‹ Histoire naturelle des papillonsChapitre 12 sur 32 · GENRE SPHINX · texte numérisé non relu

GENRE SPHINX

SPHINX TÊTE DE MORT [pl. H, fig. 1).

Ce papillon, l’un des plus singuliers, et qui porte des caractères uniques, vient de l’espèce la plus grande de nos chenilles {pl. 11, fig. 2).

Lorsque cette chenille a acquis toute sa grandeur naturelle, elle a quatre pouces et demi de longueur. Sa couleur est d’un jaune citron, pointillé de noir sur certains anneaux; on observe sur son dos comme des espèces de chevrons. Cette chenille a cela de singulier quelle porte une corne à l’extrémité postérieure, contournée en sens contraire de celle des autres; cette corne est rougeâtre et toute chargée de petits grains graveleux, qui imitent assez bien une rocaille.

On trouve cette chenille principalement sur le jasmin quoiqu’elle s’accommode aussi de feuilles de fèves de marais et de celles de choux; c’est dans le mois d’août qu’il faut la chercher. Vers ce temps, elle se creuse un trou dans la terre; c’est là quelle se change en chrysalide de laquelle, au mois de septembre, sortie papillon à tête de mort. Ce papillon est très-grand ; il a trois pouces de longueur de la tête à la queue ; les ailes étendues ont cinq pouces de vol ,; son corps est extrêmement gros et aplati ; ses antennes sont moins longues que le corselet et très-épaisses; elles sont noires d’un côté et blanches de l’autre: ses yeux sont gris, et la nuit, aussi brillants que l’œil du chat, ce qu’on explique en admettant qu’ils ont la propriété d’absorber de la lumière, ou fluide lumineux, et de la rendre ensuite dans l’obscurité.

Les ailes supérieures sont gris de fer, couvertes de points et d’ondes noires ; les ailes inférieures, traversées par deux bandes noires qui ont les mêmes contours que le bord extérieur, sont de couleur jaune feuille morte.

Ce jaune, divisé par quelques traits noirs, forme sur son corselet une figure qui n’imite pas mal une tête de mort, ce qui lui en a fait donner le nom ; à cette image funèbre peinte sur son corps, se joint encore une singularité unique dans ce papillon, le seul dans lequel on l’ait observé : il fait entendre un bruit fort aigu qui ap-

proche un peu du cri d’une souris, mais qui a quelque chose de plus plaintif et de plus lugubre.

Réaumur assure que ce bruit est occasionné par le frottement de la trompe, qui est courte et écailleuse, contre deux lames mobiles et très-dures entre lesquelles elle est logée.

D’autres naturalistes prétendent qu’il est produit par l’air, s’échappant avec force de dessous plusieurs petites écailles concaves placées entre les ailes et le corselet.

Quoi qu’il en soit, ce papillon donne de la trompette, et répand l’alarme dans les âmes superstitieuses, et pour peu qu’il se montre en'plus grand nombre dans quelques-unes de ces années malheureuses où régnent des épidémies, les gens du peuple, en France, en Angleterre, en Égypte, à la Caroline et même en Chine, car il est presque cosmopolite, ne manquent pas de le regarder comme un vrai messager de mort et de le poursuivre à outrance.

Ce sphinx est surtout commun dans les lieux où l’on cultive la pomme de terre, le chanvre, et dans les buissons de jasmin, parce que sa chenille se plaît sur ces plantes.

Quelques espèces portent des yeux peints sur les ailes.

SPHINX DU LAURIEB-ROSE {pl. H, fig. 3).

Ce papillon, qui est vert et rose, comme s’il tenait des

teintes du feuillage et de la fleur du bel arbuste qui nourrit sa chenille, se trouve dans le Piémont.

Plusieurs chenilles ont été trouvées, il y a quelques années, à la Glacière, près Paris.

Le corselet est d’un vert foncé avec un collier d’un gris lilas et une tache d’un gris verdâtre, mais plus clair sur les côtés. Le dessus de l’abdomen est vert ; les premier et troisième anneaux sont blancs. Le dessus des antennes est blanchâtre, le dessous, ferrugineux, la trompe, jaunâtre, les pattes, grises.

Les ailes présentent à l’origine du bord antérieur une tache blanchâtre, sur laquelle se trouve un gros point d’un vert olivâtre ; viennent au-dessous trois lignes blanchâtres; qui, à leur partie inférieure, se confondent avec une bande rosée.

Derrière cette bande est un espace violâtre, appuyé à son extrémité interne sur une ligne blanchâtre en zigzag.

Il existe vis-à-vis du sommet deux petites bandes blanches qui, en se rencontrant, forment un V.

Les secondes ailes sont noirâtres en dessus , ensuite verdâtres jusqu’au bord postérieur. Le bord interne est garni de poils grisâtres, et le bord postérieur est liséré de blanc.

Les quatre ailes sont verdâtres en dessous, avec une ligne blanche commençant au sommet des supérieures, et se terminant à l’angle anal des inférieures.

SPHINX DE LA VIGNE {pl. 16, fig. G).

Le dessus des premières ailes est d’un rouge pourpré, traversé de trois bandes vert olive clair, avec une tache blanche à la base. Le bord interne est garni de poils blancs.

Le dessus des secondes ailes est d’un rose foncé, avec la base noire et le bord terminal liséré de blanc.

Le dessous des quatre ailes est rose, et le milieu, jauna olivâtre.

Le corps est rose, avec deux bandes vert olive sur l’abdomen, et cinq de même couleur sur le corselet ; les côtés du ventre sontlongées d’une doublesérie de taches jaunes.

Les antennes sont blanches en dessus et brunes en dessous.

Il paraît en juin et septembre aux environs de Paris.

SPHINX PETIT POURCEAU {pl. 16, fig. 7).

Le dessus des premières ailes est d’un rose plus ou moins foncé avec trois bandes transversales, dont les deux antérieures d’un vert olivâtre, et la postérieure jaunâtre.

Le dessus des secondes ailes est noirâtre au bord d’en haut, jaunâtre au milieu, rose à l’extrémité et entrecoupé de blanc au bord terminal.

Le dessus des quatre ailes est rose et le milieu traversé d’une bande jaunâtre ; la base des ailes supérieures est teinte de noir.

Le corps est rose foncé, avec les côtés du ventre couverts par deux lignes de points d’un blanc jaunâtre.

Les antennes sont blanches en dessus et brunes ea dessous.

Ce papillon paraît aux environs de Paris en juin^ et août.

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