‹ Histoire naturelle des poissons (volume 4)Chapitre 102 sur 108 · Linn., Mus. Ad. Fn'd. . pi. 3o, fig · texte numérisé non relu

Linn., Mus. Ad. Fn'd. . pi. 3o, fig

Bloch, qui a vu à Paris le poisson rapporté de Surinam par Levaillant, a commis la même erreur relativement à cette synonymie, qu'il copiait dans Gronovius; mais il a, avec raison, considéré ce poisson à queue rayée comme synonyme de l'espèce décrite et figurée dans le Muséum ichthyologicum. Cette synonymie, jointe à la diagnose assez bien faite de cet Erythrinus, sert à nous faire reconnaître le Synodus erythrinus de Bloch.

Le Maturaque de Marcgrave.

{Eiythrinus palus tris , nob.)

Je crois que le Maturaque de Marcgrave doit appartenir aux Érythrins; car il dit positivement :

que les dents sont petites , oris pars inferior paulo longior superiori, et in inferiori sex denticulos acutissimos habet; in superiori aliquot minimos. En comparant ces expressions à celles qu'il emploie dans la description de son Tareira de Rio, je suis porté à croire qu'il avait sous les yeux une espèce d'Érythrin. Je la crois différente de toutes celles que j'ai examinées, parce que les couleurs que l'on trouve sur le petit dessin original des peintures du prince Maurice de Nassau, conservées dans la bibliothèque royale de Berlin,

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sont un noir foncé sur le dos , sur toutes les nageoires, et qu'il n'offre aucunes traces de bandes ni de taches. Les côtés et le ventre sont gris, avec quelques reflets dorés. Ces couleurs se rapportent parfaitement à celles indiquées par Marcgrave.

Il assure que l'on ne le prend que dans les eaux stagnantes et non dans les fleuves. La chair est de bon goût : il en a souvent mangé. On porte sa grosseur à trois ou quatre pouces.

Z/Ërythrin sauvé.

(Erythrinus salvus , Agassiz.)

C'est une espèce de ce genre que M. Agassiz a retirée de l'estomac d'un Macrodon, qui avait avalé l'individu sujet de la description de cet habile zoologiste 5 par suite de cette circonstance, il a donné à ce poisson l'épithète que nous lui avons conservée. La description détaillée de cet auteur porte, en général, sur des caractères qui appartiennent plus au genre qu'à l'espèce.

Il désigne la tête comme courte et très -obtuse; il dit que la caudale, arrondie, était tachetée de noir.

M. Agassiz n'a d'ailleurs vu qu'un individu mal conservé, qui existe encore au Musée de Munich et qui vient du Rio San Francisco.

DES MACRODONS.

On doit rétablissement du genre Macrodon à M. J. M aller. Il a remarqué, avec raison, qu'un certain nombre d'espèces classées parmi les Érythrins ont des différences assez marquées dans la forme de leurs dents pour que l'on puisse faire de ces poissons un genre particulier; mais l'on va voir que ce savant anatomiste s'est trompé sur plusieurs points essentiels dans la diagnose de son genre.

Les Macrodons ont, en effet, des dents coniques sur les intermaxillaires, les maxillaires et la mandibule. Elles sont disposées sur un seul rang et inégales entre elles; ordinairement une, plus grande , a de chaque côté de sa base une ou deux dents coniques beaucoup plus courtes. Les fortes dents, ou les canines de la mâchoire inférieure, sont reçues dans des fossettes correspondantes, creusées sur les bords de la voûte palatine; elles traversent même les os intermaxillaires. Les palatins ont une rangée externe de leurs dents coniques et serrées, plus grandes que les dents en velours adhérentes au reste de l'os; elles sont d'ailleurs placées d'une manière remarquable : ces dents palatines sont implantées sur un arc concentrique à celui des mâchoires, et sans interruption

CHAP. XI. MACRODONS.

sur la ligne médiane, tant les deux côtés sont rapprochés; une petite plaque mobile, à cause de l'élasticité du pédoncule osseux qui la porte, semble détachée de la plus grande qui couvre le reste de l'os , de sorte qu'à un premier aperçu il est facile de regarder la première comme une plaque palatine, et la seconde comme appartenant à un autre os. M. Mùller a parfaitement représenté cette disposition, tab. III, fîg. 2, sur la planche où il a donné la figure des dents de notre première espèce; et je crois même qu'il a jugé, comme je l'ai supposé tout à l'heure, puisqu'il dit dentés — in osse palatino et pterygoideo plagam continuant arcuatam formantes > diagnose opposée à celle qu'il indique pour les Ërythrins : c'est en cela qu'il s'est mépris; car le fait est qu'il n'existe aucune dent sur le ptérygoïdien : toutes celles que l'on voit au palais appartiennent à l'os palatin. Je l'ai examiné avec le plus grand soin sur le squelette : j'y reviendrai en en donnant la description.

J'ajouterai encore aux caractères des Macrodons, de n'avoir qu'une seule plaque surtemporale ; caractère très - facile à saisir à l'extérieur, et qui est en rapport avec la différence de faciès des Macrodons.

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Les organes digestifs et génitaux ressemblent à ceux des Êrythrins. La vessie aérienne est de même divisée en deux lobes. Ses deux membranes sont aussi distinctes; le conduit aérien est aussi long et s'ouvre dans l'œsophage comme dans les Êrythrins. La vessie antérieure s'appuie sur les apophyses particulières de la troisième et de la quatrième vertèbre. Ses formes extérieures la rendent donc semblable à celles du genre précédent; mais elle en diffère parce que les parois de la seconde vessie n'offrent aucune cellule. On observe encore deux brides longitudinales ; l'une à la face supérieure ; l'autre à la face inférieure du cône, mais il n'y en a point sur les faces latérales.

Les Macrodons, ainsi caractérisés, forment un groupe assez distinct des Êrythrins. Ils vivent dans les mêmes eaux, confondus avec les précédents. Leurs habitudes carnassières sont aussi les mêmes.

Nous en avons réuni un grand nombre d'individus qui appartiennent à cinq espèces distinctes. Je fais aussi rentrer dans ce genre Y Erytlirinus Guavina, que M. Muller n'a pas cru devoir y classer.

On ne trouve dans les auteurs que les seules figures de M. Agassiz, qui se rapportent avec celles du Guavina au genre dont nous traitons.

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Il est probable que Bloch a eu cependant sous les yeux un Macrodon, dont il a donné une courte description et une figure extrêmement incorrecte sous le nom (XEsox malabaricus. Il est certain que, ni les dents ni les diverses parties de la tête n'ont été étudiées ni par l'auteur ni par le peintre; que les couleurs données par celui-ci, soit au corps, soit aux nageoires, sont à peu près arbitraires. Bloch a fait dans son texte quelques confusions, dont il est difficile de trouver maintenant la clef; car il prétend qu'il a reçu ce poisson en cadeau du missionnaire John, et tout en disant que ce Macrodon se trouve dans les rivières du Tranquebar, il le compare, dans ses notes, au poisson figuré dans les peintures originales du prince Maurice de Nassau et à la description de Marcgrave, sans dire, cependant, de quelle espèce il entend parler. Cet Esox malabaricus est donc une dénomination spécifique que l'on doit rayer des catalogues ichthyologiques et même de la synonymie; on devra en faire autant de son dérivé, le Sjnodus malabaricus du Système posthume.

Il est une autre figure, publiée par Linné dans le Musée du prince Adolphe -Frédéric, pi. XXX, n.° 27, que Gronovius a associée à son Erythrinus , mais que je crois être un

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Macrodon, à cause de la longueur de la tète et des gros points noirs de la dorsale ; cependant le dessin est si mauvais que je n'ose pas en dire davantage. J'en parle cependant parce que la figure ayant paru d'abord sous le nom de Cjprinus cjlindricus , Linné, dans sa douzième édition, l'a employée comme synonyme de Cypr.cephalus, en y associant ensuite d'autres citations qui appartiennent à un véritable Able, de sorte que ce Cjpr. cephalus, qui devait, dans la pensée de Linné, servir à dénommer très-probablement quelques-uns de nos Ables, soit le Cjpr. Jeses (Alandt) ou le Cjpr. Dobula (Dôbel) devient une espèce imaginaire qu'on ne doit plus citer en ichthyologie.

Le Macrodon tareira.

{Macrodon tareira, nob.)

Le Tareira de Marcgrave est l'espèce qui paraît la plus abondante, à en juger par les nombreux individus réunis dans les différentes collections de l'Europe. On peut comparer sa forme générale à celle de nos Truites.

Son dos est épais et un peu arrondi; les flancs sont méplats; le ventre est rond; l'épaisseur est à peu près la moitié de la hauteur, et celle-ci le cinquième de la hauteur totale.

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Latêle, en n'y comprenant pas le bord membraneux de l'opercule, mesure le quart de cette même longueur totale. Le bord membraneux de l'opercule est lui-même assez large et un peu plus fort que la moitié du diamètre de l'œil, lequel mesure le septième de la distance prise entre le bout du museau et les stries du bord membraneux. L'orbite, placé sur le haut de la joue, entame un peu la ligne du profil. Celui-ci est large et soutenu entre les deux narines , un peu concave vers la nuque, et convexe jusqu'à la dorsale. Le dessus du crâne est large. La cavité de la narine est tout près de l'œil. L'ouverture antérieure est petite et entourée d'une papille visible, sans faire, cependant, un tentacule semblable à celui des Érythrins ; l'ouverture postérieure est tout près du cercle de l'orbite; elle est large, oblongue, mais non papilleuse. Le museau est gros et arrondi. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure. Les intermaxillaires sont courts; ils portent chacun deux grosses dents canines, pointues et comprimées en triangle isocèle, dont les bords tranchants font de ces organes une véritable lancette en avoine. Chacune de ces deux grosses dents, écartées l'une de l'autre, a à sa base deux ou trois petites dents courtes , aussi aiguës que les grandes. Les dents du maxillaire sont toutes serrées l'une contre l'autre, et vont en diminuant successivement depuis les deux premières, qui sont les plus grandes, jusqu'à la dernière. J'en compte environ quarante. A la mâchoire inférieure il y a d'abord trois petites dents; puis une quatrième, un peu plus longue, et une cinquième, grosse canine

droite, qui est reçue dans une fossette creusée derrière l'intermaxillaire. Je vois suivre trois petites dents coniques; puis une petite fossette pour recevoir la dent canine supérieure; ensuite six ou huit petites dents; puis, à quelque distance et séparées lune de l'autre, deux longues dents, ayant chacune de chaque côté de la base une ou deux petites dents pointues; puis, enfin, et comme sur un second plan et un peu reculé, une série décroissante de douze petites dents au moins. Il y a des dents sur les palatins , et elles présentent ce caractère fort remarquable , que les premières forment une petite plaque ovale et allongée, rapprochée de sa congénère le long de la ligne médiane, et que l'on prendrait facilement pour le véritable palatin. On voit à la suite de ce petit groupe de dents la plaque allongée adhérente a l'os palatin. La rangée externe est composée de dents coniques et plus longues que les petites dents en herse implantées sur le reste de l'os. La langue est large, libre et charnue. L'os lingual est couvert d apretés , disposées sur deux plaques , qui semblent n'être que la continuation des arceaux des branchies. Les pharyngiens supérieurs ont aussi de très -fines dents. Quand la bouche est fermée, la plus grande portion du maxillaire se trouve cachée sous la chaîne des osselets sous-orbitaires. On ne voit qu'une bandelette étroite, charnue, semblable à une sorte de lèvre, séparée du reste par un sillon peu profond. Quant au maxillaire luimême, il n'est formé que d'un seul os étroit sous l'œil, dilaté en arrière et vers le bas en une très-

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large palette, recouverte en entier par le troisième sous-orbitaire. Le premier de ces osselets est étroit et un peu court; il va de la narine jusqu'au-dessous du cercle de l'orbite. Le second sous-orbitaire forme une plaque triangulaire, à côtés arqués comme une sorte de triangle sphérique; le troisième sous-orbitaire est situé au-dessous et en arrière de celui-ci, de manière à ne pas atteindre le cercle de l'orbite; le quatrième est une espèce de grand triangle irrégulier, touchant aussi à peine au cercle de l'orbite, et dont la base monte le long du bord du préopercule; le cinquième sous-orbitaire est plus étroit, presque triangulaire; il revient cerner le bord de l'orbite; enfin, la sixième pièce est un os oblong, fort étroit, situé entre l'œil et la plaque mobile, mastoïdienne. Tous ces os sont striés ou ciselés plus ou moins profondément. Il en est de même de l'opercule et du sous- opercule; mais les deux autres os de l'appareil operculaire sont recouverts, ainsi que la mâchoire inférieure, d'une peau épaisse et adipeuse, de sorte que ces deux-là paraissent lisses. L'opercule est large; son angle postérieur est arrondi; le sousopercule, coupé en croissant, complète le contour de cet os; ce que l'on voit du préopercule est extrêmement étroit, la plus grande partie se trouvant cachée sous la cuirasse osseuse que le sous-orbitaire fournit à la joue. Les ouïes sont très-largement fendues. La membrane branchiostège se continue en un large bord membraneux operculaire; elle est soutenue par cinq larges rayons osseux. Malgré la largeur de la langue, l'isthme de la gorge est étroit,

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à cause de la dilatation des branches de la mâchoire inférieure. La ceinture humérale est osseuse et assez visible à l'extérieur. Le scapulaire a le bord festonné ; lhuméral est presque coudé à angle droit, et c'est au-dessous de la portion antérieure que l'on voit l'insertion de la pectorale. Celte nageoire égale la ventrale, qui répond au troisième ou au quatrième rayon de la dorsale; celle-ci est quadrilatère, presque aussi longue que haute, et la distance de son premier rayon au bout du museau, reportée en arrière, égale, à très -peu de chose près, l'espace entre le dernier rayon et l'extrémité de la queue. L'anale et la caudale sont arrondies.

Les écailles sont de moyenne grandeur, à peu près comme le seraient celles d'un Gardon (Cyprînus ruiilus) ou d'un Meunier {Cyprînus dobulci) de même grandeur. J'en compte quarante entre l'ouïe et la caudale. Une écaille a le bord radical assez nettement strié; ces stries se poursuivent en cercle le long du bord libre; le centre de l'écaillé est réticulé. La ligne latérale, étroite, est tracée par une suite de tubulures assez grosses.

La couleur est un verdâtre rembruni, mêlé de taches roussâtres ou jaune doré sur le dos. Les taches jaunes s'élargissent sur le bas des flancs; mais ces couleurs s'éclaircissent un peu quelquefois et souvent aussi le corps est rayé de traits longitudinaux noirâtres.

J'ai sous les yeux plusieurs exemplaires qui offrent des passages insensibles entre les individus rayés et

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ceux à corps d'une teinte uniforme. Le dessous du ventre devient tout à fait jaunâtre; le dessus de la tête et les joues sont noirâtres; le dessous de la mâchoire inférieure et de la membrane branchiostège est gris, quelquefois d'une teinte uniforme; mais souvent aussi la peau est marbrée de taches noires, qui augmentent beaucoup l'intensité de la coloration de la gorge. Nous avons une suite de variétés, depuis la teinte grise uniforme jusqu'aux marbrures les plus serrées et les plus foncées. Les nageoires paires sont presque noires, avec des taches perdues dans le fond et à peine visibles. Les trois nageoires impaires ont la membrane jaunâtre, avec des taches irrégulières plus ou moins bleuâtres, confluentes, et dessinant quelquefois des traits plus ou moins ondulés. Cette disposition est surtout remarquable sur les derniers rayons de l'anale.

Je viens de faire cette description d'après un individu long de quatorze pouces et demi, qui vient de Bahia.

C'était une femelle ; en la disséquant , j'ai trouvé, à l'ouverture du corps,

les deux sacs ovariques enveloppés dans leurs replis péritonéaux, et adhérant chacun à la paroi abdominale; entre eux on voyait l'intestin, l'estomac, la branche montante et ses nombreux cœcums, et de chaque côté les deux longues subdivisions du foie. Ce viscère, situé en travers sous l'œsophage, est trèsmince; il se prolonge à droite et à gauche en deux lobes trièdres, qui dépassent tous deux l'extrémité

du sac stomacal. Le lobe gauche est plus gros et plus épais que le droit. L'œsophage commence par se renfler; mais dès que ses parois sont épaisses, et méritent, par leur tunique musculaire, de prendre le nom d'estomac, le diamètre diminue un peu; il y a un cul-de-sac conique ; un peu aTant sa fin et au-dessous naît la branche montante, qui est courte, courbée sur elle-même; un rétrécissement très-sensible marque la place du pylore. Le duodénum remonte jusque dans la fourche des deux lobes du foie; dans ce trajet il est entouré de nombreux cœcums; il y en a plus de soixante, ils sont disposés sur deux rangs et de chaque côté de l'intestin. Cette portion du canal digestif, après sa courbure, descend le long du côté droit de l'œsophage; après l'avoir dépassé, elle remonte jusqu'aux cœcums, où elle se plie de nouveau, et alors l'intestin se rend droit jusqu'à l'anus. Les épiploons graisseux sont assez abondants. En enlevant le repli du péritoine, qui sépare la vessie aérienne des organes digestifs et génitaux, on met à nu ce viscère; le péritoine s'épaissit d'une manière sensible et prend un aspect fibreux et nacré sur le devant de la vessie. L'organe est divisé en deux poches : l'antérieure est grosse, arrondie en avant ; la postérieure beaucoup plus grande est conique. Un canal de communication réunit ces deux lobes, et de la partie antérieure et inférieure de la seconde vessie on voit naître un conduit aérien, qui va s'ouvrir vers le haut de l'œsophage. La tunique fibreuse est blanche, nacrée et assez épaisse; la membraneuse est mince : il n'y a

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aucunes divisions celluleuses dans l'intérieur, de sorte que l'on a devant soi, et sous tous les rapports, une vessie de Cyprins. Quant aux organes génitaux, ils ont, comme nous l'avons déjà dit, la disposition de ceux des Truites.

Le crâne du Macrodon Tareira a beaucoup d'affinité avec celui des Érythrins. Il est formé de deux très-grands frontaux , au-devant desquels on voit les deux os du nez, qui sont un peu plus oblongs et un peu plus échancrés du côte' de l'ouverture de la narine. L'ethmoïde est beaucoup plus étroit et forme une plaque beaucoup plus longue, parce que la digitation moyenne de sa suture pénètre plus avant entre la suture des deux frontaux. Le rétrécissement de la partie antérieure de l'ethmoïde laisse sur le devant un espace un peu plus large, rempli par la branche de l'os intermaxillaire; ceux-ci sont percés d'un trou pour recevoir la longue dent canine de la mâchoire inférieure.

Ce que l'étude du squelette nous offre de plus intéressant, c'est de nous faire bien connaître la singulière disposition des dents palatines. En effet, le palatin est long et étroit; il s'articule sur les côtés et en dessous du frontal antérieur, et sur la partie antérieure et interne du maxillaire, comme c'est d'ordinaire dans les autres poissons. Son pédoncule d'articulation est rond , solide et assez épais; il donne, en avant, une très -mince languette osseuse, qui se porte jusque tout auprès de la ligne médiane du palais, de manière à s'avancer jusque sur la face inférieure de l'ethmoïde. En arrière, le corps de l'os se

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prolonge, comme à l'ordinaire, le long du bord externe du plérygoidien , ou, si l'on veut, de l'apophyse ptérygoide interne. Cet os se porte en avant, aussi loin que le palatin, de sorte que celui-ci repose entièrement sur le bord externe du second. Les dents palatines, implantées sur la languette antérieure, forment un petit groupe distinct, que l'on prendrait, à cause de la minceur et de l'élasticité de la branche palatine, pour un os particulier, surtout quand on n'a point dégagé les os de la muqueuse épaisse de la bouche. Tout le reste de l'os est ensuite couvert de dents, telles que nous les avons décrites. Les ptérygoïdiens sont oblongs ; leur bord libre ou interne est légèrement festonné, et les os ne portent aucunes dents. Le vomer, le sphénoïde et le basilaire diffèrent très-peu de ceux des Érylhrins. A la région occipitale nous voyons, comme dans les Érythrins, de très-petits pariétaux, un interpariétal à peine plus développé, de grands trous mastoïdiens, et entre ceux-là, les trous formés par ces derniers os, conjointement avec les pariétaux et l'interpariétal. Celte face de l'occipital me paraît seulement un peu plus large et un peu plus oblique que dans l'Érythrin. Je vois aussi la même structure aux quatre premières vertèbres : ainsi, la première a le corps très-étroit; la seconde a son apophyse transverse dirigée en avant; la troisième et la quatrième supportent tout l'appareil des osselets accessoires de AVebber. Ceux-ci consistent, comme dans les Érythrins, en deux petits osselets articulés sous le corps de la vertèbre, et forment parleur réunion un premier anneau, donnant ensuite

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une branche courte, dirigée en avant. Dans l'individu que j'ai sous les yeux, les branches antérieures sont plus courtes que dans TÉrythrin, et me paraissent plus intimement soudées avec le corps de la vertèbre. Je trouve ensuite, sur les côtés, le même petit osselet en cuilleron, allant de l'apophyse transverse de la seconde vertèbre à l'extrémité de la branche de l'os en anneau : cet os, externe et aplati, donne de son bord interne une petite apophyse, qui va s'articuler sur une des facettes latérales de la troisième vertèbre, et de cette articulation je vois aussi marcher le long de la vertèbre un stylet osseux, qui vient rejoindre l'extrémité antérieure de ce petit os de Webber; comme dans les Érythrins aucun de ces osselets ne vient s'articuler ou toucher le moins du monde au crâne, et par conséquent, n'a aucune connexion avec l'oreille interne. Les branches constituant l'anneau sous-vertébral, sont creuses et fournissent des attaches au ligament de la vessie natatoire. Je compte trente-deux vertèbres à la suite des quatre premières, et vingt-quatre paires de côtes.

Outre l'exemplaire de Bahia que nous venons de disséquer, nous en avons reçu d'autres du Brésil par MM. Quoy et Gaimard, de Castelnau et Claussen. M. Auguste Saint-Hilaire en a rapporté plusieurs exemplaires du Rio-San- Francisco , et M. de Montravel la retrouvé dans l'Amazone. M. Leprieur, ainsi que MM. Leschenault et Doumerc, l'ont rapporté des eaux douces de Cayenne, et enfin, M. Plée a

suivi l'espèce jusque dans la lagune de Maracaïbo.

Nous lavons aussi de la côte ferme par M. Beauperthuis.

Ce Tareira a été parfaitement décrit par Marcgrave, Je l'ai trouvé, dans le recueil des peintures du prince Maurice de Nassau, sous le nom de Tareira do Rio, où il est dit qu'il ressemble à un brochet. Une peinture du livre de Mentzel nous montre aussi un Tareira, qui me paraît appartenir à la même espèce, quoique cette figure soit moins facile à caractériser. C'est en employant fort mal ces matériaux que Bloch a eu l'idée de faire son Synodus tareira. Mais il l'a rendu tout à fait indéchiffrable en renvoyant à cette figure de la grande Ichthyologie, que l'examen de l'original pourra seul expliquer. Si le trait en est exact, il est évident qu'elle représente une espèce toute particulière du genre Macrodon. Telle qu'elle est, surtout avec le vague où sont laissées les différentes parties caractéristiques de la tête, j'aurais pu aussi la classer parmi les figures de Bloch, impossibles à reconnaître.

Nous arrivons maintenant à parler, suivant l'ordre chronologique , des publications de M. Agassiz. Cet habile ichthyologiste ne me parait avoir eu sous les yeux qu'un exemplaire de

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son Erythrinus macrodon , conservé dans l'esprit de vin, et qu'un exemplaire desséché de son Erythr. brasiliensis ; ce sont les originaux des figures laissées par M. Spix, l'une, tab. 18, sous le nom iïEr. trahira; l'autre, tab. 20, sous le nom conservé par M. Agassiz. Pour quiconque n'a à étudier que les deux exemplaires isolés que mon célèbre ami avait à sa disposition, il est bien évident que l'on inclinera facilement à faire une distinction spécifique; mais quand on a le bonheur de posséder, comme moi, une série de douze ou quinze individus de toutes tailles et de localités fort éloignées, on ne tarde pas à se convaincre que ces deux espèces (S. Erythrinus ne rentrent réellement dans une seule. Je réduis donc au seul Macrodon Tareira les deux espèces citées dans la Monographie de M. Muller, auteur de ce genre.

Le Macrodon a oreilles noires.

{Macrodon aurilus , nob.)

M. d'Orbigny a rapporté de Montevideo un Macrodon voisin du précédent,

par l'ensemble général de ses formes , par la ressemblance de son système dentaire, par les dépressions du front. Le museau me paraît cependant un peu

plus mince; les pièces de la joue et de l'opercule sont aussi un peu plus profondément striées. Les nombres sont les mêmes.

Les couleurs sont assez différentes des deux espèces précédentes. Le dos est brun; le ventre jaune, parsemés l'un et l'autre de gros points noirâtres. Le long des flancs on voit six ou sept taches verticales, étroites, noirâtres. La joue est traversée par trois traits bruns, allant de l'œil au bord des sous-orbitaires. Une grosse tache noire se montre sur le préopercule. La dorsale et la caudale sont jaunâtres, et les taches nombreuses qui les couvrent sont disposées par lignes transversales. Les autres nageoires sont rosées. L'anale porte des points noirâtres.

La longueur de nos individus est de huit à neuf pouces; mais M. d'Orbigny en a vu qui avaient plus de dix -huit pouces.

Il observe que plus les individus sont vieux, plus le corps paraît raccourci et plus leurs couleurs sont foncées. Il a rencontré ce poisson depuis les provinces des missions jusqu'à Buenos- Ayres, c'est-à-dire, du 2Ô.e au 34-e degré de latitude sud. Il est connu partout pour vivre en troupes, et être essentiellement carnassier, car les habitants prétendent qu'il mange même les reptiles. Il nage vite; il est peu craintif; on le pêche facilement à la ligne, à cause de sa voracité. Les Indiens guarani

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l'aiment beaucoup, et M. d'Orbigny a reconnu la bonté de sa chair.

Les Espagnols le nomment Tararira et les Guarani Tarej. On le voit au marché de Buenos-Ayres.

Le Macrodon allongé.

{Macrodon teres, nob.)

Cette espèce, que nous devons aux recherches de M. Plée ,

a les formes plus grêles que les précédentes. Sa hauteur fait le sixième de la longueur totale ; la tête en est le quart. Le dessus du crâne est plat; il y a une forte dent mitoyenne à l'intermaxillaire; puis cinq autres qui vont en décroissant ; la dernière est excessivement petite. A l'autre extrémité de cet os , trois grandes dents, dont celle du milieu est égale ou même un peu plus longue que la canine mitoyenne. Les dents du maxillaire sont plus petites. A la mâchoire inférieure je vois un grand crochet après les trois dents moyennes de la symphyse; puis des dents alternativement grandes et petites, serrées également et suivies d'une rangée de petites dents. Les dents de la mâchoire inférieure sont donc moins inégales que celles des autres Macrodons. Les dents palatines sont semblables à celles des autres espèces de ce genre. Il n'y a qu'une seule plaque surscapulaire; ce qui confirme encore la place que nous lui assignons.

La dorsale paraît avoir deux rayons de moins que les espèces précédentes.

D. 12 j A. 10, etc.

Les couleurs sont un peu plus foncées sur le dos que sur le ventre, et sur le fond jaunâtre on voit des taches nuageuses et serrées qui ont une tendance à se réunir en lignes longitudinales. Toutes les nageoires sont ponctuées.

Ce poisson, de la lagune de Maracaïbo, est long de cinq à six pouces.

Les Espagnols lui appliquent le nom de Guavina, sous lequel une des espèces suivantes a été donnée à M. de Humboldt.

Le Macrodon patagnaye.

{Macrodon patana, nob.)

M. Frère a rapporté de Cayenne, et a donné au Cabinet du Roi deux fort belles espèces de ce genre : l'une d'elles

a le crâne large, bombé et assez court. La surface est couverte de stries rayonnantes très -prononcées. L'œil, placé sur le haut de la joue, entame de beaucoup la ligne du profil. Les dents canines de l'intermaxillaire et de la mâchoire inférieure sont assez grosses; les autres dents sont petites. Les branches de la mâchoire inférieure sont larges et renflées. Toutes les plaques du sous-orbitaire, de l'opercule, du sous -opercule et même de l'interopercule, sont

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striées, de sorte que, dans celte espèce, le préopercule seul est lisse. La plaque surtemporale est ovale, plus large et plus courte que le sous-orbitaire supérieur. La dorsale est basse et un peu plus longue que dans les autres espèces.

D. 14; A. 10, etc.

Le dessus du dos est roussâtre;le ventre est blanc; il y a des taches sur les trois nageoires impaires. L'anale est la plus foncée des trois.

L'individu que je décris est long de quinze pouces et demi. M. Frère en a donné un second, qui n'a guère que dix pouces.

Le Macrodon aimara.

{Macrodon aimara 3 nob.)

La seconde espèce, dont le Muséum est aussi redevable à M. Frère, est représentée dans notre collection par un magnifique exemplaire ,

qui a le dessus du crâne court et bombé comme le précédent. Les yeux placés à peu près de même ; ce sont plutôt des granulations irrégulières que des stries sur le crâne. Le premier et le second sous-orbitaire sont aussi granuleux; celui-ci forme une assez grande plaque carrée; le troisième sous-orbitaire continue l'arc de la joue; le quatrième est étroit et rectangulaire: il ne touche pas au cercle de l'orbite; le cinquième redevient triangulaire et s'avance jusqu'auprès

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de l'œil; le sixième devient une grande plaque oblongue, quadrilatère, «à bord postérieur échancré; il reçoit dans cette entaille le mastoidien, qui est de forme oblongue et ovale, mais plus étroit que le dernier sous-orbitaire. Ce caractère, facile à apprécier, distingue YAimara du Palagnaye.

Les écailles sont fortes et de grandeur médiocre. La ligne latérale est rameuse. La dorsale est basse, un peu plus longue que dans les espèces précédentes. On lui compte un rayon de plus. L'anale est haute; elle touche presque la caudale quand on la replie sous la queue. La ventrale égale en longueur la nageoire de l'anus; elle est un peu plus étroite que la pectorale, qui a la même longueur.

Il faut aussi signaler dans cette espèce la grandeur des dents et surtout celles de la mâchoire inférieure, qui présente aussi une disposition remarquable dans leur égalité. Dans l'individu que je décris, la dent canine moyenne de l'intermaxillaire a sept lignes de hauteur; les autres dents de l'intermaxillaire vont en décroissant. La première dent du maxillaire est un peu plus forte que les autres, qui toutes sont trèspetites entre les deux grosses canines de la mâchoire inférieure. On compte huit autres petites dents; puis viennent huit grosses dents pointues, coniques et serrées l'une contre l'autre : leur longueur est les deux tiers des grandes canines. Les dents du palais sont petites, en carde plus égale que celles des autres Macrodons, et par conséquent plus rapprochées de celles des Érythrins; de sorte que l'on reconnaît ici

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la place générique de ce poisson beaucoup plus aisément par le surtemporal, qui est unique, que par le caractère du système dentaire. La couleur est un verdâtre plus ou moins uniforme, mêlé de grandes taches jaunâtres, étendues sur le grand bord des écailles; la caudale est plus foncée que les autres nageoires; elle a peu de taches; celles de la dorsale sont aussi presque effacées, tandis qu'on les voit encore bien sur l'anale.

Le bel exemplaire que nous devons à M. Frère est long de deux pieds dix pouces; sa tête en a huit. La longueur du bout du museau à l'occiput est de cinq pouces et un quart. La distance d'un opercule à l'autre, ainsi que l'épaisseur du corps, ont la même mesure. La hauteur du corps est de près de sept pouces.

Ce poisson des eaux douces de Cayenne, est connu dans la colonie sous le nom que nous lui avons conservé.

Je le trouve dans l'Histoire des poissons de la Guyane de M. Robert Schomburgk'; le nom est écrit un peu différemment et changé en Haïmara : il représente le dos plombé, le ventre roux rayé de gris, les opercules d'un roux plus foncé, les nageoires brunâtres, couvertes de points bleus.

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