LIVRE XXI. CLUPEOIDES
espèces une vessie aérienne communiquant avec rextiëmitë cardiaque de l'œsophage par un canal pneumatique. Celle de l'anchois vulgaire m'a paru divisée par un faible étranglement.
Les caractères que je viens de signaler, et surtout la conformation de la mâchoire supérieure, montrent les affinités des anchois avec les autres dupées. Le plus grand nombre des espèces de ce genre a le ventre dentelé en scie comme nos clupéoïdes, mais il y a quelques espèces qui font exception à cette disposition générale; l'anchois commun, ainsi que plusieurs espèces étrangères n'ont aucune dentelure.
Ijorsque je préparais mon travail général sur les Clupées, j'ai été fort embarrassé de cette absence de dentelures à la carène du ventre. J'ai cherché si les espèces à ventre lisse ne m'offriraient pas un caractère qui les distinguerait de celles à carène dentelée. Quels que soient les efforts que j'aie faits à ce sujet, je nen ai trouvé aucun. Ce serait même rompre les affinités naturelles que de les éloigner les unes des autres en les séparant des Clupées. Nos anchois en ont aussi les habitudes. Ils vivent dans les profondeurs de l'Océan, s'approchent des rivages en rideaux d'une immense
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étendue à l'époque du fiai. Leur pèche devient très-profitable en quelques endroits, et donne lieu à des exportations considérables.
M. Guvier a essayé de séparer, sous le nom de Thrysses-, les espèces à maxillaire prolongé sur les côtés de la bouche. 11 est évident qu'un naturaliste qui examinera le Cliipea nijstax ou le Cl. setirostris , saisirait avec facilité ce caractère distinctif, mais la difficulté devient grande, je dis même impossible à surmonter, quand il faut essayer d'appliquer cette diagnose aux En^raulis Brownii, E. Mitcliilli et à quelques autres espèces voisines. En effet, les maxillaires se prolongent plus ou moins et successivement , de manière à ce qu'il soit impossible de fixer la limite des deux genres. D'ailleurs M. Guvier laissait parmi ses Thrysses le Clupea rnystus de Linné, dont M. de Lacépède avait déjà fait un genre sous la dénomination de Mjste, l'espèce ayant été appelée dans cette Ichthyologie le Myste clupéoïde. Si le genre Thrysse de M. Guvier eût dû être conservé, il aurait fallu lui rendre la dénomination que lui avait imposée M. de Lacépède. Mais on verra, dans la discussion que j'ai faite sur l'espèce de Linné, que le Clupea mystus est un assemblage de deu^' poissons différents. Ge genre Mystus de Lacépède a
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ëtë adopte par Buclianan , qui l'a singulièrement composé, car les espèces indiennes d'ancliois, à maxillaire prolongé, ont été classées par lui dans ce qu'il a appelé les Clupea, et il a cité comme Mystes un Mjstus ranicarati qui est un Coilia, et deux autres qui appartiennent au genre Notoptère. Les Clupea de Buchanan sont des anchois; les vraies Clupées ont été décrites dans son ouvrage, sous le nom de Clupanodon.
C'est ici le cas de faire remarquer que la nature a eu une tendance à prolonger en filaments plus ou moins longs certaines pièces des anchois. Nous venons de citer la prolongation quelquefois filiforme des maxillaires ; dans d'autres espèces c'est le premier rayon de la pectorale qui devient quelquefois aussi long que le corps. Je connais plusieurs espèces qui se ressemblent par ce caractère, et par un autre assez singulier et consistant dans la troncature du lobe supérieur de la caudale. J'ai examiné avec attention si la prolongation de ce rayon ne pouvait pas servir à caractériser ce petit groupe et à le séparer des anchois. Mais la première de nos espèces, \Engraulîs brei'ifilis montre que c'est par des nuances insensibles que l'on passe de \\Engraulis Telaj^a à plusieurs autres espèces qui
ont le premier rayon de la pectorale un peu prolongé. Les mêmes raisons qui me font considérer les Thrysses de M. Cuvier comme une simple division des anchois, me conduisent à ne pas séparer les espèces dont le premier rayon de la pectorale s'allonge en un long filament.
Nous avons discuté la synonymie ancienne des anchois dans nos généralités sur les Clupéoïdes. Nous avons fixé les noms diEncrasicholuSf di Engraulis et de Ljcostomus cités dans les ouvrages des anciens. Le second de ces noms a été adopté par M. Cuvier; nous l'appliquerons à cette longue série d'espèces que nous allons présenter en commençant par l'Anchois d'Europe.
Z/'Anghois vulgaire.
{Engraulis encrasicholus ; Clupea encras icho lus , Linné.)
L'Anchois, dont je vais présenter l'histoire, est aussi répandu dans la Méditerranée, le long des côtes occidentales de l'Espagne ou de la France , que dans l'Océan septentrional ou dans la Baltique. Partout il se présente sur les côtes en troupes nombreuses; il y fournit des pèches abondantes, et cependant on peut
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se permettre de dire que ce n'est pas à cause de cette abondance qu'il est connu de tout le monde. Il est recherché à cause de la saveur qu'il communique à nos divers aliments, quand le poisson a été salé. Mais le plus grand nomtre des personnes, qui aiment son bon goût, n'ont jamais vu un anchois entier, parce que l'on a l'habitude de le débiter dans le commerce après qu'on lui a ôté la tête, et enlevé avec elle le foie et les viscères digestifs qui y adhèrent. Lorsqu'on a vu préparer les anchois, on est étonné de la dextérité avec laquelle les femmes coupent, avec l'ongle du pouce, la tête de l'animal pour enlever les viscères. Il faut que cette habitude soit très-ancienne, car il est probable que le nom ^Encrasicliolus (qui a le fiel dans la tête) n'a été imposé au poisson que parce qu'on lui arrachait le foie avec la tête. Les préparations de lanchois sont aussi très-anciennes, puisque ce poisson entrait dans la fabrication de certains garums estimés chez les Grecs. Les différents naturalistes qui ont bien voulu aider notre travail par les nombreux envois qu'ils ont faits au Jardin du Roi, nous ont procuré des anchois entiers dont nous allons donner la description.
Lanchois a le corps extrêmement allongé et arrondi. La hauteur du tronc est comprise sept fois et demie dans la longueur totale : elle n'est que les deux tiers de la tête. Celle-ci est d'ailleurs remarquable par la grandeur de la fente de ses ouies; par la saillie de son museau et par l'énorme ouverture de la bouche. L'ampHtude que peut prendre cette ouverture devient même si considérable, lorsque l'on écarte toutes les pièces, que l'animal pourrait facilement engloutir, dans cette énorme gueule, un poisson plus gros que lui. L'œil est assez grand , car son diamètre mesure le quart de cette longue tête. Il y a un diamètre entre le bord antérieur de l'œil et le bout du museau. La peau ne fait pas de repli adipeux, constituant celte sorte de paupière si commune dans les clupéoïdes. Le dessus du crâne, entre les deux yeux, a la forme d'un losange très-allongé, dont l'arête longitudinale, élevée sur sa surface, ferait la plus grande diagonale. Au-devant de l'angle des frontaux et un peu au-dessus de l'œil, on voit ou l'on sent avec une pointe fine le très -petit os du nez, au-dessous duquel on peut voir les deux ouvertures de la narine tellement rapprochées l'une de l'autre, que pour les distinguer il faut bien faire attention à la très -petite cloison membraneuse qui les sépare. J'insiste sur ce point, parce qu'il existe autour de l'œil des ouvertures de grands canaux muqueux , dont il est possible de reconnaître la nature en les insufflant; on voit par ce moyen ces canaux s'étendre le long des mâchoires et sur toute la surface des joues. Le premier sous-orbitaire est
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une lame excessivement mince, très -allongée, qui se prolonge en arrière vers l'angle du préopercule qu'elle ne touche pas cependant. Les autres sousorbitaires sont excessivement minces et cachés sous la peau épaisse qui est derrière l'œil , et que l'on pourrait facilement prendre pour une paupière adipeuse. Ces osselets sont si minces que je n'ai pu les compter; je crois cependant qu'il n'y en a que quatre, ce qui ferait en tout cinq pièces pour le sous-orbitaire. J'ai dit tout à l'heure que la bouche était très-fendue; le maxillaire se porte, en effet, si loin, que la fente va jusqu'à plus des trois quarts de la longueur de la tète; l'os lui-même en fait les deux tiers. Ce sont les deux maxillaires qui bordent la mâchoire supérieure : ils portent sur leur bord interne un os accessoire très -petit, grêle et tellement uni à lui, que les deux os paraissent confondus. On trouve cachés, sous la saillie du museau, deux intermaxillaires excessivement courts et tellement unis aux maxillaires, qu'on ne peut, à cause de cette union et de l'extrême petitesse, reconnaître la présence de ces os que par la dissection. Des dents fines, comme des cils, existent jusqu'à l'extrémité de l'os. La mâchoire inférieure a la symphyse trèspointue; les deux branches sont très -rapprochées l'une de l'autre; les dents qu'elles portent sont implantées sur une petite bande étroite; celles du rang externe ont l'air d'être tout à fait extérieures. L'articulation répond à l'extrémité de la mâchoire supérieure. On conçoit, d'après celte disposition, la forme du préopercule dans ce poisson. Cet os est
articulé assez loin derrière l'œil, à une dislance égale à peu près au diamètre de l'orbite : il se porte alors obliquement en arrière et en bas; son angle est arrondi; son limbe est très- mince. Je vois derrière lui un très-long opercule, dont l'angle supérieur remonte assez haut sur la nuque pour que le bord soit au-dessus de celui de l'œil et plus haut que la tête de l'os qui l'articule avec ce mastoïdien. Cet opercule est très- étroit : il se porte, comme le préopercule, obHquement et vers le bas, de manière que son angle inférieur va presque toucher à la pectorale. Un très-petit sous-opercule est caché sous le bord inférieur de cet os; il faut faire attention de ne pas le confondre avec un rayon de la membrane branchiostège. L'interopercule est encore beaucoup plus petit. Cette forme de l'opercule est en rapport avec la grandeur de la fente de l'ouie, qui s'étend en avant le long des deux branches de la mâchoire jusque tout auprès de la symphyse. Il faut aussi indiquer avec soin qu'il n'existe pas de bord membraneux à l'opercule. La fente de l'ouïe est donc encore agrandie par suite de cette disposition. La membrane branchiostège elle-même est très -basse, parce que les rayons sont très- courts : je lui en compte treize. Si nous examinons maintenant l'intérieur de la bouche , nous trouvons une langue d'une telle brièveté , que c'est à peine si on peut donner ce nom au petit tubercule qui termine l'appareil hyoïdien. Les râlelures des branchies sont très-longues, dirigées en peigne vers le devant, et les quatre arceaux en sont chacun garnis. Le vomer,
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avancé jusque sous la saillie eihmoïdale, ne porte pas de dénis , mais les palatins et les ptérygoidiens , qui sont grêles et allongés presque autapt que les branches de la mâchoire supérieure, portent de très -fines scabrosités, dents rudimentaires plus faciles à reconnaître par le tact qu'à voir même avec la loupe. Je puis cependant assurer mes lecteurs que je les ai très- bien vues.
La ceinture humérale est un grand arc étroit composé, comme à l'ordinaire, de scapulaires et d'huméraux assez grêles. Ces derniers se réunissent promptement vers le bas, sans se porter en avant à beaucoup près , aussi loin que cela a lieu chez la plupart des poissons. Aussi voit-on une très-longue languette, argentée et brillante, étendue sous les branchies, entre l'angle de la symphyse humérale et la queue de l'os hyoïde. La pectorale est articulée, tout à fait au bas, près du profil inférieur. Cette nageoire est triangulaire, peu étroite : elle a dans son aisselle une très-longue écaille membraneuse, triangulaire et pointue , que l'on prendrait trèsfacilement pour un des rayons de la nageoire. Les ventrales sont petites et insérées un peu en avant de la dorsale, dont le premier rayon est implanté sur le milieu de la longueur du corps en n'y comprenant pas la caudale : elle est triangulaire. L'anale est de longueur médiocre et peu haute. La caudale est petite et fourchue.
Les écailles sont aussi minces que des membranes. Les stries d'accroissement sont si fines et
si rapprochées qu'on ne les volt bien qu'au microscope. On peut reconnaître encore les rayons de l'éventail de la portion radicale, mais ils ne sont pas aussi réguliers que dans beaucoup d'autres poissons. Il y a environ quarante -huit à cinquante rangées d'écalUes entre l'ouïe et la caudale. Sur chaque lobe de la caudale il y a une écaille oblongue, relevée en carène, comme nous en avons déjà observé sur la caudale des Chanos et des Albula. La couleur du poisson vivant est verdâlre sur le dos. Cette teinte tranche assez fortement avec l'argenté du ventre. Après la mort, le poisson devient promptement bleuâtre, et il paraît même quelquefois si foncé qu'il semble être noir.
J'ai pu examiner les viscères d'un anchois femelle ; voici ce qu'ils m'ont offert de remarquable : un œsophage assez long, assez gros, d'une couleur noire très-prononcée; un estomac cylindrique, obtus, avec une branche montante assez grosse; les parois de l'estomac et de la branche montante reprennent la couleur ordinaire à ces membranes. Le pylore est entouré de trente appendices cœcales assez longues; celles du rang externe, et que l'on aperçoit à l'ouverture de l'abdomen, sont noires comme l'intestin. Celui-ci descend à droite et en arrière des cœcums : arrivé au delà de l'estomac, il se replie, remonte jusque près de la branche montante; il se courbe de nouveau, et redescend ensuite jusqu'à l'anus sans augmenter sensiblement de diamètre. Le foie est petit, placé entre le diaphragme et la masse des appendices pyloriques : il embrasse
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entre ses lobes une vésicule du fiel, globuleuse, grosse comme un petit pois. La vessie aérienne est étroite et allongée, pointue aux deux extrémités; sans qu'on puisse dire qu'elle soit divisée en deux compartiments, elle' a cependant un étranglement très- notable un peu au delà de la naissance de l'estomac. C'est aussi au commencement de ce viscère et à sa face dorsale que s'insère l'extrémité antérieure du conduit pneumatique : il est gros et noueux chez ce poisson , et il va donner dans la seconde partie de la vessie aérienne. Le péritoine est argenté, pointillé de noirâtre. Les œufs sont d'une extrême petitesse.
Le crâne est petit, lisse, sans carènes sensibles. Je compte quarante-six vertèbres dont vingt et une sont abdominales.
L'anchois que l'on distribue dans le commerce est ordinairement long de cinq à six pouces, mais j'en ai reçu deux exemplaires longs de sept pouces. L'un d'eux a été péché à Cayeux, petit port des côtes de Picardie. Il est donc certain que des individus de ce poisson s'avancent jusque dans la Manche, Mais on le trouve plus abondamment sur les côtes plus méridionales de l'Océan. Nous en avons de nombreux exemplaires de La Rochelle et des côtes d'Espagne. Nous l'avons reçu aussi en abondance des différents points de la Méditerranée. Ainsi M. Perandot nous l'a rapporté de Corse; MM. Savigny et Laurillard de Nice; M. Bibron de Messine. Les naturalistes de l'expédition scientifique de TAlgérie l'ont trouvé à Bone, et M. Nordmann nous en a
donné des exemplaires pris à Odessa. L'espèce entre donc dans la mer Noire. J'ai examiné avec soin un nombre considérable de ces petits poissons, depuis des exemplaires longs de deux à trois pouces jusqu'à ceux de cinq à six. Il m'a été facile de me convaincre que les individus peuvent, par altération de la couleur du ventre ou du dos, perdre facilement le brillant argenté près de la carène abdominale, de manière à laisser une bandelette plus ou moins large et souvent peu limitée tout le long des flancs. Ce sont des individus ainsi altérés qui ont donné lieu à l'établissement de l'espèce du Melette. M. Cuvier dit , dans le Règne animal , que l'anchois qu'il désigne sous ce nom a le profil de la tête plus convexe que l'anchois ordinaire, mais ce caractère n'est pas aussi sensible que M. Cuvier l'a pensé. Il a été trompé par la description que Duhamel a faite de son Melet.
L'anchois, très-abondant clans la Méditerranée, a été très-bien connu par Belon * et Rondelet 2, qui ont laissé dans leurs ouvrages des figures reconnaissabies de ce poisson, et dont le premier de ces auteurs disait que c'étaient les meilleurs poissons salés. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que Salviani ne parle pas d'un poisson si abondant dans la Méditerranée. Il est inutile de citer Gessner