‹ Histoire naturelle des poissons (volume 2)Chapitre 106 sur 157 · Rond., De pîsC' fluv,, p. 196, ch · texte numérisé non relu

Rond., De pîsC' fluv,, p. 196, ch

570 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

Allemagne eu l'appelant Spirinclius , il a imité ce que Rondelet avait fait tlu mot cperlan.

Willugliby ^ a donné une description assez exacte de ce poisson, qui lui était Ibit connu, à cause de son abondance dans les eaux de la Tamise.

Linné qui avait adopté, dans le Fciuna suecica le genre OsmeruSy a confondu Tespèce dans son genre Sahno, lorsqu'il rédigea la dixième édition du Sjstema naturœy mais en laissant subsister, comme une division, le nom (^iOsmerus , et en rangeant auprès l'un de l'autre l'Éperlan et le Saurus. Il n'y changea rien dans la douzième édition, qui l'ut copiée sous ce rapport dans la treizième. M. de Lacépède reprit le genre Osmère, en le composant des deux espèces d'Artedi, en y ajoutant trois autres saurus qu'il trouvait dans Linné, dans Bloch ou dans les peintures de Plumier, et en y plaçant aussi le Salmo falcatus de Blocb, qui est un Hydrocyon. Le genre primitif d'Artedi, déjà mal composé , fut donc gâté plutôt que corrigé , jusqu'à ce que M. Cuvier l'ait réduit dès la première édition du Règne animal à la seule espèce qui pouvait alors former un genre na-

turel; ce qui n'a pas empéclié MM. Nilsson et Faber d'associer dans un même genre TLperîan et le Salmo arcticus ou le Capelan. Depuis la publicalion du Règne animal, les naturalistes ont découvert d'autres espèces que nous allons successivement décrire.

Z/'Éperlan de la Seine.

{Osmeims eperlanus , Cuv.)

Cette espèce, qui abonde sur les marchés de Paris et de Rouen, et qui est surtout célèbre dans cette dernière ville, est un poisson qui remonte de la mer dans les rivières. On 'la trouve assez abondamment dans toute la mer du Nord ou à l'embouchure des fleuves qui viennent y verser leurs eaux. Je crois devoir la distinguer du petit Éperlan que j'ai observé dans les grands lacs de la Prusse. L'éperlan

a le dos et le ventre arrondis et les flancs un pea comprimés. La hauteur mesure un peu moins que le sixième de la longueur totale. La longueur de la tête est comprise quatre fois et trois quarts dans la longueur totale. Le dessus de la lête est large et arrondi. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure; ses branches sont larges et arquées, et elles contribuent à rendre l'extrémiié du museau grosse et obtuse. L'œil est de grandeur moyenne j son dia-

572 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

mètre est un peu plus court que le sixième de h longueur de la têtej il est éloigné du bout du museau de deux fois la longueur du diamètre; l'intervalle qui sépare les deux yeux est aussi long, le cercle de l'orbite n'entame pas la ligne du profil. Les deux ouvertures de la narine ne sont séparées l'une de l'autre que par la simple épaisseur de la membrane qui leur sert de cloison ; elles sont au milieu de la distance entre l'exirémité de la mâchoire supérieure et le bord de l'œil. Les deux intermaxiliaires sont courts, étroits; l'angle externe atteint un peu au delà du maxillaire, lequel se prolonge de chaque côté de la branche; son extrémité ne dépasse pas le bord postérieur de l'orbite. Ces deux os portent des dents crochues sur un seul rang, les dents maxillaires sont excessivement petites; le vomer est très-court, assez large; il a à son extrémité deux ou quatre grosses dents coniques, implantées tout près des inlermaxillaires. Comme le corps du vomer est très-court et que l'os est un peu mobile au-dessous de l'ethmoïde cartilagineux, on pourrait aisément prendre ces grosses dents, comme appartenant aux intermaxillaires. La plus grande partie de l'axe du palais est soutenue par les corps du sphénoïde qui est remarquablement allongé et dilaté dans ce poisson. La largeur du palais est encore accrue par la dilatation des ptérygoidens qui recouvrent une partie des palatins. Ces deux os sont cependant comme à l'ordinaire très-distincts; ils portent chacun une rangée de dents coniques beaucoup plus grosses que celles des mâchoires, mais plus petites que lesvomé-

riennes. Les dents palatines sont implantées sur le bord externe de l'os et les ptérygoïdiennes sur le bord interne. Les dents de la mâchoire inférieure sont plus grandes auprès de la commissure que vers la symphyse. On en voit manifestement deux rangées dont l'extérieure est formée de plus petites. La langue porte des dents sur plusieurs rangs dans toute sa longueur; les trois ou quatre qui sont à l'extrémité dépassent de beaucoup les autres. Les osselets sous-orbitaires sont petits, étroits et cependant un peu caverneux. Le préopercule a son angle arrondi, l'opercule est trapézoïde, le sousopercule en demiarc, l'inieropercule remonte assez liaut entre les deux premiers os nommés de l'appareil operculaire. Les ouïes sont très-largement fendues. Il n'y a pas de branchie supplémentaire au dedans de l'opercule. Les râtelures des branchies sont assez grandes. Il y a huit rayons à la membrane branchiostège. Les pectorales sont pointues, les ventrales insérées sous le commencement de la dorsale. Celle-ci est assez pointue. L'adipeuse est petite ; l'anale est trapézoïdale, h. caudale est fourchue.

B. 8; D. Il; A. 16; C. 25; V. 8; P. 11.

Les écailles sont d'une excessive minceur, caduques. On en compte environ soixante le long des côtés.

Ce poisson légèrement teinté de verdàtre sur le dos, brille du plus bel éclat d'argent poli. Il y a un peu de noirâtre à l'extrémité de la dorsale et au bord de la caudale. Le péritoine est non moins brillant que l'extérieur du corps au-dessous de la vessie na-

374 LIVRE XXII. SALMO^'OÏDES.

taloire, mais tout le repli qui tapisse les reins est noirâtre parla quantité de points pigmenlaires qui y sont serrés.

A l'ouverture de l'abdomen on voit le foie situé derrière le diaphragme et occupant un peu moins du quart de la longueur de la cavité abdominale. Le lobe gauche est beaucoup plus grand que le droit, qui n'est en quelque sorte qu'un petit appendice court et obtus de celui-ci. La couleur est d'un rouge très-pale. La vésicule du fiel est petite. L'estomac et les intestins sont recouverts par des épiploons graisseux, très-épais. La branche montante de l'estomac revient à gauche sous le foiej le pylore est étroit; j'ai compté six appendices cœcales courtes et obtuses. Les ovaires sont petits, la vessie natatoire est grande, à parois peu épaissps; elle communique avec l'œsophage par un canal court, ainsi que cela a lieu dans les saumons.

Le squelette de l'Éperlan ressemble à plusieurs égards à celui des saumons. Ainsi les frontaux sont * séparés sur le devant et laissent entre eux un petit trou oblong. Il y a sur les côtés du crâne deux grands trous mastoïdiens. Les surscapulaires sont grêles et arqués, et s'unissent aux scapulaires sous l'angle supérieur de l'opercule. Je compte soixante vertèbres à la colonne épinière, trente-cinq premières sont abdominales; elles portent des côtes grêles et nombreuses. Celles-ci ont au-dessus d'elles des arêtes transversales, grêles, courtes, qui s'attachent sur la base de l'apophyse épineuse de chaque vertèbre.

Nous avons des eperlans de dix pouces de

CHAP. IV. ÉPERLANS. 57o

long. Les individus de cette taille sont cependant rares; ordinairement ils ont six à sept pouces; on en vend aussi de plus petits. Outre les exemplaires que Ion péclie en si grande abondance à remboucliure de la Seine, nous en avons encore dans le Cabinet du Roi qui viennent de remboucliure de la Somme. Nous en possédons encore de grands individus qui ont été rapportés du Cap Nord par Noël de la Morinière. Ces exemplaires sont importants à étudier, parce qu'ils nous font connaître avec certitude l'espèce d'Artedi. Je rapporte encore à ce poisson les éperlans qui ont été envoyés de Pétersbourg à M. Cuvier par S. A. 1. la grande duchesse Hélène de Russie. Ceux-là auront le mérite de nous fixer sur le Salmo eperîanus de Pallas.

On pêclie féperlan en abondance dans la Seine vers son embouchure ; il remonte ce fleuve jusqu'aux environs de Rouen. On en prend quelquefois du côté de Pont-de-F Arche; mais la pèche la plus abondante se fait à Villequier, non-seulement pour le vendre, mais parce que les pécheurs regardent ce poisson comme l'un des meilleurs appâts pour la pêche de l'anguille. Après Fliomme, l'ennemi le plus redoutable de Féperlan, est l'aiguillât ou le chien de mer {squalus acanthias). Quand ce

576 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

squale s'établit à rembouchure de la rivière, il y cause de grands ravages. L'éperlan est aussi très- commun , non-seulement dans la Tamise, mais dans plusieurs autres rivières d'Angleterre. Ainsi, on le trouve dans le Mersey, et presque dans toutes les rivières d'Ecosse, îl remonte deux fois par an la Tamise, en mars et en août. Au printemps il s'élève volontiers jusqu'à Piichmond 5 à la seconde époque il ne dépasse guère Blackwall ou Greenvvich. Pendant l'hiver on pèche l'éperlan dans le Tay, où l'eau est moins salée qu'à Dundee. On les prend dans des guideaux, de la même manière qu'à Tembouchure de la Seine. Le flot les y pousse avec la marée, et on va retirer les éperlans du ûlet à chaque basse-mer. Les pécheurs d'Erskine, comté de Renfrew^, en prennent aussi dans le Clyde, et ceux d'Alloa dans le Forth. On trouve aussi dans le Dee, à Birth, où il est connu sous les deux noms, de Sterling et de Bouhreck. A Londres, et dans presque toute l'Angleterre on l'appelle Smelt. On pèche aussi l'éperlan en Livonie , dans le Sdnt-see, lac auquel le poisson a vraisemblablement donné son nom. On le prend aussi en abondance près de Bernau.

Je crois qu'il faut rapporter à l'espèce dont

nous nous occupons les figures de Rondelet et de Gesner; celles de Duhamel'; car la grosseur des dents de l'individu, n.° 2, ainsi que la forme de la dorsale , me fait croire que ce naturaliste n'a observé que des animaux de même espèce, mais de taille différente. Blocli avait désigné notre espèce sous le nom de Salmo Eperlaniis marinus, et il l'a figurée^ pi. 28, n.° 1.

On trouve dans le Faiina suecica^ que les pécheurs suédois distinguent l'espèce décrite dans cet article sous le nom de Slom.

L'Éperlan ne me paraît pas se porter plus au nord 5 car je ne le vois pas cité dans l'Histoire des poissons d'Islande, ni dans les Faunes du Groenland. M. Nilsson^ donne les deux espèces comme èimples variétés l'une de l'autre , malgré les distinctions qu'en font les pécheurs suédois. Il dit qu'on le trouve principalement dans la Suède centrale, mais jamais en Scanie. Notre Osmère est aussi décrit avec beaucoup de détail dans les Poissons du Morkô de M. Crepling; cet auteur ne croit pas non plus à la distinction de nos deux espèces. Mùller a aussi cité ce poisson dans le

Page 1