mis en contre-espalier , on les greffe è six décimètres au moins d’élévation, et huit à dix pour tous ceux qu’on veut planter en plein air et en plein vent. Quelques cultivateurs attendent que les sujets aient développé plusieurs branches, pour greffer sur toutes à-la-fois; ils sont persuadés que les arbres ainsi greffés, principalement les limoniers, se chargent chaque année d’une plus grande quantité de fruits. Tanara recommande de greffer les limoniers sur les cédratiers; il assure que de cette manière on obtient en peu de temps de très-beaux arbres produisant de très-gros fruits.
Le mouvement de la sève qui se manifeste par la naissance des jeunes feuilles, Yécorce de la tige qui se détache avec la plus grande facilité, sont ordinairement
les signes qui indiquent aux jardiniers orangistes le moment favorable pour greffer.
ARTICLE IV
De la Taille.
La taille des orangers est l’opération la plus salutaire lorsqu'elle est bien faite, ou la plus nuisible quand on la fait mal.
Tous les jardiniers savent que le but de la taille des orangers est de joindre l'utile è 'agréable, de disposer les branches de maniére que le fluide séveux se disperse également dans toutes les parties , afin qu'il s'établisse un juste équilibre entre le còté faible et le còté vigoureux, de ne laisser fournir des fleurs et des fruits qu'à de justes proportions ; enfin, de donner è l’arbre cette forme ronde, régulière et élégante qui charme la vue en déployant cette brillante végétation.
L’époque de la taille dépend non-seulement des diverses positions du terrein et de latitude , mais encore de l’opinion des cultivateurs.
Dans le midi de la France, c'est après la grande récolte, avant que la sève ne soit trop abondante, dans le mois de mars et d’avril, qu'on exécute les élaguemens des orangers proprement dit et des bigaradiers. On peut alors sans crainte débarrasser ces arbres des rameaux superflus, ce qui facilite le prolongement des bourgeons qui doivent fructifier l'année suivante. A. cet effet, on coupe principalement les pousses chétives et les rameaux stériles, tortueux et ceux du centre, quand il sen trouve plusieurs réunis sur le meme point d’une tige; on disperse également les branches pour garnir les vides; on ne manque pas de dégarnir l’intérieur de
larbre pour que l’air et la lumière puissent y circuler librement; on fait dispa-
raître les ergots, les chicois et toutes les tiges sèches qui choquent la vue, et toutes celles qui sont faibles, souffrantes, pour que les autres se renforcent et se noutrissent micux; l’on examine attenitivement les bourgeons inutiles qui portent coup è l’accroissement des autres, en ayant le soin de laisser augmenter le nombre de ceux qui sont fructifères, et l'on supprime s'l est nécessaire les racines trop superficielles, pour qu'elles ne puissent pas faire souffrir l’arbre de sécheresse pendant l’été, et mème quelques autres des inférieures quand la sève des racines est trop abondante, pour établir un juste milicu avec celle élaborée par les feuilles, pour porter l’arbre è croître et à devenir fécond.
Quelques jardiniers attendent le moment de la floraison pour élaguer les arbres; d’autres au contraire n’opèrent que quand les fruits sont parfaitement développés; Tune et lautre de ces époques, malgré les raisons qu'on peut avancer en leur faveur, présentent toutes les deux de grands inconvéniens, soit par rapport aux branches qui sont alors tendres et cassantes, soit parce qu'on blesse toujours les
bourgeons malgré toutes les précautions prises, soit qu'une quantité de fleurs et
«de fruits tombent par la seule secousse. D’ailleurs, les coupes è chacune de ces È 9
époques sont d’autant plus dangereuses, que l’arbre étant en pleine sève, il subit une extravasion des fluides; et les chaleurs, en desséchant avec trop de force, rendent ensuite les cicatrices très-difficiles à se couvrir.
Les jardiniers instruits savent fort bien qu'il ne faut élaguer l’oranger ni avant ni après la pluie : les uns cependant préférent les journées claires et pures, les autres un ciel parsemé de nùages avec un demi-soleil. Dans les grandes plantations en pleine terre, on n’élague que chaque deux et méme trois ans. M. le professeur Desfontaines dit que sur les còtes de Barbarie, où on laisse croître l’oranger dans son état sauvage, on ne taille jemais ces arbres; ils rapportent cependant toujours une quantité de fruits excellens. Cette habitude de ne point toucher aux orangers francs, est en usage dans plusieurs îles de la mer Meéditerranée, et méme dans divers endroits du midi de l'Europe.
On sait que les orangers exposés à un bon terrein, poussent chaque année une infinité de rameaux, dont ceux du sommet ont quelquefois jusqu'è un métre de long : pour porter ces arbres à croître avec régularité et è devenir bientòt féconds, on doit éclaircir tout ce qui empéche le développement des branches principales, on doit couper sans crainte jusque près du vieux bois les longues tiges; l’activité de la végétation réparera bientòt tout ce qu'on a supprimé, et les arbres seront bientòt formés et en rapport.
La taille des orangers varie suivant les espèces qu'on veut élaguer. On donne à l’oranger proprement dit , au bigaradier et aux pompelmouses disposés en plein vent, une figure globuleuse, hémisphérique ou ovoide, régulière, pleine, garnie extérieurement sans confusion, libre, aérée, vide dans son intérieur. On dispose les limoniers, limetiers et cédratiers en ovale alongé, bien espacés, quelquefois en cylindre, coupant leur sommet en une méme ligne plane, le plus souvent les laissant croltre avec irrégularité.
La taille des arbres en espalier est faconnée pour tous de manière qu'elle doit présenter toujours un mur de verdure. Cette taille n'est pas l'ouvrage d’une seule année : il en faut plusieurs avant d’avoir corrigé, mis è plomb, redressé toutes les parties, leur donnant à chacune l’essor nécessaire si elles poussent trop, les tenant courtes du cété faible pour quelles acquièrent cette régularité et symétrie qui donnent aux jardins un aspect si agréable.
Au commencement on dirige la taille des contre-espaliers comme ceux des espaliers; mais è mesure que les premiers deviennent vigoureux, on les laisse croìtre et dépasser les autres de deux à trois mètres.
C'est pendant l’été que les orangers poussent cette grande quantité de bourgeons. On a toujours le soin de ne conserver que cenx qui sont mieux nourris, mieux placés et propres à remplacer, s'il est nécessaire, les branches voisines; on les raccourcit alors de trois à quatre yeux en les faisant monter droit, et ces yeux font éclore d’autres bourgeons qui servent ensuite pour garnir Parbre. On supprime toujours cette quantité de petits bourgeons d’un vert jaunàtre et ces gourmandes éloignées des pousses chétives avec un fer tranchant et non avec l’ongle du pouce : on croit que de cette manitre elles ne jettent plus de l'année.
Dans les terres fortes et compactes on a l’attention de ne point dégarnir les arbres autant que dans les terreins légers et sablonneux où ces végétaux poussent avec plus de facilité et d’aisance. Les vieux pieds doivent étre également taillés avec moderation : l’on doit toujours proportionner la taille è la force de l’arbre,
et couvrir les coupures avec les ingrédiens connus.
ARTICLE. V
Des Labours.
Sous le beau ciel de l'Asie, où l’oranger est aussi ancien que la végétation, cet
arbre ne demande pas plus de soin et de labours que les ormeaux et les chénes
parmi nous; mais è mesure qu'on l’éloigne de son sol natal, il devient délicat, et il faut toute l’industrie de l'homme pour le porter à donner des fleurs et des fruits sur notre continent.
Dans le midi de l'Europe, où la culture artificielle de cet arbre tient un des premiers rangs, deux labours sont indispensables chaque année à son accroissement : le premier est celui du printemps dans les terreins sablonneux et graveleux; on lui donne ordinairement trois décimétres de profondeur, c'est-à-dire, on bèche jusqu’aux premières racines : dans les terreins calcaires et argileux quatre décimètres suffisent pour donner aux racines tout l’essor nécessaire è leur développement.
Les labours d’automne faits en partie pour faciliter également l'infiltration des eaux de l’équinoxe, sont un peu plus profonds : tous les deux ont pour but de diviser le terrein pour que l’arbre puisse s'étendre avec aisance; de mélanger les premiéres couches de terre avec celles du fond, pour donner lieu è des combinaisons fertiles; d’enlever toutes les plantes, principalement celles è racines tubéreuses, telles que l’arume arisarum, L. gladiolus communis, L. ficaria ranunculoide, etc. etc. , renverser et enfouir toutes les autres pour les convertir en fumier, de manière è les rendre utiles de nuisibles qu’elles étaient. Les arbustes plantés en pépinière doivent avoir également deux labours, mais bien légers, en les élaguant au printemps et en les ébourgeonnant en automne.
Les cultivateurs doivent faire attention après les labours de briser toutes les mottes et égaliser le terrein dans les lieux où l’on cultive les plantes potagères. Sous ces arbres on doit bécher d’année en année plus profondément, pour que les racines ne soient pas exposées à étre coupées, et puissent pénétrer avec plus
de facilité dans la terre.
ARTICLE VI
Des Engrais.
On sait que les engrais sont employés pour rendre è la terre épuisée de nouveaux principes de fécondité.
Sur les bords de la Méditerranée boréale où la culture des orangers couvre tous les petits espaces entre le pied des montagnes et la mer, sur ces terres privées pour la plupart des principaux élémens de végétation, l’oranger a besoin des
secours de l'homme pour se développer, pour croftre et améliorer ses produits.
Quatre objets doivent étre considérés dans les engrais : leur qualité, leur distribution, l’àge de l’arbre et la nature du sol.
Plusieurs qualités d’engrais sont mises en usage par les cultivateurs d'orangers; les uns préférent ceux qu'on obtient de la décomposition des substances végétales, les autres ceux fournis par la décomposition des substances animales; plusieurs les réunissent ensemble pour en améliorer la qualité.
On peut former un engrais végétal en faisant un mélange de fumier de cheval, d’àne, de mulet, de bouse de vache, de crottin de brebis, des balayures des rues, des marchés, etc. ; on amoncelle le tout ensemble pendant six mois ou un an avec de la terre végétale simple, quoique Tanara conseille de ne se servir que de celle dont on vient de cultiver les différentes plantes cucurbitacées, pour s'en servir ensuite; ou bien on prend des gazonnées extraites d’anciennes prairies qui ont été souvent inondées, et sur lesquelles les eaux ont déposé un limon qui a acquis par les débris annuels des végétaux et des animaux, principalement des mollusques, la souplesse nécessaire à la combinaison d’une bonne terre végétale; on y méle de la cendre de serment; on la met en tas à l’ardeur du soleil pendant une année, pour s'en servir dans la saison propice pour fumer les orangers. Tous ces engrais sont excellens soit pour les arbres cultivés en pleine terre et en plein rapport, soit pour ceux qui sont renfermés depuis quelque temps dans des caisses.
La plus grande partie des jardiniers préfèrent cependant les engrais qui influent davantage sur la végétation, tels que ceux qu'on obtient par la décomposition des substances animales. Les rognures des cornes, les débris des boucheries, les chiffons de laine, les déconpures de cordonniers, les résidus des vers à soie, la fiente de pigeon et autres gallinacés, les matières fécales, la poudrette, ctc., constituent l’engrais dont on se sert pour fournir è ces arbres une grande quantité de principes nutritifs.
Nous n’entrerons point ici dans les différentes combinaisons particulières que chaque cultivateur met en usage pour obtenir un bon résultat; il nous suffira de faire remarquer que ces substances, en fermentant, développent une chaleur plus ou moins forte, qui, jointe è leur décomposition et aux nouvelles combinaisons chimiques qui s'opèrent dans le sein de la terre, accélèrent infiniment la marche de la végétation.
Dans plusieurs cantons du midi de l'Europe, on fume en général les orangers, bigaradiers, etc. dans le mois de mars; è cet effet, on pratique autour de ces
v O ° inimétr z1r Ca irenlaire arbres, è la distance de trois à quatre décimètres environ, une fosse circulaire
de deux è trois décimètres de profondeur, dans laquelle on place les engrais nécessaires è la force et è la grandeur de l’arbre, qu'on distribue avec plus ou moins de modération, en le recouvrant de terre. Pour les limoniers et cédratiers, on préfère d’employer en septembre et octobre les engrais végétaux, et en février ceux des animaux, principalement celui provenant des déjections humaines. Une méthode que l’un de nous a fait pratiquer avec succès dans quelques jardins de Nice, consiste è répandre l’engrais sur toute l’aréole recouverte par les rameaux de l’arbre, en ayant soin de le faire enfonir d’année en année plus profondément, pour que les racines capillaires s'enfoncent toujours de plus en plus, et fussent foreées de s’éloigner de la surface du sol où elles tendent continuellement è sélever, Le résultat de cette pratique a été : 1° De procurer des labours plus profonds pour les plantes qu'on sème sous ces arbres; 2° De faire que les racines capillaires, étant plus profondes, ne soient pas endommagées par la bèche, et souffrent bien moins de la chaleur et de la sécheresse pendant l’été; 3° Enfin, de donner plus de force et d’énergie à ces arbres, qui donnent en très-peu de temps des récoltes suivies et abondantes.
Dans la distribution des engrais, on doit avoir égard à l’àge de l’arbre, è l’épuisement des terres, et à l’accélération de végétation qu'on veut produire. Pour les pépinières et les jardins nouvellement formés, les matières fécales sont préférées; pour les arbres en plein rapport, on emploie les engrais végétaux et animaux indistinctement; pour ceux qui ont cessé d’étaler tout leur luxe de végétation et s'avancent en age, on les fume avec les engrais les plus chauds et les plus fermentiscibles.
La nature du sol est toujours prise en considération par les bons cultivateurs; dans les terreins compacts on a soin de mettre des engrais qui atténuent, divisent toutes les parties du sol; dans les terreins sablonneux, ceux qui ont la propriété de donner de l’adhérence et de la liaison aux terres; enfin, dans ceux
qui sont trop humides, on y distribue des substances absorbantes.
ARTICLE XI
Des Ii rrigations.
Pour compléter le chapitre de la culture des orangers, il nous reste encore à
parler des arrosemens. Cette partie, l’une des plus essentielles è la végétation de
ces arbres, mérite d’étre considérée, non-seulement sous les rapports des qualités
DES ORANGERS. 2h des eaux et de leur température, mais encore sous celui de la nature du sol et de son exposition.
Il est prouvé par l’expérience que les eaux troubles des torrens sont pernicieuses è ces arbres lorsqu’on s'en sert pour leurs arrosemens; ils deviennent bientòt d’un jaune pàle, languissent et jettent à peine quelques faibles rameaux; leurs racines principales tombent peu è peu en putréfaction. Il n’en est pas de méme des eaux claires, limpides et d’une température moderée; elles sont si favorables è leur végétation, qu'ils acquièrent en très-peu de temps un développement considérable, et récompensent largement les cultivateurs par d’abondantes récoltes.
Les arrosemens doivent étre (ainsi que nous l’avons déjà dit) proportionnés è la nature du sol et à son exposition. Il est impossible cependant de donner à cet égard des règles déterminées, puisque le plus ou le moins d’eau nécessaire dépend d’une infinité de causes accidentelles, et d’après lesquelles l’agriculteur instruit doit se diriger. Nous nous bornerons done è des notions generales. En premier lieu, nous observerons que le trop d’humidité est toujours nuisible è cette espèce d’arbre; il suffira donc de les entretenir dans un dtat continuel de fraicheur, en l’arrosant par gradation, suivant les différens degrés de température et la qualité du terrein.
En général, dans les terreins légers et sablonneux, on doit arroser chaque six à huit jours, et dans ceux dont le fond est compact, de dix è quinze; le temps le plus propice pour l’arrosement, est entre le coucher et le lever du soleil, pendant l’été; le matin pendant Yautomne, et au milieu de la journée pendant l'hiver. Les orangers qu'on tient en caisse doivent ètre arrosés plus fréquemment, mais aux mémes époques de la journée.
Nous observerons également que trop de profusion dans les arrosemens, finirait par entrainer l'humus, et causerait un dérangement considérable dans Péconomie de cet arbre; cet excès d’humidité serait aussi nuisible qu’une sécheresse absolue; dans ce dernier cas, les arbres tombent dans une inaction totale, les scions flétrissent; les feuilles se fanent, jaunissent, se recoquillent; les fruits à peine développés tombent; ceux qui ont acquis quelque grosseur, se colorent en jaune avant le temps, ne croissent plus, et finissent par se détacher des rameaux.
Dans le midi de l'Europe, où les sources sont très-rares, on a suppléé à ce
défaut par des puits dans lesquels on place des pompes ou des machines pour
et aio
2/2 cille dans des réservoirs considérables, et qu'on distribue
élever l'eau qu'on recu par plusieurs canaux dans les jardins.
er pendant un certain temps, pour que les rayons du soleil ou la chaleur
Il faut avant de s’en servir la laisser
séjourn de l’atmosphère puissent en augmenter le degré de temperature.
Si dans les premiers jours de juin les chaleurs s'élèvent au-dessus de 20 degrés
du thermomètre de Réaumur, on commence les arrosemens que l’on continue
jusqu’en septembre , si l’atmosphère est constamment chaude et sèche : dans
les années où les orages et les pluies sont plus fréquens en été, on ne doit arroser
qu'à mesure que les arbres paraissent en avoir besoin; ce qu'on reconnait à
l’enroulement des feuilles.
Ta x x ° 0 r , 9 x ° 0 è
Tels sont è-peu-près les principes généraux d’après lesquels on doit se diriger dans l’arrosement des orangers. L’agriculteur en les appliquant avec discernement aux localités, et suivant les circonstances, obtiendra nécessairement d’utiles résultats. Il verra les arbres qu'il cultive prospérer et croître à vue d’eeil, et cette opération doit étre prise à la lettre; car pendant lété, dans les climats méridionaux, l’augmentation des jeunes rameaux qui a lieu d’un jour à l’autre,
est assez considérable pour qu’on puisse la remarquer. ARTICLE VIII.
Récolte des Feuilles $ Fleurs et Fruits.
Il est peu d’arbres dont on puisse tirer un si grand parti que de l’oranger; en lui tout est production; les feuilles, les fleurs, les fruits, sont autant d’objets que l’industrie sait mettre en rapport.
La première récolte est celle des feuilles; elle a lieu, depuis le commencement de la taille, dans le mois de mars jusqu'en septembre : celles du bigaradier sont particulièrement recherchées par les distillateurs.
Dans les régions méridionales, la récolte des fleurs des orangers proprement dits et des bigaradiers, est d’une toute autre considération que celle dont nous venons de parler; elle commence dans le mois de mai et se prolonge jusqu’en juin dans les années froides et pluvicuses, et mème il n'est pas rare de la voir se renouveler en automne; mais pour que ce cas puisse avoir lieu, il faut qu'une erande sécheresse ait régné pendant l’été; alors aux premiéres pluies d’automne
$ les arbres ci-dessus entrent de nouveau en végétation, et donnent cette seconde
floraison, qui cependant est de beaucoup inférieure à la première. Ce phénomène se manifeste également dans les arbres atteints d’une maladie incurable; ils fleurissent alors d'une manière encore plus considérable que les autres, mais ils périssent ensuite.
Pour recueillir les fleurs, on étend des draps sous l’aréole des arbres, et après le lever du soleil on les secoue avec force pour les faire tomber : l’on renouvelle cette opération chaque deux jours pendant tout le temps de la floraison. Il faut soigneusement éviter de secouer les arbres immédiatement après la pluie et avant l’évaporation totale de la rosée; si l'on négligeait cette précaution, l’arbre en recevrait un dommage considérable, les fleurs perdraient de leur arome et passeraient facilement è l’état de putréfaction. On sait que ces fleurs deviennent entre les mains des parfumeurs une des principales branches de leur industrie; ils en confectionnent l'eau dite de fleurs d’orange, dont le luxe et la médecine tirent également parti. Pour l’obtenir encore plus suave et plus délicate, on doit faire cucillir les fleurs au moment où elles sont prétes è sépanouir : elles contiennent alors une plus grande quantité d’arome.
En général, on ne fait aucun cas des fleurs de limoniers et cédratiers. Dans quelques villes cependant des bords de la Méditerrance on les cultive en les distillant pour en retirer une huile essentielle, comme nous le verrons dans le chapitre des Propriétés économiques.
La récolte des fruits de diverses espèces et variétés d’orangers a lieu à différentes époques de l'année : l'on commence à cueillir les cédrats, qu'on appelle de première fleur, en aoùt et septembre, et l’on continue jusqu'en janvier; les chinois, les pommes d'Adam et les mellaroses, se cueillent en septembre, ainsi que les bigaradiers, dont la cucillette se prolonge jusqu'en mars ; les bergamottes se ramassent en février; la récolte des orangers proprement dits se fait en trois fois; la première vers la fin d’octobre, quand les fruits commencent à prendre une teinte jaunàtre ; ils sont encore verts ; mais dans cet état, ils résistent aux longs trajets sans qu'ils se gAtent; la seconde se fait en décembre; ils sont alors è moitié de leur maturité, et on les envoie À d’assez grandes distances, sans qu'ils se corrompent; et la troisiéme au printemps, quand ils ont atteint leur maturité. La cueillette des limons et des différentes variétés de cette espèce a a lieu pendant tous les mois de l'année.
Pour faire ces cueillettes, des hommes adroits et expérimentés montent è
pied nu sur les arbres après que la rosce est dissipée, cucillent les fruits en
— sa
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cassant avec le pouce le pédoncule; l’habitude rend cette opération très-aisée; on a des paniers doublés en toile suspendus è une branche, où on les pose avec précaution, pour ne pas blesser les fruits; lorsque ces paniers sont pleins, on les place avec la main dans un coin du jardin où l’on a étendu un peu de paille; des femmes alors coupent avec une serpette le pédoncule au-dessous du calice, et on les transporte de cette manière avec de grandes corbeilles dans les magasins où ils sont déposés avec les mèmes précautions pour en remplir des caisses, si on ne les expédie pas en masse sur des bàtimens. Les bigarades craignent moins que les oranges : on peut les apporter sur des charriots ou è dos de mullet jusqu'aux endroits destinés pour leur expédition. Les limons, les cédrats et les bergamottes doivent ètre cueillis avec les mèmes soins et précautions que les oranges.
La nature du terrein paraît influer autant que l’exposition du sol sur la maturité des fruits. On remarque ordinairement qu'elle est plus précoce dans les terres légères et graveleuses, que dans les terreins frais, garantis en partie des rayons solaires; aussi est-il bien certain que les fruits d’oranger sont déjà murs sur les collines, lorsque ceux des plaines sont encore verts.
Les orangers proprement dits, les bigaradiers, les mellaroses, les limetiers, les pompelmouses, et tous ceux è fleurs blanches, ont premièrement leurs fruits d’un vert foncé; cette couleur s'éclaircit toujours davantage à mesure que le fruit grossit; elle ne disparait totalement qu'à l’approche de leur maturité ; ils prennent alors une teinte d’un rouge orange plus ou moins foncé, ou d’un beau jaune doré. Les limoniers, les cédratiers, et tous ceux è corolle rose, violàtre ou rougeàtre en dehors, ont leurs fruits d’un beau rouge pourpre plus ou moins foncé en se développant, passent ensuite au verdàtre, deviennent jaune pàle ou chargé en couleur dans leur maturité. Ces diverses nuances proviennent sans doute de la dilatation successive des vaisseaux corticaux et de la nature des sucs qui y circulent.
Dans nos climats méridionaux, l’oranger fleurit en général et commence è porter des fruits è l’àge de cinq ans; l’écorce des fruits est alors épaisse et le suc très-aqueux : dans son plein rapport, l’oranger proprement dit donne de dix è trente kilogrammes de fleurs, et deux è cinq mille fruits de belle qualité. Les vieux pieds portent encore davantage; mais les fruits sont d’une moindre dimension; ils ont alors une écorce très-fine, et leur jus est d'un doux très-sucré. Les différentes variétés des bigaradiers donnent des fleurs dans une plus grande proportion que les orangers à fruit doux; la valeur en est double et méme triple : on calcule
qu'un arbre en rapport peut donner de vingt à soixante kilogrammes de fleurs, et de trois è quatre mille fruits. Les cédratiers et les pompelmouses portent chaque année de vingt è trente fruits; plusieurs pieds très-vigoureux en donnent le double : les mellaroses et les bergamotiers rapportent ordinairement, année commune, de deux è trois cents fruits : le limonier cependant est celui de toutes les espèces qui produit de plus; et un bel arbre dans son plein rapport donne jusqu'à huit mille fruits chaque année.
En général, les fruits de toutes les espèces et variétés d’oranger (la qualité de l’arbre è part) acquièrent d’autant plus de grosseur, que les arbres sont plus jeunes ou en portent moins; la raison en est simple; c'est que tous les sucs nutritifs se portent en abondance sur ces fruits qui deviennent en très-peu de temps d'un volume extraordinaire et mùrissent avant tous les autres.
Quelques auteurs ont prétendu que le bigaradier, l’oranger è suc doux, etc., ne fleurissent dans le midi de l'Europe qu’au printemps, et ne donnent des récoltes que chaque deux années. Il est de fait cependant que si annuellement on a le soin de recueillir tous les fruits de ces arbres avant la fin du mois de décembre, ils chargent de nouveau au printemps prochain et donnent un tiers au moins de leur bonne récolte.
Le terrein, la situation, la taille, les engrais, les labours, les irrigations, concourent également è la bonté, è la perfection et à la grosseur des fruits de
toutes les espèces et variétés d’oranger qui font partie de la famille des Hespérides.
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