CHAPITRE XIIÏ
Des CoïLiA.
Nous avons remarqué en signalant les caractères généraux des espèces comprises clans les diverses subdivisions des Anchois, la tendance que la nature montre à prolonger quelquesunes des parties de l'animal en filaments plus ou moins longs. Elle semble avoir accru ces prolongements filiformes dans le genre des Coïlia.
Ce sont des poissons qui ont les caractères généraux de nos Anchois. Ils ont comme eux la gueule très-fendue, les ouïes très-ouvertes, le museau saillant et soutenu par l'ethmoïde; les maxillaires, libres sur les côtés de la bouche, dépassent la fente de l'opercule et atteignent même au delà de l'insertion de la pectorale chez quelques espèces. La dorsale est placée sur le devant du corps. Celui-ci est le plus souvent prolongé en une queue très -grêle, comprimée et s'atténuant en pointe jusqu'à l'extrémité. L'anale réunie à la caudale, longue et basse, ajoute encore à cette forme caractéristique, mais nous la voyons cependant se modifier dans une espèce où la queue raccourcie, et la caudale élargie et arrondie,
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reviennent aux formes ordinaires des autres poissons. Mais ce qui nous a paru devoir nécessiter cette coupe générique, c'est que la pectorale porte au-dessus d'elle deux groupes de filets partant d'une base commune, mais tout aussi distincts des rayans de la nageoire que le sont ceux des Trigles et des Polynèmes. Je vois que quelques voyageurs ont cru à une sorte de ressemblance entre ces Coïlia et les Polymènes ^ mais il faut observer que dans ceux-ci les rayons libres sont au-dessous de la pectorale, tandis que dans le genre que nous traitons ils sont insérés au-dessus. Les connexions sont donc tout à fait différentes. C'est un nouvel exemple de la variation infinie que la nature sait créer avec les mêmes éléments.
La dentition de nos Coïlia et la disposition des viscères sont semblables à celles de nos Anchois , et surtout à celles des espèces dont le maxillaire prolongé constituait, dans les idées de M. Cuvier, le groupe des Thrysses. On peut seulement observer que les plaques pharyngiennes antérieures sont un peu plus visibles et hérissées de petites dents assez visibles. Il ne faut pas cependant donner trop d'importance à ce caractère, car il tend à s'effacer. Les Coïlia sont des espèces marines ou des
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eaux saumâties des bouches du Gange, de rinawaddi et des grands fleuves de la presqu'île de Un de.
Le CoïLiA DE Hamilton.
(Coilia Hamiltoni , nob,)
Je commence à décrire les espèces de ce genre par celle que je trouve figurée, d'une manière très-reconnaissable, dans les Illustrations du général Hardwicke. La saillie du museau, la grandeur de la fente de la bouche, la longueur des maxillaires, ressemblent tout à fait aux Anchois ; mais la forme du corps est extrêmement différente,
parce qu'à partir de l'anale le poisson devient comprimé, et tellement aigu à l'extrémité du corps, que c'est tout au plus si l'on peut mesurer la hauteur de la queue à Finseriion de la nageoire terminale ; elle serait au plus le dixième de la plus grande hauteur du tronc, qui est comprise cinq fois dans celle du corps, et ne mesurant pas la caudale; celle-ci est courte et pointue. La tête est comprise six fois dans la distance sur laquelle nous avons porté la hauteur du tronc. La dorsale naît au quart antérieur de la longueur du corps; la ventrale est insérée en avant du premier rayon de la dorsale; l'anale l'est un peu au delà de la nageoire du dos; la pectorale, insérée tout près du profil du ventre, a l'air d'être formée de deux nageoires, l'une composée de deux
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rayons, divisés chacun en trois filets qui atteignent au delà de la moitié de la longueur du corps- l'autre, très-petite, arrondie, échapperait facilement à l'observation.
Les dents sont excessivement fines; il y en a de très-petites et qu'on n'aperçoit guère que par la dissection sur le chevron du vomer; puis il y a une ligne longitudinale sur le bord externe du palatin et peut-être en arrière sur le ptérygoidien; car je crois que ces deux os sont soudés ensemble. Entre les arceaux branchiaux nous trouvons des ptérygoïdiens supérieurs plus visibles que dans les Anchois ordinaires, et qui sont garnis de petites dents. Ces os forment une petite plaque oblongue très -facile à observer dans cette espèce, à cause de sa dimension. Les écailles sont assez résistantes et très-élégamment recouvertes d'un réseau à mailles hexagonales, qui rappellent ce que nous avons observé sur notre Engraulis edentulus. On en compte soixante-huit rangées le long du corps. Il y a sous le ventre une carène dentelée, formée par seize chevrons très-aigus, et dont les épines sont très-acérées.
La couleur est un bleu verdâtre sur le dos, jaune sur tout le reste du corps.
Nos plus longs exemplaires ont sept pouces et demi. Nous avons reçu ces poissons de la rivière du Gange par les soins de MM. Reynaud et Bélanger. Le premier de ces naturalistes nous a indiqué pour dénomination du
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pays le nom de Teltahi. La figure publiée par M. Gray^ convient parfaitement sous tous les rapports.
Je ne doute pas que nous ne retrouvions dans cette espèce, le Mjstus Ramcarati de Buchanan. ^
Le CoïLiA DE Reynaud.
{Coilia Rejnaldij nob.)
Nous avons trouvé dans les collections de ce même voyageur trois autres Coïlias ,
qui ont l'anale encore plus longue que l'espèce précédente. La distance du bout du museau à cette nageoire est moindre que le tiers de la longueur totale.
D. 14; A. 110, etc.
Ce poisson a la queue plus effilée; le museau plus pointu ; l'œil plus petit.
Je n'en ai que trois exemplaires : le plus grand a quatre pouces. Ils viennent de Rangoon sur rirrawaddi.
Le CoÏLIA DE DUSSUMIER.
{Coilia Dussumieri, nob.) M. Dussumier nous a rapporté un assez
1. Gray, lllust. of Ind. zool. , bymaj. gen. Hardwicke , pi. 10, fig. 3, vol. 1.