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jusqu'au fond sur une longueur de deux milles. Les bords de la mer fourmillaient des mêmes poissons qui couvraient la lisière du rivage voisin sur un espace de quatre milles de longueur et sur huit à neuf pouces d'épaisseur. Le fond de la mer en paraissait aussi pourvu que les petites flaques d'eau. Cette baie, longue de douze milles et large «de cinq à trois, regorgeait de ces chipées. Il faut supposer que les harengs les plus forts et les plus vigoureux poussèrent les plus faibles vers la côte, et qu'ils formèrent un cordon si épais que d'autres poissons, tels que des carrelets [Pleur 'onectes platessa), des flets {Pleuronectesflesses) furent entraînés avec eux, et vinrent aussi périr sur le rivage. On rencontre aussi ces bouillons ou lits de harengs nageant avec rapidité en colonnes espacées et distribuées comme le seraient des pièces de drap étendues sur un champ. On a vu dans la Manche, à cinq lieues nord-ouest delà pointe de l'Ailly près Dieppe, sur le fond de pêche que les matelots nomment la Gavée, avec dix-huit brasses d'eau environ, un lit de harengs formés en colonnes droites et régulières comme seraient des fossés parallèles tracés dans un champ. Ce lit occupait une étendue de plus d'un quart de lieue en carré et faisait rapidement route à l'Ouest.
Ces poissons étaient si près de la surface de l'eau qu'on distinguait aisément à l'œil les plus gros d'avec les plus petits. Quand ils filent ainsi rapidement à fleur d'eau, les matelots, peuvent frapper sur le bordage de leur barque sur des tonneaux vides, sur des planches, produire enfin quelque bruit que ce soit, sans effrayer le poisson; on le voit continuer sa route sans se déranger. S'ils s'engagent dans les filets de quelques pécheurs, ils les soulèvent avec tant de force qu'ils leur font perdre leur plan de chute et qu'ils paraissent les étendre comme des nappes à la surface de l'eau. Quand le hareng est ainsi formé en colonnes serrées, il occupe quelquefois dans la mer un espace très-peu considérable. Il serait facile de citer un assez grand nombre de circonstances de pêche où les harengs se prenaient sur un point du fond en telle quantité qu'elle surpassait tout calcul, tandis qu'un peu plus loin et sur le même fond, trente à quarante barques ou bateaux de pêche n'en prenaient pas un seul. Je trouve dans les notes de Noël de la Morinière qu'en 1796, durant la pêche d'automne, six semaines après l'équinoxe, les bateaux de Saint- Valéry, de Dieppe, duTréport, de Fécamp étaient sur le même fond de pêche à l'ouest de ce dernier port
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au nombre de quarante-cinq, grands et petits. Un seul pécha cent cinquante mille harengs, quoique les autres, assez voisins de lui, n'en prirent pas un seul. La même remarque a été faite tant de fois par les pécheurs de la Manche qu'il est inutile de multiplier les citations. Quand les eaux sont claires, le hareng file plus vite que s'il nage dans les eaux troubles. Sur les côtes comprises entre l'embouchure de la Somme et celle de la Seine, les harengs suivent volontiers la lisière des terres, et s'en tiennent à une distance qui varie de trois à six lieues. On les trouve sur les bancs de la Somme, sur les bassures de Cayeux, sur les fonds de Tourmont , de Berneval, de l'Ailly, etc. On a fait la même remarque sur les côtes d'Angleterre, opposées à celles de France.
Les allures du hareng, lorsqu'il entre dans les baies d'Irlande , sont aussi incertaines qu'irrégulières. Quelques radeaux n'y restent qu'un jour ou deux \ d'autres fois les baies en sont pleines pendant plus de quarante jours. Les signes de leur présence sont souvent trèséquivoques, de sorte que la pêche du hareng, qui paraîtrait au premier coup d'œil plus sûre dans les lacs que dans la haute mer, y est tout aussi incertaine. Pontoppidan et Abild-
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gaard ont épuisé le chapitre des conjectures pour expliquer les causes des irrégularités des apparitions du hareng, si remarquables et si importantes dans son économie naturelle.
Entre toutes sortes d'hypothèses qui ont été imaginées, on a été jusqu'à penser que des feux souterrains se manifestant inopinément, avaient pu provoquer la disparition du poisson. Tantôt on l'a attribuée a des maladies épidémiques qui exercent sous les eaux un ravage égal à celui qu'elles font sur la terre. Citerai-je même Bernardin de Saint-Pierre l, qui prétend que la disparition des harengs de certains parages, où ils s'étaient montrés auparavant, est la suite de quelque bataille sur mer ? L'auteur d'une description générale de la Norwége et des îles voisines attribue l'éloignement du hareng et leur fuite de la côte Bonus, en Suède, vers l'an 1 £87 , à l'apparition d'un hareng extraordinaire qui fut regardé comme un signe de la punition divine. Les historiens de ce temps ont conservé la date précise de la capture de deux harengs singuliers qui donnèrent lieu à un événement lié à l'histoire de ce poisson. Le 21 novembre 1587, sous *e règne de Frédéric II, on pécha