G7 SUPPLÉMENT
au chap. VI du livre XX, tome XIX, p. 546.
Du genre DUSSUMIÉRIE, et en particulier de la Dussumiérie a museau aigu (Dussumieiia acuta, nob.)
Lorsque j'ai fait l'an dernier le travail préparatoire qui m'a conduit à la classification des Chipées que j'ai présentée dans ce volume , et à séparer de la famille des Ciupéoïdes de Cuvier les divers genres dont il a été succesvement question dans la description des familles précédentes , je n'avais pas examiné le poisson qui va faire le sujet de ce supplément, parce qu'il se trouvait confondu avec nos Sardines sous la dénomination de Sardine à tête pointue de la côte malabare. On lui donne en effet à Bombay le nom de Sardine. La ressemblance extérieure que ce poisson a avec les espèces de ce genre semble justifier cette dénomination. J'avoue que j'ai été pendant quelque temps assez embarrassé, parce que je croyais que cette espèce venait
faire une fâcheuse exception, à cause de son ventre lisse et sans dentelures, à notre série des dupées à ventre dentelé. Mais en l'examinant avec attention, je n'ai pas tardé à reconnaître que ses caractères zoologiques sont très-différents de ceux de nos Sardines et qu'elle a été confondue très-improprement avec les espèces de ce genre sous cette dénomination vulgaire. Ce poisson a en effet des dents aux mâchoires, aux palatins, aux ptérygoïdiens et sur la langue. Le vomer est lisse. Les dents palatines et ptérygoïdiennes forment deux plaques oblongues en râpe fine, qui rappellent tout à fait ce que nous avons observé dans les Êlops. D'un autre côté, le nombre des rayons de la membrane branchiostège rapproche aussi notre poisson des Ëlops. On ne peut cependant placer ce genre dans cette famille, parce que la Dussumiérie n'a point entre les mâchoires cet os sublingual caractéristique des Ëlops et des Amia. Il faut aussi remarquer que les Butyrins, malgré leur mâchoire lisse, portent des dents au palais et ont douze rayons à la membrane branchiostège. Ces rapprochements aident à assigner la place que doit tenir le poisson qui fait le sujet de cet article. C'est entre les Butyrins et les Élops qu'il viendra se -.placer.
CHAI'. VI. BUTHMNS. 4(>î)
Je ne connais encore qu'une espèce de ce genre- Ce poisson a le corps oblong, assez épais. La hauteur, un peu plus courte que la tête, est cinq fois et demie dans la longueur totale; la tête n'y étant pas comprise cinq fois. L'œil est recouvert d'une paupière adipeuse très -épaisse; il est assez orand, car son diamètre mesure le tiers de la lorigueur de la tête. La mâchoire inférieure dépasse a peine la supérieure : elles sont finement dentelées toutes deux et nous avons déjà dit que les palatins, les ptérigoïdiens et la langue sont aussi couverts de petites dents en râpe très-fine. Le vomer est lisse; on observe cependant sur plusieurs individus quelques âpretés sur la longueur de l'os quand on a enlevé la muqueuse du palais. Je fais cette observation pour que l'on ne se trompe pas sur la diagnose du senre. Les ouïes sont très-fendues. La membrane branchiostège est étroite et laisse apercevoir facilement les quinze rayons qui la soutiennent. La dorsale est au milieu du corps. L'anale est courte et petite. Les ventrales correspondent au milieu de la dorsale; elles sont petites, triangulaires et ont entre elles une écaille assez large qui dépasse les rayons. La pectorale a aussi une longue écaille dans son aisselle. La caudale est si profondément fourchue que les deux lobes ont l'air d'être séparés.
Les écailles sont petites, tombent facilement; elles ont lé bord libre cilié. La couleur est bleue sur le
dos , argentée sur tout le reste du corps. Les nageoires sont incolores, la caudale seule a beaucoup de noirâtre.
J'ai examiné les viscères de ce poisson et j'y trouve un œsophage assez long, recevant auprès du cardia le conduit pneumatique. L'estomac est un sac oblong, étroit, donnant vers le haut une petite branche montante à parois charnues. Le pylore est trèsétroit, et il est entouré de nombreux cœcums. La vessie aérienne est petite : son canal naît au milieu de sa longueur.
Tel est le poisson dont M. Dussumier nous a rapporté un nombre considérable d'exemplaires. Il les a pris presque tous à la côte malabare, où ce poisson excellent à manger et très-sain y arrive par bandes innombrables à la moisson d'été, mais pêle-mêle avec l'espèce de Melette décrite dans ce volume, page 377, sous le nom de Melette venimeuse, parce que la chair de ce poisson est quelquefois si dangereuse que son ingestion peut causer la mort. L'espèce a été aussi retrouvée par ce voyageur à la côte de Coromandel. Elle y avait été observée auparavant par M. Leschenault et plus anciennement par Sonnerat. Le premier de ces deux naturalistes l'avait indiquée dans ses catalogues sous le nom de Mode- Kintè\ mais j'ai cru devoir dédier le genre à M. Dussumier, non-seule-
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ment pour lui donner un nouveau témoignage de la gratitude que nous ont inspirée les sacrifices qu'il s'est imposés pour servir avec tant de zèle l'ichthyologie , mais encore parce que c'est lui qui a indiqué dans ses notes tout le parti que l'on pourrait tirer d'une espèce qui rendrait dans l'Inde des services tout à fait comparables à ceux que nous tirons de nos Sardines européennes.
Je crois devoir rapporter à ce poisson le Clupea micropus de MM. Temminck et Schlcgel1. Leur description est tout à fait conforme ; mais ils n'indiquent que huit rayons à l'anale. Ce serait, dans ce cas, une seconde espèce du genre.
Son nom japonais est Etrumeiwasi.
Je profiterai des nouvelles remarques que je viens de faire sur les Butyrins et sur les Éiops, pour dire que je n'ai distingué les Mégalopes des Élops qu'à cause du prolongement du dernier rayon de la dorsale en un long filet. Je trouvais ce genre établi par M. de Lacépède, adopté par M. Guvier, j'ai cru devoir suivre l'exemple de maîtres aussi illustres. Cependant le Cailleu-Tassart nous a montré un prolongement semblable dans
1. Temm. et Schl., Faun. j'ap. Pisc, pag. 236, pi. 107, fig. 2.
une de nos espèces de Melettes; les autres ont une dorsale sans aucun filet. On verra les mêmes changements se reproduire dans les espèces de Chatoessus; aussi, aujourd'hui je n'hésite plus à dire que le genre Mégalope ne doit être considéré que comme une simple division des Éiops, et que ce nom fixé par Linné doit être seul conservé.