Pallas, Reise, I
naire, excepté que celle-là n'aurait pas de tache noire.
Tous les auteurs dont je viens de rapporter les différents passages relativement aux aloses ou aux feintes, se fondent aussi, pour distinguer les deux espèces, sur la différence de goût qui peut exister entre les deux poissons. Je ferai observer, que ces différences sont tout à fait individuelles, que les aloses qui paraissent les premières, sont les plus grandes, les plus grasses , les mieux nourries , et que c'est pour cela qu'elles sont meilleures. Je trouve d'ailleurs dans les notes de Noël de la Morinière, que les pêcheurs de la basse Seine distinguent plusieurs variétés de feintes. Ces variétés se rapportent à leur taille ou au temps de leur apparition : les feintes les plus grandes sont plus estimées et plus délicates que les feintes bretonnes, qui sont les plus petites et qui n'ont pas encore frayé. Il faut d'ailleurs remarquer, que les aloses prises en mer ou dans l'eau saumâtre, sont beaucoup moins bonnes que les aloses prises à la remonte en rivière.
L'alose , comme le saumon , passe des eaux salées dans les eaux douces pour y frayer; la force de natation des clupéoïdes est bien inférieure à celle de ces malacoptérygiens; l'alose
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ne franchit pas les cascades , elle cède même volontiers à ^impétuosité des crues d'eau.
Un grand nombre de pêcheurs croient que les aloses meurent dans l'eau douce après y avoir frayé. Quelques observations que j'ai faites dans la Seine me feraient aisément admettre cette assertion; cependant je ne retendrais pas à tous les individus. J'ai souvent rencontré, à la lin de juin, des aloses amaigries et exténuées, qui, n'ayant plus la force de nager, se laissaient emporter par le courant, couchées sur le dos; mais elles n'étaient pas mortes.
Autrefois on salait beaucoup l'alose; maintenant ce poisson est consommé frais sur les lieux. Cela tient, au moins pour la Seine, à ce que l'on prend dans ce fleuve beaucoup moins d?aloses qu'autrefois. Elles ont disparu, dit-on, depuis que l'on a laissé établir sur les cours d'eau un trop grand nombre de lavages de laine de mouton imprégné du suint.
L'alose est tourmentée par un assez grand nombre de vers intestinaux, et entre autres par le Filaria piscium; on y trouve encore des Ascarides, un Lchinorhynque, des Distomes et un Botryocéphale. Rudolphi nous a donné l'indication de ces vers que j'ai observés pour la plupart.
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L' Alose Eba.
(Alausa Eba, nob.)
Nous avons reçu de Gorée par les soins de M. Rang une alose à corps allonge, large de l'avant, rétréci seulement en arrière.
La hauteur est quatre fois et un tiers dans la longueur totale; la tête, beaucoup plus courte, y est comprise cinq fois et un quart. Je ne sens aucune espèce de dents. L'opercule est haut et étroit; le sous-opercule est à peu près du quart de la hauteur de l'opercule. Le dessus de la tête est plat; les ouïes sont largement fendues; les rayons branchiostèges sont grands : l'externe est très-large ; la membrane branchiale est tronquée en arrière. La dorsale est insérée sur le devant, à peu près au commencement du second tiers du corps; son bord est échancré. L'anale est très-basse et reculée : ces deux nageoires peuvent se cacher dans une rainure formée par des écailles un peu larges. La caudale est très-profondément fourchue : elle a de larges écailles en palette à son extrémité, comme nous en avons vu sur la queue de l'Alose et des Chanos, avec lesquels ce poisson a d'ailleurs une certaine ressemblance générale. La pectorale est très -pointue; les ventrales sont petites.
Les écailles sont grandes, beaucoup plus hautes que larges. Leur portion radicale a quatre ou cinq 20. 27
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stries verticales, tandis que la partie nue en a de nombreuses longitudinales.
Je compte quarante-six rangées ^'écailles entre l'ouïe et la caudale. La couleur paraît verte sur le dos, argentée sous le ventre; la pectorale offre une grande tache noirâtre à l'intérieur et argentée en dessous. La caudale est grise.
Nous possédons plusieurs exemplaires de cette espèce, qui atteint près d'un pied de long. Outre les individus bien conservés que M. Rang a déposés dans le Cabinet du Roi, j'en trouve un exemplaire parfaitement inconnaissable, malgré son mauvais état de conservation, dans les peaux desséchées qu'Adanson a rapportées du Sénégal. Cet académicien avait écrit sur ses notes, que les Qualoffs désignent ce poisson par le nom (XEba; je le lui ai conservé pour dénomination spécifique.
Z/Alose a dorsale noire.
(Alausa dorsalis , nob.)
• Le même officier de marine avait rapporté de la côte d'Afrique une seconde espèce,
qui a le corps plus court; le tronc plus haut; la tête plus longue et plus large entre les yeux que la précédente. Sa hauteur est trois fois et deux tiers dans la longueur totale. La tête est presque aussi longue que le corps est haut. L'opercule est large,
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mais beaucoup moins élevé que dans l'espèce précédente; et au contraire, le sous-opercule est plus grand et plus pointu vers le haut. La courbure du ventre est très -fortement prononcée. La dorsale commence sur le milieu du tronc ; l'anale est longue, mais beaucoup moins basse. La pectorale est pointue et coupée en lame de faux; la caudale est profondément fourchue.
Les écailles sont semblables à celles de l'espèce précédente pour la distribution des stries et pour leur hauteur proportionnelle. J'en compte quarantehuit rangées entre l'ouïe et la caudale, et comme le tronc est beaucoup plus court, ce nombre d'écailles démontre que les écailles de celte espèce paraissent plus petites. Le dos est verdâtre; les flancs et le ventre sont argentés. La dorsale a la pointe noire ; la caudale est grise ; les autres nageoires sont tout à fait incolores.
L 'Alose tyran.
(Alansa tyrannus } Dekay.)
Si nous passons des côtes africaines de l'Atlantique aux rives de l'Amérique septentrionale , nous trouvons ce pays aussi riche en aloses qu'en autres clupéoïdes. Une espèce qui atteint au moins la taille de notre alose, est celle que M. Dekay a décrite et figurée sous le nom iïAlausa tjrannus.
La hauteur est comprise trois fois dans la distance du bout du museau au centre de la fourche de la caudale. La tête est petite : elle est comprise cinq fois et deux tiers dans la longueur totale. Le maxillaire a des carènes longitudinales très- marquées , et pourrait donner presque le même nom aux stries rayonnantes de l'opercule. La dorsale est basse et tronquée presque au milieu du corps; l'anale est longue et très-peu élevée ; la caudale est fourchue; les autres nageoires sont obtuses.
Les écailles sont presque carrées, mais la portion radicale est de beaucoup la plus grande partie : elle porte dix ou douze stries verticales et pliées au centre un peu en chevron. Le bord de l'écaillé est cilié. J'en compte cinquante-sept rangées entre l'ouïe et la caudale. La couleur est verdâtre ou bleuâtre sur le dos, un peu jaune sur les flancs et argentée sous le ventre. Une tache noirâtre assez marquée existe au haut de l'épaule , et il y a huit ou dix rangées longitudinales de points noirâtres sur la partie rembrunie du corps.
Nous avons reçu de nombreux exemplaires de cette espèce par les soins de MM. Lesueur et Milbertj parmi eux il y en a qui ont près de deux pieds de long. Le premier de ces naturalistes nous les envoyait sous le nom de Summer - herring. Je retrouve cette dénomination dans Mitchill pour son Clupea œstivaliS) qu'il a caractérisé par une rangée de sept
à huit taches noires le long de la ligue latérale, ce qui me fait croire que cette espèce ne diffère pas plus du clupea vernalis ou du Spring-herring des Américains, que la Feinte ne diffère de notre alose : c'est encore l'Alewive des États-Unis. Cette espèce est aussi décrite sous ce nom dans les excellents mémoires ou dans les beaux ouvrages de MM. Latrobe, Mitchill, Storer et Dekay. Elle doit être extrêmement abondante à la côte de Massachusets de mars à mai, puisque le docteur Storer dit qu'on en a rempli cinq mille barils dans l'année i836. M. Dekay observe, qu'à New -York,, le poisson n'apparaît que dans le mois d'avril; mais qu'il n'y vient pas en nombre assez considérable pour être l'objet d'une pêche spéciale.
.L'Alose savoureuse.
(Alausa prœstabilis , Dekay.)
Tous les auteurs américains s'accordent à distinguer, sous le nom d'Alose proprement dite [Comnion Shad ou American Shad) , une espèce dont 'les formes me paraissent extrêmement voisines de celles de la précédente, tellement que si je ne respectais l'autorité de naturalistes éminents établis sur les
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lieux, j'inclinerais à croire qu'il s'agit encore ici de la même espèce, examinée seulement dans une saison où les couleurs du poisson seraient un peu différentes.
Il paraîtrait cependant que l'anale aurait un ou deux rayons de plus; car MM. Storer et Dekay en portent le nombre à vingt.
D. 18; A. 20, etc.
Je ferai remarquer que nous avons compté dixneuf rayons à l'anale de l'espèce précédente, tandis que les naturalistes américains n'en comptent que dix -huit.
Ce poisson a été confondu avec l'Alose d'Europe par Schœpff1 et Mitchill2; mais elle est certainement d'une espèce distincte. On . la trouve répandue dans toute l'Amérique, depuis les états du Maine jusque dans la Caroline du sud ou dans la Virginie. M. Dekay 3 en a donné une bonne figure et une très-longue description, dont les traits principaux sont aussi rapportés dans l'histoire des poissons du Massachusets4 et dans le Synopsis5 des poissons de l'Amérique septentrionale par