‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 86 sur 100 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Du genre Alose (Alausa).

Après toutes les coupes génériques dont j'ai exposé les caractères tirés de la dentition, j'arrive aux espèces de clupéoïdes qui n'ont plus de dents sur aucune des pièces osseuses du palais ou de la langue, qui n'en ont plus même que de petites et caduques sur les mâchoires, et qui constituent, dans ma manière de voir, le genre des Aloses. Je justifie donc ici ce que j'ai dit au commencement de cette famille, que cette coupe générique est naturelle, nécessaire à établir parmi les clupées. Son caractère ne doit point porter sur l'échancrure de la mâchoire supérieure, parce que d'autres espèces à palais hérissé de dents ont, comme elles, le haut de la bouche échancré.

Je ne suis pas le premier qui ait assigné aux Aloses le caractère que je viens d'exprimer. Je le trouve dans la grande Ichthyologie de New- York, publiée par M. Dekay. Il n'y aurait aucun reproche à faire à ce savant ichthyologiste, s'il n'avait pas décrit dans un genre si nettement caractérisé des espèces qui , de son propre aveu, ont la langue hérissée de petites dents.

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Le caractère assigné aux Aloses les sépare . nettement des autres dupées à ventre tranchant et dentelé en scie. Elles ressemblent d'ailleurs, par tout le reste de leur organisation à nos harengs. Elles ont un estomac assez grand , pointu , donnant naissance à une branche montante à parois charnues. Il y a de nombreux cœcums au pylore. L'intestin ne fait que deux replis. Une grande vessie natatoire simple , pointue aux deux extrémités , renflée dans sa partie moyenne , communique avec l'estomac par un canal pneumatique ouvert à l'extrémité conique de ce viscère. L'extrémité antérieure de la vessie ne dépasse pas la troisième vertèbre ; elle ne s'avance en aucune façon sous le crâne au delà du basilaire, pour atteindre le vomer, ainsi que l'a exprimé ou figuré M. Breschet, dans son Histoire de l'oreille des poissons. Elle ne se bifurque pas en deux canaux grêles. Ce que cet anatomiste a nommé trompes cystiques, sont deux ligaments qui viennent s'insérer des occipitaux latéraux à la membrane externe ou fibreuse de la vessie. .

Je ne m'étendrai pas plus longtemps, dans cet article, à réfuter les nombreuses erreurs dont fourmille la description de l'appareil auditif de l'alose dans le Mémoire de M. Breschet,

et encore moins à démontrer l'incertitude de ces théories qui tendent à faire considérer la vessie natatoire comme un appareil de respiration. J'ai répété pour l'alose les expériences ou les recherches anatomiques que j'ai faites sur le hareng 5 elles m'ont toutes conduit au même résultat, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune communication médiate ou immédiate entre l'oreille et la vessie natatoire des poissons : ce sont deux organes placés dans des cavités complètement différentes et tout à fait séparées.

Nous trouvons des espèces du genre Alose dans l'ancien comme dans le nouveau monde. Deux espèces de ce genre sont fort importantes en Europe, parce qu'elles y sont fort répandues et que l'une d'elles, la Sardine, donne lieu à un commerce et à des salaisons considérables.

L'Alose commune.

{Alausa vulgaris , nob.)

En commençant l'histoire des Clupées, nous avons fait remarquer que le nom d'Alausa paraît pour la première fois dans le poème d'Ausone, sur la Moselle : il est évidemment l'étymologie du nom actuel de l'Alose. Il s'applique à une grande espèce de clupéoïde

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répandue dans toute l'Europe sous différents noms qui ont donné l'idée aux naturalistes de supposer l'existence de plusieurs espèces distinctes. Cette opinion a été partagée par les naturalistes les plus illustres; cependant j'espère démontrer qu'il n'y a qu'une seule alose commune dans toute l'Europe. Voici d'abord la description détaillée du poisson :

Le corps de l'alose est en ellipse très-allongée vers la queue. Le dos, en avant de la dorsale, est comprimé et terminé en arête mousse. En arrière de cette nageoire il est plus large et arrondi. Le ventre est comprimé, tranchant et dentelé en scie, depuis la gorge jusqu'à l'anus. En arrière de l'anale il y a trente-sept dents ou pointes dirigées vers l'anus, et qui deviennent saillantes au-dessus des écailles, depuis les ventrales jusqu'à l'anus. La queue est arrondie. La hauteur du corps, en avant de la dorsale, est plus de quatre fois dans la longueur totale, et l'épaisseur est huit fois et demie dans la longueur. La tête est triangulaire, son museau obtus. Sa longueur est cinq fois et demie dans celle du corps. Les iniermaxillaires sont très-petits, et laissent entre eux une échancrure qui monte vers le crime : ils n'ont aucunes dents. Les maxillaires sont grands, larges, aplatis et composés de trois pièces : l'antérieure est la plus grande ; elle est arrondie postérieurement ; en haut elle est en croissant pour recevoir antérieurement l'intermaxillaire, et postérieurement elle s'appuie sur le sousorbi taire.

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La seconde pièce est étroite , longitudinale , et n'occupe qu'à peu près les deux tiers supérieurs de la pièce antérieure. Quand la bouche est fermée, le bord postérieur de cette pièce est caché sous le sousorbi taire. * *

La troisième pièce est située au-dessous de la seconde à la base postérieure de la première. Elle est large, à bord antérieur festonné, glissant sur le bord postérieur de la première pièce. Elle se termine en bas en une pointe arrondie qui ne dépasse pas la base de la première. Son bord postérieur est droit, et il se prolonge en une longue apophyse, qui est aussi presque entièrement cachée sous le sous-orbitaire quand la bouche est fermée. Il n'y a pas de lèvre supérieure ; l'inférieure est assez épaisse , large, et couchée le long des branches de la mâchoire inférieure : elles sont aussi dépourvues de dents; elles ne dépassent pas l'œil, et leur longueur fait un peu plus de la moitié de celle de la tête. Elles sont très-hautes , surtout à la partie postérieure ; leur hauteur fait près de la moitié de leur longueur. La bouche n'est point protractile par en haut ; mais les branches inférieures des maxillaires peuvent s'éloigner beaucoup des sous-orbitaires , ce qui permet à la mâchoire inférieure de s'abaisser beaucoup et d'augmenter l'ouverture de la bouche. L'œil est éloigné du bout* du museau de près du quart de la longueur de la tête ; il est rond et assez grand; son diamètre est cinq fois et demie dans la longueur de la tête ; il est recouvert par une paupière qui s'ouvre sur lui par une fente elliptique verticale et

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terminée en pointe à ses deux extrémités. Cette paupière, en forme de bourse, est transparente, s'attache en avant sur le bord postérieur du sous - orbitaire , en haut sur le crâne, et en arrière sur l'angle supérieur du préopercule.

Au-dessus de l'œil, un peu en avant, est un os étroit, allongé, un peu en croissant. C'est près de son bord antérieur que s'ouvrent les deux trous de la narine : ils sont très-rapprochés; l'antérieur, en fente transverse, appliqué sur le bord antérieur du second , qui est plus grand , toujours ouvert et rond ; la membrane, qui les sépare, est Un peu relevée en crête.

Le sous-orbitaire est composé de plusieurs pièces ; l'antérieure est un os allongé qui s'appuie antérieurement sur la partie montante du maxillaire ; en arrière, il atteint presque le bord postérieur de l'orbite. Ses deux bords sont lisses, minces, et sa surface est couverte de petites veines blanches un peu ramifiées et anastomosées; un peu en arrière en est une autre, très-grande, qui occupe presque toute la joue. Son bord supérieur est arqué, suivant le contour de l'orbite; l'antérieur est courbé en sens contraire, et reçoit dans son cintre le bord postérieur et arrondi du maxillaire quand la bouche est fermée ; le postérieur est creux ; sa concavité regarde le museau ; il est festonné par le bas; toute sa* surface est couverte de grandes veines ramifiées, presque parallèles, qui croissent du bord de l'orbite, et se portent verticalement vers le bas; le cercle de l'orbite est en outre entouré de quatre pièces irrégulières, oblongues

et caverneuses, dont les postérieures sont les plus larges. Le préopercule est assez grand ; son bord postérieur et son angle sont arrondis 5 le bord est si mince, qu'il a l'air d'être membraneux; il est couvert de veinules à peine sensibles, et tout le bas est percé d'un grand nombre de petits pores disposés irrégulièrement, qui s'étendent aussi sur la partie non recouverte des branches de la* mâchoire inférieure. L'opercule est grand , il monte au-dessus de l'œil; tout son bord postérieur est lisse, mince et arrondi ; sa surface est striée en rayons par des sillons profonds qui partent de l'angle antérieur et supérieur comme centre. Le sousopercule lui est trèsétroitement uni, et a l'air d'en être la continuation. L'interopercule et étroit et suit le contour du préopercule, et il s'élargit un peu à son angle postérieur, qui est arrondi.

Les ouïes sont très - fendues ; leur membrane, courte et soutenue par huit rayons, dont les deux derniers sont élargis à leur bord postérieur, de manière à faire l'espèce de talon qui détermine l'échancrure que l'on voit en avant de la pectorale. Toutes les écailles qui revêtent l'os de l'épaule, sont marquées de veines nombreuses et fréquemment anastomosées entre elles.

La longueur de la distance du bout du museau à la dorsale , n'est pas deux fois et demie dans la longueur totale.

L'étendue de la dorsale égale l'épaisseur du corps ; la hauteur de cette nageoire est un peu moins que les deux tiers de sa longueur; elle a dix-huit rayons,

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•dont les trois premiers sont simples ; c'est le quatrième qui est le plus long. Le long de sa base on voit une rangée d'écaillés carrées et relevées , de manière à former avec celles du côté opposé une gouttière dans laquelle la dorsale s'abaisse, sans s'y • cacher tout entière.

L'anus est éloigné du bout du museau de deux fois et demie la hauteur du corps. Immédiatement en arrière commence l'anale, nageoire basse, allongée, qui a vingt -quatre rayons, dont les trois premiers sont simples : le premier de ceux-là est excessivement court. La longueur de cette nageoire est égale à la moitié de la hauteur du corps; la base est, comme celle de la dorsale, garnie d'écaillés de forme presque carrée, formant une gouttière dans laquelle l'anale s'abaisse sans s'y cacher entièrement. La distance entre la fin de l'anale et le bout de la queue est d'environ les quatre cinquièmes de la longueur de l'anale. L'épaisseur de la queue entre l'anale et la caudale fait le milieu de sa hauteur au même endroit. Elle échancre la caudale par une ligne circulaire. Cette nageoire est profondément fourchue; on y compte vingt rayons, et cinq ou six au-dessus et au-dessous qui n'atteignent pas l'extrémité des deux latéraux qui sont simples : les autres sont très -divisés. Sur la base des rayons branchus on voit pendant le tiers inférieur de leur longueur des écailles petites et transparentes. Les rayons mitoyens de la fourche portent une grande lame, en forme de palpite, étendue sur toute la longueur du rayon qui est sous elle ; en dedans de ces deux lames il y a deux autres moitiés moins longues et triangulaires.

La pectorale est petite ; elle est attachée près de la carène du ventre, vis -à- vis l'échancrure faite par les pièces operculaires et les derniers rayons branchiaux. Elle est pointue ; on lui compte seize rayons, dont le premier est simple. Près de son aisselle il y a cinq à six écailles allongées, relevées en arête, de manière à faire un petit creux dans lequel peut se placer la nageoire ; au-dessous d'elle, les écailles sont un peu plus grandes.

Les ventrales sont attachées au-dessous du commencement de la dorsale, au milieu de l'espace entre, la base des pectorales et la naissance de l'anale; elles sont petites, arrondies et soutenues par neuf rayons , dont le premier est simple. Il y a dans leurs aisselles deux écailles imbriquées, longues, pointues; l'inférieure étant la plus longue , et atteignant aux trois quarts de la longueur de la nageoire. En dessous d'elles, une seconde écaille de même forme, mais plus courte, est libre comme les précédentes.

Il y a plus'de quatre-vingts écailles depuis l'épaule jusqu'à la caudale, et vingt-quatre dans la hauteur. Elles sont presque carrées; leur bord radical est lisse et mince. Elles se recouvrent donc près des deux tiers de leur surface qui est striée par des lignes concentriques assez marquées. Leur bord libre est un peu festonné , finement dentelé , et leur surface est striée en rayonnant du centre à son bord.

C'est en dessous de l'écaillé qu'est la matière colorante qui lui donne de si beaux reflets. Sous le ventre nous comptons trente -trois pièces dans le chevron : la première n'a point d'apophyse mon-

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tante; ses épines commencent à paraître sur la seconde, et elles vont, en augmentant de longueur, jusqu'aux chevrons des ventrales ; elles diminuent insensiblement, à partir de ces nageoires jusqu'auprès de l'anus; la dernière pièce a encore des épines assez marquées.

Le dos est vert-olive pâle à reflets irisés et dorés; les côtés de la poitrine sont de la même teinte, mais plus pâle; la gorge, le ventre et les côtés, depuis la dorsale jusqu'à l'anale , ont une teinte verdàtre d'aiguë - marine à reflets nacrés, dorés et argentés les plus vifs. Le dessus du crâne est vert- olive brunâtre, sans pores ni écailles. Cette teinte s'éclaircit sur les opercules , qui prennent des reflets dorés. L'angle inférieur de l'opercule et du préopercule a une teinte verte à reflets argentés et nacrés.

Les opercules et les écailles des flancs sont finement ponctués de noir, et sur le haut de l'os de l'épaule en arrière de l'angle arrondi et supérieur des opercules, il existe une grande tache irrégulière de vert-olive foncé. La dorsale, la caudale et la pectorale sont d'un gris noirâtre ; l'anale est grise, finement pointillée de noir ; la ventrale est blanche.

A l'ouverture du corps, on trouve les deux laitances qui enveloppent le foie et une partie des intestins, de manière à ne laisser voir que les innombrables appendices ccecales qui étaient couvertes d'un grand nombre d'ascarides.

Le lobe gauche du foie est plus large que le droit. Il n'atteint qu'à peine le tiers de l'abdomen. Son bord droit, aminci, est très-découpé dans le

haut, et adhérent aux innombrables appendices cœcales; vers le bas il se divise en deux lobes irréguliers. Ces appendices sont plus courtes et moins nombreuses dans la femelle. Le lobe droit est aussi long, mais beaucoup plus étroit. Il est subdivisé en deux autres lobules, dont le supérieur, un peu plus large, entoure presque les appendices en rejoignant le lobe gauche. Le lobule inférieur a deux pointes inégales. C'est entre eux et sous l'intestin, qu'est placée la vésicule du fiel, qui est grande et pleine d'une bile verte très -foncée. Le canal cholédoque se replie un peu , descend pour s'ouvrir dans l'intestin au-dessous du repli du pylore, au-dessus des appendices cœcales. L'œsophage descend jusqu'au quart de la longueur de l'abdomen ; il s'ouvre dans l'estomac, qui en est le cul-de-sac, et qui descend jusqu'aux deux tiers de la longueur de l'abdomen. Près du cardia naît le pylore, presque aussi long que l'œsophage. Il est très-épais, musculeux et garni en dedans d'un velouté scabre , qui s'en détache aisément, comme celle du gésier d'une poule. L'œsophage et l'estomac sont un peu plus minces que le pylore, quoique assez épais encore. Ils sont garnis de six à sept plis longitudinaux trèsgros. Après le pylore, l'intestin se replie et va droit à l'anus. Son épaisseur est très-petite : il n'a aucun renflement. On voit d'abord en dedans s'ouvrir les nombreuses appendices cœcales, et puis toute sa surface est garnie d'une prodigieuse quantité de petites lames transversales , comme des valvules qui • s'écartent de plus en plus à mesure que l'on s'ap-

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proche de l'anus, en même temps qu'elles sont plus élevées.

La rate est longue, étroite, située entre la base inférieure droite de l'estomac et l'intestin ; elle a quelques lobules très-petits auprès de la pointe de l'estomac. La couleur est rouge foncé.

Les reins sont attachés tout le long de l'épine; leur consistance est très-molle. Ils sont séparés des autres viscères par un repli assez fort du péritoine.

La vessie natatoire est simple, grande, pointue à ses deux extrémités; ses parois sont minces, d'une couleur sanguine pâle.

Le canal aérien naît aux deux tiers de sa longueur. Il est très-gros et court. Il s'ouvre au fond de l'estomac, contre sa pointe même, par un trou rond très -grand, de plus d'une ligne et demie de diamètre. Ce canal se renfle un peu à son entrée dans l'estomac. La pointe antérieure s'arrête à la troisième vertèbre; elle est retenue au crâne par deux ligamens grêles et filiformes.

Les laitances occupent, comme nous l'avons dit, toute la longueur de l'abdomen. Elles sont épaisses à la région qui regarde le dos, et comprimées, tranchantes vers le ventre. Elles sont, chacune, divisées en plusieurs lobes d'inégale grandeur et de formes différentes. Elles sont de couleur de chair un peu vive, et sur leur surface on voit ramper une multitude de petits vaisseaux très -fins, et le plus souvent ramifiés en étoile.

Le squelette de l'Alose ressemble tellement à celui du hareng, que nous n'avons pas besoin d'entrer

dans des détails minutieux pour le faire connaître. Je dirai seulement que les frontaux sont beaucoup plus larges et plus écartés l'un de l'autre en avant. Aussi la surface du crâne, derrière l'ethmoïde, est-elle beaucoup plus grande. Les tubérosités de, l'ethmoïde sont aussi plus écartées ; les frontaux postérieurs sont plus larges et plus saillants sur les côtés du crâne. Les grands trous sous-pariétaux et sus-mastoïdiens sont beaucoup plus ouverts, mais la région occipitale est tout aussi complètement fermée que dans le hareng. Les prolongements styliformes des mastoïdiens sont longs et pointus. On voit d'une manière beaucoup plus prononcée dans l'alose que dans le hareng, les deux grandes apophyses lamellaires dans lesquelles se prolonge en arrière le sphénoïde, qui embrasse le basilaire. De chaque côté de cet occipital inférieur on observe le canal profond qui donne attache au ligament de la vessie, et il est facile de se convaincre sur l'examen de ces pièces qu'il n'y a au fond de ce sillon aucune communication avec l'intérieur du crâne, et par conséquent avec l'oreille.

La colonne épinière est composée de cinquaniesix vertèbres, dont les seize premières n'ont point d'apophyses réunies en V à la face inférieure. Les dix-huit premières apophyses épineuses sont doubles, parce qu'elles sont formées de deux stylets accolés; chacun d'eux donne sur le côté une longue arête qui remonte entre les muscles vers la région dorsale. Les vertèbres qui suivent sont une apophyse épineuse simple , dont la base ouverte en

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chevron forme, avec le corps de la vertèbre, le canal médullaire. Je compte au-dessous seize côtes pourvues chacune d'une arête horizontale qui naît au-dessous des arêtes de l'apophyse épineuse et audessous de ces côtes il y en a seize autres accolées aux premières, et qui, en se réunissant aux, branches des écailles en chevron du ventre, complètent l'arceau qui forme la cavité abdominale du poisson. Ces côtes sont suivies d'une double rangée , l'une supérieure, l'autre inférieure, d'arêtes pliées en chevrons, et d'une autre double rangée d'arêtes bifides, au nombre de dix -huit chacune; c'est là ce qui explique le nombre considérable d'arêtes qui existent chez l'Alose. Ce à quoi il faut encore ajouter les nombreuses arêtes perdues longitudinalement dans les muscles derrière le crâne , et qui tendent à se réunir avec les interépineux de la dorsale. D'autres arêtes simples existent de chaque côté de la queue. Enfin, l'on trouve encore une suite de pièces en chevron le long de la ligne latérale.

La description que je viens de donner a été faite d'après un individu complètement adulte. Mais il faut remarquer que les aloses, quand elles sont jeunes, n'ont pas encore perdu les dents de la mâchoire supérieure 5 qu'elles ont en outre une tache noire, placée un peu en arrière du scapulaire, et qui est quelquefois suivie de dix à .douze autres , diminuant de grandeur à mesure qu'elles s'approchent de la caudale. Ces taches sont plus ou moins mar-

quées , et le nombre en varie tellement que l'on ne rencontre jamais plusieurs individus qui les présentent semblables par le nombre ou l'intensité du ton. C'est aux aloses pourvues de clents, et aux flancs plus ou moins tachetés que tous les naturalistes qui m'ont précédé, et sans en excepter mes plus illustres maîtres, ont assigné le nom de Feinte.

J'ai suivi les différentes variations que présente l'espèce de l'alose, telle que je l'établis sur une comparaison de plus de cent individus rassemblés des divers points de l'Europe, et, comme je n'ai trouvé entre eux que des variations resserrées dans des limites assez étroites, qui ne s'éloignaient pas plus les unes des autres que les variations des nombreuses races du hareng, je me crois parfaitement autorisé à conclure, qu'il n'y a en Europe, et même autour de la Méditerranée, qu'une seule espèce, l'Alose commune. J'ai trouvé que les boucliers épineux de la carène du ventre varient entre quarantedeux et trente-sept, le nombre ordinaire me paraissant être trente -neuf. Les rayons de l'anale' sont ordinairement au nombre de vingt ; mais il y a des individus chez lesquels j'en ai compté vingt et un, sur d'autres vingt-deux, et enfin, un m'en a offert vingt- quatre. Les nombres de la dorsale me paraissent plus con-

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stants, et le plus ordinaire est de dix -sept, mais quelques individus en ont jusqu'à dixneuf. J'ai répété sur presque toutes ces variétés des anatomies, afin, surtout" de m'assurer des caractères spécifiques qui pourraient établir une séparation entre l'alose sans dents ou l'alose vraie de Cnvier, et la Ceinte ou l'alose à maxillaires dentés. J'ai fait ces anatomies sur les nombreux individus que j'ai observés dans presque tous nos ports de la Manche ou de l'Océan septentrional. Cette étude de la splanchnologie ou' du squelette a confirmé de plus en plus l'identité et l'unité spécifique de l'alose d'Europe.

Outre les nombreux échantillons qui abondent aux marchés de Paris, et qui viennent ordinairement d-e la Seine ou de la Loire, j'ai eu soin d'examiner des aloses de différents âges à Dieppe , au Havre , à Abbeville , au Grotoi et à Gayeux, où j'en ai vu pêcher en mer avec les Célans. Je l'ai aussi vu à Caen, à Cherbourg. M. Garnot en a envoyé de Brest, et M.me Magin a eu la complaisance d'en rapporter pour nous de Bordeaux. J'en ai des individus qui n'ont que trois pouces , et qui sont le produit du frai de ce poisson dans la Seine. J'en ai péché quelques-uns entre l'ile Saint- Denis et Argentcuil; d'autres ont été pris à

Quillebœuf: je les dois à l'extrême obligeance de M. Pouchet, qui les avait reçus des pêcheurs de Quillebœuf, sous le nom d Œillets: j'en ai examiné plusieurs centaines d'individus. L'examen d'un aussi grand nombre m'a fait aisément reconnaître le faciès de l'espèce. Je n'ai pas eu à ma disposition un. moindre nombre d'exemplaires pêches dans la Méditerranée ou sur son littoral. Ainsi, M. Delalande nous l'a rapportée des Martigues et de Marseille; M. le baron Laugier de Chartrouse nous l'a envoyée d'Arles; M. Savigny l'a prise à Nice; M. Hollard dans le golfe de. Gênes; MM. Pentland, Boroméo et Mayor l'ont envoyée du lac Majeur pour le Cabinet du Roi. Le premier de ces naturalistes, accompagnant M. Ricketts, l'a fait pêcher pour M. Cuvier dans le lac de Como. Feu notre confrère, M. Bosc, nous en a donné de nombreux échantillons du lac Garda. Nous avons déjà eu occasion de citer les exemplaires que M. Geoffroy Saint-Hilaire a rapportés du Nil, et depuis lui, MM. Ehrenberg et Pariset nous en ont donné d'autres exemplaires pris à Alexandrie d'Egypte. M. Viriet, l'un des naturalistes de l'expédition de Morée , se l'est procurée dans les eaux du Bosphore, et M. Guichenot, l'un des membres de l'expédition scientifique d'Algérie, en a rapporté plusieurs exemplaires

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pris dans la rade d'Alger. Mais nous avions eu, longtemps avant cette expédition, la preuve que cette espèce abonde sur la côte septentrionale d'Afrique, au nord de 1 Atlas, parles grands et beaux exemplaires que M. Maréchaux, consul de France à Tunis, avait envoyés du lac Biserte pour le Cabinet du Roi. Cette longue énumération prouve avec quel s'oin nous avons réunis ces nombreux exemplaires. Parmi eux, je signalerai, pour nous fixer sur les caractères de l'espèce , un individu que j'ai pris dans la Seine au mois de juillet après le frai; il est considérablement amaigri. Sa hauteur est sensiblement diminuée , et il offre plus de différence avec une alose pleine, que les harengs pleins et vides n'en ont entre eux.

Pendant que je faisais ces recherches sur ces poissons de nos environs, j'ai eu aussi occasion de pécher, vers la fin d'août et dans la première quinzaine de septembre, des petites aloses, longues de deux à trois pouces, qui se prennent dans les filets tendus à la descente. Elles ont le corps argenté avec cinq à six taches noires le long des flancs ; ce sont les petits, nés du frai de l'année, qui descendent le fleuve pour retourner à la mer. Les hommes, livrés depuis longtemps à l'art de la

pêche, et par conséquent fort expérimentés, me faisaient remarquer qu'ils ne prenaient jamais ces petites aloses au commencement du printemps, lorsque les grosses montent en rivière, et que ces petits individus n'entraient jamais aussi dans les filets tendus à la montée.

Les naturalistes qui nous ont envoyé les nombreux exemplaires cités plus haut, nous ont appris que les très-grandes aloses sur les bords du lac Majeur, portent la dénomination de Cioppa; les individus de moyenne taille sont les Agone, et les petits ont été envoyés. par M. Boroméo sous le nom de Sardine ou Sardella, qui est aussi, fort usité par les pécheurs du lac de Garda, dont les poissons sont très-vantés. Je vois que sur le lac de Como , les petites comme les moyennes ont le nom à'Agojie.

Le grand nombre d'exemplaires que j'ai ainsi réunis et que j'ai pu tous comparer entre eux , montre que notre Alose est la meure que YÀgone des Italiens. Il est tout aussi facile de démontrer, par la réunion et la comparaison des individus des côtes septentrionales, que l'Alose et la Feinte ne sont qu'un seul et même poisson.

L'espèce de la Chipée feinte a été établie par M. de Lacépede d'après des notes trans-

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mises par M. Noël de la Moiïnière , je les ai retrouvées dans les papiers que cet excellent homme m'a légués. Noël se trompait sur l'origine et sur la nature de ces Feintes, parce qu'il croyait que le nom de ces poissons venait de l'extrême ressemblance qu'ils ont avec l'alose, et de la facilité qu'on a de les confondre entre eux. Il écrivait à. M. de Lacépède que l'on disait alose feinte, alosa falsa, alosa jicta. Mais telle n'est pas l'origine de cette dénomination. On la trouve dans Albert le Grand, qui établit une distinction entre l'alose et la feinte, en racontant comment le Vint des Flamands, c'est-à-dire la Feinte des Français se prend au son des clochettes. Il dit que ce poisson ressemble beaucoup à l'Alose, mais qu'il est beaucoup plus rempli d'arêtes. Vincent de Beauvais a écrit Vent h. Il est bien clair que «c'est là la véritable étymologie du mot Feinte, dénomination qui est encore en usage aux environs de Dieppe et sur les côtes de Picardie. On ne peut conclure à une différence spécifique de l'assertion d'Albert le Grand ou de Vincent de Beauvais ; car le squelette , étudié avec soin , ne montre pas les différences indiquées par ces auteurs. Les taches ne peuvent pas servir à distinguer les deux espèces; car elles existent sur tous les

individus : elles sont plus ou moins apparentes, selon que le poisson a conservé plus ou moins bien ses écailles. La présence de ces taches avait frappé les auteurs de la renaissance. Or, Belon , qui essaie de distinguer l'Alose ou le Cieppa des Italiens de son Àgone, qui serait la Feinte, refuse a celle-ci des dents. Il dit positivement : Oris rictum habent grandiusculum sine dentibus. Salviani dit aussi de son Agone qu'elle manque de dents : Os edentatum. Rondelet n'aurait pas manqué de distinguer les deux espèces, si el1 js existaient. A partir de Willughby, il faudrait admettre qu'aucun auteur n'aurait connu ni observé l'alose ; car Duhamel, Bloch, Klein, Linné ne parlent que de la Feinte, c'est-à-dire d'une alose à flancs tachetés. Eri relisant même les notes de Noël de la Morinière , d'après lesquelles M. de Lacépède a établi son Clupea fallax , dénomination que M. Cuvier n'a pas voulu adopter et qu'il a changée en celle de Clupea Jînta , il est facile de voir que Noël lui transmettait des observations que lui donnaient les pêcheurs sur l'âge des aloses ou sur les saisons, d'où, dépend le goût de la chair des poissons.

, C'est d'après des documents puisés à une même source que M. de Lacépède a établi aussi sa Chipée Rousse {Clupea rufa). C'est

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une variété que Noël appelle aussi une alose d'été, que l'on prend quelquefois en abondance aux environs de Villequier, dans le lac de Tôt, depuis la pointe du Hode jusqu'aux Aisiers. Il dit que ce poisson n'offre jamais ni œufs ni laitance en telle saison qu'il soit péché. On lui donne le nom de Rousse, parce qu'elle a la chair moins blanche que l'alose. Après avoir raconté que cette Rousse est une alose, la sédentaire dans les eaux de l'embouchure de Seine, il ajoute que les pêcheurs de Villequier disent que ce sont des aloses qui se remettent du frai. Il donne encore quelques autres détails sur l'excellence de la chair; mais ils sont souvent contradictoires. Ce qui me fait ajouter peu de foi à ces renseignements, c'est que je me suis adressé à M. Pouchet, professeur d'histoire naturelle à Rouen , en le priant de faire des recherches au sujet de cette variété, et que le nom de Rousse est aujourd'hui tout à fait inconnu dans la basse Seine.

Tous ces motifs, joints à l'examen des matériaux que j'ai signalés plus haut, me font donc croire qu'il n'y a en Europe qu'une seule espèce d'alose. Elle est rare dans les contrées septentrionales; car Linné ne la compte pas. dans le Fauna suecica. M. Reinhardt ne la cite pas dans l'Iclithyologie du Groenland, ni

Friedrich Faber dans celle de l'Islande; et les auteurs des Faunes septentrionales qui en font mention , disent tous quelle est rare dans la Baltique ou sur les côtes occidentales de la Suède ou du Danemarck. M. Retzius 1 la citée sous le nom de Clupea alosa, et M. Nilsson2 sous le nom de Clupea Jïnta pris dans Cuvier. Ces deux auteurs s'accordent à lui donner, comme nom suédois , Stak-sill.

Je trouve dans Mùller3 les noms de Brisling, Sildinger, Sardeller.

Notre poisson est beaucoup plus commun en Angleterre. Depuis Pennant, tous les auteurs en parlent, et tous s'accordent sur une dénomination anglaise uniforme , celle de Shad. Toutefois ils en reconnaissent deux variétés, l'une, la vraie alose, et une seconde, la Twaite, qui resterait toujours plus petite que l'alose et ne la dépasserait jamais. Ils distinguent celle-ci, à cause d'un plus grand nombre de taches rondes sur les côtés : c'est la Variété que Donovan 4 figure sous le nom de Shad; c'est aussi celle qu'ont indiquée Turton, Couch, Flemming. M. Yarell a adopté la

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