MANIÈRE DE FIXER SUR LE PAPIER LE DUVET DES AILES DES PAPILLONS
Cet ingénieux procédé a dû naturellement trouver placeici ; il ofîreaux amateurs de papillon le moyen d’avoir en portefeuille une collection portative et inaltérable.
Désire-t-on faire une collection en cahiers ou sur feuilles détachées propres à être encadrées ?
On commence par esquisser très-fidèlement à la mine de plomb le corps du papillon sur du fort vélin ou sur du papier de Hollande, qui sont des meilleurs pour cet usage ; si l’on a à sa disposition une presse, on fera bien de les satiner.
Après s’être bien rendu compte de la place que doivent occuper les ailes, afin de les poser convenablement sur le papier, on étend sur toute cette place avec un pinceau une eau de gomme arabique la plus blanche etla plus pure
b£S PAPILLONS.
possible, dans laquelle on a fait fondre un peu de sucre clarifié ; si cette préparation ne collait pas assez, il faudrait y mettre un peu plus de gomme ou y ajouter un peu de sucre candie.
Cette opération terminée, on détache tout près du corps, à l’aide de ciseaux et de petites pinces, dites brucelles, dont se servent les fleuristes, les ailes du papillon ; on couche avec précaution les ailes supérieures et inférieures , selon la position qu’on a voulu leur donner.
Si l’on ne veut obtenir que les écailles qui parent le dessus du papillon, il faut coller les ailes supérieures d’abord, puis les inférieures ; alors on recouvre le tout d’une feuille de papier fin, sur laquelle on en met deux à trois plus épaisses, puis l’on serre sous une presse ; faute d’une presse, on charge d’un poids de douze à quinze livres.
Cette charge doit rester en place dix à douze heures, temps nécessaire pour que les écailles s’attachent au papier.
Si l’on ne veut obtenir que les écailles qui parent le dessous, on colle d’abord les ailes inférieures, après, les supérieures, sur la partie du papier qui a été couverte d’eau gommée; puis on presse, comme il est dit plus haut.
Si l’on veut obtenir les écailles du dessus et du dessous, ou prépare une seconde feuille de papier semblable
à la première ; on l’applique avec beaucoup de soin sur le papillon qui, ainsi, se trouve entre deux feuilles enduites d’encollage.
La pression est donnée comme nous venons de le dire ; cette double et dernière opération est plus sujette à manquer que les autres et réclame plus d’habileté.
La pression donnée, on enlève avec la pointe d’une aiguille ou d’un canif l’aile qui est alors nue, et ne se compose plus que d’une gaze transparente et sans couleur; ensuite on la saisit délicatement avec la petite pince.
Si l’opération est bien faite, les écailles colorées des ailes restent fixées au papier et forment une peinture naturelle, qui offre le même éclat que le papillon vivant ; s’il s’y trouve quelques défauts, on les fait disparaître avec de la couleur fine, appliquée au petit pinceau.
Les papillons destinés à ce genre de préparation doivent être frais et sans défaut ; car la partie des ailes qui manquerait de poussière laisserait une tache blanche en laissant voir le papier.
Avec du goût, on pourrait raccorder, à l’aide d’un pinceau très-fin et de la couleur à la gouache, mais sans pouvoir jamais cependant atteindre le fini de la nature.
Il y a des praticiens qui n’opèrent que quinze à vingt jours après la mort du papillon, dans la crainte que la pression ne fasse répandre sur le papier la liqueur con-
tenue dans les membranes ; dans ce cas, on ramollit les sujets en les piquant sur de la filasse mouillée, dans un vase exactement fermé où on les laisse environ vingtquatre heures.
On doit toujours employer une pression régulière pour enlever la parure des ailes : mais il faut surtout éviter la méthode employée par quelques personnes, qui consiste à frotter avec l’ongle ou un polissoir; une telle opération a pour résultat d’écraser les écailles en les faisant évaser les unes sur les autres.
Si l’on réunit les insectes ainsi préparés en albums, on doit avoir soin de mettre un morceau de papier serpente entre chaque feuille, comme cela se pratique pour les beaux dessins.
Après ces diverses opérations, il ne reste plus que le corselet, le cou, la tête et les antennes à peindre, car ces cornes si déliées chez les uns, tournées en spirales chez les autres, droites ou panachées à leur extrémité, caractérisent l’individu et le placent dans la classe à laquelle il appartient.
La manière de peindre le corps est d’autant plus facile, que l’on n’aqu’à copier, ayantle cprps sous lesyeux; pour cela, on emploie la couleur à l’aquarelle, qu’on applique sur l’esquisse précédemment faite.
Une des difficultés, lorsque l’on veut peindre le dessous du corps, c’est de copier les pattes, qui, contractées par la mort, sont venues se grouper sous le ventre, et
deviennent par là difficiles à saisir ; on prévient cet inconvénient en les séparant avec des épingles.
Cette peinture à la gouache du corps du papillon ne sera qu’un jeu et un amusement pour la plupart de nos lecteurs et lectrices ; mais pour les personnes qui ne connaîtraient pas cette peinture ou qui ne voudraient pas s’en servir, nous croyons devoir indiquer deux autres moyens destinés à y suppléer.
1" MOYEN. — Vous ajoutez à de l’esprit de vin n” 1, une teinte de la couleur principale qui domine dans le papillon que vous voulez préparer; par exemple, si c’est le Coliade-Souci, dont le dos est noirâtre, vous délayez dans l’esprit de vin une pointe de terre d’ombre.
Vous'peignez de cette teinte toute la place que doit occuper sur votre épreuve, le corps de votre papillon, en ayant soin de ne pas toucher aux ailes.
Vous laissez sécher pendant quelques minutes.
Puis, à l’aide d’un autre petit pinceau que vous inclinez légèrement, vous prenez toute la poussière qui se trouve sur le corps de votre lépidoptère suffisamment ramolli, et vous l’appliquez sur le vernis teinté que vous venez d’étendre sur le corps de votre épreuve.
Vous obtenez ainsi en peu de temps une préparation complète.
Il faut avoir soin, pour appliquer la poussière dans ce cas, de se servir du pinceau comme si l’on avait dans les
mairrs, une plume à écrire et que Ton voulût faire des points sur le papier.
Cette méthode, qu’on peut employer pour les lépidoptères dont le corps ne possède qu’une seule couleur, serait pour ainsi dire impraticable avec des papillons à nuance variée.
C’est pour ce motif que nous allons décrire le deuxième moyen qui nous a souvent bien réussi.
2* MOYEN. —Lorsque les ailes du papillon sont enlevées et transposées, on en prend le corps entre le pouce et l’index de la fnain gauche ; puis, de la main droite, avec un instrument fin et tranchant tels qu’un scalpel, un canif ou même des ciseaux à broder, on coupe le corps horizontalement, de manière à ne prendre que le quart de la grosseur de ce lépidoptère.
Après avoir enduit d’une légère couche de gomme la partie qu’on vient de couper, on l’applique avec précaution sur l’épreuve à l’endroit qui lui est réservée entre les deux ailes.