‹ Histoire naturelle des orangersChapitre 42 sur 134 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Description des Bigaradters ou Orangers à fruit

acide et amer.

bia la réforme opérée en Botanique par Linné , les botanistes ont cessé de s'occuper d’une infinité de plantes et d’arbres ‘utiles ou agréables cultivés dans les jardins, parce que ce naturaliste célèbre prétendait que toutes ces plantes et tous ces arbres n’étaient que des variétés indignes de l’attention du plus petit botaniste. Avec un axiome de douze mots, Linné a renversé les autels de Vertumne et de Pomone; il a, d’une main sacrilèége , arraché les plus belles guirlandes de Flore, et foulé aux pieds les offrandes qui nous faisaient obtenir quelques faveurs de cette déesse.

D’apròs le système introduit en botanique par Linné, les botanistes ont donc néglieé la connaissance de nos arbres fruitiers; ils ont confondu , sous le nom de Citrus Aurantium, les oranges douces, avec les bigarades que Tournefort avait justement distinguées.

Cependant, soit l’effet du temps, soit l’effet d'une raison plus éclairée , on commence enfin è voir quelques botanistes se rapprocher de nos vergers et de nos parterres; on pourrait mème dire qu’ils savent déjà le nom des fruits qu’ils mangent tous les jours, et celui des fleurs qui ornent leurs fenètres; espérons que ce genre de connaissance qui était abandonné, se perfectionnera, et songeons que tout ce qui est extréme ou exagéré ne peut durer long-temps.

Sil est curieux d’étudier les mousses et les champignons de la Cochinchine ou du Monomotapa , il est utile, il est indispensable de ne pas négliger les arbres qui nous nourrissent. Cette petite digression nous ayant un peu éloignes de notre sujet , nous nous hàtons d’y revenir.

Le bigaradier s'élève généralement moins haut que l’oranger è fruit doux; son

feuillage est plus étoffé, et la lame qui accompagne le pétiole de ses feuilles est

: sa fleur est plus grande, plus odorante; on la préfère

ordinairement plus large dans les offices, pour en extraire les essences et pour les caux de senteur. Le fruit,

appelé bigarade, a le volume et la forme de l’orange douce; mais il s'en distingue en ce que son écorce est ordinairement plus raboteuse, quelle devient d'un

jaune plus rougeàtre dans la maturité, et en ce que sa pulpe contient un suc acide mélé d’amertume qui le rend moins propre que celui des limons è faire des boissons rafraichissantes, mais qui assaisonne très-agréablement les viandes et la chair des poissons.

Les différences que nous venons d'énumérer subissent cependant quelquefois des modifications, et deviennent assez difficiles è ètre saisies dans certaines varigtés : ces différences ne suffiraient donc pas toujours pour faire distinguer avec certitude un bigaradier d’un oranger è fruit doux, si on ne se rappelait pas que l’orange a les vésicules d’huile essentielle de son écorce convexes, et que la bigarade les a concaves. Cette dernière différence offre seule un caractère plus solide et moins équivoque que toutes les autres ensemble, et elle mérite toute l’attention des physiologistes par ses singuliers rapports avec la nature du suc que contient le centre du fruit.

Les fleuristes de Paris cultivent un assez grand nombre de bigaradiers ; mais les variétés les plus estimées, è cause de l’abondance, de la grosseur et du

parfum de leurs fleurs, sont le bigaradier è fruit cornu, ainsi que sa varicte à

feuilles panachées, et le bigaradier à fruit couronné.

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