DE LA PECHE DU HARENG
Après avoir fait connaître le hareng par une description détaillée, après avoir comparé ce que les différents naturalistes ont dit de ce poisson, après avoir rapporté et discuté ce que l'on sait de ses habitudes, j'ai cru devoir terminer cet abrégé de l'histoire naturelle d'une espèce aussi importante, en donnant, un tableau concis du produit de la pêche de cette clupée chez les différents peuples. Noël de la Morinière a publié dans le seul volume l'Histoire naturelle des pêches qui ait paru un historique de la pêche du hareng dans le moyen âge. Il s'arrête vers i4oo. L'ouvrage de M. Noël de la Morinière est rare et peu répandu. Le lecteur trouvera de l'intérêt à la reproduction, par extraits étendus, de ce que ce savant historien a laissé. J'ai d'autant moins hésité à reproduire ces essais, qu'ayant reçu de M. Cuvier les notes de Noël de la Morinière, j'ai pu composer la suite de l'histoire de cette pêche jusqu'au commencement du siècle. Je n'ai pas voulu dépasser cette époque, parce qu'il aurait fallu pour ces der-
nières années se décider à présenter des tableaux statistiques, qui ne sont pas de nature à paraître dans l'ouvrage que j'écris. J'ai voulu, en donnant cette sorte d'avertissement préliminaire, rendre à la mémoire de Noël de la Morinière l'hommage et le tribut qui lui appartiennent.
Les premiers documents que l'on trouve sur la pêche du hareng en France remontent à l'an io3ox. La charte de fondation de l'abbaye Sainte - Catherine près Rouen, établit qu'il y avait dans la vallée de Dieppe cinq salines et cinq habitations, ou, selon l'expression du temps, cinq masures, dont la redevance annuelle était de cinq milliers de harengs. On trouve une seconde preuve, presque aussi ancienne de la pèche de ce poisson, dans le titre que Robert, duc de Normandie, accorda en 1088, pour permettre un jour de foire à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp, tant que durera la pêche du hareng. Dans le siècle suivant, les avantages de cette pêche ne se bornent plus à une simple consommation faite sur les lieux. Le commerce du poisson, et notamment celui du hareug salé, commence à prendre de l'extension. Dès l'an