‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 53 sur 100 · Tome XVI, p · texte numérisé non relu

Tome XVI, p

218 LIVRE XA , CLUPÉOÏDES.

on passa aux menaces, et dans une assemblée générale tenue à Lubeck, on arrêta d'aller en force pécher et saler le hareng en Scanie , malgré les défenses du roi de Danemarck. Les villes ne s'arrêtèrent pas à cette seule décision; elles firent alliance avec le roi de Suède en y joignant les ducs de Holstein et du Mecklembourg. On assura à ces derniers une partie du Danemarck, et on promit au roi Albert de Suède les trois provinces danoises limitrophes de son royaume, c'est-à-dire, la Scanie, le Halland et le Blecking. Les villes devaient jouir, en retour, de la franchise et de privilèges particuliers dans les «ports des deux royaumes. On leur assurait que le last de harengs ne paierait que vingt deniers de Scanie pour tout droit; que le hareng qui passerait par le Sund n'en paierait aucun; que le bâtiment acquitterait seulement un droit d'onze schellings. Après ces conventions, les hostilités commencèrent en i36q, et ^e succès de la guerre se déclara tellement en faveur des villes anséatiques, qu'elles prirent au Danemarck les villes de Copenhague , d'Helsingeer, Falsterbo, etc. L'année suivante, un traité de paix fut conclu à Straisund. Waldemar mourut en 1 3^ 5. Il avait marié sa fille Marguerite à Haquin , roi de

Norwége, en i363; Olaus, leur (ils, lut proclamé son successeur. Il réunit ainsi les deux couronnes de Norwége et de Danemarck avec les iles dépendantes à cette époque du . premier de ces royaumes, c'est-à-dire de l'Islande, des Orcades, des îles Feroè et même des Hébrides et de l'île de Man. Cet événement, qui pouvait changer toute la face politique de l'Europe septentrionale, détruire l'influence et même le pouvoir des villes anséatiques, fut amené en grande partie par la prudence de Marguerite. Olaùs, possesseur de la Norwége et du Danemarck, passa en Scanie, en i385, avec Marguerite, sa mère. Il confirma, dans cette tournée, les droits que les pêcheurs et les marchands avaient de baraquer, pour la pêche du hareng, sur les côtes de Scanie , où ils possédaient aussi des maisons religieuses, car le couvent d'Ebbleholi fut confirmé par 'le roi Olaùs. Ce jeune prince mourut deux ans après; sa mère, Marguerite, lui succéda. Sous son règne, le Danemarck commença à se reposer; le calme dont jouirent à cette époque les peuples du Nord ne fut interrompu que par la guerre des pirates qui infestaient la Baltique et le Cattegat, et que les villes de la ligue anséalique terminèrent avec leurs propres forces. Nous rie, voyons dans

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les siècles suivants d'autre acte remarquable concernant la pêche du hareng, qu'un règlement fort détaillé relativement à la préparation du poisson, dont les sages dispositions ne produisirent cependant rien de très-important. Aussi les choses restèrent dans un état stationnaire jusque vers l'an 1750, où, selon Pontoppidan, le gouvernement apporta une attention toute particulière à la restauration des pèches du Danemarck et de Norwége. Le zèle des Suédois avait donné à cette industrie une telle extension, que ce peuple, qui tirait du Danemarck des milliers de barils de harengs, était à cette époque en état d'en vendre plus que les Danois. Pour arrêter par la concurrence le préjudice auquel les Danois étaient exposés, le gouvernement projeta d'établir une pèche réglée sur les côtes d'Islande. Un règlement publié en 1753, fut suivi de plusieurs autres ordonnances pour fixer la distance des lieux où le hareng pourrait être péché, pour faire connaître diverses instructions commerciales et économiques, afin d'assurer un débit plus avantageux aux harengs islandais sur les marchés étrangers. A cette époque les Islandais n'avaient pas encore de filets propres à la pèche du hareng. D'ailleurs le manque d'hommes et la rareté du sel furent aussi des

obstacles à la réussite des efforts qui furent tentes pour y établir une compagnie. Le régime de celle que l'on essaya d'y instituer ne put être de longue durée, et lorsque, en 1776, le privilège exclusif de vente du poisson fut aboli à Copenhague, une ordonnance supprima la compagnie islandaise, en attribuant à la couronne le produit de l'exploitation du commerce de la pêche en Islande ; mais les avantages que le ministère s'en était promis ont, jusqu'à présent, mal répondu à ses espérances, et les causes que j'ai indiquées plus haut s'opposeront presque toujours à l'établissement d'une pêche réglée sur cette île septentrionale. Il faut y ajouter le manque de station convenablement disposée sur le rivage des golfes pour y débarquer le hareng et lui faire subir les préparations nécessaires à l'exportation. D'autres causes physiques seront aussi des obstacles au développement de la pêche dans ce pays. Moos observe que les brouillards y sont si fréquents et si intenses qu'ils empêchent les pêcheurs islandais de s'éloigner de la côte, quoiqu'il puisse y avoir beaucoup de profit à le faire , vu l'extrême abondance des cabeliaux et des harengs dans le Rôdefjord près d'Agero.

Nous n'avons pas parlé du Jutland ou, le

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hareng ne se montrant que sur une partie de la côte, la pêche était d'un faible produit. Cependant les villes de Aalbourg et daNibe devinrent si riches et si florissantes par la pêche, que pendant près d'un siècle on les regarda comme des plus importantes du royaume.

La pêche d'Aalbourg paraît s'être soutenue assez longtemps; car en i65o cette ville était encore un port d'armement considérable. Des pêches de moindre importance avaient lieu autour des îles de Seelande, de Fionie, mais aucune d'elles ne remplaça jamais celle de Scanie. C'est seulement en 1767 que fut créée la compagnie d'Altona; elle ne répondit pas d'abord aux espérances que la cour de Danemarck en avait conçues , quoique la situation de cette ville sur l'Elbe parût très-favorable à un établissement de ce genre. Vers 1775, la compagnie reçut une nouvelle organisation, et en 1782 elle mettait déjà en mer près de trente barques d'un assez fort tonnage, qui allaient pêcher aux îles Shetland.

La Suède n'a pas toujours figuré entre les nations maritimes de l'Europe qui se sont adonnées à la pêche du hareng avec un avantage aussi marqué que celui de la fin du siècle dernier. On fixe à peu près au commencement du treizième siècle les premières pêches réglées

• Cil. Al». I. ll.MtKNGS.

qui se (iront enScanie, mais nous avonsdéjà vu que d'autres, plus anciennes, se faisaient clans la Baltique , auprès de File de Rugen ; ainsi Olaùs, roi de Danemarck, menaça d'exclure de la pêche du Sund certaines villes de Scanie, et celles-ci comprenant le préjudice qu'elles éprouveraient d'une pareille exclusion , lui donnèrent la satisfaction qu'il exigeait. On avait aussi, à cette époque, trouvé Fart de conserver et de saler le hareng.

Andërson remarque qu'à des époques régulières, la plupart des peuples de l'Europe s'assemblaient au même endroit pour y pêcher ce poisson, et l'art de le saler était en usage depuis longtemps, puisqu'il y avait sur les côtes de Rugen des foires et des marchés pour le sel employé à préparer le hareng à bord des bâtiments , afin qu'il fût plus facilement transporté dans les pays plus éloignés.

Quant à ce qui concerne les règlements de pêche proprement dits sur les côtes de la Norwége, du Danemarck ou de la Suède, on peut dire que la plupart des phases de cette pêche jusque dans ces derniers temps, se confondent avec ce que nous avons établi dans l'aperçu des pêches danoises ou norvégiennes, parce que -le règlement adopté dans les trois royaumes, et promulgué par Éric et Margue-

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rite, contient un article dans lequel ces souverains , promettant paix et sécurité à tout pécheur ou commerçant qui se rendra en Scanie, quoique le prince dont il est sujet ou la ville dont il est citoyen soient en guerre entre eux; que ceux, dit-il, qui désirent faire la guerre, aillent combattre sur leur propre territoire, mais la bonne harmonie doit régner dans les trois royaumes entre tous ceux qui viennent pour pécher. Les dispositions de ce règlement sont extrêmement sévères , puisqu'il y avait peine de mort pour tout marchand qui mettrait en baril des harengs de mauvaise qualité.

Il faut d'ailleurs remarquer qu'à partir du milieu du quinzième siècle , l'abondance du hareng sur les côtes de Scanie diminua d'une manière sensible, pour ne plus reparaître que vers le milieu du seizième. Aussi les bâtiments des villes anséatiques se rendirent à Helgoland dans l'espoir d'y faire une meilleure pêche qu'en Scanie. C'est alors que les Norwégiens se livrèrent avec une nouvelle ardeur à ce genre d'industrie, que la pêche, encouragée par de grands profits, s'établit surbeaucoup de points depuis Berghen jusqu'à Stavanger, et plus encore depuis Swinesund jusqu'à l'embouchure de la Gotha, et elle fut si considérable

que plusieurs milliers de barques arrivèrent les années suivantes , tant du Danemarck que du Holstein. Une foule de familles se fixa dans la ville de Bonus; elles y formèrent des établissements, y construisirent des maisons ou des magasins si spacieux pour la préparation du hareng, qu'on pouvait suspendre et faire sécher à la fois dans quelques-uns jusqu'à cent quarante tonnes de poissons. Avec les secours que ces établissements assurèrent, on vit se rendre tous les ans sur ces côtes un nombre considérable de bâtiments expédiés des ports du Danemarck, de la basse Allemagne, de la Frise, de la Hollande, de l'Angleterre, de l'Ecosse et de la France pour y' acheter le poisson. La pèche était si abondante que chaque bâtiment s'en procurait aisément une cargaison complète. Elle ne se faisait plus par les étrangers, et cet état de prospérité dura jusqu'en 1 588. Mais les harengs finirent, dit-on, par s'éloigner de cette côte. Les étrangers ne s'y rendirent plus comme auparavant. Il s'ensuivit la ruine des établissements dont la chute peut être fixée au commencement du i7-e siècle.

Nous avons dit que l'histoire de la pêche suédoise se trouve comprise dans celle de la pêche en Danemarck jusqu'à la révolution, 20. i5

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qui porta Gustave I.ei sur le trône. Lorsque, par suite des événements politiques, la ville de Bonus fut cédée à la Suède, le gouvernement de ce royaume fit quelques tentatives pour y relever la pêche du hareng dont le souvenir n'était pas encore perdu. Le port de Gothembourg s'ouvrit alors. L'avantage de sa situation n'avait pas échappé à Gustave- Adolphe , qui créa la compagnie royale des pêcheurs de Gothembourg , et qui rendit plusieurs ordonnances pour soustraire le royaume au monopole de Lubeck. Pour la première fois on arma des barques de pêche à Halmstad et à Marstrand.

En i65i la reine Christine accorda de nouveaux privilèges, et en i658 Charles-Gustave conclut avec Cromwel un traité dans lequel il fut stipulé que les Suédois pourraient librement pêcher sur toutes les côtes de la Grande- Bretagne aux mêmes conditions que les Hollandais. Cinq ans après fut établi à Gothembourg le collège de commerce, chargé de la direction de la pêche du hareng sur la côte du Bohusland, et en 1666 il fut rendu un règlement qui accordait plusieurs franchises aux poissons salés de cette pêche. Charles XI confirma ou étendit ces dispositions, de sorte que la pêche du hareng obtint en Suède, sous

ses auspices, quelque succès. La salaison du hareng n'était pas encore assez parfaite pour que les Suédois pussent rivaliser avec les Hollandais. Cependant quelques exportations commençaient à se faire. On conçoit que ces avantages , loin de s'accroître , durent échapper aux Suédois sous le règne de Charles XT1. Les événements de son règne portèrent un coup funeste à la pèche de son pays, dont elle ne se releva que vers le milieu du siècle suivant. L'amélioration de cette industrie fut discutée dans la diète générale tenue à Stockholm en 1746. Le prince royal venait de se déclarer protecteur de la pèche. Ce qui seconda surtout le patriotisme zélé d'un grand nombre d'habitants, fut l'apparition soudaine d'une énorme quantité de harengs dans toutes les baies du Bohusland. On se crut reporté au temps des grandes et mémorables pèches de Scanie; mais les habitants furent pris au dépourvu. On manquait de barques, de filets, de tonneaux et de sel.

Il se trouvait par hasard , dans un port de Bohusland, quelques matelots hollandais, pécheurs de profession : on les consulta; on paya généreusement leurs services et on parvint à les fixer en Suède. L'année suivante , la cour de Stockholm proposa des primes pour les

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pêcheurs qui se pourvoiraient de filets, pour ceux qui donneraient aux harengs la meilleure préparation, enfin pour ceux qui l'exporteraient à l'étranger. Les pêcheurs établis sur la côte de Suède eurent la concession de différents privilèges. Le commerce du hareng fut déclaré libre. Au moyen de ces encouragements, le produit de la pêche de 17^9, faite à Gothembourg et sur les côtes du Bohusland, s'éleva à près de deux cent mille tonnes de harengs. La Suède put se suffire à ellemême et s'affranchir du tribut qu'elle payait aux étrangers. Les premiers succès firent perfectionner les procédés de la salaison du poisson.

En 1763 on rendit le paquage plus parfait, en imitant la méthode hollandaise.

Comme toutes les idées libérales du gouvernement se dirigeaient vers cette nouvelle source de richesses , les Ordres du royaume cherchèrent, en 1765, à remettre en activité les diverses sortes de pêche. On rétablit celle de la morue ou du maquereau, et on donna aux diverses parties de leur administration l'ensemble q-ui devait en garantir la durée. Dans le même temps les Suédois se livrèrent à la fabrication de l'huile du hareng, dont ils ont été longtemps les seuls commerçants.

Alstrœmer assure qu'en 17^0, Bauer fut le premier Suédois qui prépara l'huile de hareng pour son usage particulier. Le baron Cahman redoubla de soins et de sacrifices pour assurer à la Suède une industrie que l'on croyait alors nouvelle, quoique l'art d'extraire du hareng une huile animale fut connu et pratiqué clans le 1 4-e siècle. On n'employa d'abord que les branchies et les intestins du poisson. L'huile qu'on en obtint trouvant un débouché avantageux sur les marchés de la Baltique, les Suédois se déterminèrent, en 1765, à brûler ou à cuire le poisson entier. Quant au commerce du hareng , il s'accrut de plus en plus, et lorsque les primes cessèrent d'être payées en 1 765, chacun fit la pêche et le commerce sans être assujetti à aucune autre formalité que celle de l'inspecteur du jaugeage et de la marque des tonneaux. Le hareng de la pêche de Gothembourg était si bien préparé qu'il le cédait peu aux poissons de pêche hollandaise, et il était vendu à si bon marché, que celui des villes de la basse Allemagne, a l'exception d'Embden, n'en pouvait soutenir la concurrence. Gothembourg, devenu le premier entrepôt du Nord, approvisionna de harengs une partie de la Russie et de la Pologne. Ses bâtiments firent voile

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pour Madère, pour les Antilles, pour la Méditerranée, etc. L'Irlande, à laquelle ne s'étendait point la prohibition du poisson de pèche étrangère portée par les lois anglaises, offrit à la Suède un débouché si vaste, qu'elle reçut, en 1776, cinquante mille sept cents tonnes de harengs. Pour expliquer un commerce de poissons aussi considérable, il faut savoir que ces clupées étaient repaquées dans des tonnes de jauge irlandaise , inférieures à celles de Suède, et réexportées pour les îles d'Amérique comme poisson de pêche d'Irlande.

Le commerce d'huile de hareng n'était pas moins florissant en 1784. Les Suédois calculaient que, depuis 1760, il avait été fabriqué au moins deux cent cinquante mille barils d'huile , et que l'État en avait retiré plus de cent tonnes d'or ou quinze millions de francs. Brème, Lubeck, Hambourg, Amsterdam, le Havre, Bilbao , Santander en recevaient des chargements. La part, destinée pour la Baltique, fut toujours la moins considérable. Avant 1776, il n'y avait en Suède qu'un petit nombre de brûleries de harengs établies sur les rochers qui bordent la côte, depuis Goihembourg jusqu'à Stramstadt. En 1783 on en comptait'* plus de deux cents.

La facilité do débarquer le poisson dans les

brûleries , celle de jeter à la mer le résidu ou marc qui reste au fond des chaudières, sont des raisons toutes naturelles pour concevoir la prospérité -de ces établissements. Leur nombre se serait encore accru, si trois années de pèche peu favorable n'étaient venues exciter les alarmes ou peut-être la jalousie de ceux qui n'avaient point d'intérêt dans les brûleries. Ils prétendirent que le marc de hareng, produit par les cuites et jeté dans la mer, empoisonnait le fond des baies et en éloignait le poisson. Des mémoires sur le Trangrum (c'est ainsi qu'on appelle ce marc) furent successivement publiés pour et contre. Gomme il n'arrive que trop souvent, cette opinion, peu réfléchie et mal fondée, prévalut. Le gouvernement, partageant les craintes exagérées répandues dans le public, défendit de jeter à la mer le marc de hareng. Il ordonna de le faire transporter dans les campagnes et de l'enfouir dans la terre. Il n'y a point de doute que ce résidu de matières animales ne soit un excellent engrais ; mais comme le transport exigeait beaucoup de frais, l'ordonnance du gouvernement équivalut à une prohibition, et les brûleries, construites sur les rochers, furent forcées de suspendre leurs travaux. Elles furent , après cette époque , transportées dans l'intérieur des terres, au

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préjudice de la fabrication. La mauvaise préparation de l'huile dans un grand nombre de petites brûleries, força le gouvernement à établir une inspection sur ce produit, afin de conserver à l'huile de hareng de provenance suédoise, la réputation qu'elle s'était acquise sur les différents marchés de l'Europe ; mais ces faibles gênes inquiétèrent le génie commercial; elles portèrent un coup funeste à ce genre d'industrie.

La pêche et le commerce du hareng parvinrent en Suède à leur plus haut degré de splendeur, de 1770 à 1780. Il n'y a point de doute que la guerre dans laquelle s'étaient engagées les quatre grandes puissances, la France, l'Angleterre, l'Espagne et la Hollande, ne favorisât beaucoup les Suédois. Le parlement d'Irlande prohiba, en 1781, l'introduction du hareng de Suède. Gothembourg et les autres ports perdirent un de leur principaux marchés. Cependant ces causes politiques furent trèsfaibles à côté des causes naturelles. Le poisson, poursuivi et tourmenté , gêné dans sa reproduction, finit par abandonner les baies qu'il semblait affectionner. Dans les dix dernières années du dix -huitième siècle, le hareng ne se montra plus en bancs aussi nombreux, les apparitions en devinrent successivement plus

tardives et très-irrégulières. Le moment était venu où la pèche allait s'anéantir sur les côtes du Bohusland, comme il était arrivé au seizième siècle sur celles de Scanie. Elle fut si médiocre, en 1799, qu'elle ne put suffire à la consommation locale de la Suède et que l'exportation du poisson fut prohibée. En 1800, l'Ecosse fournit du hareng salé à la contrée, qui en expédiait vingt ans auparavant, nonseulement dans toute l'Europe, mais encore dans les îles d'Amérique.

Après avoir exposé précédemment l'histoire succincte, de la pêche du hareng dans les différentes contrées de l'Europe septentrionale, disons quelques mots du mode de procéder à la pèche du hareng. Duhamel est entré dans des détails tellement circonstanciés sur cette importante industrie et sur les différents bateaux, filets ou autres ustensiles de pêche, qu'il est à peu près inutile aujourd'hui de donner de plus longs détails. Je crois devoir renvoyer à cet ouvrage le lecteur qui voudrait connaître tous les détails minutieux de l'art de la pêche.

Les peuples qui exploitent la Manche, attachent une si grande importance aux avantages de la pêche du hareng, qu'ils la nomment généralement la grande pêche, pendant que celle

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de la baleine n'a reçu pendant longtemps que le nom de petite pêche. On y emploie généralement tous les petits bâtiments qui sont d'usage pendant toute l'année sur la côte. Cependant à mesure qu'ils avancent au large , les pêcheurs choisissent des bâtiments d'un tonnage plus grand, afin de pouvoir tenir la mer plus longtemps. Quand ils doivent passer la moitié du canal, ils se servent de gondoles ou de grands droggers. Les bateaux, suivant leur tonnage, portent jusqu'à seize et même vingt-cinq hommes d'équipage. Les filets sont des espèces de manets, que l'on nomme dans plusieurs endroits de la Manche, varnettes ou marsaïques : ils sont faits de plusieurs pièces, cousues les unes au bout des autres pour former ce qu'on nomme la tessure. Ce filet est fait d'un fil assez fort, afin qu'il soit assez pesant, quand il est mouillé , pour descendre perpendiculairement dans l'eau. Comme le hareng se maille d'autant mieux que le filet est tendu moins raide, on ne met pas de lest à son pied. Chaque pièce de filet a de quinze à dix-huit brasses de largeur, et la tessure entière a un nombre de brasses plus ou moins grand, selon l'état de la mer. Les pêcheurs ne craignent de lui donner cent quatre-vingts à deux cents brasses quand la mer est belle \ mais ils la

réduisent à soixante -dix ou quatre- vingts si elle devient grosse et mauvaise. La corde qui passe sur le bord du filet s'appelle, probablement par corruption, Jîncelle, et sert à maintenir la nappe sur la surface de l'eau, au moyen de ses lièges , de ses bassouins et de ses barils. Quand le bateau est rendu sur le lieu de la pèche , il met en panne , puis on le dëmâte. Le patron s'occupe alors de jeter à la mer la tessure avec toutes ses garnitures. Elle est retenue au navire par une corde nommée halin , dont la longueur varie suivant l'état de la mer, mais en rapport inverse de la longueur de la nappe du filet. Si la mer est douce, le halin n'a guère que soixante brasses de longueur; il devient de plus en plus long à mesure que la mer est plus dure; si elle est très-forte, le halin a jusqu'à deux cents brasses. Quand les filets sont jetés à la mer on laisse dériver. Pendant la nuit, soit pour éviter les abordages, ou, selon le dire des pécheurs, pour attirer le poisson, chaque bateau de pèche porte un fanal , quelquefois même deux. Sur le banc d'Yarmouth , rendez -vous de plusieurs milliers de barques de pèche, ces fanaux donnent à la mer un aspect vivant et animé. Quand le maître juge que le filet est suffi-

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sammenl plein, on le retire, soit à bras, soit en le virant au cabestan; chaque homme a sa place et son service bien déterminé ; il faut remonter le filet bien étendu, détacher les différentes pièces de flottage et les replacer de suite dans la soute', de manière à ne pas encombrer le pont; d'autres hommes sont occupés à démailler le hareng; d'autres lèvent ou roulent et plient le filet. Si le bateau est petit et peu éloigné de la côte, le maître s'y rend immédiatement pour y vendre son poisson. Ce hareng est estimé à cause de sa fraîcheur, et acheté sous le nom de poisson de nuit. Si le patron veut continuer la pèche sans rentrer, il renvoie son poisson par de petites barques, qui font ce qu'on appelle le batelage. Si le bâtiment est convenablement monté et approvisionné de sel pour tenir la mer pendant quelque temps, on fait alors subir plusieurs préparations au hareng sur le navire. La première consiste, dans certains cas, à enlever les ouïes et tous les viscères abdominaux au poisson; c'est ce qu'on appelle caquer les harengs : on les met ensuite dans une saumure légère; c'est ce qu'on appelle les brailler : ou bien on les dépose par lits dans le sel, c'està-dire qu'on les sale en grenier. Cette dernière opération fait perdre souvent beaucoup

de harengs , parce qu'ils s'écrasent par leur poids. Souvent aussi ils se gâtent lorsqu'il y en a un trop grand nombre. Il en est de même de la salure en vrac, quand elle est faite avec trop de précipitation. On appelle harengs salés en vrac ceux qui, après avoir été brailles, sont arrangés premièrement dans des tonnes ou de grands barils que l'on emplit comble, mais sans fouler les poissons 5 on les laisse s'affaisser sur eux-mêmes, et c'est alors que les tonneliers y mettent le fond. Quand le saleur juge que les harengs ont pris tout le sel qui leur est convenable, il les tire des tonnes en vrac faites a la mer ou dans les ports , et on leur fait subir une préparation qui précède celle de les paquer. Elle consiste à renverser le poisson dans une cuve, à le laver dans une nouvelle saumure; quand il est bien nettoyé, on le tire pour le laisser égoutter dans des corbeilles à claire- voie. Alors les ouvrières qui leur ont fait subir la première opération , prennent les poissons un à un pour les arranger, ou, suivant l'expression, pour les paquer dans des barils de différentes jauges, en ayant soin de les presser le plus qu'elles peuvent et en plaçant toujours le ventre en haut. On emploie , en général , dans les ports un assez grand nombre de femmes ou d'enfants

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pour les manipulations de cette industrie, qui mérite, sous ce rapport, de fixer aussi l'attention des économistes , puisqu'elle donne de l'ouvrage à une plus gande partie de la population.

Les harengs ainsi préparés prennent le nom de harengs pecs. On dit que cette dénomination vient de pecken, empaqueter; de même que caquer viendrait de cacken, qui veut dire couper, parce que, avant de soumettre les poissons aux différentes préparations de la saumure, on les vide et on leur ôte les ouïes. Ces harengs salés et paqués, ayant été préalablement vidés, on a donné le nom de caque au baril dans lequel on les renferme, et de là est venue l'expression de harengs à la caque.

Le soin qu'il faut apporter à la quantité de sel blanc que l'on mêle au sel ordinaire, le choix des individus qui, selon leur état de conservation , portent des noms différents chez les divers saleurs, fait qu'on est obligé de trier les harengs, ce qui a donné lieu à désigner dans le commerce une qualité particulière sous le nom de Hareng de triage.

Les Hollandais ont de tout temps été rénommés par l'exactitude consciencieuse avec laquelle ils exécutent les diverses opérations nécessaires pour avoir de beaux harengs salés.

C'est la réputation qu'ils ont justement acquise,

qui avait en quelque sorte fait établir, que l'art de saler les harengs et de les paquer, était l'invention d'un pêcheur de Biervliet, Guillaume Beukels, mort en i449- Noël de la Morinière a traité la question de priorité de cette invention dans un mémoire ex professOj, publié dans le Magasin encyclopédique. Il y établit, en s'appuyant sur les documents historiques dont nous avons rapporté un trèsgrand nombre dans l'Histoire des pêches des différents pays, que, plus de deux cents ans avant ce pêcheur, le commerce du hareng salé et paqué était déjà florissant et était protégé ou réglé par des chartes ou des ordonnances royales, soit en France, soit en Angleterre.

On fait subir aux harengs une autre préparation qui donne lieu à un commerce fort important, je veux parler des Harengs saurs. Les meilleurs harengs de cette espèce sont ceux de la Manche , et Ton préfère même ceux des côtes de France, parce qu'en général, dans les bonnes saurisseries , on les fume avec du bois de hêtre bien sec. Cependant on n'a pas toujours le soin de les dessécher assez entièrement; dans ce cas, ils ne se conservent pas aussi longtemps ; on ne peut pas surtout les transporter avec la même facilité; mais il faut

avouer, que ceux qui out été plus fortement fumés, deviennent plus noirs, et que par conséquent ils ont un coup d'ceil moins avantageux pour la vente. Pour saurir le hareng, on ne le caque point, mais on le braille. Quand il a pris un peu de sel, on l'embroche dans des baguettes appelées ainettes, et on le suspend dans des espèces de tuyaux de cheminée dans lesquels on le tient plus ou moins longtemps à une chaleur douce et à une fumée trèsépaisse. La description de ces étuves et des nombreux ustensiles qu'emploie un saurisseur, nous jetterait également dans des détails qu'il me paraît inutile de donner ici. L'espèce du hareng que l'on fait saurir, est celle que les pêcheurs appellent des harengs de trois nuits, c'est-à-dire des harengs un peu moins frais que ceux que l'on prépare en blanc. Il faut cependant remarquer, que les harengs de première nuit que l'on saurit, sont de beaucoup meilleurs que les autres. Des ordonnances ont fait varier la quantité de sel nécessaire pour un last de harengs à saurir. En général, on met trois mesures de sel pour 1 0,000 à 1 2,000 harengs ; mais il faut saler plus ou moins longtemps le poisson, selon que la destination pour laquelle on le prépare est plus ou moins éloignée. Avant de placer les harengs dans létuve, on les lave ;

quelques personnes se servent de l'eau douce, d'autres d'une saumure légère qui n'a pas été employée pour d'autres préparations. Quand les harengs sont bien lavés et égouttés, on les suspend sans qu'ils se touchent dans l'étuve; puis on allume ce qu'on appelle le premier feu, qu'il faut continuer jour et nuit sans interruption pendant environ quinze jours. Au bout de ce temps, on cesse le feu, et on laisse reposer la roussable pour que les harengs se ressuient et rendent leur huile : les poissons deviennent phosphorescents , ainsi que les gouttes d'huile qui tombent de l'animal. Il y a de ces étuves contenant jusqu'à six cent mille à sept cent mille harengs; ils y restent de trois à cinq semaines pour être desséchés complètement.

On fait encore subir d'autres préparations aux harengs, qu'on nomme alors bouffis ou craquelots. L'opération qui leur donne ces qualités, consiste à les placer dans l'étuve avant de les laisser égoutter et à les fumer de suite. L'eau qu'ils contiennent , paraît les gonfler. Ces harengs ne peuvent être consommés que sur les lieux, parce qu'ils se conservent moins bien 'que les autres.

Je termine ici cet essai d'une histoire naturelle du Hareng. Après avoir donné une des- 20. 16

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cription plus détaillée que mes prédécesseurs ne l'avaient fait, après avoir essayé de caractériser cette espèce de Clupée de manière à la distinguer de ses congénères, je suis entré dans de nombreux détails sur les habitudes de ces poissons; sur leur différentes apparitions, afin d'établir que les récits des voyages périodiques décrits dans plusieurs ouvrages d'histoire naturelle, ne sont fondés que sur des observations inexactes.

J'ai essayé également de prouver que , s'il . n'y a qu'une seule espèce de hareng, les naturalistes doivent reconnaître en elle des races nombreuses, mais constantes et particulières pour chaque bassin qu'elles habitent. J'ai pensé, que le meilleur moyen d'établir ces propositions, était de présenter l'histoire de la pêche du hareng dans les différents pays de l'Europe septentrionale, où l'abondance de ce poisson a donné lieu à des pêches importantes. Ne voulant pas entrer dans des détails de statistique, qui seraient devenus par trop étrangers à mon sujet, et tout à fait en dehors d'un article composé pour l'Histoire naturelle, je me suis constamment arrêté dans ces recherches au commencement de ce siècle.

GHAP. i. harengs. '245

Le Hareng de Leach.

{Clupea Leachii, Yarell.)

Ce n'est pas sans quelque hésitation que je place à la suite du hareng commun l'espèce que M. Yarell a établie dans le Journal zoologique sous le nom de Clupea Leachii. Cet habile ichthyologiste a eu la complaisance de m'envoyer le dessin original, qui a été considérablement réduit pour être gravé dans son Histoire des poissons d'Angleterre. J'avoue, qu'en examinant ce. dessin , je ne trouve aucune différence dans les formes- extérieures entre cette espèce et le hareng commun. La description que M. Yarell y ajoute, n'offre d'autre différence appréciable que dans le • nombre des vertèbres.

Cette espèce n'en, aurait que cinquante -quatre, tandis que nous en avons compté cinquante -six dans le hareng commun. M. Yarrell croit que la dorsale est un peu plus reculée sur le tronc, et que les écailles sont plus petites.

Ces différences me paraissent très-légères, cependant, comme les pêcheurs des côtes d'Angleterre en parlent comme d'une espèce particulière, je n'ai pas osé réunir ce Clupea Leachii à notre hareng commun. Je crois cependant qu'on le fera.

M. Yarell dit que ce hareng est plein à la fin de janvier, qu'il ne dépose son frai que vers le milieu de février. Cet habile naturaliste a dédié cette espèce au savant docteur Leach, parce qu'il connaissait les recherches faites par ce zoologiste sur les côtes d'Angleterre pour établir une seconde espèce de hareng.

Il paraîtrait aussi qu'il y aurait quelque différence dans le goût de la chair de cette variété et qu'elle serait beaucoup plus douce. Mais, je le répète, je ne maintiens ici cette espèce que pour engager les zoologistes anglais à faire de nouvelles recherches à ce sujet. Quant à moi, je le regarde comme une variété du précédent. Il ne serait pas impossible que ce ne fut le Strômming de la Baltique.

Le Hareng de la mer Noire.

(Clupea pontica , Eichw.)

Bien que le hareng du Nord ne se tienne pas dans la Méditerranée, et que je n'aie observé aucune espèce de ce genre dans cette mer, j'en retrouve une, dans la mer Noire, qui a tous les caractères génériques du hareng, et qui lui ressemble même par les formes. Mais elle s'en distingue,

parce que ses dents palatines sont beaucoup plus prononcées. Je vois aussi les dents du vomer di-

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verger, ce qui les fait paraître plus grandes que celles du hareng du Nord. Il y a môme aussi une différence sensible entre la grosseur des dents du maxillaire.

Les nombres sont :

D. 17 ; A. 21 , etc.

Cependant MM. Nordmann et Eichwald les ont comptés différemment; ils disent*:

D. 15; A. 20, etc.

La tête me paraît un peu plus longue. La mâchoire inférieure est certainement beaucoup moins avancée. La couleur est d'un bleu verdàtre sur le dos, argentée sur le reste du corps.

L'exemplaire qui a servi à la description de M. Nordmann est long de huit pouces et demi. J'ai un second exemplaire, que je crois une simple variété de cette espèce, qui n'a que sept pouces -, il diffère de celui que je viens de décrire, parce que ses dents sont un peu plus fines. Je ne serais pas étonné que , si l'on cherchait sur les lieux les individus de cette variété, un naturaliste ne trouvât de trèsbonneS raisons pour les considérer comme d'une espèce distincte, quoique très-voisines l'une de l'autre.

Ce poisson est, à n'en pas douter, le Clupea pontica de M. Eichwald ' : c'est aussi l'espèce

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